Meurtre de Djamel Bendjaballah

Mort de Djamel Bendjaballah
Fait reproché Homicide
Pays Drapeau de la France France
Ville Cappelle-la-Grande située dans le département du Nord
Date
Nombre de victimes 1
Jugement
Statut instruction judiciaire en cours

Le meurtre de Djamel Bendjaballah, éducateur spécialisé francais, est perpétré le à Cappelle-la-Grande. Jérôme Décofour, ancien compagnon de la conjointe de la victime, militant d'extrême droite et précédemment accusé d’avoir proféré des injures racistes à l’encontre de la victime, est arrêté[1],[2] puis mis en examen. Il nie le caractère volontaire de ses actes, dont la motivation raciste n’est pas retenue par la justice en .

Déroulement

Djamel Bendjaballah est né en 1981 à Grande-Synthe dans le département du Nord où il a grandi dans une famille d'origine algérienne. Son grand-père, arrivé en France dans les années 1960, a travaillé chez Usinor, ses parents sont fonctionnaires à la mairie de Grande-Synthe. Aîné de quatre enfants, il suit des études de biologie, puis il travaille comme moniteur-éducateur avec des enfants en difficulté[3].[1]

Les faits

Le aux alentours de 20 h 30, Jérôme Décofour à bord d'une voiture renverse puis roule à deux reprises sur le corps de Djamel Bendjaballah, en couple avec son ex-compagne[4],[5], qui meurt sur le coup, devant sa fille de dix ans. Les faits se déroulent avenue du Général-de-Gaulle, devant le collège Van-der-Meerch de Cappelle-la-Grande une commune limitrophe de Dunkerque. Interpellé, l’auteur des faits ne reconnaît pas leur caractère volontaire et allègue un accident[4].

L’enquête

L’enquête atteste que Jérôme Décofour est un membre actif d’un groupuscule d’extrême droite nommé Brigade française patriote[6],[3]. La police trouve une machette et un drapeau français dans sa voiture ainsi qu'une sacoche avec un écusson de la Brigade française patriote ; à son domicile une dizaine d'armes à feux, des grenades et des obus[1],[6].

Selon plusieurs médias, la Brigade française patriote compterait jusqu'à 700 membres pour la plupart anciens militaires[6],[3]. Interviewé par le site d'information, un membre de la Brigade affirme que le groupe organise régulièrement des camps d'entraînement et, s'il nie toute affiliation du groupe à l'extrême droite, il déclare qu'il se prépare à une guerre civile qu'il juge inéluctable[7].

Tout en considérant par la voix de leur avocat que l’auteur « faisait une fixette sur Djamel. […] Ce qui a déterminé le passage à l’acte, c’est qu’il soit le nouveau compagnon de sa femme et c’était insupportable pour lui[4] », les parties civiles exigent la qualification de meurtre commis en raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion[8].

En , la justice ne retient cependant pas la motivation raciste des actes commis, sans exclure de le faire ultérieurement : « en fonction du résultat [des] investigations, s’il l’estime opportun, le magistrat instructeur pourra saisir le procureur de la République afin de recueillir ses réquisitions sur une aggravation de la qualification[8]. »

Selon le site d'information Blast, qui a le premier révélé l'affaire, Décofour avait reçu le un bulletin d'adhésion à un mouvement jusqu'alors inconnu, "l'Alliance France". L'expéditeur du mail est le militant néo nazi Teddy Batista, ancien trésorier de "Honneur et nation", un groupuscule néo nazi dont les autres dirigeants ont été condamnés à de la prison ferme en [6] pour un projet d'attentat contre une loge maçonnique à Lunéville (Meurthe et Moselle). Disculpé par ses acolytes qui affirment ne pas l'avoir informé du projet, Batista a été entendu comme simple témoin. En , Blast révèle que Décofour figurait dans le répertoire téléphonique de Batista et vice-versa, et que lors de l'expertise du téléphone de Batista réalisée dans le cadre du dossier Honneur et Nation, les enquêteurs ont trouvé une photo des deux hommes posant ensemble[9]. Les deux hommes ont plusieurs numéros de téléphone en commun, notamment un certain Noël, répertorié dans les contacts de Décofour comme "Noël BFP" (pour "Brigade française patriote")[9].

Il s'agit en fait de Noël Fornes, ancien candidat; numéro 2 sur une liste d'extrême droite aux dernières municipales au Lavandou (Var), le Rassemblement lavandourien. [2]

Contexte

Selon Le Canard enchaîné et Blast 3 plaintes déposées par Djamel pour injures racistes à l'encontre de Jérôme Décofour ont été classées sans suite par la justice. La dernière déposée en a été classée après 10 mois alors que le délai de prescription en matière d'insultes xénophobes est de 1 an[10],[6]

Hypothèse d’un crime raciste

La détention provisoire de Jérôme Décofour pour meurtre sans la circonstance aggravante de racisme provoque l'indignation d'associations antiracistes et de la famille de Djamel Bendjaballah qui demande que le parquet requalifie le meurtre en crime raciste, ce qui ferait passer la peine encourue par Décofour de trente années de prison à la réclusion criminelle à perpétuité et permettrait de limiter le risque de récidive si cette peine était prononcée[6],[11].

