Marie-Josèphe-Angélique

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Maria José |
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| Condamnation |
Marie-Josèphe-Angélique (ou Marie-Josèphe dite Angélique) est une esclave noire, née vers 1710 au Portugal. Elle est accusée d'avoir provoqué l'incendie de Montréal et est exécutée en place publique le .
Biographie

Le marchand Alexis Lemoine, dit Monière, est le « parrain » de Marie-Josèphe-Angélique lors de son baptême, qui a lieu le [1],[2]. En , elle a un fils avec César, un autre esclave appartenant à un marchand, puis donne naissance à des jumeaux en [1]. Sa maîtresse est Thérèse de Coignes de Francheville, veuve de François Poulin de Francheville, mort en 1733, et belle-sœur d'Alexis Lemoine[2],[3]. Lors de son procès, elle déclare avoir d’abord été achetée, par « Niclus Blek », probablement Nicolas Bleeker, un marchand de l’État de New York, important joueur dans la traite d’esclaves lucrative de l’époque. C’est lui qui l’aurait ensuite vendue aux Francheville en 1725[4],[5].
En , croyant que sa maîtresse pense à la vendre, Marie-Josèphe-Angélique décide de rejoindre la Nouvelle-Angleterre en compagnie d'un blanc, Claude Thibault, dont elle est amoureuse. Elle menace sa propriétaire de mettre le feu à sa maison si elle ne la libère pas et ce avant et après l'incendie devant plusieurs témoins dont des policiers[6]. Ensuite, elle est soupçonnée d'avoir mis le feu à la résidence de madame de Francheville, située rue Saint-Paul, qui se propage par la suite aux maisons des alentours et à l'Hôtel-Dieu[1],[7]. En plus de l’Hôtel-Dieu, le feu détruit 40 immeubles avoisinants[8].
Rattrapée, elle est condamnée le à faire amende honorable et à être brûlée vive. En appel, le conseil supérieur commue la peine. Le , Marie-Josèphe-Angélique est soumise à la question par le maître des hautes œuvres au Canada Mathieu Léveillé (en), esclave en provenance de la Martinique[9],[5]. Sous la torture, elle avoue et maintient avoir agi seule. Elle est pendue avant que son corps ne soit brûlé, et ses cendres dispersées[1],[7],[10].
Son histoire est décrite comme étant la première résistance répertoriée contre la cruauté de l’esclavagisme par une femme noire au Canada[8].
Procès
Le premier interrogatoire de Marie-Josèphe est conduit le lundi , deux jours après l’incendie[4].
L’un des témoins lors du procès d’Angélique est Marguerite de Couagne, nièce de 10 ans de Thérèse de Couagne, maîtresse de Marie-Josèphe Angélique. Elle a témoigné avoir entendu une personne monter les escaliers le soir de l’incendie. À la lecture du procès, il est déterminé que l’accusée est la personne que la petite Marguerite a entendue. Elle serait montée au grenier du domicile, armée de braises contenues dans un réchaud ou dans une pelle afin de les déposer sur le plancher[4]. Elle aurait aussi enlevé toutes possibilités de secours près du feu. Or, Marie-Josèphe Angélique n’aurait pas fait de tentative de fuite à la suite de l’incendie, malgré en avoir fait une 6 semaines avant l’incendie. De plus, elle aurait sauvé des biens de sa maîtresse des flammes[4].
Le seul témoin oculaire ayant été appelé au procès est Amable Lemoine Monière, qui était alors une enfant de quatre ou cinq ans. Elle a été appelée devant la cour le , 44 jours après l’ouverture du procès[4].
À l'exception d'Amable Lemoine Monière, les personnes appelées à témoigner n’étaient pas des témoins oculaires valides. Un habitant répondant au nom de Latreille aurait été le seul adulte à assister aux évènements de l'incendie, alors qu’il était positionné devant la maison des Francheville au moment du déclenchement de l’incendie. Latreille n'a toutefois pas été appelé à témoigner. Aujourd’hui, la littérature sur le sujet affirme que : « le procureur Foucher n’a présenté aucune preuve convaincante, et les témoins n’ont pu incriminer l’accusée que sur des ouï-dire ou par des reproches sur sa conduite ou sur son caractère. »[4]
Marie-Josèphe-Angélique est reconnue coupable d’avoir mis le feu à la maison de sa maîtresse le . En réparation elle doit d’abord être torturée afin de dénoncer ses complices. Elle devra être torturée à nouveau le jour de son exécution, avoir le poing coupé et être brûlée vive sur la place publique[4].
