Monstre d'Aramberri
| Monstre d’Aramberri | ||
Reconstitution squelettique exposée au Museo de la Evolución à Puebla, au Mexique. | ||
| Coordonnées | 24° nord, 99° ouest | |
|---|---|---|
| Pays | ||
| État | Nuevo León | |
| Massif | Sierra Madre orientale | |
| Localité voisine | Aramberri | |
| Période géologique | Kimméridgien tardif | |
| Époque géologique | Jurassique supérieur | |
| Découvert le | 1985 (1984 selon certaines sources) | |
| Identifiant | UANL-FCT-R2 | |
| Particularités | Un des plus grands pliosaures connus. | |
| Âge | Inconnu, anciennement interprété comme un juvénile et plus récemment comme un adulte. | |
| Sexe | Inconnu | |
| Identifié à | Thalassophonea indet. | |
| Géolocalisation sur la carte : Mexique
| ||
Le « monstre d'Aramberri » est le surnom informel donné à un squelette fossile d'un grand pliosaure catalogué UANL-FCT-R2, dont les premiers restes furent découverts en 1985 près de la ville d'Aramberri, au Mexique. Dans la littérature scientifique, quelques auteurs le désignent également sous les surnoms de pliosaure d'Aramberri ou de spécimen d'Aramberri. Initialement interprété comme un dinosaure en 1988, il est formellement réidentifié comme étant un reptile marin de la famille des Pliosauridae à partir d'un courte publication de 2001. Au départ, seules deux concrétions contenant les fossiles de l'animal sont mises au jour, l'une d'elles (contenant les fossiles d'un rostre et des dents) étant notée comme perdu depuis 2003. Au cours des années 2000, une nouvelle campagne de fouilles permet de découvrir plusieurs éléments supplémentaires du squelette. Par la suite, la plupart de ces fossiles sont envoyés au musée d'histoire naturelle de Karlsruhe (en), en Allemagne, pour préparation, avant d'être rapatriée en 2012 à l'université autonome du Nuevo León, où ils sont principalement conservés. Une autre partie importante du matériel fossile est actuellement déposée au musée du désert (en) à Saltillo.
Le « monstre d’Aramberri » figure parmi les plus grands pliosaures à avoir été découverts, bien que les estimations de sa taille aient fortement diminué au fil des années. Les premières évaluations lui attribuent une longueur d'environ 15 m, certaines estimations médiatiques allant même jusqu'à proposer 18 m, voire 20 m. Son interprétation initiale comme un individu juvénile, ainsi que son attribution erronée à Liopleurodon (alors représenté de manière largement exagérée dans le documentaire de la BBC Sur la terre des dinosaures en 1999) sont probablement à l'origine de cette surestimation. Les estimations les plus récentes et jugées plus fiables situent désormais la longueur totale du spécimen entre 10 et 11 m. L'animal aurait toutefois possédé une mandibule d’environ 3 m, tandis que ses grandes dents depuis perdues auraient possédé deux bords tranchants.
Depuis 2013, le « monstre d'Aramberri » est classé au sein des Thalassophonea, un clade dérivé de pliosauridés caractérisé par un cou court et un grand crâne allongé. Les gastralia (côtes abdominales) du pliosaure d'Aramberri présentent des caractères susceptibles d'être diagnostiques pour un genre distinct, qui pourrait être décrite formellement à l'avenir. Dans la région du tronc, le spécimen conserve également des fossiles attribués à un probable ichthyosaure, suggérant qu'il s'agissait d'une proie consommée peu avant la mort de l'animal. Deux fragments crâniens connus portent en outre des traces de morsures qui auraient été infligées par un autre pliosaure de taille encore plus imposante. La formation La Caja, d'où le « monstre d'Aramberri » a été découvert, contient d'abondants fossiles marins d'un environnement peu profond datant de l'étage Kimméridgien du Jurassique supérieur. Le spécimen partageait son habitat avec une variété d'autres animaux, notamment des invertébrés, des poissons, des thalattosuchiens, des ichthyosaures et d'autres plésiosaures.
