Milena Hübschmannová

Milena Hübschmannová
Biographie
Naissance
Décès
(à 72 ans)
Kameeldrift (en)
Nationalité
Formation
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Conjoint
Josef Melč (d)
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A travaillé pour
Distinction

Milena Hübschmannová, née le à Prague et morte le à Kameeldrift (en) (Afrique du Sud), est une linguiste, indianiste et professeure tchèque d'études romani à l'Université Charles de Prague. Elle est spécialiste de la société, de la culture et de la langue romani. Elle fonde le programme d'études universitaires sur les Roms (en) à l'Université Charles et s'est activement opposée aux processus d'assimilation forcée. Elle est l'autrice d'un dictionnaire romani-tchèque et tchéco-romani. Elle a rassemblé de nombreuses histoires de Roms, les traduisant pour la postérité. Le programme qu'elle a fondé a été le premier au monde à proposer un diplôme de premier cycle en études romani.

Formation

Milena Hübschmannová est née le à Prague, en Tchécoslovaquie[1]. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ses parents sont emprisonnés par la Gestapo. Elle fréquente le gymnasium anglais « H. Fasta », obtenant son diplôme en 1951, et poursuit ses études de langue à l'Université Charles [2]’[3]. Dès son enfance, elle s'intéresse à la culture de l'Inde[4] et suit des cours d'hindi pendant ses années de lycée à l'Institut oriental de l'Académie tchécoslovaque des sciences (en)[5]. Lorsqu'elle entre au département de philologie de l'université, Hübschmannová s'est concentrée sur les langues indiennes, étudiant le bengali, l'hindi et l'ourdou[2]. En 1953, lorsque le gouvernement communiste l'envoie participer à une brigade de travail à Ostrava, dans la région de Moravie-Silésie, Hübschmannová rencontre les communautés roms pour la première fois. Elle est surprise de comprendre leur langue et devine qu'elles doivent avoir des racines indiennes[2]’[1]. Ne pouvant se rendre en Inde en raison des restrictions imposées par le régime communiste, Hübschmannová se consacre à l'étude du romani[1]. À cette époque, une forte pression était exercée pour forcer les Roms des régions à forte population tchèque à s'assimiler à la culture majoritaire et effacer leur culture, forçant de nombreuses communautés à fuir la région pour se rendre en Slovaquie[6]. Leur appartenance ethnique, leur langue, leur culture et leurs traditions étaient très mal comprises. Hübschmannová travaille parmi les Roms pendant près d'un an, apprenant autant qu'elle le pouvait, avant de retourner à Prague[4] et d'obtenir son diplôme de l'Université Charles en 1956[2].

Carrière

La même année, Hübschmannová commence à travailler à la radio tchèque en tant que rédactrice dramatique et littéraire[2], ce qui lui permet de faire des excursions et d'enregistrer le folklore, les contes de fées et les chansons populaires des communautés roms[4]. Munie d'un magnétophone lourd et obsolète, qu'elle gardait dans un sac en bandoulière, Hübschmannová a arpenté les campagnes et a enregistré une collection extrêmement importante de matériel[7], accumulant plus de 500 bandes[3]. Elle continue son travail sur l'Inde, traduisant plusieurs poètes importants, dont Mirza Ghalib [8]. En 1959, Hübschmannová effectue son premier voyage de recherche en Inde[2]. Au cours de cette période, elle épouse le directeur de la radio, Josef Melč (cs)[3]. De retour à Prague, elle traduit des poètes indiens pendant près d'une décennie [9] et donne naissance à sa fille en 1963. En 1967 [2] elle travaille à l'Institut oriental, commençant les travaux préparatoires d'une étude sur le peuple rom, ce qui fut possible grâce au Printemps de Prague[4]. Elle contribue à la fondation de l'Union des Tsiganes-Roms pendant cette période et édite une revue en langue romani[1]. Par l'intermédiaire de l'Union, Hübschmannová contribue à relancer l'éducation scolaire précoce (en) en utilisant la langue romani comme langue principale jusqu'à ce que les élèves maîtrisent le tchèque[10]. Mais en , leur travail est interrompu[4], conduisant Hübschmannová à travailler dans une école maternelle près de la ville de Rakúsy dans une colonie rom[2]. Elle retourne en Inde pour des études en 1969[2].

