Mohamed Ben Haddou

Mohamed ben Haddou
Susan Penelope Rosse (en), Portrait de Mohamed Ben Haddou en Angleterre en 1682, huile sur toile[1].
Biographie
Naissance
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Membre de

Mohamed Ben Haddou ou Muhammad ben Haddu al'Attar est un diplomate marocain, ambassadeur envoyé au nom du sultan Ismaïl ben Chérif à la cour anglaise du roi Charles II, de 1681 à 1682.

Biographie

Godfrey Kneller et Jan Wyck, L'Ambassadeur en parade à cheval, Hyde Park, huile sur toile, 1682.

Selon un contemporain, l'écrivain John Evelyn, Ben Haddou est le fils d'une Anglaise, sans doute capturée lors d'un raid, et réduite en esclavage. Ismaïl ben Chérif est connu pour avoir élevé au rang de dignitaires des enfants issus de telles lignées, à la manière des janissaires ottomans. Il semble être originaire de la ville de Safi (« al-Assafi ») et est lié à une ancienne famille de cette ville, les al-Aâttar.

Ben Haddou et sa suite arrivent à Londres le , et la délégation repart pour le Maroc le . La visite va durer six mois, durant laquelle le diplomate produit sur l'opinion une forte impression. Ben Haddou se rendit aux universités d'Oxford et de Cambridge, et fut élu membre honorifique de la Royal Society en , sous la présidence de Christopher Wren. Selon le principe des cadeaux diplomatiques, le roi Charles se vit offrir entre autres deux lions et plusieurs autruches d'Afrique.

Toujours selon John Evelyn, Ben Haddou devint « the fashion of the season » (« la personne la plus en vue du moment ») ; des poèmes furent écrits en son honneur, et la très officielle London Gazette rendit compte de son périple. Evelyn le décrit comme très beau, grand, réservé, plein d'une sagesse, à la fois subtile et imprégnée d'une certaine gravité, caractère qu'il manifesta durant une soirée au théâtre. On le vit traverser plusieurs fois Hyde Park monté sur son cheval, non sans majesté. Sa mission était de négocier avec Londres au nom du Sultan, le retrait des troupes anglaises de la place forte de Tanger qu'elles occupaient depuis 1661, ainsi que la libération des captifs anglais détenus par les Marocains. Ben Haddou s'en retourna avec un traité signé en bonne et due forme le par le roi Charles, mais Moulay Ismail ne le ratifia point. Il s'ensuivit plus de quarante ans de relations plus ou moins tendues entre Londres et Meknès, mettant en péril l'Alliance anglo-marocaine établie sous le règne élisabéthain, et soulevant la question des échanges commerciaux et maritimes perturbés par les raids menés par les Barbaresques. Cependant, la ville de Tanger fut libérée en 1684.

Avant son retour au Maroc, des socinianistes anglais lui remirent des lettres destinées à Ismaïl ben Chérif, dans lesquelles ils louaient Dieu d'avoir « préservé votre souverain et son peuple dans l'excellente connaissance de cette vérité concernant votre croyance en un Dieu unique et souverain », tout en déplorant que le Coran fusse emplit de contradictions.

Durant son séjour, l'interprète de Mohamed ben Haddou, un certain Lucas, épousa apparemment une servante anglaise qui devait les accompagner au Maroc. Mais Lucas finit par voler de l'argent au diplomate et s'enfuit. Il fut arrêté et interrogé, puis incarcéré à la prison de Newgate. Mohamed ben Haddou lui pardonna et le laissa retourner au Maroc avec lui.

À son retour au Maroc, Ben Haddou acquit, aux yeux de certains esclaves anglais qui y étaient détenus, la réputation d'être particulièrement cruel envers eux[2] — ce qui paraît douteux, étant donnés que ces même esclaves servaient de monnaie d'échange avec les Marocains détenus par la Royal Navy.

Une médaille en argent fut frappée en son honneur, gravée par George Bower, et portant à l'avers son buste (son nom est libellé Hamet ben Hamet ben Haddu Ottor) et au revers une vue de Tanger surmontée de la devise latine Non eget Mauri iaculis, un vers de Horace (« Qui mène une vie intègre et pure de crime n'a besoin ni de javelots maures ni d'arc »), repris par Shakespeare dans Titus Andronicus[3].

Annexes

Références

  1. (en) « Hamet Ben Hamet Ben Haddu Otter., active 1682. Moroccan ambassador, gravure de M. Tomkins d'après Susan Penelope Rosse », catalogue numérisé des National Galleries of Scotland.
  2. (en) Thomas Phelps, A true account of the captivity of Thomas Phelps at Machaness in Barbary and of his strange escape in company of Edmund Baxter and others, Londres, H. Hills jun. for Joseph Hindmarsh, 1685, p. 9-10 — extrait en ligne, catalogue numérisé de la bibliothèque de l'université du Michigan.
  3. Notice objet 1936,0511.7, catalogue numérisé du British Museum.

Articles connexes

Liens externes

  • icône décorative Portail du Maroc
  • icône décorative Portail du Royaume-Uni
  • icône décorative Portail des relations internationales
  • icône décorative Portail du XVIIe siècle