Fouré ou Catherine de Poix de son nom d'épouse ou encore Marie de l'Arc[1], fut une héroïne de la ville de Péronne, qui défendit la cité, en 1536, lors du siège de la ville par les troupes de Charles Quint. Cette dénomination de Marie Fouré n'apparait qu'en 1772 (Louis-Paul Colliette) et est de ce fait sujette à caution. Elle serait en fait, on vous laisse ici juges, Françoise de Suzanne devenue de Fouilleuse de Flavacourt par son mariage en 1540.
Archives de la ville de Péronne Document comptable de mars 1537 côte CC6 Folio 164 verso d'attribution des médailles avec un " P couronné " mentionnant la flamme/femme de monseigneur l'esleu de Poix.
Cette dame apparaît sous le nom camouflé de Françoise de Suzanne début 1536 (édition datée) et certainement dans une première édition en 1535 dans une chanson « Pour quoy alle vous seullette » avec messages cachés (des anagrammes) où elle est nommée « Marion » par dérision et soi-disant nonne. On la nomme par erreur dans les sources la « femme de l'eslu de Poix » sans doute par moquerie avec confusion (royaulme pour royaume/flamme pour femme sont certainement écrits dans le texte officiel[2] et elle serait à la suite de ces erreurs de paléographie l'épouse de Jean-François de La Rocque de Roberval, hérétique, qu'elle a bien connu). Il est actif au siège de Péronne en 1536. Il est surnommé l'élu de Poix en raison de ses possessions à Poix-Terron (Ardennes) - ce titre figure sur son portrait par Jean Clouet conservé au château de Chantilly) -. On ne lui connaît pas de descendance.
L'orthographe la plus ancienne de Fouré est " Fourrée ". Cela donne une signification de cette époque probable jusqu'alors non évoquée à ce nom, " camouflée ". L' héroïne est effectivement camouflée, déguisée en nonne dans la chanson[3].
Françoise de Suzanne devenue de Fouilleuse de Flavacourt a eu seize enfants. Parmi ses descendants certains se sont illustrés au service des rois de France.
Le récit de ses exploits rappelle l'histoire de Jeanne Hachette, lors du siège de Beauvais, en 1472 et semble être inspiré directement de celui des héroïnes de Saint-Riquier en 1524 et accessoirement 1536.
Étant attaquée dans la chanson pour des relations scandaleuses (Fin' Amor) avec L'eslu de Poix, beaucoup plus âgé et hérétique... elle redore son blason au propre et au figuré l'année suivante.
Statue de Marie Fourrée (une fois un quart la nature au concours à deux degrés). Claude André Férigoule a remporté le second prix au concours. Athanase Fossé a remporté le premier prix avec devise Pro patria le 17 Novembre 1894. patrimoine.abbeville.fr Archives et Bibliothèque patrimoniale d'Abbeville, Por. F45
Cela ne l'empêche pas d'être encore critiquée et méprisée à mots couverts (cinq anagrammes parfaites, c'est-à-dire où toutes les lettres sont utilisées une seule fois, importantes trouvées) par son détracteur, Philippe Le Convers, péronnais de souche impliqué dans la vie de la cité, très catholique, avocat, conseiller de François Ier. Ce Philippe Le Convers ne la nomme que dans des anagrammes. Cela accroit son camouflage, son côté " fourrée ". Ainsi vraisemblablement en 1537, témoin oculaire comme il l'écrit lui-même, dans sa " Brieve et veritable narration de tout ce qui s'est faict et passe pendant le siege de Peronne attaquee par le comte de Nansau general de l'armee ennemie et defendue par le mareschal de la Markh en l'an 1536. " (manuscrit du fonds français n° 19231 - BNF folios 163 à 165 verso) [4]:
" une femme si hardie et si genereuse qu'elle arracha une enseigne et envoya celui qui la portoit dans les fossez[6]...."