À son retour en Tchécoslovaquie, Hübschmannová travaille à l'Académie tchécoslovaque des sciences au département de philosophie et de sociologie jusqu'en 1974[11]. Elle continue son analyse et sa collecte d'informations à l'Académie, travaillant avec une équipe multidisciplinaire pour développer non seulement l'étude ethnographique et linguistique des Roms, mais aussi pour inclure les profils démographiques, historiques et sociologiques de la communauté[12]. En tant que linguiste, Hübschmannová craignait que la langue des Roms ne soit en train de disparaître, car les communautés étaient obligées de parler tchèque, hongrois ou slovaque dans leurs interactions de la vie quotidienne, bien que l'utilisation continue des dialectes de la langue romani prévalait lorsqu'elles parlaient avec d'autres Roms[13]. Les œuvres publiées par le groupe comprenaient la première littérature en langue romani jamais publiée en Tchécoslovaquie[14]. En 1973, une autre répression gouvernementale force l'Union à se dissoudre [1] et à suspendre la publication de sa revue. Cependant, certains des écrivains, ayant été incités à faire publier leur témoignage culturel romani ont continué à publier dans d'autres lieux. Entre 1974 et 1975, Hübschmannová a travaillé à l'Université Charles à la Faculté de pédagogie, mais son opposition aux politiques d'assimilation du gouvernement envers les Roms a conduit à son licenciement. Elle n'a pas eu d'emploi permanent entre 1976 et 1982, travaillant au fur et à mesure des besoins pour l'École des langues de Prague, enseignant l'hindi et le romani. L'école l'a embauchée à titre permanent en 1982 et elle est restée avec eux jusqu'en 1991[11]. À l'époque, les cours que Hübschmannová enseignait sur la langue romani étaient les seuls cours formels proposés aux Roms dans leur langue maternelle. Les cours étaient également suivis par des travailleurs sociaux non-roms pour faciliter leur communication avec les Roms dans le cadre de leur travail[15]. En 1989, avec la Révolution de velours et la chute du communisme, la culture rom peut à nouveau s'épanouir et Hübschmannová est à la fois une défenseure de la préservation du patrimoine rom et une voix des communautés roms[1].

En 1991, Hübschmannová retourne à l'Université Charles et fonde le programme d'études roms au sein de l'Institut indianiste. C'était la première fois que ce domaine attirait l'attention du monde universitaire à Prague [16] et le premier programme au monde à proposer un diplôme de premier cycle sur les Roms[1]. Hübschmannová préside le département jusqu'à sa mort [1] et a également enseigné l'ourdou entre 1991 et 1997[11]. Reprenant le travail qui avait été suspendu en 1968, Hübschmannová publie le premier dictionnaire de poche romani-tchèque/tchèque-romani, avec Hana Šebková et Anna Žigová en 1991. [16] Le dictionnaire, Romsko-český, česko-romský kapesní slovník, est bien accueilli par la critique en tant qu'ouvrage de référence et est salué pour son intégration de phrases et de termes standard dans diverses communautés romani, y compris les dialectes tchèque, hongrois et slovaque[17]. D'autres ouvrages importants du début des années 1970 ont trouvé de nouvelles impressions, comme Šaj pes dovakeras : Můžeme se domluvit (Nous pouvons communiquer) publié par l'Université Palacký, Olomouc en 1993 et 1995 ; Základy romštiny (Bases du romani) et Romské pohádky (Contes de fées romanis), imprimés localement en 1973 et 1974, mais réédités par Fortuna en 1999[16]. Hübschmannová fonde la revue Romano Džaniben (Études romani) en 1994, qui est devenue une publication internationale sur l'érudition romani[11].

