Mary Diana Dods

Mary Diana Dods
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Mary Diana Dods (c.1790–c.1830) est une écrivaine britannique d'origine écossaise. Ayant adopté une identité masculine y compris dans sa vie privée, la plupart de ses œuvres sont apparues sous le nom de plume de David Lyndsay, et plus rarement de Walter Sholto Douglas. Amie proche et confidente de Mary Shelley, elle a vécu une partie de sa vie en tant qu'époux d'Isabella Robinson Douglas.

Biographie

Enfance et éducation

Mary Diana Dods naît dans les années 1790 et serait, d'après The biographical dictionary of Scottish women, la fille illégitime de George Douglas, le 16e comte de Morton, fils de Charles Sholto Douglas[1], ainsi que sa sœur aînée, Georgiana Dods Carter. Les deux sœurs sont élevées ensemble dans deux résidences, à Dalmahoy House, le domaine écossais de leur père, et à Londres[1].

Le succès des travaux publiés sous le pseudonyme masculin « David Lyndsay » de Mary Diana Dods, suggère qu'elle avait reçu une éducation substantielle[2]. Bien que l'éducation des femmes soit meilleure en Écosse qu'en Angleterre au XIXe siècle, elle reste simpliste. Tout au plus, les femmes apprenaient l'étiquette de base et l'entretien ménager auprès de gouvernantes embauchées. L'éducation de Mary Diana Dods est attribuée au système écossais des écoles paroissiales[3]. Contrairement à l'université d'Édimbourg, celles-ci éduquaient les deux sexes. Une autre théorie est que le père de Mary Diana Dods était assez riche pour rétribuer des tuteurs domestiques supplémentaires[3]. Betty T. Bennett, biographe de Mary Diana Dods et de Mary Shelley, étudiant les correspondances de Dods, précise qu'une lettre à son éditeur, sous le pseudonyme de David Lyndsay, se réclame d'une éducation avec les « meilleurs maîtres »[3].

Travaux

Certains des drames écrits par Dods sont publiés sous le nom de Lyndsay dans le Blackwood's Magazine[4], tout comme plusieurs de ses histoires, qui sont considérées « comme tout à fait dans la veine des contes orientaux de Byron. »[5]. Dods-Lyndsay, admet admirer Byron pour son écriture, mais nie catégoriquement avoir plagié son travail[6].

Lyndsay envoie au moins six contributions au Blackwood's Magazine. Celles confirmées incluent The Death of Isaiah - a Fragment, Horae Gallicae. No. I. Raynouard's States of Blois, The Mount of Olives, The Plague of Darkness, The Last Plague, The Ring and the Stream et Vigil of St. Mark[7]. Un autre ouvrage clé est Dramas of the Ancient World, écrit à l'invitation de William Blackwood, qui paraît en 1822 sous le nom de David Lyndsay[8]. Tales of the Wild and the Wonderful (1825) est publié sous le pseudonyme « George Borrow »[9], avec le soutien de l'amie proche de Dods, Mary Shelley. Cet ouvrage a contribué à la vulgarisation des contes de fées allemands[10].

Dods, en tant que David Lyndsay, s'élève de son vivant dans les cercles littéraires d'Angleterre et de France. Elle semble avoir connu le Général Lafayette, Lord Byron, Prosper Mérimée et Stendhal[11]. Elle explique son utilisation de pseudonymes à son père dans une lettre du  : « « Une fois par trimestre environ, j'écris une critique pour les Reviewers [revues critiques] sur une œuvre populaire, n'importe laquelle qui soit à la mode, ce qui me vaut d'être considérée comme l'une des plus intelligentes et des plus perspicaces de cette race de vipères. Je suis assez bien payée, dix guinées par feuille, mais comme je ne signe pas de mon nom, je n'ose pas avouer la vérité, de peur que les auteurs en colère dont je suis obligée de malmener les œuvres dans le cadre de ma profession ne me rendent la pareille et ne me malmènent à leur tour. »[8].

