Marcus Sergius Silus

Marcus Sergius Silus
Pièce de monnaie romaine en argent montrant un cavalier.
Denier d'argent de 16 as, frappé en 116-115 avant notre ère par son petit-fils, questeur homonyme par ordre du Sénat « EX S.C »[note 1] et une tête casquée symbolisant Roma (avers). Le revers représente Marcus Sergius Silus cavalier tenant de la main gauche son gladius Hispaniensis[1] et une tête gauloise coupée (symbole de victoire) et de la main droite (prothèse) son scutum[2],[3].

Origine Rome antique
Allégeance République romaine
Grade Préteur
Conflits Deuxième guerre punique
Guerre contre les Boïens
Faits d'armes Utilisation d'une prothèse en fer au combat (dextra ferrea)
Levée du siège de Crémone
Autres fonctions Préteur urbain en 197 avant notre ère
Famille Gens Sergia

Marcus Sergius Silus est un militaire et homme politique de la République romaine, actif à la fin du IIIe siècle et au début du IIe siècle avant notre ère.

Membre de la gens patricienne des Sergii, il est l'arrière-grand-père du conspirateur Catilina. Il est principalement connu de l'historiographie moderne grâce au récit de Pline l'Ancien[A 1], qui le présente comme un modèle de résilience et de virtus romaine.

Vétéran de la deuxième guerre punique, Sergius Silus se distingue par un parcours militaire marqué par de graves blessures. Amputé de la main droite au cours d'une campagne, il est le premier exemple documenté de l'histoire militaire occidentale à avoir utilisé une prothèse fonctionnelle en fer (dextra ferrea) pour continuer à combattre. Malgré son handicap, il parvient à se hisser jusqu'à la préture urbaine en 197 avant notre ère[A 2], après avoir contesté les tentatives de ses collègues de l'exclure des rites sacrés en raison de son infirmité.

Exploits militaires et première prothèse militaire connue

Principale source sur sa vie, Pline l'Ancien lui dresse un portrait élogieux[4] :

« Personne, à mon avis, ne l'emportera sur M. Sergius, bien que son arrière-petit-fils Catilina fasse tort à son nom.

Lors de sa seconde campagne, il perdit la main droite ; dans deux campagnes il reçut vingt-trois blessures, au point qu'il ne se servait plus guère de ses mains ni de ses pieds ; cependant, tout invalide qu'il était, il fit encore plusieurs campagnes. Il fut pris deux fois par Hannibal [...], deux fois il s'échappa de ses chaînes, quoiqu'on l'eût tenu, pendant vingt mois, tous les jours aux fers et à la torture.

Il combattit quatre fois de la main gauche seule, deux chevaux ayant été tués sous lui. Il se fit faire une main droite en fer, et, l'y attachant[note 2], il combattit ; il délivra Crémone du siège, sauva Plaisance, prit douze camps ennemis en Gaule : tout cela, il l'a attesté dans le discours qu'il prononça lorsque ses collègues voulurent l'écarter des sacrifices comme étant un homme mutilé. [...]

Les autres ont vaincu des hommes ; Sergius a vaincu même la fortune. »

Le terme latin utilisé par Pline pour décrire la prothèse est « eaque religata ». Issu de religare (lier, attacher), le verbe insiste sur la fixation solide[5]. Les historiens modernes déduisent que la prothèse, probablement constituée de métal et de lamelles de cuir, était reliée fermement au niveau de l'épaule pour permettre à Sergius de soutenir le poids du scutum (bouclier), tandis qu'il maniait son glaive de la main gauche, une pratique inhabituelle imposée par son handicap[6].

Opposition à sa préture

Élu préteur en 197 avant notre ère, Marcus Sergius obtient la préture urbaine (praetor urbanus), une charge prestigieuse qui implique l'organisation des sacrifices publics. Cependant, il se heurte à l'opposition de ses collègues qui tentent de l'exclure des rites sacrés (sacra) en raison de son infirmité[7].

Cette opposition n'est pas politique mais religieuse. Dans la tradition romaine, le magistrat qui officie doit être physiquement « intègre » (integer). Une mutilation physique est perçue comme un vitium (défaut), un mauvais présage susceptible de briser la Pax deorum (paix des dieux)[8]. L'absence de la main droite est particulièrement problématique : la dextra est la main consacrée à la Fides (la bonne foi, le serment) et nécessaire pour verser les libations sur l'autel.