Le , Marie-Josèphe est torturée et avoue son crime sous la torture. Elle ne dénonce cependant pas de complices. Le conseil supérieur confirme sa culpabilité mais refuse la façon d’exécuter la sentence. L’accusée doit encore être soumise à la torture, mais elle est dorénavant condamnée à la pendaison[4].
Son exécution a lieu le [4].
Généalogie
- Registres de l'état civil du Québec
-

L'acte de baptême de Marie-Josèphe-Angélique se lit:
« Ce vint huict de juin de l'an mil sep cent trente a esté baptisé Marie Joseph Naigresse agée d'environ vint et un an apartenant au Sieur Francois Poulin de Francheville marchand de cette ville. Le parain a esté ledit Sieur Francois Poulin et la maraine Damoiselle Marie Joseph de Coagnes epouse du sieur Alexis Moniere marchand de cette ditte ville qui ont signé avec nous. »
Descendance
- Registres de l'état civil du Québec
-
Acte de baptême d'Eustache, fils de Cesar et Angelique.
.
Paroisse Notre-Dame de la ville de Montréal. -
Acte de baptême de Louis et Marie Francoise, enfants jumeaux de Cesar et Angelique.
.
Paroisse Notre-Dame de la ville de Montréal.
Les trois enfants connus de Marie-Josèphe-Angélique sont tous morts en bas âge. Eustache est mort le mois suivant sa naissance, soit le [11]. Pour ce qui est des jumeaux, le garçon, Louis, meurt le jour suivant sa naissance et la fille, Marie-Françoise, décède cinq mois plus tard le [11]. Sur l'acte de sépulture de Marie-Françoise, le prêtre indique que le père est inconnu, ce qui entre en contradiction avec son acte de baptême, où Marie-Josèphe-Angélique a déclaré que les enfants étaient du fait de César.
Films et ouvrages
Le procès de Marie-Josèphe-Angélique est considéré comme l'un des plus importants ayant eu lieu sous le Régime français[7].
Sa vie et son procès sont le sujet de l'ouvrage The Hanging of Angelique: The Untold Story of Canadian Slavery and the Burning of Old Montreal, édité en 2006 par l'Université de Géorgie. Son auteure, Afua Cooper, est détentrice d'un PhD en histoire et a consacré quinze ans de recherches à son sujet[10].
La réalisatrice québécoise Marquise Lepage revient sur le procès dans le documentaire Le Rouge et le Noir… au service du Blanc, consacré à l'esclavage en Nouvelle-France[12]. Un docufiction, intitulé Les Mains noires, réalisé par Tetchena Bellange, est diffusé en avant-première durant l'édition 2010 du festival des films du monde de Montréal[13],[14].
D' à , l'exposition interactive Qui a mis le feu à Montréal ? 1734, le procès d'Angélique se tient au centre d'histoire de Montréal[15]. En 2017, l'artiste Algonquine Nadia Myre a créé l'installation sonore et lumineuse qui s'inspire de la vie de Marie Josèphe Angélique, Histoire revenue, dans le jardin de la basilique Saint-Patrick de Montréal[16].
Héritage
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Le récit dramatique d'Angélique a inspiré plusieurs romans, pièces de théâtre et poèmes ou chansons à son sujet[17]. L'une, la pièce de théâtre Angélique de Lorena Gale, librement inspirée d'une traduction non publiée des transcriptions du procès de Denyse Beaugrand-Champagne, a remporté le Concours national d'écriture dramatique du Maurier de 1995 au Canada. Angélique apparaît presque comme une figure légendaire et certaines parties de son histoire ont pris leur propre vie dans des pays tels que Haïti, où, indépendamment de toute preuve documentaire, le récit selon lequel elle a été brûlée vive la main coupée est encore raconté, comme si la sentence originale n'avait pas été réduite. Le livre de Cooper rassemble les opinions d'autres auteurs noirs contemporains, tels que le poète George Elliott Clarke, qui a écrit sa préface. De tels auteurs la voient comme un « avatar immortel de la libération » et préfèrent la voir comme une rebelle active plutôt que comme une victime d'un déni de justice. D’autres, comme Beaugrand-Champagne, la trouvent aussi inspirante, en tant que femme exceptionnelle, ouverte et indépendante, qui a lutté pour sa liberté et sa vie avec courage et esprit, contre des obstacles redoutables, et ce, malgré une société qui attendait des femmes la soumission, surtout si elles étaient aussi noires et esclaves.
