Monde russe
Le « monde russe » (en russe : русский мир, rousskiï mir) est un concept idéologique russe visant à englober la culture russe et son influence sur le monde environnant, au travers de son histoire et de sa langue. Utilisé pendant l'Empire russe, puis après la chute de l'Union soviétique, notamment pendant la période poutinienne, elle vise à définir un monde impérial spécifique, obéissant à sa propre logique, et dont la Russie constitue le cœur et l'âme et visant à justifier tous ses actes[1].

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Selon Aurélien Duchêne, « l’idéologie du « monde russe » est aussi irrédentiste », dans la mesure où « elle nourrit des revendications territoriales contre d’autres États au nom de l’ethnie, de la langue ou d’une légitimité historique[2] ». Pour le même auteur, cette notion aurait « légitimé l’annexion de la Crimée, puis celle d’autres régions ukrainiennes. Elle pourrait justifier demain d’autres revendications territoriales[3] ».
Pendant l'empire russe
Pendant l'URSS
Après la Seconde Guerre mondiale, les pays annexés de force par l'Union soviétique à la suite du Pacte germano soviétique d' entre la Russie et l'Allemagne nazie, et placés sous la domination soviétique suite aux avancées de l'Armée rouge, livrent une intense résistance aux forces militaires russes par le biais de mouvements de guérilla comme les frères de la Forêt dans les pays baltes et en Ukraine (indépendante de 1917 à 1922 avant d'être nouvellement annexée)[4],[1].

Ces opérations durèrent jusque dans les années 1950 et plusieurs opérations de l'Armée russe et du NKVD, ancêtre du KGB, futur FSB furent nécessaires pour neutraliser ces foyers de résistance[4].
Au sein du bloc de l'Est et de l'URSS, le fonctionnement au sein des institutions est le suivant : le premier secrétaire du parti communiste du pays est confié à une personne civile issue de la population nationale. En revanche, le second secrétaire du parti en lien avec le KGB et qui contrôle le premier est confié à un russe[4].
Tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, de nombreuses manifestations en République démocratique allemande (RDA fondée en 1949), en Hongrie (insurrection de Budapest en 1956), en Tchécoslovaquie (coup de Prague 1948 et Printemps de Prague en 1968), et en Pologne (mouvement Solidarnosc dans les années 1980) pour davantage de libertés secouent la chape de plomb russe et sont réprimées[4].
Elles entrainent globalement une dégradation de l'image du mouvement soviétique et russe au fur et à mesure de la globalisation de l'information[4].
Après 1990
En 1989, 17 % de la population russe, soit 25 millions de personnes, vivait en dehors de la Russie à la suite de la politique de déportation pratiquée sous Staline dans les pays nouvellement annexés comme les pays baltes à partir de 1940 et ce afin d'accentuer leur russification[4].
Alors qu'ils disposaient d'un statut privilégié, la chute de l'URSS conjuguée à la désintegration du bloc de l'Est et celle de l'empire soviétique du à des facteurs politico-socio-économiques internes, les fait se retrouver dans des pays étrangers. Ils se retrouvent parfois en butte à l'hostilité de la population des pays nouvellement indépendants, conséquence directe de la présence russe et des méthodes de répression vis à vis des opposants au modèle soviétique à partir de 1945[5],[4].
En Lettonie et Estonie, 20 % de la population est d'origine russe, conséquence directe de l'immigration intra-soviétique décidée par le Kremlin[4].
De 1991 à 1997, c'est essentiellement le Congrès des communautés russes qui s'intéresse aux Russes de l'étranger. Ce parti développe une rhétorique nationaliste et revanchiste de la chute de l'Union soviétique.
En 1995, la Douma adopte une résolution de soutien à la diaspora russe, en favorisant l'aspect citoyen russe et diminuant l'aspect ethnique ou national[6].
Idéologie
L’idéologie des partisans du « monde russe », y compris Vladimir Poutine, repose sur de nombreuses distorsions historiques stratégiques et sur des mythes historiques grâce auxquels l’État russe, depuis l’époque tsariste, justifie ses propres crimes, aucun travail historique d'analyse critique n'ayant pu être mené à l'issue de la dislocation de l'URSS enn1991 et sur les révélations des crimes staliniens, entrainant de fait une nostalgie de l'URSS dans la population.