cache l' anagramme (indice et balise de fin de l'anagramme ... le " z " de " fossez " mot à nouveau utilisé un peu plus loin, devenu obsolète, n'est plus référencé après le début du quatorzième siècle ) :
" Toi ! Françoise de Suzanne, une amie hérétique Mg (Monseigneur) l' Esleu de Poy (Poix). Et elle arracha une enseigne qui (à celui qui) ravit (fut enlevé de force dans) les fossés ... "
" pour laquelle action elle a este recompensee de la ville elle et ses hoirs (héritiers). "
cache l'anagramme (indice et balise de fin de l'anagramme ... la mention injustifiée des " hoirs ") :
" Lès (à côte de) (l') hérétique las (hélas) sol (seulement) pour action elle a este récompensée de la ville, elle (féminin de " lui ") ! [7]"
Ici uniquement mention sous-entendue de la médaille avec " P couronné " que Péronne a donnée à l'héroïne (document du joint). Seuls les Péronnais de souche ont obtenu le (Chantilly Privilèges donnés par le Roy aux ... habitants de sa ... ville de Péronne) transmission de privilèges à leurs héritiers " successeurs de la dicte ville " avec le droit de " ... porter sur eux chacun en sa faculté en lieu insigne où bon leur semblera un P couronné. " La mention des " hoirs " de l'héroïne ne peut s'appliquer ici.
Certes Françoise de Suzanne a des ancêtres originaires de Suzanne à 17 Km de Péronne[7]. Mais n'étant pas Péronnaise elle ne peut pas prétendre aux privilèges donnés aux Péronnais et notamment elle ne peut transmettre le droit de porter un " P couronné " alors qu'elle en a reçu un.
Après les diverses mentions par anagrammes (trois textes à ce sujet) de Françoise de Suzanne entre 1535 et 1537, seule la mention d' " une femme " en 1682 par le père Pierre Fenier s'intercale avant la réapparition de notre héroïne en 1772.
Le siège de Péronne
De là découle la tradition qui rapporte (ce texte de Philippe Le Convers enjolivé au fil des années de diverses adaptations) que pendant le siège de 1536, lors d'un assaut, Marie Fouré se trouvant non loin des remparts vit un soldat ennemi tentant de poser pied dans l'enceinte de la ville. Il portait l'étendard ennemi et devait le planter pour marquer la prise de Péronne.
Or Marie Fouré se rendit sur le rempart et précipita le soldat dans le vide, saisissant néanmoins son étendard. Elle alla ensuite au cœur de la cité munie de l'étendard ennemi. Elle y fut acclamée, car elle avait donné la victoire à la ville.
Selon un récit populaire Marie Fouré, alors que la ville ne possédait plus qu'une petite quantité de farine, fabriqua des pâtisseries, les fit cuire et tels les Romains assiégés dans la Capitole, les jeta par-dessus les remparts de Péronne pour faire croire aux ennemis que la ville possédait d'abondantes ressources en farine[1].
Hommages
Paul Theunissen, Le Siège de Péronne (1536), bas-relief du monument aux morts de Péronne.
Le Péronnais Hubert du Saussay composa un poème en latin relatant le siège de Péronne.
En 1897, la Ville de Péronne rendit hommage à Marie Fouré en inaugurant sa statue en bronze sur la place du marché aux herbes, sculpture de l'artiste picard Athanase Fossé. La statue fut fondue par les Allemands en 1916. Une copie en bronze oeuvre de Maurice Guiraud-Rivière fut réinstallée en 1928 et à nouveau fondue en 1942, dans le cadre de la mobilisation des métaux non ferreux.
Hommage à Marie Fouré dans la mairie de Péronne.Le fut inauguré le monument aux morts de Péronne. Sur le socle, l'un des deux bas-reliefs en bronze, œuvre de Paul Theunissen représente Marie Fouré enlevant l'étendard d'un assaillant lors du Siège de Péronne de 1536.
En 1996, une nouvelle statue de Marie Fouré le drapeau arraché aux Espagnols contre son épaule, œuvre du sculpteur Michel Bonnand, a été placée devant l'église Saint-Jean-Baptiste de Péronne.