Historique des recherches

À l’automne 1985, un étudiant en géologie de l’université autonome du Nuevo León découvre, lors d’une excursion dans la sierra Madre orientale, une grande concrétion fossilifère située à environ 1 km au nord-ouest d’Aramberri, dans l’État mexicain du Nuevo León[N 1]. Durant l'exhumation, une seconde concrétion tout aussi grande est découverte par les paléontologues[4],[5],[6],[7]. L'accessibilité difficile du site et le poids des fossiles alors collectés, estimé à environ 200 kg, empêchent les chercheurs de les déplacer immédiatement. L’année suivante, le matériel découvert est finalement transporté sur plus de 2 km grâce à des procédés techniques relativement complexes, jusqu’à atteindre une route permettant son acheminement[4]. Par la suite, les deux grandes concrétions furent envoyées à la faculté des sciences de la Terre de l'université, où les fossiles sont catalogués sous le numéro de spécimen UANL-FCT-R2[5],[7]. La préparation de la première concrétion fossile s’étend sur une durée de deux mois ; une fois l’opération achevée, il est fixé verticalement sur un socle en béton coulé[4]. La première concrétion contient de nombreux éléments postcrâniens qui incluent entre autres sept vertèbres pectorales (des vertèbres transitionnelles entre les régions cervicales et thoraciques), des fragments de coracoïdes et d'une omoplate gauche, des côtes ainsi que des gastralia (côtes abdominales). La seconde concrétion inclut quant à elle un rostre (constituant le museau) avec des dents[4],[5]. Dans la littérature scientifique, ces fossiles sont mentionnés pour la première fois en 1988 par le géologue allemand Walter Hähnel, l’un des chercheurs ayant participé à leur exhumation[5]. Celui-ci précise que la découverte aurait été effectuée stratigraphiquement dans la formation La Casita (en), une formation géologique du Jurassique supérieur, plus précisément datée du Kimméridgien tardif. Malgré le fait que le spécimen ait été découvert dans des sédiments marins, Hähnel l'identifie comme étant un grand dinosaure carnivore d'une longueur allant entre 10 à 15 m[4].
Les principaux fossiles du spécimen sont redécouverts durant l’automne 2000 et, sur la base de leur morphologie vertébrale, sont rapidement réidentifiés comme provenant d’un grand reptile marin de la famille des pliosauridés[6]. La découverte est annoncée en par le paléontologue allemand Eberhard Frey (d) et ses collègues dans une courte publication, au cours de laquelle ils attribuent au spécimen le surnom informel de « monstre d’Aramberri »[1]. Le , le magazine allemand Der Spiegel publie un article consacré à la découverte, reprenant ce surnom et soulignant la complétude ainsi que les dimensions remarquables du reptile marin. Cette publication attire alors l’attention des médias internationaux[6], au point que le surnom donné est depuis couramment utilisé aussi bien par les journalistes que par les scientifiques[8],[9],[10],[7]. L'étude annoncée décrivant plus en détails les fossiles, dirigée par la paléontologue française Marie-Céline Buchy et ses collègues, est finalement publiée en 2003[5]. Dans la publication de 2001, les auteurs notent que la seconde concrétion ne fut pas relocalisée à l'université[1], mais c'est depuis l'étude de 2003 où il est noté comme perdu. Sur la base de la position stratigraphique de divers spécimens d'ammonites sur le site de la trouvaille, les auteurs de cette dernière étude révèlent également que le pliosaure d'Aramberri a en fait été découvert dans la formation La Caja, qui date du Kimméridgien « moyen »[5].
