Monte Baranta

Monte Baranta
Image illustrative de l’article Monte Baranta
L'enclos-tour vu de l'ouest.
Localisation
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Sardaigne
Province Sassari
Commune Olmedo
Protection Patrimoine mondial 2025
Coordonnées 40° 37′ 56″ nord, 8° 23′ 50″ est
Histoire
Époque Néolithique
Patrimoine mondial Patrimoine mondial
Numéro
d’identification
1730-004
Géolocalisation sur la carte : Italie
(Voir situation sur carte : Italie)
Monte Baranta
Monte Baranta
Géolocalisation sur la carte : Sardaigne
(Voir situation sur carte : Sardaigne)
Monte Baranta
Monte Baranta

Monte Baranta, ou selon son nom complet le complexe prénuragique de Monte Baranta, est un site préhistorique daté du Néolithique situé à Olmedo, dans la province de Sassari en Sardaigne. Le site correspond à un ensemble fortifié, comprenant un enclos-tour, une muraille, un habitat et une aire sacré. Le site est daté de la période prénuragique (culture de Monte Claro).

Le site a été inscrit en 2025 sur la liste du Patrimoine mondial avec 26 autres sites néolithiques de Sardaigne.

Historique

Le complexe de Monte Baranta est mentionné pour la première fois en 1958 sur la carte de l’institut géographique militaire sous le nom de Nuraghe Su Casteddu[1]. La première description de la muraille et de l’enclos‑tour est réalisée en 1962 par Ercole Contu, qui attribue le site à l’époque nuragique en raison de l'enclos-tour qu'il assimile à un « pseudo-nuraghe » (désormais appelé « protonuraghe » ou « nuraghe à couloir »)[1].

Par la suite, Alberto Moravetti identifie sur le site une aire sacrée et une zone d’habitat, et découvre sur place un fragment céramique daté de la culture Monte Claro. Entre 1979 et 1981, Moravetti fouille l’enclos‑tour, deux cabanes de l’habitat et une partie de l’aire sacrée. L’analyse des structures et des matériaux mis au jour permet d’attribuer la construction du complexe mégalithique à la culture de Monte Claro. Les fouilles ont également permis de documenter une réutilisation de l’enclos‑tour durant la période nuragique et à l’époque historique. En 2012, une seconde campagne de fouilles menée dans l’aire du village a permis de confirmer l’attribution culturelle mise en évidence dans les années 1980[2].

En 2025, le complexe prénuragique de Monte Baranta fait partie de l'ensemble inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom « Tradition funéraire dans la Sardaigne préhistorique – Les domus de janas »[3].

Le site

Le site de Monte Baranta est situé sur le bord oriental du plateau trachytique éponyme, dominant de courtes vallées au sud‑est et la vaste plaine qui s’étend vers le sud‑ouest jusqu’au golfe d’Alghero. Le site comprend des constructions s’apparentant à un système défensif, d'un enclos‑tour placé sur le rebord abrupt du plateau, et légèrement détachée de celui‑ci et placée en position plus élevée, une puissante muraille en appareil cyclopéen, qui protège un un groupe de cabanes quadrangulaires. À l’extérieur de la muraille se trouve une aire sacrée comprenant deux menhirs et un cercle mégalithique. Au‑delà de l’aire sacrée, dans la dense végétation méditerranéenne, on peut apercevoir des traces évidentes d’autres cabanes affleurant à peine du sol[4],[2].

La nécropole à domus de janas de Santu Pedru est située à un peu plus de 1 km au sud-est.

L'enclos-tour

L’« enclos‑tour  » est situé sur le bord de l’escarpement. La construction adopte un plan en forme de fer à cheval (20,65 m par 15,30 m, surface 380,8 m2). L’épaisseur du mur, formé de deux parements (externe et interne) remplis de petites pierres, varie d’un minimum de 4,15 m de largeur à l’extrémité sud à un maximum de 6,50 m de largeur sur le côté nord‑ouest. Le parement externe des murs est constitué de grandes dalles polygonales en trachyte, superposées de manière irrégulière et calées par de grosses pierres de blocage. À l’intérieur des murs, les blocs sont de dimensions plus réduites, équarris avec davantage de soin et disposés en assises horizontales relativement régulières. La hauteur moyenne conservée de 3,45 m doit sensiblement correspondre à celle d’origine, d’une part parce qu’un élévation supérieure n’est pas suggérée par des traces d’effondrement visibles au sol, et d’autre part parce qu’une telle maçonnerie, sans aucun élément intermédiaire de liaison et donc soumise à des poussées internes, ne peut permettre des élévations trop importantes[5].

Entrée ouest.

