Massacre de Sarrians
| Massacre de Sarrians | ||||
Le monument aux morts de Sarrians où est apposé une plaque commémorative indiquant le nom des quatre victimes. | ||||
| Date | ||||
|---|---|---|---|---|
| Lieu | Sarrians, |
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| Victimes | Civils et résistants français | |||
| Type | exécutés | |||
| Morts | 4 | |||
| Blessés | 1 | |||
| Auteurs | ||||
| Ordonné par | Jacques Tricon | |||
| Participants | ||||
| Guerre | Seconde Guerre mondiale | |||
| Coordonnées | 44° 05′ 03″ nord, 4° 58′ 19″ est | |||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Provence-Alpes-Côte d'Azur
Géolocalisation sur la carte : Vaucluse
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Le massacre de Sarrians désigne une série d’exactions commises le 1er août 1944[1] dans la commune de Sarrians en Vaucluse, durant la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de la répression menée contre la Résistance française par les forces d'occupation.
Ce jour-là, un commando de collaborateurs français appartenant aux Groupes d’action pour la justice sociale, appuyé par des soldats allemands, mène une opération dans le village[2]. Deux civils sont abattus alors qu’ils tentent de porter secours à une victime, tandis qu’un responsable local des FTP, Albin Durand, et son ouvrier agricole Antoine Diouf sont arrêtés, torturés puis exécutés[2]. Après la guerre, plusieurs responsables de ces exactions échappent toutefois à des poursuites effectives ou bénéficient de sanctions limitées[3].
Contexte
À l’été 1944, après le débarquement allié en Normandie et dans l’attente de celui de Provence, les forces d’occupation allemandes et leurs auxiliaires intensifient la répression violente contre les résistants et la population civile[4]. Dans le Vaucluse, les groupes de la Résistance, notamment les Francs-tireurs et partisans (FTP), multiplient les actions de sabotage et de soutien aux maquis[5]’[6].
Entre le 31 juillet et le 1er août 1944, un commando de collaborateurs du Parti populaire français (PPF) agissant avec des membres de la Gestapo et le soutien de soldats allemands, mène plusieurs opérations dans des localités du Vaucluse, notamment à Malaucène (10 arrestations) et Violès (un assassinat et une arrestation)[2]’[7].
Dans ce contexte, Albin Durand[2], agriculteur à Sarrians, militant communiste et responsable local FTP, bien connu pour ses opinions politiques, ayant déjà été arrêté, est particulièrement ciblé en raison de son engagement. Sa ferme en particulier sert de lieu de réunion clandestine et de point de ravitaillement pour les maquis[2].
Déroulement
Le 1er août 1944, en fin de journée, le commando de collaborateurs français, appuyé par des soldats de la Wehrmacht, investit le village de Sarrians à la recherche de résistants. Il semblerait qu'ils aient été renseignés suite à une dénonciation[2]. Au cours de l’opération, Paul Roux[8] et Lucien Faraud[9], deux habitants du village, sont grièvement atteints alors qu’ils portent secours à Marcel Chassillan, blessé par les assaillants. Paul Roux est achevé par un soldat allemand, tandis que Lucien Faraud qui revenait d'une mission pour le compte du Maquis Ventoux succombe deux jours plus tard à l'hôpital de sa blessure[2]’[7].
Les assaillants se rendent ensuite à la ferme d’Albin Durand, où ils procèdent à son arrestation ainsi qu’à celle de son ouvrier agricole, Antoine Diouf[7], militant communiste et résistant. Après avoir fouillé les lieux à la recherche d’armes sans succès, ils soumettent les deux hommes à la torture et à des sévices d'une extrême brutalité. Tous deux sont finalement exécutés puis la ferme est incendiée à l’issue des exactions. Sa femme et ses deux filles présentes sur les lieux furent arrêtées et emprisonnées à Avignon[2].