Dans la propagande russe contemporaine, les mythes suivants sont largement utilisés et exploités[1] :
- 1. La Rus' de Kiev et la Russie ne font qu’une seule et même pays à travers les époques[7].
- 2. Les Ukrainiens et les Russes forment un seul peuple.
- 3. « La langue ukrainienne n’existe pas » (la Russie ignore les faits historiques et actuels de restrictions imposées à cette langue)[4].
- 4. Moscou est la troisième Rome, mythe teinté de messianisme conférant à la Russie la mission de sauver le monde[5].
- 5. La nation ukrainienne n’existe pas, elle a été créée par l’état-major autrichien[8].
- 6. Après le début de la guerre contre l’Ukraine en 2014, Poutine a affirmé : « L’Ukraine a été créée par Lénine »[9]
- 7. Les répressions staliniennes sont un mythe. Elles sont en réalité passées sous silence par le pouvoir. En 2021, en Russie, la principale organisation russe de défense des droits humains, Memorial, fondée par Andreï Sakharov, le père de la bombe H soviétique et dissident, initialement dédiée à l’étude du sort des victimes de la Grandes Purges, a été fermée ; en 2022, le musée de l’histoire du Goulag à Moscou a également été fermé sur décision de justice.
- 8. L'Holodomor, l'extermination par la faim de la paysannerie ukrainienne en 1932-1933, qui refusait le système collectiviste agricole mis en place de force sous Staline et qui fut un véritable traumatisme en URSS pour l'ensemble des sociétés paysannes et pastorales, aurait eu un effet positif sur le monde[10].
- 9. L'URSS aurait toujours tenu tête à Hitler. Les responsables officiels russes nient le fait du pacte Molotov-Ribbentrop de 1939 qui montre l’alliance formelle entre l'Allemagne nazie et l’URSS jusqu’en . Ses conséquences furent, au travers des protocoles secrets de partage de l'Europe qui furent niés par le pouvoir soviétique jusqu'en 1989, avec le dépècement de la Pologne en Septembre 1939 envahie par la Werhmacht allemande et l'Armée rouge, l'annexion des pays baltes et la guerre d'hiver contre la Finlande[4],[1],[11],[12].
- 10. Les dirigeants russes — tsars, le dictateur soviétique Joseph Staline et Vladimir Poutine — sont des doigts de Dieu sur terre[13].
- 11. La civilisation russe, supposée comme détentrice de la vraie foi chrétienne orthodoxe, dans un arc messianique, s’oppose à un Occident considéré comme spirituellement ignorant et religieusement abandonné à l'hérésie latine de Rome (bien que l’on sache que la dynastie des Romanov est d’origine allemande, ce fait est ignoré)[4]. L'idée principale est que l'empire russe et sa capitale, Moscou, sont perçus dans la vision russe comme le centre du monde slave et orthodoxe, héritiers direct de l'Empire byzantin après sa chute en 1453 et dépositaire de la « vérité universelle »[14].
- 12. L’histoire de la Russie remonte à mille ans (au XVIIIe siècle, la censure impériale russe, en s’appuyant sur des documents provenant de la Hetmanat cosaque cosaque et du grand-duché de Lituanie, a publié une édition complète de « l’Histoire de l’État russe »)[15],[16],[17].
- 13. Taras Chevtchenko est un poète russe alors qu'il s'agit d'un poète ukrainien.
- 14. Les Cosaques ukrainiens étaient russes (cette idée est répétée dans le livre de Nikolaï Gogol « Taras Boulba », modifié en 1842 par la censure impériale russe)[18].
- 15. Le nom « Ukraine » provient du mot signifiant « terres frontalières ».
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- 16. Mythe selon lequel la Crimée et le Donbass ont toujours été russes. Ces régions de l’est de l’Ukraine ont été peuplées par des Ukrainiens pendant des siècles, et la Crimée a commencé son histoire comme colonie grecque antique bien avant que la Russie impériale ne s’en empare à la fin du XVIIIe siècle sous l'impulsion de Catherine II la Grande pour ouvrir un accès géographique aux mers chaudes à l'Empire russe et la perde à nouveau durant la guerre de Crimée en 1856[19].
- 17. Tout le sud-est de l’Ukraine constitue la « Nouvelle-Russie »[20],[21],[22].