De 2001 à 2007, de nouvelles expéditions menées sur le site d’origine par des paléontologues mexicains, français et allemands, avec l’aide des habitants de la ville, permettent d’exhumer la partie caudale du spécimen ainsi que les deux tiers du squelette. Des fragments crâniens sont également découverts, bien que la plupart soient indéterminables. Les données de terrain suggèrent même que le spécimen fossile aurait été initialement complet, avant l’érosion du crâne et son exhumation pour la phosphorite[9],[11],[12],[7]. Finalement, il semblerait que 70 % du squelette de l'animal soit connu[3],[13]. En 2003, afin d'aider les paléontologues, le maire nouvellement élu du Nuevo León envoie un hélicoptère afin de transporter un bloc fossile pesant au total 450 kg. Durant sa campagne menée l'année suivante, le maire approuve et achève même la construction d'une route menant vers le site d'excavation[9]. Une fois exhumés, la plupart des fossiles furent transférés au musée d'histoire naturelle de Karlsruhe (en), en Allemagne, pour y être préparés[8],[9]. Le musée de Karlsruhe ne pouvant pas accueillir plus de fossiles en raison de la taille de l'animal, le matériel restant est alors transféré dans le musée du désert (en), à Saltillo, dans le Coahuila. Lorsque la préparation du matériel gardé à Karlsruhe fut finalisée, ces derniers furent donc renvoyés à la faculté des sciences de la Terre de l'université autonome du Nuevo León en 2012, où ils sont depuis stockés. Une partie des fossiles fut temporairement exposée en 2007 au musée d'histoire mexicaine à Mexico, capitale du pays[3]. Les nouveaux fossiles découverts et préparés consistent en neuf vertèbres cervicales conservées sur trois blocs, des vertèbres dorsales, des côtes et des gastralia supplémentaires, une tête articulaire fémorale ainsi qu'une ceinture pelvienne presque complète. Les éléments crâniens identifiés incluent quant à eux un ptérygoïde, un jugal et une partie d'un maxillaire préservant une alvéole dentaire. Les nouveaux fossiles sont toujours en cours de préparation et devraient recevoir des descriptions bien plus détaillées pour de futurs travaux[9],[14],[10],[7]. En 2012, le paléontologue mexicain Javier Aguilar Pérez cite que le spécimen devrait recevoir une monture squelettique formée à partir des fossiles une fois leurs préparations terminées. Il suggère en outre que de nouveaux fragments crâniens pourraient être retrouvés sur le site de découverte, bien qu’aucune expédition n’y ait apparemment été menée depuis[3].
Description
Morphologie d'ensemble

Le spécimen d'Aramberri est l'un des plus complets des grands pliosaures à avoir été découverts[8],[15]. Bien que l'ensemble des fossiles n'ait pas fait l'objet d'une description détaillée, certains furent étudiées de manière précise[5],[16],[7]. Les plésiosaures peuvent généralement être décrits comme étant du morphotype « plésiosauromorphe », à petite tête et à long cou, ou du morphotype « pliosauromorphe », à grosse tête et à cou court, le « monstre d’Aramberri » étant un représentant de ce dernier morphotype[17],[18]. Comme tous les plésiosaures cependant, ils possède une queue courte, un tronc massif et deux paires de grandes palettes natatoires[19],[20].
Mensurations
Le « monstre d'Aramberri », comme son nom l'indique, est aussi l'un des plus grands pliosaures ayant été identifiés à ce jour, mais les estimations de sa taille ont considérablement baissé au fil des années. Les estimations initiales précises fixaient la taille aux alentours de 15 m de long au minimum[5],[21],[12], bien que des estimations maximales allant jusqu'à 18 m pour une masse corporelle de 50 tonnes fut aussi proposée par les scientifiques[6],[9],[10]. En 2008, le paléontologue britannique Adam S. Smith et son collègue irlandais Gareth J. Dyke, mentionnant indirectement le spécimen en citant l'article de 2003, donnent une longueur maximale de 17 m[17]. Dans sa thèse de 2009, le paléontologue australien Colin McHenry critique les interprétations initiales qu'il trouve très exagérées. En comparant le spécimen d'Aramberri avec le matériel fossile attribué au pliosauridé australien Kronosaurus, il en réduit la taille à entre 11,7 et 12,2 m pour une masse corporelle situé entre 14,9 et 17,8 tonnes[22]. En 2014, Frey et son compatriote Wolfgang Stinnesbeck augmentent légèrement plus la longueur du spécimen à entre 12 et 14 m[7],[N 2]. En 2021, les paléontologues allemands Frederik Spindler et Martin Mattes réduisent encore plus la taille de ce spécimen à entre 10 et 11 m de long[24]. En 2024, le paléontologue chinois Ruizhe Jackevan Zhao ne donne pas une estimation précise quant aux mensurations du spécimen. Il suggère à la place, sur la base des dimensions vertébrales, qu'il aurait été semblable en taille à Pliosaurus funkei, qui selon son modèle mesure environ 9,8 m de long pour une masse corporelle de 12 tonnes[25]. La même année, le biologiste australien Joel H. Gayford et ses collègues estiment que l'animal devrait atteindre une taille d'environ 10,7 m de long[26].