Hübschmannová a travaillé avec Petr Uhl, le Commissaire aux droits de l'homme par intérim, pour développer un processus permettant aux membres individuels des communautés roms d'obtenir justice. Elle a également travaillé avec des musées de Brno et de Vienne pour créer des archives de documents roms[11]. En 1995, Hübschmannová a terminé ses travaux de doctorat et a obtenu le diplôme candidarus scientarum avec sa thèse de Romistické studie I (Études roms 1). À partir de 1996, elle travaille avec un consortium de linguistes au Centre des Études Tsiganes de l'Université Paris Descartes et à l'Institut pédagogique d'État de Bratislava pour développer des programmes et former des enseignants capables d'enseigner la langue et les études culturelles roms. Hübschmannová a reçu deux prix culturels de la Roma Civic Initiative (en) en 1998 pour ses efforts de promotion de programmes d'éducation et de préservation culturelle pour les communautés roms[18]. Poursuivant ses efforts d'édition, Hübschmannová a écrit, co-écrit ou édité plus de 90 publications, en plus d'éditer quelque 400 articles qui ont été publiés dans Romano Džaniben[19], pour lequel elle a été rédactrice en chef[3].

Festival Rom à Prague en 2007.

En 1999, Hübschmannová publie un ouvrage important intitulé A false dawn: my life as a Gypsy woman in Slovakia. Le livre est l'autobiographie d'Elena Lacková couvrant la période de 1920 à 1970, qui a été racontée à Hübschmannová sur une période de huit ans en romani[20]. Elle a ensuite traduit l'histoire en tchèque, puis en français et en anglais[20],[21]. Le livre raconte comment les véritables identités des Roms ont été cachées derrière des images stéréotypées. En même temps, parce qu'il s'agit d'un récit à la première personne, le récit restitue l'humanité du narrateur[20]. Abordant les tentatives du gouvernement de « rééduquer » les Roms et de forcer leur assimilation, le livre explore la ghettoïsation que les Roms ont subie sous le régime socialiste[21]. L'ouvrage est devenu un texte important, car il couvrait un terrain que les scientifiques ne pouvaient pas aborder, en donnant un point de vue d'initié sur les problèmes auxquels la communauté rom était confrontée[22]. Il a ensuite été publié en bulgare, en hongrois et en espagnol, remportant le Prix international humanitaire Hidalgo en 2001 de l'Espagne[21]. Hübschmannová a obtenu son diplôme d'habilitation avec sa thèse Romistické studie II (Études roms 2) en 2000[18].

Fin de vie

Hübschmannová meurt dans un accident de voiture le près de la ville de Kameeldrift (en), dans la province du Gauteng, en Afrique du Sud[23]. Un livre, intitulé Milena Hübschmannová ve vzpomínkách (En mémoire de Milena Hübschmannová) a été publié en 2007, donnant des détails biographiques sur la vie et la carrière de Hübschmannová et auquel des Roms du monde entier ont contribué à sa création[24].

Hommage et distinctions

En 2000, plaque au cinquième congrès international de l'Union rom internationale, tenu à Prague[18].

En 2002, le président tchèque Vaclav Havel lui a décerné la Médaille du mérite au troisième degré et l'année suivante, elle a reçu la Médaille du mérite au premier degré du ministère de l'Éducation, de la Jeunesse et de l'Éducation physique[25].

L'année suivant sa mort, la 7e Conférence internationale sur la linguistique romani lui a été dédiée[26].