Écrire en tant qu'auteur masculin au début du XIXe siècle donne à Dods une grande liberté. Jeune femme, son riche père ignore souvent ses demandes d'argent - sa sœur Georgiana reçoit généralement une somme plus importante et plus souvent[12]. Le père de Mary Dods semble faire moins confiance à sa responsabilité financière qu'à sa sœur, une limitation qui maintient les deux jeunes femmes dans une dette perpétuelle. Les reçus de dettes et les factures, fournissent des preuves du lien de Mary Dods avec ses fausses personnalités - Lyndsay et Douglas[12]. Écrivant sous le nom de Lyndsay, Mary Dods développe son ingéniosité littéraire et évite de travailler dans le rôle plus socialement acceptable d'une gouvernante[13]. Grâce à ses écrits, elle commence à atteindre les cercles littéraires de Lord Byron et de Mary Shelley[2]. Les lettres de Mary Shelley, qui sont au centre des recherches biographiques de Bennett, révèlent des détails sur les identités masculines adoptées par Dods dans sa vie et sa carrière[14].

Identités

David Lyndsay

Le pseudonyme initial de Dods est David Lyndsay, qu'elle choisit dans le but de subvenir à ses besoins en tant qu'écrivain tout en vivant avec sa sœur Georgiana Carter. Le mari de Carter est décédé peu après leur mariage et les sœurs vivent ensemble à Londres. En , la première des lettres apparaît entre Lyndsay et l'éditeur du Blackwood's Magazine, William Blackwood[15]. En tant que Lyndsay, Dods reçoit des critiques et des éloges pour son travail publié dans le magazine. Il est reconnu comme un bon écrivain par les critiques du magazine[2]. En 1822, des lettres commencent à faire mention d'une maladie du foie qui occupe Lyndsay et l'empêche de livrer son travail à temps[16].

Ces correspondances révèlent quelques détails biographiques. Dods, sous le nom de Lyndsay, raconte des détails sur sa vie tels que son héritage écossais, ses facilités linguistiques - elle parle couramment le français, l'allemand, l'italien, et le latin[17] et le fait qu'elle est une bonne critique de théâtre[18]. D'autres petits détails confirment la relation Dods et Lyndsay. Des lettres séparées, sous chacun des deux noms, racontent une relation difficile et exigeante avec leur père[19].

Walter Sholto Douglas

Dods vit également sous l'identité masculine d'un diplomate et érudit, qu'elle nomme Walter Sholto Douglas. Sous ce nom, Dods devient l'époux d'Isabella Robinson Douglas, une amie de Mary Shelley[20]. Le mariage a été organisé en partie pour cacher la grossesse illégitime de Robinson[2]. Lorsque l'enfant naît, Dods et Robinson nomment la petite fille Adeline Douglas. Lorsque celle-ci épouse Henry Drummond Wolff en 1853, Adeline cite son défunt père comme « Walter Sholto Douglas », ce qui confirme que Dods vivait sous une identité d'homme[1],[21]. La correspondance entre Dods et Jane Williams au milieu des années 1820 suggère qu'ils avaient eux aussi des relations étroites[22].

En 1827, Shelley aide Dods et Robinson à obtenir de faux passeports leur permettant de se rendre à Paris en tant que M. et Mme Douglas[23]. La description de Douglas pour le passeport parle de « lui » comme petit avec des cheveux noirs bouclés et des yeux noirs. Dans un livre d'Eliza Rennie, biographe de Mary Shelley, Dods est décrite de la même manière : « Des yeux noirs très vifs et perçants, un teint extrêmement pâle et malsain... sa silhouette était petite... [Les cheveux de Dods] coupés, bouclés, courts et épais »[24]. Rennie ajoute qu'à première vue, Dods apparaît comme « quelqu'un du genre masculin »[2].

Cependant, ces similitudes soutiennent plutôt qu'elles ne prouvent l'identité. Dans une autre section de son livre sur Shelley, Rennie écrit : « 'Miss Dods' était un pseudonyme pour M. ---. » Cela confirme que Rennie connaissait les identités alternatives de Dods[25].