- 18. Mythe selon lequel les villes d’Ukraine et de Biélorussie ont été fondées par des dirigeants russes[23],[24],[25].
- 19. À Katyn, pour la propagande soviétique, ce ne seraient pas les services spéciaux soviétiques qui ont tué les prisonniers de guerre polonais durant le massacre de Katyn, mais les nazis allemands. Ce crime, ou 27 450 officiers polonais furent éliminés sur ordre de Staline, ne fut reconnu officiellement par les autorités soviétiques qu'en 1989 sous la présidence de Gorbatchev[4],[1].
- 20. Pour les autorités russes, La révolution en Ukraine en 2014 a été organisée par les États-Unis avec des nationalistes avec l'implication des services secrets comme la CIA, ignorant la volonté propre de la population ukrainienne et ce malgré les évènements précédents de la révolution orange en 2004 et le refus par la Russie de voir se concrétiser un accord ukraini-européen d'association[5].
- 21. Les Russes possèdent « un code génétique unique, qui constitue l’un de leurs principaux avantages » (« Ligne directe avec Poutine », 2014). Ce mythe s'inscrit dans le principe supposée et revendiqué d'une supériorité de la Russie vis à vis du monde occidental et oriental réunis[5].
- 22. Mythe selon lequel l’Amérique a toujours voulu détruire la Russie. La propagande russe ignore le fait historique que les États-Unis ont sauvé la Russie de la famine à cinq reprises, notamment au début des années 1920 suite à la première révolution russe de 1917 (American Relief Administration – ARA). De plus, toute l’industrie lourde de l’URSS et notamment le complexe militaro-industriel russe, a été construite sous le contrôle d’ingénieurs et spécialistes américains invités durant les années 1930 lors du premier plan quinquenal visant à industrialiser la Russie et décidée par Staline à marche forcée. De même, pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'Angleterre ont fourni à l’URSS d’énormes quantités d’armes et de matériel via le prêt-bail (Lend-Lease) pour coriger les nombreuses défaillances logistiques soviétiques pendant le conflit. Enfin, à partir des années 1960, les américains et canadiens ont vendu des millions de tonnes de céréales à la demande de l'URSS en raison des faibles taux de production agricole, conséquence directe et durable de la collectivisation décidée de manière forcée sous Staline. Cette décision sur le système agricole soviétique a eu comme résultat de le sacrifier comme celui des services au profit du secteur de l'armement[4].
- 23. Mythe selon lequel les Ukrainiens ne sont pas des Slaves et que le blason ukrainien (tryzub) est le symbole de nomades asiatiques[26],[27],[28],[29],[30].
- 24. Mythe selon lequel des bases militaires américaines se trouvent sur le territoire de l’Ukraine. La propagande russe nie le fait que les États-Unis ont ouvert une base militaire à Oulianovsk (au centre de la Russie) en 2012, en présence du gouverneur de la région d'Oulianovsk, sous des applaudissements[31].
- 25. Mythe selon lequel les « républiques populaires » de Donetsk et Louhansk étaient indépendantes. La propagande russe nie sa participation à leur création, à leur contrôle ou à leur armement malgré la fourniture de matériel militaire comme le système anti-aérien Buk qui aprovoqué le crash du vol MH17 en 2014 au dessus de l'Ukraine. Les autorités russes ignorent la présence de troupes russes dans la guerre du Donbass et le fait que des postes clés dans ces « républiques » étaient occupés par des citoyens russes et des criminels de guerre tels qu'Alexandre Borodaï et Igor Guirkine[32],[33].
- 26. Le mythe selon lequel tous les partisans des forces démocratiques en Russie seraient des agents occidentaux envoyés pour détruire la Russie est une propagande qui ignore le fait que les enfants de la quasi-totalité des responsables et chefs militaires russes vivent aux États-Unis, en Espagne et en France. En particulier, la fille aînée de Poutine, Maria Vorontsova, et son petit-fils vivent aux Pays-Bas[34] .