Crâne
Relativement peu d'os crâniens de l'animal ont été découverts, et certains d'entre eux ont même été perdus en ce qui concerne le rostre et les dents[5],[12],[7]. Cependant, à l'aide d'une des photographies présente dans la publication de 1988 par Hähnel, Buchy et collègues y donnent quelques commentaires dans leur premier ré-examen du spécimen en 2003. Selon leur description, le rostre mesurerait 60 cm de long et contient trois dents cassées. Les dents sont décrites comme massives, atteignant environ 5,5 cm de diamètre et étant bicarinées (possédant deux bords tranchants). Le fossile contiendrait aussi une dent supplémentaire provenant vraisemblablement d'une mâchoire opposée. Par conséquent, il est incertain de savoir si le rostre viendrait d'un os dentaire (le principal os de la mandibule), d'un maxillaire ou d'un prémaxillaire (deux os de la mâchoire supérieure)[5]. Sur la base d'une mandibule d'un grand pliosaure préservée au musée d'histoire naturelle de l'université d'Oxford en Angleterre, les auteurs estiment que le « monstre d'Aramberri » devrait avoir une mandibule et un crâne atteignant les 3 m de long[27],[9],[12]. Certains chercheurs estiment aussi que les dents de l'animal seraient de formes coniques et que les plus grandes auraient atteint 20 cm de long[9].
Squelette postcrânien
La majorité du matériel postcrânien du pliosaure d'Aramberri ne fut pas encore décrit en raison du fait que les préparations ne sont actuellement pas finalisées. Cependant, une grande partie du matériel initialement découvert et certains fossiles exhumés et préparés ultérieurement ont quant à eux été décrits[5],[16],[7]. Les parties avant et arrière des corps vertébraux sont légèrement convexes. Ces derniers sont en forme de poulie et varient en longueur de 9 à 10,5 cm. Les épines neurales des vertèbres sont de forme quadrangulaire en vue latérale, atteignant 20 cm de haut pour une longueur allant de 5 à 8 cm. Les tubes neuraux sont visiblement de forme ovale, atteignant 8 à 10 cm de haut pour 2 à 3 cm de large. Les parties proximales préservées des côtes mesurent jusqu'à 20 cm, mais leur état de conservation empêche de dire davantage quant à leur morphologie. Les rares côtes associées aux vertèbres présentent quant à elles une marge dorsale courbée[5]. La tête fémorale du « monstre d'Aramberri » mesure 45 cm de large ; à titre de comparaison, un spécimen de Liopleurodon mesurant 5 m de long possède une tête fémorale qui n'atteint que 14 cm[11],[16]. Les gastralia possèdent des rainures profondes presque circulaires et qui sont irrégulièrement espacées. Comme ces caractéristiques ne peuvent être assimilées à une morsure, ceux-ci peuvent être un trait distinctif qui pourrait s’avérer diagnostique pour l'animal au sein de futures études[7].
Classification
Le « monstre d'Aramberri » fut initialement décrit comme étant un grand dinosaure par Hähnel en 1988 sans classifications plus précises[4], mais sa nature carnivore pouvait néanmoins suggérer à un probable théropode. Les paléontologues découvrent plus ultérieurement qu'il s'agit en fait d'un pliosaure de la famille des Pliosauridae au début des années 2000[1],[2],[5]. Selon Buchy et al. (2003), son affiliation est basée sur la présence des caractéristiques vertébrales uniques à ce groupe, tel que les foramens qui sont présents sur la face ventrale de chaque vertèbre ; les vertèbres qui sont en forme de poulie ; et les articulations des côtes de la face latérale de certaines vertèbres situé près des arcs neuraux (parties supérieures/dorsales des vertèbres), typique des vertèbres pectorales des plésiosaures[5]. Cependant, le manque de diagnoses crâniennes appropriées et le reste des fossiles non décrits l’empêche d’être assigné à un quelconque genre déjà établi de pliosauridé, notamment européens[7].
En 2013, le paléontologue britannique Roger B. J. Benson et son collègue américain Patrick S. Druckenmiller (en) nomment un nouveau clade au sein des Pliosauridae, appelé Thalassophonea. Ce clade comprend les pliosauridés « classiques » à cou court tout en excluant les formes antérieures aux longs cous plus graciles[28]. Bien qu’aucune étude consacrée à sa position phylogénétique n’ait encore été publiée, le « monstre d’Aramberri » est depuis considéré comme un étant grand représentant de ce groupe[18],[29]. En 2014, Frey et Stinnesbeck effectuent une brève description du pliosaure d'Aramberri et commentent ses affinités hypothétiques au sein de la famille des pliosauridés. La petite taille des palettes natatoires par rapport au corps de l'animal indique que le spécimen serait apparenté à Kronosaurus[7]. Le groupe qui inclut actuellement Kronosaurus, connu sous le nom de Brachaucheninae, n’inclut que les représentants ayant vécu durant le Crétacé[28],[30], le spécimen d'Aramberri étant daté du Jurassique supérieur. Bien que Frey et Stinnesbeck aient proposé cette relation ultérieurement en 2014[7], McHenry avait déjà conclu en 2009 que le spécimen ne serait pas étroitement apparenté[31].
