Mirliton (monnaie)

Louis d'or de 1723 dit « mirliton ».

Le mirliton est le surnom d'une monnaie française émise en 1723, également appelé louis aux palmes[1].

Description

L'avers de la pièce porte le portrait de Louis XV, alors âgé de treize ans, regardant vers la droite et portant une couronne de feuillages. Le revers porte une couronne surmontant deux L entrecroisés et encadrés de palmes. C'est du revers que viennent les dénominations courantes de cette monnaie, dite aux deux palmes, mirliton ou aux deux L.

Les légendes sont courantes :

  • Avers : LUD. XV. D. G. FR. ET NAV. REX (Louis XV Par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre) + millésime.
  • Revers : CHRS REGN VINC IMPER (Le Christ règne, vainc et commande). La marque D sur le louis placé en illustration de cet article signale que ce louis a été frappé à l’atelier monétaire de Lyon/Vimy.

Émission, circulation et surnom

En 1723, le gouvernement du royaume de France fait des efforts afin de restaurer la stabilité financière après la banqueroute du système de Law en 1720[2]. La frappe est d'un nouveau louis d'or est ordonnée en août 1723, avec un poids de 6,526 g et un cours de 27 livres[3]. Il est mis en circulation en septembre[4].

Plusieurs explications ont été données de son nom. Selon les auteurs, il pourrait venir du surnom de mirliton donné au cardinal Dubois, Principal ministre d'État (équivalent de Premier ministre), mort peu avant l'émission de ce louis[5], le mot signifiant entre autres « chose sans importance, foutaise »[6] (allusion également au poids léger de la pièce[6]), ou bien avoir été inspiré par la fantaisie ou encore par une coiffure à la mode dans les années 1720[5]. Mais la chronologie ne correspond pas et aucun rapprochement iconographique ne peut être fait.

Jérôme Jambu et Jean-Yves Kind préfèrent une autre explication. L'été de l‘émission de cette pièce, le mot « mirliton » est à la mode. Il est utilisé dans de nombreuses chansons, notamment pour faire allusion au sexe féminin[7]. Le motif formé par les deux L entrecroisés n'est en effet pas sans évoquer une vulve, les palmes figurant des grandes lèvres[8]. En langue des signes, le sexe féminin est aussi rendu par un geste similaire (voir Signe du vagin)[9].

Dès le mois de novembre 1723, les autorités cherchent à réparer l'impair : de nouveaux poinçons de revers sont envoyés en catastrophe dans les ateliers. Ceux-ci reprennent le motif général mais en modifiant la disposition des différents éléments et leurs proportions afin que le rapprochement jugé inopportun disparaisse[10].

Ce louis est décrié en 1726.

Postérité

Un édit de Rome de 1736 donne cours à plusieurs monnaies françaises, sauf au mirliton[1].

Il circule en Europe longtemps après sa réforme, dans les années 1760. Son nom reste longtemps dans les mémoires : il est cité en 1787 dans Le Caissier italien de Jean Michel Benaven[11].

Lors de la fouille du Chameau, navire ayant sombré au large du Canada en 1725, des mirlitons sont retrouvés dans l’épave[12].

Notes et références

Bibliographie

  • Jérôme Jambu et Jean-Yves Kind, « De l’appellation louis « mirliton ». Ou l’interprétation d’un sexe de femme sur un louis de France », Revue numismatique, vol. 6, no 177,‎ , p. 365–378 (ISSN 0484-8942, DOI 10.3406/numi.2020.3491, lire en ligne, consulté le )
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