- 27. La déclaration officielle de la fédération de Russie indique que toutes les preuves de crimes de guerre russes sont un mensonge et une mise en scène destinée à discréditer la Russie. Par exemple, Poutine a déclaré que le massacre de Boutcha était une mise en scène et que les Ukrainiens assassinés étaient des acteurs[35],[36],[37]. Des citoyens russes sont jugés pour des publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles ils reconnaissent ces crimes de guerre et appellent à la fin du conflit. Par exemple, la journaliste Maria Ponomarenko a été emprisonnée en Russie pour avoir couvert le raid aérien russe sur le théâtre dramatique de Marioupol, où plusieurs milliers de civils ukrainiens avaient trouvé refuge pendant les bombardements[38], le retraité moscovite Mikhail Simonov a été condamné à sept ans de prison pour ses propos concernant le bombardement russe de Marioupol. Des milliers d'autres ont subi le même sort[39],[40],[41],[42]. La présence de néonazis comme Alexeï Miltchakov au sein de l'armée russe et les appels à l'extermination des Ukrainiens lancés par des intellectuels russes ont été ignorés en raison de leur loyauté envers le régime de Poutine. De plus en , avec le conflit russo-ukrainien la principale et officielle agence de presse russe, RIA Novosti, a publié un article de l'idéologue Timofeï Sergueïtsev intitulé « Ce que la Russie devrait faire de l'Ukraine » démontrant l'intention génocidaire vis à vis de la population ukrainienne et la volonté affichée de déployer une politique de rééducation par la terreur comme l'analyse l'historienne Françoise Thom[43],[44].
Pendant la période poutinienne
La période 1998-2003 voit l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Ses conseillers développent l'idée de « monde russe » pour désigner la diaspora. La période 1997-1999 voit des débats importants à la Douma sur la définition des Russes de l'étranger. En 1999, dans un contexte de hausse des prix du pétrole, les dirigeants russes voient un intérêt économique à la diaspora russe des pays voisins[6].
En 1999-2000, des conservateurs modérés proches de Gleb Pavlovsky (en) mettent en avant leur notion de « monde russe » comme une culture commune héritée de l'URSS, comparée au Commonwealth, à la francophonie ou à l'hispanidad[6].
En 2020, la diaspora russe compte 25 à 30 millions de personnes, en majorité dans les territoires de l'ex-URSS. À partir de 2001, Vladimir Poutine s'adresse à eux comme des « compatriotes de l'étranger » : il souhaite transformer cette présence en influence politique[45]. Il s'inspire alors plus des modérés que des nationalistes, même si la rhétorique de défense des minorités russes à l'étranger est présente[6].
En 2004, à la suite de la révolution orange, la diplomatie russe se fait plus anti-occidentale et agressive. La Fondation Rousskii Mir est créée en 2007 et Rossotroudnitchestvo en 2008. Elles sont destinées à augmenter l'influence de la Russie dans la diaspora. La somme totale dépensée dans ces projets est estimée à 200 M€[6].
En 2010, la définition de Russe de l'étranger est changée au profit d'une notion plus ethnique. Cela vise à satisfaire les nationalistes mais aussi à prendre en compte les Russes « mondialisés » émigrés dans d'autres pays que ceux de l'ex-URSS[6].
À la suite de l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, la notion de monde russe se développe et éclipse celle d'Eurasie. L'idéologie du monde russe devient celle d'une civilisation à part qui implique la réunification de ses terres et a été purgée de ses idées libérales. Les Russes à l'étranger coupant les liens avec leur pays ne sont plus vus comme des Russes[6].

Le notion de « monde russe » est mise en avant par des idéologues conservateurs pour justifier les interventions en faveur des « minorités russophones ». Les zones visées sont l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud en Géorgie, et les « républiques populaires » de Donetsk et Louhansk en Ukraine. Elle est officialisée le comme base de la politique étrangère russe par Vladimir Poutine[46]. Le nouveau concept de la politique étrangère de la fédération de Russie « met ainsi en exergue « la situation particulière de la Russie en tant que pays-civilisation unique » et « l'ensemble culturel et civilisationnel du Monde russe ». Le « monde russe » guide la doctrine d’intervention dans des pays comme l’Ukraine et le rôle que devrait jouer la Russie dans un monde multipolaire[47] ».
Sanctions
En , à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie de , l’Union européenne a imposé des sanctions à Rossotroudnitchestvo et à la fondation Rousski Mir comme elle a également aussi suspendu les activités et licences de diffusion de Spoutnik, de Russia Today et de leurs filiales en raison de la manipulation de l’information et de la promotion de la désinformation russe sur l’agression militaire, combinées avec de la propagande déstabilisante à destination des pays voisins de la Russie, ainsi que l'UE et ses États membres[48].
