Messor ibericus
Fourmi moissonneuse ibérique
Messor ibericus, la Fourmi moissonneuse ibérique, est une espèce de fourmis de la sous-famille des Myrmicinae. On la trouve dans toute l'Europe, mais principalement dans la péninsule Ibérique[1]. Ces fourmis préfèrent les zones sèches et ouvertes (broussailles et prairies), et se nourrissent de différentes graines[2].
Les reines de M. ibericus fécondées par des mâles de la même espèce ne donnent naissance qu'à des reines. Fécondées par des mâles de l'espèce M. structor, elles produisent des ouvrières hybrides et, dans le cas de certaines populations, des mâles M. structor.
Description
M. ibericus est de couleur brun rougeâtre. Les ouvrières et les reines sont respectivement longues de 4 à 9 et 9 à 10 mm[1]. Leurs yeux sont relativement petits[2].
L'espèce ressemble à M. structor mais les mâles se distinguent de ceux de M. structor par la présence de poils (les mâles de M. structor sont glabres)[3]. Les ouvrières peuvent aussi être distinguées, le premier article du funicule étant plus long chez M. structor.
Reproduction

Les reines de M. ibericus ont un mode de reproduction très particulier : elles ont besoin du sperme de mâles d'une autre espèce, M. structor, pour donner naissance à des ouvrières (parasitisme de sperme), et elles sont capables de donner naissance à des mâles de cette autre espèce (xénoparité). Ces deux caractéristiques sont remarquables, d'autant plus qu'il ne s'agit pas de deux espèces-sœurs, leur dernier ancêtre commun ayant vécu il y a environ cinq millions d'années[4].
Parasitisme de sperme
Comme chez d'autres espèces de fourmis[5], les reines de M. ibericus se font féconder par des mâles d'une autre espèce (M. structor) et donnent naissance à des ouvrières hybrides, et comme chez d'autres espèces du genre Messor ce parasitisme est obligatoire : les reines peuvent toujours produire des descendants mâles de leur propre espèce, mais leur sperme n'est pas capable de produire des ouvrières, seulement des reines[3].
Xénoparité
Les reines de M. ibericus peuvent de plus produire des mâles de l'espèce M. structor, en pondant des œufs dont le noyau contient uniquement de l'ADN de M. structor. L'ADN maternel de l'œuf est retiré, ne conservant que l'ADN nucléaire du spermatozoïde (l'ADN mitochondrial de l'œuf, en revanche, est celui de la reine), ce qui entraîne une reproduction clonale de ces mâles. Le terme xénoparité a été créé pour décrire cette production de descendants d'une espèce différente, qui permet la présence de colonies de M. ibericus dans des zones dont celles de M. structor sont absentes[6],[3]. Ce phénomène inédit est le seul exemple connu d'une espèce animale capable de cloner naturellement une autre espèce[7].
Différences phénotypiques
Les mâles formé par l'hybridation entre ces deux espèces possèdent des différences avec les mâles M. structor sauvages. Les mâles hybrides possèdent moins de poils et semblent glabres lorsqu'on les compare aux mâles sauvages (et de même avec les mâles M. ibericus). L'origine de cette différence est discutée et peut provenir de différents facteurs, l'incompatibilité des génomes mitochondriaux et nucléaires des deux espèces ou la plasticité due à l'environnement — contrôlé par une espèce différente de la sienne — dans lequel il est élevé[3].
Ces différences, conjuguées aux reproductions entre M. structor mâles hybrides et femelles sauvages rares, suggèrent que cette relation de parasitisme sexuel obligatoire est une forme de domestication[3].
Dénomination
Ce taxon porte en français les noms vernaculaires ou normalisés suivants : Fourmi moissonneuse ibérique.[réf. nécessaire]
Systématique
Le nom valide complet (avec auteur) de ce taxon est Messor ibericus Santschi, 1925[8].
Cette espèce a été initialement décrite comme étant une sous-espèce de Messor structor sous le protonyme Messor structor var. ibericus Santschi, 1925[8],[9]
Messor ibericus a pour synonymes[10] :
- Messor structor novaki Finzi, 1929
- Messor structor var. ibericus Santschi, 1925
Publication originale
- F. Santschi, « Fourmis d'Espagne et autres espèces paléarctiques (Hymenopt.) », Eos, vol. 1, no 4, , p. 339-360 (ISSN 0013-9440, OCLC 609933405, lire en ligne).
Notes et références
- « Messor ibericus (starter kit) », sur antsrus.com (consulté le ).
- « Messor ibericus - Harvester Ant », sur antantics (consulté le ).
- (en) Y. Juvé, C. Lutrat, A. Ha, A. Weyna, E. Lauroua et al., « One mother for two species via obligate cross-species cloning in ants », Nature, (DOI 10.1038/s41586-025-09425-w
).
- ↑ (en) Max Kozlov, « ‘Almost unimaginable’: these ants are different species but share a mother », Nature, (DOI 10.1038/d41586-025-02807-0
).
- ↑ (en) Gary J. Umphrey, « Sperm Parasitism in Ants: Selection for Interspecific Mating and Hybridization », Ecology, vol. 87, no 9, , p. 2148-2159 (DOI 10.1890/0012-9658(2006)87[2148:SPIASF]2.0.CO;2).
- ↑ Anne-Sophie Tassart, « "Nous nous doutions que quelque chose était très étrange avec cette espèce" : cette fourmi transgresse une loi fondamentale de la biologie », sur Sciences et Avenir, (consulté le )
- ↑ Jonathan Romiguier, « Deux espèces différentes de fourmis moissonneuses issues d’une même reine », CNRS Ecologie & Environnement, .
- AntWeb. Version 8.66. California Academy of Science, online at https://www.antweb.org, consulté le 11 septembre 2025.
- ↑ Santschi 1925, p. 343
- ↑ GBIF Secretariat. GBIF Backbone Taxonomy. Checklist dataset https://doi.org/10.15468/39omei accessed via GBIF.org, consulté le 11 septembre 2025.
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
- (en) Myers, P. et al., Animal Diversity Web : Messor ibericus, 2025 (consulté le )
- (en) AntWeb : Messor ibericus Santschi, 1925 (consulté le )
- (en) Catalogue of Life : Messor ibericus Santschi, 1925 (consulté le )
- (fr + en) EOL : Messor ibericus (consulté le )
- (fr + en) GBIF : Messor ibericus Santschi, 1931 (consulté le )
- (en) IRMNG : Messor ibericus Santschi, 1931 (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Messor ibericus Santschi, 1931 (consulté le )
- (en) NCBI : Messor ibericus (taxons inclus) (consulté le )
- (en) Taxonomicon : Messor ibericus Santschi, 1931 (consulté le )
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