Maurikios Chartularios

L’exarchat de Ravenne et le duché de Rome vers 600.

Maurikios Chartoularios (en français : Maurice le Chartulaire[1] ; en grec : Μαυρίκιος ὁ χαρτουλάριος) est un fonctionnaire et militaire de l’Empire byzantin actif au VIIᵉ siècle.

En 638, sous le règne de l’empereur Héraclius, il est envoyé à Rome afin d’obtenir l’adhésion du pape élu Séverin à l’Ecthèse, acte impérial à portée doctrinale. Le refus de Séverin entraîne la non-confirmation de son élection pontificale par le pouvoir impérial.

En 640, Maurikios, agissant au nom de l’empereur, procède à la saisie du trésor de la papauté. Peu après, Séverin est consacré pape.

En 643, alors qu’il exerce des fonctions militaires, Maurikios se soulève contre l’empereur Constant II et tente d’établir l’autonomie du duché de Rome. L’insurrection est réprimée ; Maurikios est arrêté et exécuté à Ravenne.

Contexte historique

La rébellion de Maurice le Chartulaire au cours du règne d’Héraclius (de 610 à 641) s’inscrit dans la double crise financière et religieuse que traverse l’empire byzantin à cette époque.

Les dernières années du règne d’Héraclius voient les recettes du royaume chuter après le retrait byzantin de Syrie quand les menaces aux frontières accroissent ses dépenses militaires. En Italie, les richesses de la papauté deviennent source d’envie. Sur le plan religieux, face à l'islam qui s’est imposé dans les provinces orientales et menace l’unité de l’empire, Héraclius fait proclamer en 638 une confession de foi, l’Ecthèse[N 1]. Il s'agit d'un édit définissant le monothéisme affirmant que le Christ n'a qu'une seule volonté. Il entend la faire approuver par le pape Séverin (r. 638 - 640) nouvellement élu, mais non encore consacré[2].

Maurice à Rome

Médaillon de la frise des papes à Saint-Paul-hors-les-Murs représentant (de façon imaginaire) le pape Séverin.

En apprenant la mort du pape Honorius (r. 635-638), Héraclius charge son chartulaire, Maurice, de se rendre à Rome pour exiger du nouveau pape Séverin qu’il donne son assentiment à l’Ecthèse, promulguée comme un édit impérial et dès lors ayant force de loi dans tout l’empire. Avant de se rendre à Rome, Maurice informe l’exarque de Ravenne, Isaac de sa mission puisque le duché de Rome est soumis à son autorité. L’Ecthèse souscrivant en partie à la thèse monophysite, Séverin ne veut pas l’approuver[3]. L'exarque refuse alors de confirmer l'élection papale, celle-ci étant encore soumise à l’approbation de l’empereur. Chacun campe sur ses positions jusqu’au début de l’année 640. Aidé par les troupes byzantines stationnées à Rome, Maurice s'empare alors de la sacristie de la basilique Saint-Jean-de-Latran, où est entreposé le trésor de la papauté. Déterminé à faire plier le pape, Isaac charge Maurice de piller également le palais du Latran.

Maurice rassemble un groupe de nobles locaux mécontents parce que leurs troupes n’ont pas été payées depuis un certain temps. Il accuse le précédent pape Honorius Ier de s'être indûment approprié l'argent destiné à la solde des troupes et de l'avoir utilisé pour construire et moderniser les églises, le reste servant à enrichir le trésor papal. Une foule se forme alors et se précipite en masse vers le palais. Le pape et ses gardes réussissent à la maintenir hors du palais. Maurice tente une autre tactique : trois jours plus tard, il entre avec les juges de la ville dans le palais qui cette fois-ci capitule. Ils rassemblent le trésor et Maurice fait informer l'exarque que celui-ci peut désormais s'approprier les sommes que Constantinople tarde à envoyer. L’exarque se précipite à Rome où il poursuit pendant huit jours une minutieuse inspection des richesses. Il éloigne les évêques gardiens du trésor, distribue les arriérés de solde aux troupes et partage le reste du butin avec d'autres officiels[4]. Il n'oublie pas non plus d’expédier prudemment une partie du trésor à Constantinople pour éviter le mécontentement de l'empereur[5],[6].

En 643, Maurice, maintenant nommé gouverneur (doux) de Rome, décide de renouveler son pillage, déterminé cette fois à ne le partager avec personne. Accusant l’exarque de vouloir usurper le trône impérial, il tente de persuader la population de Rome et des villes avoisinantes de se ranger derrière lui ; il proclame l’indépendance du duché de Rome, le soustrayant à l’autorité de l’exarque de Ravenne et de l’empereur Constant II (r. 641-668). L’exarque envoie immédiatement le commandant des armées (magister militum) Donus mettre un terme à la révolte. Maurice tente en vain de se réfugier dans l’église Sancta Maria ad Praesepe ; il est trainé hors de l’église et envoyé, enchainé, à Ravenne. Il y est exécuté et sa tête exposée sur un pieu au milieu du cirque, châtiment habituel des rebelles[7].

Notes et références

Notes

  1. Symbole de foi proclamé en 638 par l'empereur Héraclius qui tentait de concilier l'orthodoxie proclamée lors du Concile de Chalcédoine professée surtout en Occident et le monothélisme des provinces orientales

Références

  1. Dans l'administration de l'Empire byzantin, les "chartulaires" étaient une des principales catégories de fonctionnaires exerçant des tâches administratives et fiscales, soit comme subalternes dans un département ou une province, soit comme chefs de bureaux indépendants.
  2. Kaegi 2003, p. 272-273.
  3. Gobry 20013, p. 454.
  4. Rendina 1983, p. 179.
  5. Richards 1979, p. 184.
  6. Liber pontificalis; 65-66 dans l’édition Davies, I :328-329 dans l’édition Duchesne
  7. Herrin 2020, p. 236.

Bibliographie

  • Ivan Gobry, Dictionnaire des papes, Paris, Pygmalion, , 537 p. (ISBN 978-2-7564-1039-5).
  • (en) Judith Herrin, Ravenna : Capital of Empire, Crucible of Europe, Princeton & Oxford, Princeton University Press, , 537 p. (ISBN 978-0-691-15343-8).
  • (en) Walter E. Kaegi, Heraclius, Emperor of Byzantium, Cambridge, Cambridge University Press, , 359 p. (ISBN 0-521-03698-4).
  • (it) Claudio Redina, I Papi : Storia e segreti., Roma, Newton & Compton, (ISBN 9788822738363).
  • (en) Jeffery Richards, The Popes and the Papacy in the Early Middle Ages, 476-752, Routledge, (ISBN 9781138777880).
  • (en) Friedhelm Winkelmann, Prosopography of the Middle Byzantine period, vol. 3, Berlin, De Gruyter, (ISBN 978-1-897747-32-2), p. 198 No. 4894.

Voir aussi

Articles connexes

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