Les lettres entre Mary Shelley et des connaissances littéraires suggèrent des vérités similaires sur l'identité de Dods. Shelley correspondait à la fois avec Lyndsay et Dods et la similitude évidente de leur écriture confirme leur identité en tant qu'écrivain unique[26]. Shelley écrit : « Priez, consolez ma chère Doddy pour [espace vide], elle est très triste et a des raisons de l'être. »[27]. En lisant le reste des lettres de Shelley et Lyndsay avec le recul, et d'autres lettres à des amis littéraires, Bennett confirme l'identité féminine de Douglas et de Lyndsay[2].

Pilosité factice

Plus tard, Dods subit de nouvelles attaques de maladie du foie et d'autres maladies mentales et physiques non-nommées[2]. Il n'y a aucune preuve claire quant à savoir si les relations entre Dods et Isabella Robinson étaient romantiques, mais ce n'est pas impossible. Le déclin du bien-être mental et physique de Dods coïncide avec leur séparation pendant une longue période[2]. Après une vie de luttes financières et de dettes, Dods sous l'identité de Douglas se retrouve dans une prison pour débiteurs[4]. Là-bas, elle demande à un ami de lui faire apporter une moustache et de faux favoris, dans le style de l'époque[28]. Bennett interprète cette demande de Dods moins par sa préoccupation de maintenir son identité masculine que par son besoin d'en avoir une[29]. Vivre en tant que femme n'avait pas fonctionné pour elle et elle subissait la ruine en tant qu'homme[30].

On pense que Dods est morte de ses maux entre et , après plusieurs mois de prison[8].

Publications

  • (en) David Lyndsay (dialogues), Dramas of the ancient world, Printed for William Blackwood and T. Cadell, Strand London, , 278 p. (OCLC 6564535, lire en ligne).
  • (en) Mary Diana Dods et George Borrow (auteur douteux) (livre numérique), Tales of the Wild and the Wonderful, Project Gutenberg, (1re éd. 1825) (OCLC 1339923695, lire en ligne)

Héritage

Les histoires secrètes de Lady Adeline Douglas Wolff sur la façon dont le premier « mari » de sa mère, Isabella Robinson, a changé de genre pour un gain littéraire et personnel auraient pu plaire à sa propre fille, l'auteur rebelle Adeline Georgiana Isabel Kingscote, qui a publié plusieurs de ses premiers romans sous le pseudonyme masculin « Lucas Cleve ».