Comme l’écrit l'historienne franco-russe, Galia Ackerman, « l’objectif de la Russie est de défendre les intérêts géopolitiques russes, d’élargir les zones d’influence du pays, en allant parfois jusqu’à leur annexion, et de combattre l’Occident démocratique, essentiellement les États-Unis et l’Union européenne. Comment ? En soutenant tous les mouvements — d’extrême gauche ou d’extrême droite — visant à affaiblir les pays occidentaux et ayant recours aux outils de la guerre « hybride », comme le trolling, la diffusion de fake news, le chantage, la corruption et, tout simplement, le bon vieux mensonge »[48].
Analyses
Pour la chercheuse Anna Colin Lebedev, spécialiste de l'Ukraine et de la Russie postsoviétique, la notion de « monde russe » renvoie à une zone d’influence plus large que le territoire de la Russie, et même que son voisinage immédiat, à travers une entité aux limites volontairement maintenues dans le flou. Elle se baserait sur l’attachement à la langue et à la culture russes en incluant également les sympathisants, ceux qui se sentent proches de la langue et ou à la cette culture russe sans y être liés par leurs origines. Elle précise en réalité que « derrière le lien spirituel ou culturel qui peut à juste titre faire du “monde russe” un centre d’attraction, il y a un instrument de politique étrangère aux accents belliqueux »[48].
Elle précise églament que « Le regard russe est celui du centre sur sa périphérie ; celui d’une puissance dominante sur ceux qu’elle a longtemps dominés. C’est un récit qui se donne le droit de définir la grande culture et les cultures périphériques, la langue de la civilisation et les langues subalternes, les événements majeurs et les histoires locales, les grands hommes et les grands traîtres. »[14]
Pour Aurélien Duchêne, le concept de « monde russe » serait « la meilleure clé pour comprendre l’impérialisme russe contemporain », et « est devenu une véritable idéologie, peut-être même ce qui se rapproche le plus d’une idéologie officielle pour la Russie de Poutine », en ayant « donné une plus grande cohérence à l’impérialisme russe[49] ». Après avoir écrit en 2018 en 2021 que la Russie envahirait l'Ukraine et en annexerait le sud et l'est dans un futur proche, Aurélien Duchêne soutient « que la volonté de garder la main sur le « monde russe » en Ukraine est incontournable dans l’invasion de ce pays par la Russie[50] ».
Derrière l'idéologie du monde russe avancé par le Kremlin se retrouve en réalité la représentation d'un monde russe voulu comme universel et défini uniquement à partir du centre impérial de la capitale de la Russie, c'est-à-dire Moscou. L'idéologie du Ruski Mir entraîne également une hiérarchisation et la relégation dans un second plan voire l'effacement des cultures perçues comme périphériques. Elle permet également de nier la pluralité du monde environnant tout en offrant une justification morale et critique aux guerres menées à l'égard des autres puissances[14].
L'historien Timothy Snyder souligne à ce sujet que : « L’invocation de l’histoire et de la culture russes sert à justifier l’agression militaire et l’expansionnisme, donnant à la guerre un vernis moral. »[14]
L'idéologie du monde russe apparait donc, après celles de la russification sous l'Empire russe, du communisme au nom de la lutte internationale des classes en vigueur durant l'URSS (1921-1991), puis celle de l'Eurasisme dans les années 1990 et 2000 sous Boris Eltisne et Vladimir Poutine, en réalité comme une nouvelle représentation contemporaine et renouvelée de l'impérialisme russe. Ce dernier, toujours en vigueur dans la grille d'interprétation symbolique des dirigeants russes aussi bien en poste que dans l'opposition, persiste portant la légitimation de la domination et du recours permanent au conflit pour accomplir une mission perçue comme civilisatrice et en opposition contre l'Occident[51],[13],[14].
Importance de l'Église orthodoxe russe

Documentaire
Références
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, sur legrandcontinent.eu, (consulté le ).
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- Sabine DULLIN, L'ironie du destin : une histoire des russe et de leur empire (1853-1991), Paris, Payot & Rivages, , 299 p.
- François THOM, Jean Sylvestre MONTGRENIER, La Géopolitique de la Russie, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), coll. « Que Sais Je ? », , 124 p. (ISBN 978-2-13-080158-0)
- Mikhaïl Souslov, « Le « Monde russe » : la politique de la Russie envers sa diaspora », (ISBN 978-2-36567-744-8).