Le Gautier Maes maire de Péronne inaugure la présentation du livre " Péronne 1536... l'héroïne et l'hérétique " avec ses auteurs et l'interprétation de la chanteuse luthiste Emma-Lisa Roux. La véritable identité de Marie Fouré est enfin révélée.
Notes et références
Jules Dournel, Histoire générale de Péronne, Péronne, J. Quentin imprimeur, .
↑Alain Barbier et Roger Traversac, Péronne 1536 ... L'héroïne et l'hérétique, Nîmes, MONDIAL Livre, , 86 p. (ISBN979-10-415-3527-9), Pages 1 à 86
↑Algirdas Julien Greimas et Teresa Mary Keane, Dictionnaire du moyen français: la Renaissance, Larousse, (ISBN978-2-03-340322-5)
↑Société Archéologique de la Région de Péronne, Péronne 1536, Le siège Héroïque, Péronne, Vincent, , 235 p. (ISBN2-906996-25-4), p. 200, 201
↑Philippe Le Convers, Brieve et veritable narration de tout ce qui s'est faict et passe pendant le siege de Peronne attaquee par le comte de Nansau general de l'armee ennemie et defendue par le mareschal de la Markh en l' an 1536 (manuscrit du fonds français n° 19231), BNF
Alexandre PIERRARD - Benoît DECOTTEGNIE- Robert EMBRY, Péronne 1536 Le Siège Héroïque, Péronne, Société Archéologique de la Région de Péronne, , 235 p. (ISBN2-906996-25-4), p. 134
O. Poli, « Les Héros de Péronne (1536) » dans Annuaire du conseil héraldique de France, Paris, C.H.F., 1898, p. 67-164
Alexandre Pierrard, Benoît Decottegnie, Robert Embry - Société archéologique de la région de Péronne, 2005 - Péronne 1536 - Le Siège Héroïque (ISBN2-906996-25-4)
Société archéologique de la région de Péronne, 2006 - " Le parchemin retrouvé " (ISBN2-906996-26-2)
Alain Barbier et Roger Traversac " Péronne 1536... L'héroïne et l'hérétique " Éléments inédits sur Marie Fouré " 2023 (ISBN979-10-415-3527-9)
Alain Barbier et Roger Traversac " Péronne 1536... Le secret de Philippe Le Convers : Notes complémentaires à l'ouvrage Péronne 1536 ... L'héroïne et l'hérétique " 2026 (ISBN979-10-415-9322-4)
Brantôme, Les Dames galantes
Jean-Baptiste Caruel, Essai sur Rethel, G. Beauvarlet, Libraire-Éditeur, Rethel, 1891.
Bernard Allaire, La rumeur dorée Roberval et l'Amérique, Les éditions La Presse, commission de la capitale nationale du Québec, Musée de la civilisation (ISBN9 782897 051570)
Registre des " Foy, hommaiges et seremens de fidelite qui ont faictz et prestez " à Henri de Foix en 1533 et 1534 à raison de fiefs mouvants dudit seigneur dans les terres dont les noms suivent ... Source Gallica - Bnf/département des manuscrits - Français 4800
1316-1784 Liasse ... Archives du Palais de Monaco : " Aveux "
Pierre-Yves Testenoire Les Anagrammes, Que sais-je ?, n° 4176 1re édition 2021 (ISBN9 782715 400900)
La tradition d'une cryptographie satyrique médiévale - Lucien Janssens - Revue belge de Philologie et d'Histoire - Année 1992 - 70-4
Fédération des Sociétés d'Histoire et d' Archéologie de l'Aisne, Mémoires, Tome XLVII (2002), Une tour-résidence fortifiée de la fin de l'époque gothique à Cerny-lès-Bucy, pages 7 à 44, Christian Corvisier
Larousse dictionnaire du moyen français la Renaissance A. J. Greimas T.M. Keane 1992 (ISBN2-03-340322-X)