Paléobiologie
Ostéogenèse et ontogenèse
Dans leur étude publiée en 2003, Buchy et ses collègues remarquent que le septième arc neural n'est pas fusionné avec les vertèbres, les autres arcs neuraux étant incomplets pour permettre des observations semblables. Les spécimens de plésiosaures présentant des arcs neuraux non fusionnés aux vertèbres sont généralement vus comme des juvéniles, et les auteurs considèrent par conséquent que le spécimen d'Aramberri en serait un également malgré sa taille imposante[5]. Néanmoins, Buchy remet en question cette interprétation en 2007, citant que très peu de fossiles de pliosaures ont été retrouvés avec des arcs neuraux fusionnés aux vertèbres, et qu'il s’agirait très probablement de traits juvéniles conservés à l'âge adulte[32]. De nombreux travaux ultérieurs partagent des conclusions identiques[33],[18],[34]. Sur la base de ces observations, Stinnesbeck et Frey interprètent alors le spécimen comme étant un subadulte en 2014[23]. En 2024, Zhao, partageant les mêmes point de vues, considère le spécimen comme étant un adulte en raison de sa grande taille[29].
Marques de morsures
Certains fragments crâniens du pliosaure d'Aramberri, à savoir le jugal et un os ptérygoïde, présentent des traces de morsures montrant que le spécimen aurait été attaqué au niveau arrière de la tête. La trace de morsure présente sur le ptérygoïde montre qu'elle aurait été faite par une dent dont la couronne est estimée selon les sources à entre 4 et 7 cm, suggérant une longueur totale de la dent d'environ 30 cm. Malgré la blessure importante, le ptérygoïde montre la présence d'un cal, suggérant que l'animal aurait survécu à l'incident. À l'inverse, le jugal aurait été quant à lui perforé par une dent qui n'aurait atteint seulement que les deux tiers de celui ayant touché le ptérygoïde, mais qui pour le coup aurait été probablement mortel car ne présentant aucune marque de guérisons. Le probable pliosaure qui aurait ainsi blessé voire tué le pliosaure d'Aramberri aurait été donc plus grand, mais les auteurs n'ont pas donné d'estimations quant à sa taille afin d'éviter les spéculations[2],[9],[12],[7].
Contenu stomacal
Au niveau du tronc, le spécimen d'Aramberri montre ce qui semble être des os mal préservés et présentant des marques de gravures provenant d'un possible ichthyosaure. L'ichthyosaure en question aurait probablement été le dernier repas du spécimen avant sa mort, mais de nouvelles études sont nécessaires pour le confirmer[7].
Paléoécologie
La formation La Caja, où le « monstre d'Aramberri » fut découvert, aurait été un environnement marin calme d'une faible profondeur estimé entre 150 et 300 m, quoique la proximité d'une île soit attestée par des dépôts végétaux probablement arrachés lors des rares tempêtes. La présence de cet imposant pliosauridé dans cette région est un argument en faveur de l'existence d'une communication entre le domaine nord téthysien où la plupart des fossiles ont été retrouvés, et les mers épicontinentales qui baignaient l'Amérique du Sud à cette époque. La formation, datant du Kimméridgien « moyen », contient de nombreux fossiles d'invertébrés, les ammonites étant les plus abondants. Les autres invertébrés présents incluent notamment des bélemnites, des bivalves, des brachiopodes, des serpulidés, des radiolaires et des calpionelles. Des débris fossiles de poissons sont aussi connus[5]. La formation contient un certain nombre d'autres reptiles marins de divers groupes. Parmi les plésiosaures, en plus du « monstre d'Aramberri », deux autres spécimens supplémentaires de pliosauridés indéterminés sont connus[35],[36]. En dehors de ces trois pliosauridés, l'unique plésiosaurien connu est un possible élasmosauridé également noté comme indéterminé[37],[38]. Les thalattosuchiens incluent un spécimen non attribué[39],[40] et Cricosaurus saltillensis[41]. Le premier thalattosuchien cité fut d'ailleurs découvert lors de l’excavation du pliosaure d'Aramberri[42]. Les ichthyopterygiens connus de la formation La Caja incluent un spécimen indéterminée[37],[43] ainsi que l'ophthalmosauridé Parrassaurus (en)[44].