Victimes
Les victimes sont au nombre de quatre:
- Paul Roux, âgé de 39 ans: originaire de Sarrians, blessé puis achevé[8];
- Lucien Faraud, âgé de 46 ans: originaire de Sarrians, cultivateur et agent de liaison du Front national, gravement blessé, il mourut le 3 août à la clinique de Carpentras[9];
- Albin Durand, âge de 48 ans: originaire d'Aubignan, exploitant agricole, membre du PCF, responsable local FTPF. Il est torturé puis exécuté[2];
- Antoine Diouf, âgé de 34 ans: métis originaire de Marseille, ouvrier agricole, membre du PCF. Il est torturé puis exécuté avec Albin Durand[7].
Auteurs
Ces exactions sont commises par des membres des Groupes d'action pour la justice sociale (GAPPF) lié au PPF[10],[11]. Créés en 1944 pour protéger les familles de militants et traquer les réfractaires au STO, ces groupes échappent rapidement au contrôle du PPF et agissent au service du « Sicherheitsdienst » (SD) et du « Sicherheitspolizei » (Sipo), la police militaire allemande. Ils participent alors à la répression contre les résistants et à la traque des Juifs[10],[11]. Selon des témoignages et diverses sources, plusieurs membres de ce groupe auraient été identifiés[12]:
- Jacques Tricon, chef départemental du PPF;
- Pierre Terrier, ancien stagiaire d’une unité Waffen-SS et interprète pour la Gestapo;
- Robert Conrad, interprète de la Gestapo;
- Jacques Tourrou, membre du commando;
- Gaétan (identité partielle), truand originaire de Nîmes.
Après la guerre, les responsables du commando échappent à la justice, beaucoup étant parvenus à fuir. Le chef du groupe, Jacques Tricon, se réfugie au Brésil, Pierre Terrier en RFA, tandis que Jacques Tourrou part au Maroc[3]. Seul deux seront jugés tardivement, après la disparition des juridictions d’épuration de la Libération, devant des tribunaux militaires et sur la base de dossiers d'instructions jugés insuffisants: Tricon est acquitté, tandis que Tourrou est condamné à six ans de travaux forcés, peine qui ne sera finalement pas exécutée et sera amnistiée en 1962[3].
Libération
Après le débarquement allié en Provence le 15 août 1944, les troupes allemandes de la 19e armée, stationnées dans le sud-est de la France, reçoivent l’ordre le 18 août de se replier vers la vallée du Rhône afin d’échapper à l’encerclement[4]. Jusqu’au 23 août, Sarrians et le secteur de Carpentras vivent sous la menace des derniers convois allemands évacuant la région, alors que les forces alliées progressent rapidement vers la Durance. Le 24 août, la zone est pratiquement abandonnée par les troupes allemandes repliées le long du Rhône et la région de Montélimar afin d’éviter l’encerclement[4].
Après avoir franchi la Durance au petit matin et libéré Avignon vers midi, des éléments du 2nd platoon de la 3rd Reconnaissance Troop de la 3rd Infantry Division américaine atteignent Carpentras puis Sarrians dans la soirée du 25 août 1944[13]. L’arrivée des forces alliées est suivie de scènes de liesse, marquant la Libération effective de la région[4]. Les obsèques des quatre victimes du massacre sont organisées quelques jours plus tard le 29 août 1944 et rassemblent une foule importante, traduisant l’émotion suscitée par ces événements[2]’[7].
Concernant les circonstances de la dénonciation, un médecin de Sarrians, sa femme et leur domestique auraient été désignés par la vindicte populaire comme les principaux dénonciateurs à la Libération. Le couple accusé aurait ensuite été exécuté publiquement dans le village le 30 septembre 1944, sans que davantage d’éléments ne permettent d’en confirmer les circonstances exactes, dans un contexte marqué par les règlements de comptes de l’épuration sauvage[2].
Mémoires
Depuis la fin de la guerre, des cérémonies commémoratives sont organisées chaque année à Sarrians, le 1er août, au monument aux morts où figurent les noms des victimes[1],[12],[3],[14]. Dans le cadre du travail de mémoire d'après-guerre, les deux résistants ont également donné leur nom à plusieurs voies publiques dans le département à Sarrians, Aubignan, Cavaillon, Avignon, Caderousse, Carpentras et Orange[15].
