Marie-Noëlle Ferrieux-Patterson
| Marie-Noëlle Ferrieux-Patterson | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Médiatrice de Vanuatu | |
| – (5 ans et 8 jours) |
|
| Prédécesseur | fonction créée |
| Successeur | Hannington Alatoa |
| Présidente de Transparency International Vanuatu | |
| – (14 ans) |
|
| Biographie | |
| Nom de naissance | Noëlle Ferrieux |
| Nationalité | vanuataise |
| Diplômé de | Institut d'études politiques de Grenoble ; université Columbia |
| Distinctions | ordre national de la Légion d'honneur (France, 2006) |
Noëlle Marie Louise Ferrieux-Patterson, dite généralement Marie-Noëlle Ferrieux-Patterson, est une juriste vanuataise. Première médiatrice de Vanuatu (en anglais : ombudsman) de 1994 à 1999, elle met en lumière de nombreux cas de corruption dans le pays.
Biographie
Origines
Française de naissance, originaire de la Drôme, elle étudie à l'Institut d'études politiques de Grenoble, obtient des licences de science politique et d'anglais, puis un diplôme de Maîtrise en urbanisme à Grenoble, suivi d'un Master en sociologie à l'université Columbia aux États-Unis. Elle s'établit en 1981 au Vanuatu nouvellement indépendant, et devient conseillère juridique pour une entreprise du bâtiment. En 1991, elle obtient la nationalité vanuataise[1],[2],[3].
Médiatrice de Vanuatu
La Constitution du Vanuatu, entrée en vigueur en 1980, prévoit (articles 61 à 65) que soit nommé par le président de la république un « Médiateur de Vanuatu » dont le rôle est notamment d'« enquêter sur les agissements de tout fonctionnaire ou autorité publique », y compris « de sa propre initiative ». Sous le gouvernement de Walter Lini dans les années 1980, toutefois, cette disposition de la Constitution n'est pas appliquée. Arrivé au pouvoir en 1991, le nouveau Premier ministre Maxime Carlot Korman obtient du président Jean-Marie Léyé que cette fonction soit enfin créée, et le président Léyé nomme Marie-Noëlle Ferrieux-Patterson Médiatrice de Vanuatu le [2].
Son seul pouvoir étant d'exiger des renseignements de la part de ministres et de « publier un rapport remis gratuitement à qui le demande », elle initie une diversité d'enquêtes sur les activités du gouvernement, et transmet ses rapports à des journalistes, notamment du journal Vanuatu Daily Post, qui médiatisent ainsi les agissements de ministres. Elle met ainsi en lumière, entre autres, « des exemptions de droits de douanes abusives, des nominations illégales de fonctionnaires », la vente illégale de passeports diplomatiques à de riches hommes d'affaires étrangers, ou encore le détournement à des fins personnelles par le Premier ministre Maxime Carlot Korman de fonds issus d'aide humanitaire étrangère après le passage d'un cyclone[1].
En , l'Association des journalistes des îles du Pacifique (PINA) lui remet son prix annuel de la liberté de l'information et la qualifie de « meilleure journaliste d'investigation » des îles du Pacifique[1],[4]. Ce même mois, le gouvernement du Premier ministre Serge Vohor demande sans succès au président Léyé de la limoger[5],[6],[4]. En , le gouvernement Vohor fait adopter au Parlement une abrogation de la loi permettant l'existence du poste de Médiateur. Marie-Noëlle Ferrieux-Patterson note à cette occasion que « pratiquement tous les députés ayant voté pour » cette abrogation avaient été cités dans ses rapports pour des affaires de corruption ou d'abus de pouvoir. Le président Léyé refuse de promulguer cette loi, la soumettant à la Cour suprême de Vanuatu pour faire évaluer sa constitutionnalité, puis dissout le Parlement en raison des nombreuses affaires de corruption à laquelle est mêlée la majorité parlementaire[6].
Dans son ultime rapport comme Médiatrice, Marie-Noëlle Ferrieux-Patterson note que le quart des affaires qui sont portées à sa connaissance concernent des violations des droits humains par la police, et que la police se montre peu coopérative envers son bureau de la Médiatrice[7]. Son mandat arrive à terme en , et Hannington Alatoa lui succède[5],[7]. Elle a publié quelque soixante-dix rapports entre 1994 et 1999, détaillant des actes de malfaisance de ministres et de fonctionnaires, mais aucun n'a été suivi d'une inculpation par la justice des personnes concernées[6],[8].
