Marqueterie par découpe superposée

Meuble décoré.

La marqueterie par découpe superposée également appelée marqueterie Boulle, est une technique de marqueterie consistant à obtenir par la découpe simultanée de couches superposées de matériaux de nature différentes (bois d'essences variées, écaille de tortue, laiton, et étain le plus souvent) un jeu d’éléments pouvant se combiner entre eux afin que soit obtenu de manière similaire un nombre de compositions polychromes égal au nombre de matériaux utilisés.

Technique

Afin de découper les différents matériaux de manière similaire, tous les placages sont superposés dans un paquet. Ensuite, vient le découpage de chaque forme à la scie à chantourner dite bocfil ou au « chevalet de marqueteur » qui possède une lame très fine ; on découpe l'ensemble à la scie à découper.

On obtient donc à la suite de la découpe un nombre de jeux d'éléments équivalent au nombre de matériaux utilisés. On peut ainsi créer différents meubles présentant des motifs similaires mais aux matériaux inversés.

Appellation

Il est d'usage depuis le XVIIIe siècle d'appeler les compositions où le matériau organique (bois, écaille de tortue) compose le fond première partie et les compositions où le matériau métallique (laiton ou étain) compose le fond seconde partie ou contre-partie.

Histoire

Si André-Charles Boulle est à l'origine de ce que l'on appelle « la marqueterie Boulle », ce n'est pas réellement de lui que provient la marqueterie par découpe superposée. Néanmoins, c'est à lui que l'on peut attribuer la remise au gout du jour du XVIIe siècle de cette technique et la contribution à sa diffusion.

André-Charles Boulle est issu d'une famille d'artisans. En , son père s'établit comme compagnon menuisier en ébène à Paris. Dès son plus jeune âge, André-Charles Boulle reçoit une éducation variée, apprenant le dessin, la peinture et la menuiserie. Dès lors on décèle chez cet enfant un réel talent pour les beaux-arts. En , Boulle devient maître ébéniste en intégrant la manufacture des Gobelins sous la direction du peintre Charles Le Brun[1] et excelle dans le travail du bronze et de la marqueterie de bois. Il dirige son travail de façon à rester loin des influences italiennes et flamandes pour inventer un style nouveau, des types de meubles innovants qui seront à l’origine de sa renommée grandissante au fur et à mesure des années. En , il est remarqué par Colbert qui le présente alors au roi Louis XIV comme l’artisan « le plus habile dans son métier ». Ce dernier l’élève au rang de Premier ébéniste du Roi, succédant ainsi à Jean Macé. Un logement lui est proposé dans les galeries du Louvre. Ses travaux contribuèrent à la magnificence de l’intérieur du château de Versailles, tel qu’on le connait aujourd’hui.

En réalité, André-Charles Boulle ne fut pas l'inventeur de la marqueterie dite « Boulle » aussi appelée Tarsia a incastro. Elle naquit en Allemagne au milieu du XVIIe siècle, résultat de la collaboration d'un orfèvre et d'un ébéniste à Munich. Les éléments décoratifs n'étaient plus incrustés dans le bois mais découpés en feuilles qui sont ensuite collées sur la menuiserie, afin de servir de fond précieux à d'autres éléments rapportés, la technique rejoint ainsi celle de l'orfèvrerie. André-Charles Boulle reprit le procédé et le perfectionna en découpant un même motif sur deux matériaux superposés (cuivre/laiton et écaille de tortue). Obtenant ainsi deux panneaux en « partie » (en positif) avec un fond en écaille et ornements en cuivre et étain, et en « contrepartie » (en négatif) composé d'un fond en cuivre et ornements en écaille. Il appliquait également des bronzes (mascarons, griffes, frises, feuillages, etc.) sur les parties fragiles de ses meubles afin de les protéger, ces ornements permettaient ainsi de solidifier le meuble tout en participant à sa richesse esthétique.

Exemple d'utilisation

Piédestal -Louvre - OA 5460
Piédestal - Louvre - OA 5459


Partie et contrepartie peuvent par exemple être utilisées sur 2 meubles qui se répondent en différant uniquement par l'inversion des assemblages : là où la partie était utilisée, c'est la contrepartie qui est utilisée et inversement. Dans l'exemple particulier ci-après, où la partie était utilisée pour l'ensemble du meuble, c'est la contrepartie qui est utilisée sur l'ensemble de l'autre meuble.

C'est donc le cas dans la paire de piédestaux ci-contre où, pour l'un des piédestaux (à droite), le fût (partie inférieure) est à « décor de marqueterie en contrepartie d'écaille sur fond de laiton » tandis que le tablier (partie supérieure) est à « décor de marqueterie en contrepartie de corne sur fond d'étain »[2].

Inversement, pour l'autre élément (à gauche), le fût est à « décor de marqueterie en partie de laiton sur fond d'écaille » et le tablier est à « décor de marqueterie en partie d'étain sur fond de corne teintée bleu »[3].

Un exemple identique concerne une autre paire de piédestaux du musée du Louvre (numéros d'inventaire OA 5056 et OA 5057)[4],[5]. Un exemple quasi-analogue est représenté par la paire de meubles à hauteur d'appui du musée (numéros d'inventaire OA 5453 et OA 5454)[6],[7]. Une paire de piédestaux du Metropolitan Museum of Art est caractéristique également de cette décoration[8].

Notes et références

  1. ↑ François Lorand, « La marqueterie Boulle : une technique à travers les siècles », sur Antikeo Magazine, (consulté le )
  2. ↑ Piedestal en gaine, dit "à tablier", d'une paire (avec le OA 5459), site collections.louvre.fr, consulté le 21 septembre 2025.
  3. ↑ Piedestal en gaine, dit "à tablier", d'une paire (avec le OA 5060), site collections.louvre.fr, consulté le 21 septembre 2025.
  4. ↑ Piedestal en gaine, dit "à tablier", d'une paire (avec le OA 5056), site collections.louvre.fr, consulté le 21 septembre 2025.
  5. ↑ Piedestal en gaine, dit "à tablier", d'une paire (avec le OA 5057), site collections.louvre.fr, consulté le 21 septembre 2025.
  6. ↑ Meuble à hauteur d'appui, d'une paire (avec le OA 5454), site collections.louvre.fr, consulté le 21 septembre 2025.
  7. ↑ Meuble à hauteur d'appui, d'une paire (avec le OA 5453), site collections.louvre.fr, consulté le 21 septembre 2025.
  8. ↑ Paire de piédestaux, numéros d'inventaire 22.175.1 et .2., site metmuseum.org, consulté le 22 septembre 2025.

Liens externes

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