Fille du peintre Eugène Gilliard (1861-1921)[n 1], Marguerite Marthe Sarah Gilliard naît à Genève le . Elle prend ses premières leçons de dessin et de peinture auprès de son père, qu’elle suit en 1896 à Angers, où il a été nommé dans une usine de textile. En 1899, elle entre à l’École régionale des Beaux-Arts de cette ville, avant de retourner à Genève avec sa famille deux ans plus tard. De 1901 à 1906, elle suit les cours de l’École des arts industriels et de l’École des Beaux-Arts de Genève[1], où elle est notamment l'élève d' Édouard John Ravel et de Léon Gaud. En , elle part pour Paris. Tout en poursuivant sa formation à Genève, elle rejoint dès le ce qu’elle désigne dans l’un de ses carnets intimes comme « l’Académie Simon et Blanche » – à savoir l’atelier dirigé par Jacques-Émile Blanche et Lucien Simon au sein de l'Académie de la Grande Chaumière qui venait d'être fondée par la Bernoise Martha Stettler et Alice Dannenberg[2].
Son talent est aussitôt reconnu, par le Prix Diday en 1906 (pour La Veillée en Savoie), par les bourses Lissignol de 1906 à 1910 et une bourse de la Confédération suisse pour les Beaux-Arts en 1911.
En , huit de ses œuvres sont présentées à la Galerie Berthe Weill, et cette même année, elle participe pour la première fois au Salon des indépendants et au Salon d'Automne[3], dont elle devient la plus jeune sociétaire en 1909[4].
Elle expose alors, non seulement dans les salons parisiens de 1905 à 1912, mais au Salon fédéral suisse à Winterthour et au Salon municipal de Genève en 1906 ; à la Kunsthalle de Bâle en 1908 et 1913 ; en 1909, au Saalbau d’Aarau, au Palais des Glaces de Munich, au Kursaal d’Interlaken et au Palais de l’Athénée à Genève ; puis au Musée Rath de cette même ville, et en 1915 au Kunsthaus de Zurich (6e exposition de la Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses).
Si les premières œuvres qu’elle présente dans des expositions ont pour ancrage la région genevoise et la Haute-Savoie, elle accompagne très vite son père et sa sœur cadette Valentine Métein-Gilliard en Valais, rejoignant les peintres rattachés à l'École de Savièse, dont Édouard Vallet, qu'elle épouse le à Genève[5].
Le couple, installé en hiver à Savièse, passe ses étés à Vercorin à partir de 1913, avant d'emménager à Cartigny, dans le canton de Genève, en 1917. Marguerite Vallet décède dans une clinique neuchâteloise le , quelques mois après avoir donné naissance à sa seconde fille.
Œuvre
Dès sa toute première exposition au Salon des Indépendants, le journal La Suisse peut s’enthousiasmer patriotiquement : « Gloire au féminisme : les jeunes filles dont l’éducation artistique a été faite à l’École des Beaux-Arts de Genève triomphent à la grande exposition de Paris ! […] les paysages de Mlle Marguerite Gilliard ont été trouvés [par la critique parisienne] "remarquables, aimables, distingués, dignes des peintres les plus en renom de ce temps, et d’une facture originale" »[6].
Bouquet de fleurs, avant 1911, huile sur toile 66 x 48 cm, Musée d’art du Valais.
On recense à ce jour un peu plus de 70 œuvres de Marguerite Vallet-Gilliard. Dans les années 1900, elles présentent essentiellement des paysages de la région genevoise, des portraits, des scènes rurales. À partir de 1911, date à laquelle elle réalise également une dizaine d'eaux-fortes, l'artiste « axe principalement sa représentation de l’imagerie paysanne valaisanne sur les femmes et les filles […] ainsi que sur les motifs et paysages montagnards [et] s’éloigne de plus en plus d’un quelconque réalisme. Avec des couleurs pures et vives, loin de chercher l’imitation par la peinture, son art se rapproche des Nabis et du Fauvisme »[1].
Centre des collections de la Confédération suisse, Berne
Le Col du Pillon, avant 1913
Museum zu Allerheiligen, Schaffhouse
Fillettes valaisannesFillettes valaisannes, 1911
Expositions posthumes
1928, Kunstmuseum de Berne, rétrospective de la SAFFA[13]
1961, Musée Rath, Genève, Eugène Gilliard et ses élèves, 03.12.1961 – 30.12.1961
1974, Le Manoir, Martigny, L'École de Savièse
1982, Maison de commune, Savièse, Hommage aux peintres de l'École de Savièse, 25.06 – 04.10.1982
2013, Fondation Édouard Vallet, Vercorin, Édouard et Marguerite Vallet, la peinture en partage, 16.06. – 15.09.2013[14]
2019, Fondation Édouard Vallet, Vercorin, Ramuz. Au cœur de la peinture suisse, 30.6.2019-8.9.2019
2021, Espace Graffenried, Aigle, Silhouettes bucoliques: Frédéric Rouge et l'École de Savièse, 24.09.2021 – 31.07.2022[15]
2022, Fondation Édouard Vallet, Vercorin, Marguerite Vallet-Gilliard. Le fil de la mémoire. Avec le regard de Katerina Samara, 10.07 – 18.09 2022[16]
2023-2024, Kunst vereint: 175 Jahre Kunstverein Schaffhausen, Museum zu Allerheiligen, Schaffhouse, -
2025, Fondation Édouard Vallet, Vercorin, Marguerite et Édouard Vallet-Gilliard. Itinéraires valaisans, 06.07.2025 – 14.09.2025[17],[18]
Notes et références
Notes
↑Edouard Gilliard, sa fille Valentine Métein-Gilliard (1891-1969) et son gendre William Métein (1890-1975), tous trois artistes peintres, sont les fondateurs, en 1915, de l’école privée de peinture et dessin « La Renaissance ». Voir Eugène Gilliard, Dictionnaire historique de la Suisse.
↑Sabrina Roh, « Vercorin: une expo retrace la vie et l'œuvre d'un couple d'artistes genevois installé en Valais au début du XXe siècle », Le Nouvelliste, (lire en ligne).
↑Florence Millioud, « Exposer en couple... pour le meilleur », 24 heures, (lire en ligne).
Annexes
Bibliographie
John Pisteur, « Marguerite Vallet-Gilliard (1889-1918) », Pages d’art, , p. 99-120
Michel Lehner, Peintres du Valais, Sion, Schmid,
Jacques Dominique Rouiller, Édouard et Marguerite Vallet-Gilliard. La peinture en partage, Vercorin, Fondation Édouard Vallet,
Dora Sagardoyburu, Marguerite Vallet-Gilliard. Le fil de la mémoire, Vercorin, Fondation Édouard Vallet,
Maéva Besse et Isaline Pfefferlé, « Éclairage: la carrière fulgurante de Marguerite Vallet-Gilliard », Passé simple, no 94, , p. 28-30
Maéva Besse et Isaline Pfefferlé, L’École de Savièse, autrement: trajectoires croisées de 26 artistes en Valais, Lausanne, art&fiction,
Maéva Besse et Isaline Pfefferlé, « Marguerite Gilliard. Débuts d’une carrière », Cahiers Édouard Vallet, Association des amis de la Fondation Édouard Vallet, no 1, , p. 34-55