Carrière ultérieure
En 2001 elle co-fonde la branche vanuataise de Transparency International, et en devient la présidente, pour continuer de mettre en lumière et de dénoncer la corruption au Vanuatu[8],[9]. Elle démissionne de cette présidence pour se porter candidate indépendante dans la circonscription de Port-Vila lors des élections législatives de 2002[10]. Elle mène campagne notamment en accusant le gouvernement d'avoir privé de fonds suffisants la police et le bureau du procureur général[11]. Dans cette circonscription qui élit six députés, elle termine à la 8e place sur trente-et-un candidats, recueillant 380 voix (117 de moins que le candidat arrivé 6e, Maxime Carlot Korman)[12]. Elle redevient alors présidente de Transparency International Vanuatu[13].
En 2004, elle condamne la mise sous tutelle politique de la société de radiodiffusion publique par le gouvernement de Serge Vohor, et dénonce l'expulsion par le gouvernement de conseillers juridiques australiens, qu'elle perçoit comme une tentative par le gouvernement de protéger le ministre des Affaires étrangères Barak Sopé qui est sous le coup de plusieurs chefs d'inculpation[14],[15]. En 2006 elle condamne l'arrestation par la police du journaliste Marc Neil-Jones, qui avait publié un article critique à leur encontre[16]. En 2009, elle co-fonde le Centre de Plaidoyer et de Conseil juridique, dont elle est l'unique avocate, comme « bureau de conseil aux citoyens »[17]. En 2011, le ministre des Services publics Harry Iauko, venant d'être condamné à une amende pour avoir fait passer à tabac le journaliste Marc Neil-Jones, et venant d'être épinglé par Transparency International pour corruption, se rend dans les locaux de Transparency International et menace les personnes qui y travaillent de les défenestrer et d'incendier les locaux[18].
Marie-Noëlle Ferrieux-Patterson est un temps également directrice générale du Conseil national des Femmes de Vanuatu[8]. En , la France la fait chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur, en reconnaissance de ses « 33 ans d'activités professionnelles, associatives et caritatives »[19],[20],[8].
Elle quitte la présidence de Transparency International en 2015 pour se consacrer à son métier d'avocate, ayant son propre cabinet d'avocats[8],[21].
Références
- « Une femme traque la corruption dans la petite République de Vanuatu », Agence France-Presse, 5 avril 1999
- (en) Stephen Henningham, "Vanuatu", The Contemporary Pacific, automne 1995, p.377
- ↑ (en) "ANTI-CORRUPTION CONFERENCE: THE UN CONVENTION AGAINST CORRUPTION IMPLEMENTATION & ENFORCEMENT: MEETING THE CHALLENGES", Secrétariat du Commonwealth des Nations, avril 2006, p.211
- (en) [https://openresearch-repository.anu.edu.au/server/api/core/bitstreams/7ce0b1ea-54c5-4cc7-84a5-9bf3f7547963/content "Vanuatu politics two into one won�t go"], Pacific Economic Bulletin, vol. 12, n°2, 1997, p.120
- (en) Anita Jouit, "Vanuatu", The Contemporary Pacific, automne 2000, p.521
- (en) "Tackling corruption in paradise: Marie-Noelle Ferrieux-Patterson is no stranger to controversy", For a Change, 1er avril 2002
- (en) "Fourth Annual Report: 1998", Bureau de la Médiatrice de Vanuatu
- (en) "Does the Ombudsman need the power to prosecute?", The Vanuatu Daily Post, 21 juillet 2015
- ↑ (en) "About", Transparency International Vanuatu
- ↑ (en) "Vanuatu group: ‘Let democracy rule’", PINA, 10 avril 2002
- ↑ (en) "Former Vanuatu ombudsman warns of social disaster", Radio New Zealand, 30 avril 2002
- ↑ « Résultats des élections au Parlement de la république de Vanuatu tenues le 2 mai 2002 », Journal officiel de la république de Vanuatu, 24 mai 2002
- ↑ (en) "Pardoned Vanuatu leader told he must admit wrongdoing", Radio New Zealand, 20 novembre 2002
- ↑ (en) "Transparency concerned over new Vanuatu government's actions", Radio New Zealand, 8 septembre 2004
- ↑ (en) "Transparency Vanuatu suspects government targetting judiciary", Radio New Zealand, 8 septembre 2004
- ↑ (en) "Transparency International outraged over Vanuatu police actions", Radio New Zealand, 3 avril 2006
- ↑ (en) "New citizens bureau set up in Vanuatu to improve accountability", Radio New Zealand, 27 avril 2009
- ↑ (en) "Vanuatu minister Iauko threatens TI staff over alleged corruption", Radio New Zealand, 22 décembre 2011
- ↑ « Noëlle Ferrieux-Patterson », Journal officiel de la République française, 2 janvier 2007
- ↑ « Décret du 31 décembre 2006 portant promotion et nomination », Journal officiel de la République française, 2 janvier 2007
- ↑ (en) "Practicing Lawyers", Société juridique de Vanuatu
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