L'avocat de la famille avance que dans le cadre de ses activités avec la « Brigade française patriote », Jérôme Décofour a participé « des stages de tir dans la forêt pour se préparer à ce qu’ils appellent le grand remplacement » et que le meurtre serait raciste autant que prémédité[12]. Il s’appuie également sur le fait que Djamel Bendjaballah s’estimait victime d’un harcèlement perpétré par Jérôme Décofour pendant les années précédant sa mort. Il l'aurait insulté à diverses reprises de « bougnoule » et de « sarrasin » et lui aurait également fait parvenir par l'intermédiaire de ses filles des saucissons et une peluche de cochon[12]. Djamel Bendjaballah a déposé plusieurs plaintes [6],[13] à ce sujet, toutes classées sans suite par la justice[4],[6].

Les avocats des parties civiles soulignent également l'engagement de Jérôme Décofour dans la Brigade française patriote, une milice survivaliste d'extrême droite armée qui se prépare à une guerre civile contre les musulmans, jugée inéluctable[14].

Soutiens à la thèse d’un crime raciste

Damien Carême, député européen et ancien maire de Grande-Synthe, considère qu'il s'agit bien d'un crime raciste et demande, en , une requalification en ce sens[15].

Le , journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, estime que l’« on peut, en toute impunité, assassiner une personne racisée lorsqu'on est d'extrême droite [16]. »

Le , Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, interpelle à l’Assemblée nationale le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau au sujet du meurtre de Djamel Bendjaballah.

Le , Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, interpelle à l’Assemblée nationale le premier ministre Sébastien Lecornu au sujet du meurtre de Djamel Bendjaballah.

Notes et références

  1. « Djamel Bendjaballah, tué par un militant identitaire à Dunkerque : enquête sur un crime raciste passé sous silence », sur humanite.fr, (consulté le ).
  2. « Meurtre d'un éducateur spécialisé à Cappelle-la-Grande : les relents racistes d'un drame en pleine rue », sur deltafm.fr (consulté le ).
  3. Lorraine de Foucher, « Les proches de Djamel Bendjaballah luttent pour obtenir la reconnaissance du caractère identitaire du meurtre de ce dernier : « C’était pas un accident, c’est raciste » », sur Le Monde, (consulté le ).
  4. « Une famille se bat pour requalifier le meurtre de Djamel Bendjaballah en crime raciste », sur France 3 Hauts-de-France, (consulté le ).
  5. Stéphanie Maurice, « Bataille juridique Meurtre de Djamel Bendjaballah : le combat d’une famille pour acter le caractère raciste du crime », sur Libération, (consulté le ).
  6. Thierry Vincent, « Derrière un homicide, l'ombre d'une milice raciste », sur blast-info.fr, (consulté le ).
  7. Thierry Vincent, « Une mystérieuse milice d'extrême droite se prépare à la guerre », Blast,‎ (lire en ligne).
  8. « Pour les aider à requalifier le meurtre de Djamel Bendjaballah en crime raciste, un collectif reçu par des députés Insoumis », sur France 3 Hauts-de-France, (consulté le ).
  9. Thierry Vincent, « https://www.blast-info.fr/articles/2026/meurtre-de-djamel-bendjaballah-les-connexions-neonazies-du-tueur-se-confirment-la-justice-continue-d-ignorer-cD6jCYMXQ1Crcfw0AB0Log », Blast,‎
  10. Jean-François Julliard, « Le curieux silence des juges sur un homicide raciste », Le Canard Enchaîné, no 5488,‎ , p. 4 (lire en ligne Accès payant)
  11. Élisabeth Fleury, « « On a l’impression de crier dans le désert » : un an après le meurtre raciste de Djamel Bendjaballah, sa sœur Nadia fustige « l’inertie » des pouvoirs publics », sur L'Humanité, (consulté le ).
  12. « Une famille se bat pour requalifier le meurtre de Djamel Bendjaballah en crime raciste », sur France 3 Hauts-de-France, (consulté le )
  13. « Ce crime raciste que l’État refuse de voir », sur Le HuffPost, (consulté le )
  14. Thierry Vincent, « https://www.blast-info.fr/articles/2025/une-mysterieuse-milice-dextreme-droite-se-prepare-a-la-guerre-flxXKpyCQT6WtpgHiqyiOw », Blast,‎
  15. Lucie Carbajal et Martin Vanlaton, « « Je demande justice pour Djamel » L'ancien maire de Grande-Synthe réclame la requalification du meurtre de Djamel Bendjaballah en crime raciste », sur France 3 Région, (consulté le ).
  16. « On peut en toute impunité assassiner une personne racisée lorsqu'on est d'extrême droite »,

Annexe

Articles connexes

Liens externes

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