Hommages posthumes
En 2006, une journée-hommage, à laquelle participe notamment le maire de la ville, est organisée à Montréal[15]. Une plaque commémorative dédiée à Marie-Josèphe-Angélique est dévoilée par Michaëlle Jean, alors gouverneur général du Canada[18]. En , le parc Marie-Josèphe-Angélique est inauguré à Montréal. Il se situe près de l'édicule de la station Champ-de-Mars du métro de Montréal[19].
Une murale, à l’honneur de Marie-Josèphe-Angélique, a été réalisée dans le cadre du 375e anniversaire de la ville de Montréal par la vandale artistique MissMe[20]. Elle se trouve dans une ruelle à proximité des rues Saint-Laurent et Saint-Viateur[21].
Notes et références
- André Vachon, « Biographie de Marie-Josèphe-Angélique », sur Dictionnaire biographique du Canada.
- « Acteurs de notre histoire : Marie-Josèphe Angélique »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Archives de Montréal.
- ↑ Cameron Nish, « Biographie de François Poulin de Francheville », sur Dictionnaire biographique du Canada.
- Beaugrand-Champagne, D., Le procès de Marie-Josèphe-Angélique, Outremont (Québec), Éditions Libre Expression, , 296 p. (ISBN 2-7648-0156-4).
- (en) Afua Cooper, « A New Biography of the African Diasporas: The Life and Death of Marie-J Joseph Angélique, Black Portuguese Slave Women in New France, 1725-1734 », dans Sisters or Strangers?: Immigrants, Ethnic, and Racialized Women in Canadian History, Toronto, University of Toronto Press, , 624 p..
- ↑ Marie-Josèphe-Angélique sur L'Encyclopédie canadienne.
- « De remarquables oubliés : Marie-Josèphe-Angélique », sur Radio-Canada Première, .
- (en) Mitchell, P., « Women Led Freedom Quests », Herizons, (lire en ligne).
- ↑ (en) Frank Mackey, Done with Slavery : The Black Fact in Montreal, 1760-1840, Montréal, McGill-Queen's Press - MQUP, , 615 p. (ISBN 978-0-7735-8311-5, lire en ligne), p. 238.
- (en) Afua Cooper, « The Hanging of Angelique »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), The Globe and Mail, .
- « Marie-Josèphe-Angélique », sur Encyclopédie du MEM, (consulté le ).
- ↑ André Lavoie, « Télévision - Un curieux oubli », Le Devoir, .
- ↑ « Les mains noires, procès d'une esclave montréalaise »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Radio-Canada Première, .
- ↑ François Lévesque, « À voir à la télévision le vendredi 4 mai - Incendiaire ou martyre? », Le Devoir, (lire en ligne).
- Lisa-Marie Gervais, « Pleins feux sur la Nouvelle-France », Le Devoir, (lire en ligne).
- ↑ « Histoire revenue, Nadia Myre », sur ville.montreal.qc.ca (consulté le ).
- ↑ (en) Pilar Cuder-Domínguez, « The legacy of Angélique in late 20th-century Black Canadian drama », Journal of Postcolonial Writing, vol. 58, no 3, , p. 323–335 (ISSN 1744-9855, DOI 10.1080/17449855.2021.2010793, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « GG honours Montreal slave girl who was executed in error », sur CBC, .
- ↑ Charles Lecavalier, « Ville de Montréal : un parc Marie-Josèphe-Angélique », Le Journal de Montréal, (lire en ligne).
- ↑ (en) « Marie-Josephe Angelique - Montreal 375e », sur miss-me-art.com (consulté le ).
- ↑ Retis, Miss Me, Marie-Josephe Angelique 1734 : JE ME SOUVIENS, 2018, (lire en ligne).
Annexes
Bibliographie
- (en) Afua Cooper, The Hanging of Angelique : The Untold Story of Canadian Slavery and the Burning of Old Montreal, Athens (Ga.), University of Georgia Press, coll. « Race in the Atlantic World, 1700-1900 », , 349 p. (ISBN 978-0-8203-2939-0)
- Micheline Bail, L'esclave, Libre Expression, , 389 p. (ISBN 2-89111-855-3)
- Denyse Beaugrand-Champagne, Le procès de Marie-Josèphe Angélique, Libre Expression, , 295 p. (ISBN 978-2-7648-0156-7)
- Paul Fehmiu Brown, Marie-Josèphe-Angélique, 21 juin 1734, Saint-Léonard, Éditions 5 continents, , 122 p. (ISBN 2-922300-06-4, OCLC 39534658)
- Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, Elles on fait l'Amérique, Lux éditeur, 2011, 448 p. (ISBN 978-2-89596-097-3), p. 147.
Articles connexes
Liens externes
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