Face à cette opposition, Sergius Silus prononce un discours pour défendre sa légitimité. Il retourne l'argument religieux en affirmant que ses blessures ne sont pas des flétrissures, mais des preuves de sa virtus sacrifiée pour la République. Le fait qu'il ait exercé sa charge, confirmé par Tite-Live[A 2], indique qu'il a su convaincre ses collègues.

Postérité

Marcus Sergius Silus a inspiré l'élaboration de légendes romaines plus anciennes. Les historiens contemporains, tels que Gary Forsythe, considèrent que les exploits attribués à Lucius Siccius Dentatus (souvent qualifié d'« Achille romain »[A 3]) constituent en réalité une projection littéraire des faits d'armes réels de Silus[9].

L'annaliste du Ier siècle avant notre ère, Gaius Licinius Macer, est fortement soupçonné d'avoir emprunté les détails de la vie de Silus (notamment le nombre précis de blessures et les combats singuliers) pour étoffer la biographie semi-légendaire de Dentatus, dans une volonté d'offrir à la plèbe un héros antique capable de rivaliser en prestige avec les grandes figures de l'aristocratie patricienne[10],[11].

Bibliographie

  • Arnaud Suspène (dir.), « Les guerriers à cheval sur les monnaies romaines jusqu’à l’instauration du principat : sens et fonctions d’une typologie originale », dans Figures de l’identité, Lyon, ENS Éditions, coll. « Sociétés, Espaces, Temps », , 247-260 p. (lire en ligne)

Notes et références

Notes

  1. Ex Senatus Consulto : décret d'urgence du Sénat, appliqué par les questeurs (magistrats supérieurs contrôlant l'Ærarium). Mention inhabituelle : les émissions de monnaie se décidant par les triumviri monetales (magistrats inférieurs). Cela s'explique par le contexte de tensions avec le roi numide Jugurtha (crise de succession) et les migrations des Cimbres et des Teutons.
  2. « dextra sibi ferrea facta, eaque religata ».

Références antiques

  1. Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, VII, 29
  2. Tite-Live, Histoire Romaine, Livre XXXII, 32.
  3. Aulu-Gelle, Nuits attiques, II, 11, 1.

Références modernes

  1. Mark Cartwright, « Gladius Hispaniensis », World History Encyclopedia, 14 juin 2024
  2. admin9372, « Denier Sergia _ RRC 286/1 _ Marcus Sergius Silus », sur LesDioscures.com, (consulté le )
  3. Suspène, Arnaud. « Les guerriers à cheval sur les monnaies romaines jusqu’à l’instauration du principat : sens et fonctions d’une typologie originale ». Figures de l’identité, édité par Maëlys Blandenet et al., ENS Éditions, 2010, p. 247-260.
  4. Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, VII, 29
  5. Félix Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, Paris, Hachette, 1934, p. 1334 (entrée « religo »).
  6. (en) Lawrence J. Bliquez, « Prosthetics in Classical Antiquity: Greek, Etruscan, and Roman », dans Aufstieg und Niedergang der römischen Welt (ANRW), vol. II, 37, 3, Berlin / New York, Walter de Gruyter, 1996, p. 2640-2676 (analyse sur Sergius Silus p. 2668).
  7. Draycott, J. (2021) Prostheses in classical antiquity: a taxonomy. In: Adams, E. (ed.) Disability Studies and the Classical Body: The Forgotten Other. (Introduction, p. 3).
  8. Sarah Rey, « Une blessure sans remède ? L'incapacité sacrificielle de M. Sergius Silus », Dialogues d'histoire ancienne, Supplément 28, 2024, p. 225-237.
  9. Gary Forsythe, A Critical History of Early Rome: From Prehistory to the First Punic War, University of California Press, 2005, p. 203.
  10. Jacques Heurgon, Recherches sur l’histoire, la religion et la civilisation de Capoue préromaine des origines à la deuxième guerre punique, Paris, E. de Boccard, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome » (n° 154), 1942, p. 274.
  11. Jean-Claude Richard, Les Origines de la plèbe romaine. Essai sur la formation du dualisme patricio-plébéien, Rome, École française de Rome, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome » (n° 232), 1978, p. 530.
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