Culture populaire

La plupart des médias ont fixé la taille du pliosaure d'Aramberri à entre 19 et 25 m de long et l'ont considéré comme un représentant de Liopleurodon[8],[2],[6],[10],[3]. La représentation de Liopleurodon dans la série documentaire de la BBC Sur la terre des dinosaures (1999), où il est dépeint comme atteignant 25 m de long pour un poids de 150 tonnes, ainsi que son ancienne interprétation juvénile (laissant donc suggérer que les spécimens adultes contemporains auraient été bien plus grands)[29], sont des possibles causes de ces estimations et attributions erronées[45]. Les plus gros spécimens connus de Liopleurodon auraient visiblement atteint 8 m de long pour une masse corporelle de 7,8 tonnes[46], et il est admis que le spécimen d'Aramberri ne soit pas un représentant de ce même genre au vu des fossiles[6],[10],[7]. Certains auteurs qualifient de manière humoristique cette tendance à sur-exagérer la taille de Liopleurodon et le spécimen d'Aramberri comme de la « godzillaisation »[6],[47].
En 2017, une reconstitution grandeur nature du « monstre d'Aramberri » fut effectuée sur la base des dimensions des fossiles conservés. Il est depuis exposé au musée pour enfants Papalote (es), à Monterrey[13].
Notes et références
Notes
- ↑ Pour une raison peu claire, certaines sources placent l'année de la découverte du spécimen fossile en 1984[1],[2]. De plus, les articles scientifiques ne mentionnent pas le nom du découvreur des premiers fossiles connus, mais une nouvelle de 2012 cite qu'il s'agit d'un certain Mario Alberto Mancilla[3].
- ↑ Plus tôt au sein de l'ouvrage, les mêmes paléontologues fixent la taille de ce spécimen à 15 m de long comme la majorité des précédentes estimations[23].
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- ↑ Buchy et al. 2006, p. 3-4.
- ↑ Buchy 2007, p. 7-8.
- ↑ (en) Marie-Céline Buchy, Mark T. Young et Marco B. de Andrade, « A new specimen of Cricosaurus saltillensis (Crocodylomorpha: Metriorhynchidae) from the Upper Jurassic of Mexico: evidence for craniofacial convergence within Metriorhynchidae », Oryctos, vol. 10, , p. 9-21 (lire en ligne [PDF])
- ↑ Buchy et al. 2006, p. 3.
- ↑ Buchy 2007, p. 17.
- ↑ (en) Jair Israel Barrientos-Lara et Jesús Alvarado-Ortega, « A new Tithonian ophthalmosaurid ichthyosaur from Coahuila in northeastern Mexico », Alcheringa: An Australasian Journal of Palaeontology, vol. 45, no 2, , p. 203-216 (DOI 10.1080/03115518.2021.1922755, Bibcode 2021Alch...45..203B, S2CID 236270217)
- ↑ McHenry 2009, p. 360.
- ↑ Zhao 2024, p. 39.
- ↑ McHenry 2009, p. 33, 445.
Annexes
Articles connexes
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Thèses
- (en) Marie-Céline Buchy, « Mesozoic marine reptiles from north-east Mexico: description, systematics, assemblages and palaeobiogeography », Universität Karlsruhe, (DOI 10.5445/IR/1000007307
, S2CID 132738780). 
- (en) Colin R. McHenry, « Devourer of Gods: The palaeoecology of the Cretaceous pliosaur Kronosaurus queenslandicus » (PhD), The University of Newcastle, (hdl 1959.13/935911
, S2CID 132852950). 
Articles
- (en + fr) Marie-Céline Buchy, Eberhard Frey, Wolfgang Stinnesbeck et José Guadalupe López-Oliva, « Catalogue commenté des reptiles marins du Jurassique supérieur (Kimméridgien et Tithonien) des collections de l’Universidad Autónoma de Nuevo León, Facultad de Ciencias de la Tierra, Linares, Mexique », Oryctos, vol. 6, , p. 1-18 (lire en ligne [PDF]).

- (en) Ruizhe Jackevan Zhao, « Body reconstruction and size estimation of plesiosaurs », BioRxiv, (DOI 10.1101/2024.02.15.578844
, S2CID 267760521). 
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