Le souvenir d’Albin Durand est également utilisé dès 1945 pour donner son nom à plusieurs cellules communistes à Sarrians, au Thor et à Cavaillon. Il figure aussi sur le monument dédié aux joueurs de rugby morts pendant la guerre, inauguré au stade de Carpentras en 1947, mais aujourd’hui détérioré et non reconstruit[2]. Par ailleurs, la place de la mairie de Sarrians a été rebaptisée « place du 1er août 1944 », en hommage aux résistants et aux victimes de cette journée[16]. Enfin, une association locale, les « Amis d’Antoine Diouf et d’Albin Durand », œuvre depuis 2004 à la préservation de la mémoire des victimes et à la transmission de l’histoire de la Résistance dans le Vaucluse[17].
Le village conserve également la mémoire d’autres violences survenues dans le contexte de la fin de l’Occupation, notamment avec l'assassinat de Marius Bastidon[18], abattu le 20 août 1944 alors qu’il redescendait du Ventoux où il ravitaillait le maquis, ainsi que celle de Pierre Charrasse[19], âgé de 12 ans, abattu le 27 mars 1944 sur la colline de la Sainte-Croix alors qu’il jouait avec des amis lors du passage d’une troupe allemande[2],[18].
Références
- J.B, « Sarrians commémore ses martyrs assassinés en août 44 » (article de presse), sur La Provence, (consulté le )
- Maitron - Les fusillés 1940 - 1944, « DURAND Albin, Henri » (fiche), sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
- Anne-France Breuillot, « Discours, au nom du PCF, d'hommage à Albin Durand et Antoine Diouf. », sur ROUGE CERISE, (consulté le )
- Aimé Autrand, Le département de Vaucluse, de la défaite à la libération : mai 1940-25 août 1944, Aubanel, (lire en ligne)
- ↑ Claude Arnoux et Maurice Ferber, Maquis Ventoux, quelques pages de la Résistance en Vaucluse, Avignon, Les Presses Universelles, , 243 p.
- ↑ Serge Issautier, La Résistance en Vaucluse, documents et témoignages, Avignon, Centre Départemental De Documentation Pédagogique (no 8), , 16 p.
- Maitron - Les fusillés 1940 - 1944, « DIOUF Antoine, Gabriel » (fiche), sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
- Maitron - Les fusillés 1940 - 1944, « ROUX Paul, Pierre », sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
- Maitron - Les fusillés 1940 - 1944, « FARAUD Lucien, Louis, Joseph », sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
- Christelle Fageot, La milice en Vaucluse: 1943-1945, Études comtadines, , 244 p. (ISBN 978-2-9528874-5-8)
- Jean-Marc Berlière, « Parti populaire français (PPF): », dans Polices des temps noirs, Perrin, (ISBN 978-2-262-03561-7), p. 674–700
- Roger Martin, « 72 ème anniversaire du massacre de Sarrians. Discours de Roger Martin » (discours), sur ROUGE CERISE, (consulté le )
- ↑ (en) Donald Gilbert Taggart, History Of The Third Infantry Division In World War II, Washington, Infantry Journal Press, (lire en ligne), p. 218
- ↑ Rouge Cerise PCF 84, « Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019 », sur ROUGE CERISE, (consulté le )
- ↑ Virginie Batailler, « Carpentras : le parking Antoine-Diouf, nouveau site de covoiturage » (article de presse), sur La Provence, (consulté le )
- ↑ Ville de Sarrians, « Patrimoine : La place de la mairie a été rebaptisée "du 1er août 1944" : un hommage aux résistants » [archive du ], sur Sarrians (consulté le )
- ↑ L'Annuaire des Entreprises, « AMIS D'ANTOINE DIOUF ALBIN DURAND », sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr
- Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « BASTIDON Marius, Louis », sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
- ↑ [AC 21 P 324427] Service historique de la Défense, « CHARRASSE Pierre Jean », sur memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
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