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Milena Hübschmannová » (voir la liste des auteurs).
  1. Gross 2005.
  2. Friedman 2005, p. 175.
  3. Jurková 2006.
  4. Davidová 2006, p. 203.
  5. ↑ Marek 2006, p. 89.
  6. ↑ « Disparition de Milena Hubschmannova, une amie des Roms », sur Radio Prague International, (consulté le )
  7. ↑ Marek 2006, p. 90.
  8. ↑ Marek 2006, p. 93.
  9. ↑ Marek 2006, p. 94.
  10. ↑ Sadílková 2015, p. 197.
  11. Friedman 2005, p. 176.
  12. ↑ Davidová 2006, p. 204.
  13. ↑ Sadílková 2015, p. 193-194.
  14. ↑ Eder-Jordan 2016, p. 196.
  15. ↑ Sadílková 2015, p. 197-198.
  16. Davidová 2006, p. 205.
  17. ↑ Grant 1995, p. 642.
  18. Friedman 2005, p. 177.
  19. ↑ Friedman 2005, p. 178.
  20. Eder-Jordan 2016, p. 201.
  21. Martínez Ramírez 2005.
  22. ↑ Eder-Jordan 2016, p. 202.
  23. ↑ Málek 2005.
  24. ↑ Ryvolová 2007.
  25. ↑ Davidová 2006, p. 206.
  26. ↑ Elšík 2006.

Annexes

Bibliographie

  • (cs) Eva Davidová, « Medailon: Milena Hübschmannová (1933–2005) » [« Medallion: Milena Hübschmannová »], Czech Sociological Review, Prague, Czech Republic, Institute of Sociology of the Academy of Sciences of the Czech Republic, vol. 42, no 1,‎ , p. 203–206 (ISSN 0038-0288, lire en ligne [archive du ], consulté le )
  • Beate Eder-Jordan (Witting, Maria (Translator)), Or Words to That Effect: Orality and the writing of literary history, Amsterdam, the Netherlands, John Benjamins Publishing Company, , 194–206 p. (ISBN 978-90-272-6780-1, lire en ligne), « Oral and Written Šukar Laviben of the Roma »
  • Viktor Elšík, « Prominent Romani linguists and anthropologists will meet in Prague » [archive du ], sur ling.ff.cuni.cz, Prague, Czech Republic, Department of Linguistics and Finno-Ugric Studies, Charles University, (consulté le )
  • Victor A. Friedman, « Obituaries Milena Hübschmannová », Romani Studies, Liverpool, England, Liverpool University Press, vol. 15, no 2,‎ , p. 175–179 (ISSN 1528-0748, lire en ligne, consulté le ) Inscription nécessaire
  • (en) Anthony P. Grant, « Reviewed Work: Romsko-český, česko-romský kapesní slovník by Milena Hübschmannová, Hana Šebková, Anna Žigová », Language, Washington, D.C., Linguistic Society of America, vol. 71, no 3,‎ , p. 642 (ISSN 0097-8507, DOI 10.2307/416250, JSTOR 416250)
  • Tom Gross, « Milena Hubschmannova », The Guardian, London, England,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  • (cs) Zuzana Jurková, « Teta všech Romů—Milena Hübschmannová » [« Aunt to the Roma—Milena Hübschmannová »] [archive du ], sur Lide mesta (Urban People), Prague, Czech Republic, Faculty of Humanities of Charles University, (consulté le )
  • (cs) Tomáš Málek, « Při nehodě v Africe zemřela romistka Hübschmannová » [« Romani scholar Hübschmannová died in an accident in Africa »], IDnes, Prague, Czech Republic,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
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  • (cs) Karolína Ryvolová, « Milena Hübschmannová ve vzpomínkách » [« Milena Hübschmannová in Memorial »] [archive du ], sur iLiteratura, Prague, Czech Republic, Association for Literature, (consulté le )
  • Helena Sadílková, Roma und Travellers. Identitäten im Wandel, Innsbruck, Autriche, Innsbruck University Press, , 191–203 p. (ISBN 978-3-902936-95-0, lire en ligne [archive du ]), « Romani teaching in the Czech Republic »

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