Notes et références

  1. Ewan 2007, p. 97.
  2. (en) Betty T. Bennett, Mary Diana Dods : a gentleman and a scholar, Hopkins Univ. Press, (ISBN 978-0801849848, OCLC 634508279)
  3. Bennett 1991, p. 104.
  4. (en) Phyllis Rose, « Clothes make the man », The Washington Post,‎ (lire en ligne Inscription nécessaire)
  5. note 83, p. 229.
  6. Bennett 1991, p. 45-46.
  7. (en) « Lyndsay, David » (liste de publications), sur Worldcat Identities, (consulté le )
  8. (en) Geraldine Friedman, « Pseudonymity, Passing, and Queer Biography: The Case of Mary Diana Dods – Romanticism on the Net », sur Érudit, (consulté le )
  9. (en) George Borrow et August Apel (pseudonyme de Mary Diana Dods), Tales of the Wild and the Wonderful [1825], (1re éd. 1825) (lire en ligne)
  10. (en) William Baker, « The Cambridge Guide to Women's Writing in English; Lorna Sage. », Reference Reviews, vol. 14, no 2,‎ , p. 21 (ISSN 0950-4125, DOI 10.1108/rr.2000.14.2.21.73)
  11. Bennett 1991, p. 1.
  12. Bennett 1991, p. 193.
  13. Bennett 1991, p. 218.
  14. Bennett 1991, p. 278.
  15. Bennet 1991, p. 43.
  16. Bennett 1991, p. 49.
  17. Bennett 1991, p. 52.
  18. Bennett 1991, p. 47, 49.
  19. Bennett 1991, p. 103.
  20. (en) Catherine Redford, « 'The till now unseen object of my mad idolatry' : The Presence of Jane Williams in Mary Shelley's The Last Man », Romanticism, Edinburgh University Press, vol. 19, no 1,‎ , p. 92 (DOI 10.3366/rom.2013.0115)
  21. (en) Lorna Sage, Dods, Mary Diana ("David Lyndsay") dans The Cambridge Guide to Women's Writing in English, Cambridge University Press, , 696 p. (ISBN 978-0521668132, lire en ligne Inscription nécessaire), p. 196
  22. (en) Charlotte Gordon, Romantic Outlaws: The Extraordinary Lives of Mary Wollstonecraft and Her Daughter Mary Shelley, Random House Publishing Group, (ISBN 978-0-8129-9651-7, lire en ligne)
  23. (en) Martha Vicinus, « Reviewed Work - Mary Diana Dods : A Gentleman and a Scholar by Betty T. Bennett », Keats-Shelley Journal, vol. 41,‎ , p. 260–262 (JSTOR 30210452)
  24. Bennett 1991, p. 93.
  25. Bennett 1991, p. 93-94.
  26. Bennett 1991, p. 61.
  27. Bennett 1991, p. 77.
  28. (en) Christopher Oldstone-Moore, « The Beard Movement in Victorian Britain », Victorian Studies, vol. 48, no 1,‎ , p. 7–34 (ISSN 0042-5222, DOI 10.2979/vic.2005.48.1.7, S2CID 143774134)
  29. (en) Kirsty McHugh, « “I am always uncertain whether or not I see a real or an assumed signature”: David Lyndsay, Mary Diana Dods and Walter Sholto Douglas  », sur National Library of Scotland Blog, (consulté le )
  30. Bennett 1991, p. 227.

Pour approfondir

Bibliographie

  • (en) Betty T. Bennett, Mary Diana Dods, a gentleman and scholar, New York, William Morrow and Company, Inc., , 303 p. (ISBN 978-0-688-08717-3 et 0688087175, OCLC 22310692, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (en) Elizabeth Ewan, Sue Innes et Sian Reynolds, The biographical dictionary of Scottish women: from the earliest times to 2004, Edinburgh, Edinburgh University Press, , 403 p. (ISBN 978-0-7486-2660-1 et 0748626603, OCLC 1062288791, lire en ligne).
  • (en) Christopher Oldstone-Moore, « The Beard Movement in Victorian Britain », Victorian Studies, vol. 48, no 1,‎ , p. 7–34 (ISSN 0042-5222, lire en ligne Inscription nécessaire, consulté le ).
  • (en) Lorna Sage, Dods, Mary Diana ("David Lyndsay") dans The Cambridge guide to women's writing in English, Cambridge University Press, , 696 p. (ISBN 978-0-521-66813-2, 978-0-521-49525-7 et 978-1-84972-134-9, lire en ligne), p. 196.
  • Catherine Sauvat, Pas son genre. Mary Diana Dods allias David Lindsay dans Ils sont elles : Histoires extraordinaires d'écrivains qui ont choisi des noms d'hommes, Paris, Flammarion, , 320 p. (ISBN 9782080437822, lire en ligne), p. 35-42.
  • (en) Natasha Tidd et Anna Stileski, The Best of Mary Diana Dods : An Author Ahead of Their Time, WordFire Press LLC, (ISBN 978-1-68057-360-2, lire en ligne).
  • (en) Carlisle Yingst, « “Mourn, but for the Mourners”: David Lyndsay and the Writing of Trans Romantic Histories », European Romantic Review, vol. 36, no 2,‎ , p. 267–284 (ISSN 1050-9585 et 1740-4657, DOI 10.1080/10509585.2025.2494346, lire en ligne, consulté le ).

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