- ↑ Советский Союз убила ложь. Она же похоронит и Россию
- ↑ Міф про те, що українську націю вигадав Австрійський генштаб
- ↑ Serhii Plokhii: Casus Belli: Did Lenin Create Modern Ukraine?
- ↑ International Recognition of the Holodomor
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- Pierre FAY, « La russie de Poutine contre l’occident - 2/2 »
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- ↑ 15 мифов российской истории
- ↑ The Myths of Novorossiya: Kremlin Reinvents Ukrainian History to Justify Invasion
- ↑ Destroying the historical fake about so-called "Novorossiya"
- ↑ Re-Vision of History: Russian Historical Propaganda and Ukraine
- ↑ So, Who Does Kherson Belong To? The Story of a City Russia Tried to Rewrite
- ↑ Odesa’s true identity: countering Russian propaganda and imperialist myths
- ↑ The Myth of “Russian Donbas”
- ↑ ФЕЙК: Гербом Украины является хазарский символ
- ↑ Дезинформация: Герб Украины на самом деле является хазарским родовым знаком, который ставился на скоте и имуществе
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- ↑ Hirkin Ihor Vsevolodovychalias Igor Ivanovich Strelkov, "Strelok" (Gunner, Shooter, Rifleman)
- ↑ Poetins dochter spekt artsensalaris met miljoenen uit ‘zorgkliniek’ voor vaders vertrouwelingen
- ↑ Kremlin says Bucha is 'monstrous forgery' aimed at smearing Russia
- ↑ FAKE: Russian military is not involved in the mass killings of civilians in Bucha
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- ↑ Симонов Михаил Юрьевич
- ↑ Мартынов Александр Александрович
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- ↑ Aurélien Duchêne, La Russie de Poutine contre l'Occident, Paris, Eyrolles, , 248 p., p. 62
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- ↑ Pierre FAY, « La russie de Poutine contre l’occident - 1/2 »
, sur https://podcasts.apple.com/fr, (consulté le )
Annexes
Bibliographie
- Michel Eltchaninoff, Dans la tête de Vladimir Poutine, Éditions Actes Sud,
- Andreï Gratchev, Le jour où l'URSS a disparu, Éditions de l'Observatoire,
- (en) Daniel P. Payne, Traditional Religion and Political Power: Examining the Role of the Church in Georgia, Armenia, Ukraine and Moldova, Londres, Adam Hug, Foreign Policy Centre, , 65–70 p. (ISBN 978-1-905833-28-3, lire en ligne), « Spiritual Security, the Russkiy Mir, and the Russian Orthodox Church: The Influence of the Russian Orthodox Church on Russia's Foreign Policy Regarding Ukraine, Moldova, Georgia, and Armenia »
Filmographie
- [vidéo] « Anatomie du ruscisme », Janna Ozirina (réalisatrice), Marina Tkatchenko (scénariste), Daria Petrenko (musique), , 195 min, Suspilne
Articles connexes
- Peuple Rus' (en)
- Rus (nom) (en)
- Ruthénie
- Rus' de Kiev
- Chersonèse (ville)
- Vladimir le Grand
- Christianisation de la Rus' de Kiev
- Sainte Rus'
- Troisième Rome (Moscou)
- Nation russe trinitaire
- Âme russe
- Grande Russie
- Petite Russie
- Chauvinisme grand-russe
- Identité petite-russe (en)
- Impérialisme russe
- Russification
- Nouvelle-Russie (région historique)
- Nouvelle-Russie (projet d'État)
- Prison des peuples
- Empire soviétique
- Fondation Rousskii Mir
- Irrédentisme russe
- Nationalisme russe
- Annexion de la Crimée par la Russie en 2014
- Schisme orthodoxe (2018)
- Nostalgie de l'Union soviétique
- Poutinisme
- Poutine, De l'unité historique des Russes et des Ukrainiens
- Timofeï Sergueïtsev, Ce que la Russie devrait faire de l'Ukraine
- Cahiers du monde russe
Liens externes
- Marlène Laruelle, L'Idéologie comme instrument du soft power russe. Succès, échecs et incertitudes, dans Hérodote 2017/3-4 (N° 166-167), pages 23 à 35
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