Le côté oriental est dépourvu de mur car il est naturellement défendu par le précipice. L'enclos est percé de deux ouvertures, l’une au nord et l’autre à l’ouest. L’entrée ouest (2,10 m de hauteur, 1,20 m de largeur) est surmontée d’un linteau de forme polygonale (1,08 m × 0,72 m) lui‑même recouvert d’une pierre encore plus grande (1,07 m d'épaisseur)[5]. Le couloir occidental (longueur 5,80 m, largeur 1,10 à 1,20 m, hauteur 1,85 à 2,10 m) est recouvert de quatre grandes dalles et, débouche dans la cour par une porte rectangulaire (2,10 m de hauteur, 1,20 m de largeur) surmontée d’un linteau. L’entrée nord (hauteur 1,73 m, largeur 1,20 m), également surmontée d’un linteau (1,55 m × 0,38 m × 0,88 m), mène à un couloir (4,80 m de long, 1,15 m de large, 2,12 m de hauteur) également recouvert par quatre dalles (dont une remise en position lors des travaux de restauration de 1992)[6].

La cour, de forme semi‑elliptique, ne pouvait recevoir aucun type de couverture. Le sol de la cour correspond au sol naturel, rocheux, irrégulier et partiellement nivelé, là où le dénivelé était le plus important à l’aide de pierres. À l’intérieur de la cour, un escalier rudimentaire, aménagé dans les assises visibles de la paroi sud‑ouest, se développe à ciel ouvert et conduit au sommet du mur à une sorte de « chemin de ronde » (1,50 m de largeur en moyenne) qui court sur environ 6 mètres de long jusqu’à la dalle de couverture du couloir ouest, où il semble s’interrompre, atteignant alors une largeur de 1,90 m, avec un parapet de 1,20 m de hauteur et 3,90 m d’épaisseur. Étant donné que ce « chemin de ronde » ne court pas sur tout le périmètre de la construction et que le parapet, en raison de son épaisseur, ne permettait ni de voir ni de frapper un éventuel assaillant à la base du mur, il est très probable que l’escalier comme le « chemin de ronde » devaient supporter d’éventuelles structures en bois implantées sur l’épaisseur du mur qui atteint précisément à cet endroit sa dimension maximale. Par ailleurs, seule l’existence de structures en bois permet d’expliquer la hauteur somme toute modeste de l’édifice et l’épaisseur réellement excessive du mur. De plus, la surface des maçonneries au niveau supérieur est de 189,5 m2 , soit à peine inférieure à celle de la cour elle‑même (191,30 m2)[6].

Les fouilles ont permis de recueillir un petit matériel céramique daté de la période Monte Claro et de l'époque romaine, attestant une fréquentation sporadique du monument à l’époque historique. Elles ont également permis d’établir que, durant la phase d’occupation prénuragique, la porte d’entrée extérieure du couloir nord fut obstruée de manière à obtenir une chambre rectangulaire accessible uniquement depuis la cour. Une lame (13 cm de long sur 1,5 à 2,5 cm de large) métallique, en bronze ou en cuivre, à pointe arrondie et munie d’un trou pour rivet a été découverte dans la cour[7].

La muraille

La muraille.

La muraille est située à environ 60 mètres au nord‑ouest de l’enclos‑tour, à une altitude légèrement plus élevée. Elle enserre la portion ouverte du plateau, protégé sur trois côtés par un escarpement abrupt. Cette muraille présente un tracé rectiligne (longueur 97 m), du nord au sud, sur la majeure partie de son parcours, avant de se replier vers l’intérieur, plein sud en suivant le relief du sol, à son extrémité méridionale. Elle est construite selon la même technique que l’enclos‑tour : le parement externe, formé de grands blocs, et le parement interne, formé de pierres plus petites disposées en assises, renferment un remplissage de pierres de petit calibre. La muraille est conservée sur une hauteur comprise entre 1,48 m et 3,00 m, pour une épaisseur moyenne de 3,75 m (épaisseur maximale de 5,00 m, à proximité de l’entrée)[8].

On accédait à l’intérieur de l’enceinte par une unique porte (hauteur conservée 1,70 m, largeur 0,65 m) qui traverse toute l’épaisseur du mur à son extrémité septentrionale et débouche sur un couloir rectangulaire (5,10 m de long, 0,90 m de large, 1,60 m de haut)[2],[8] dont les linteaux et les dalles de couverture sont aujourd’hui renversés au sol[2]. Juste après avoir franchi le couloir d’entrée, sur la paroi droite de la muraille se trouve un escalier apparent, analogue à celui de l’enclos‑tour. En raison de l’effondrement de la partie supérieure de la muraille, il n’est pas possible de préciser si cet escalier conduisait à un « chemin de ronde » ou directement sur l’épaisseur du mur[8].

Les cabanes

Six cabanes ont été identifiées dans l’aire délimitée par la muraille (3 124 m2)[2] et une septième a été découverte sous le flanc gauche de l’entrée de l’enceinte. Les cabanes de Monte Baranta sont des structures simples, affleurant à la surface du sol. Les fouilles archéologiques des cabanes ont livré des fragments céramiques de la culture de Monte Claro, surtout de grands vases (parfois polypodes) et des pichets, ainsi que de rares outils lithiques. Les meules sont sporadiques, indiquant une activité agricole faible[9].

La cabane n°1 est située presque au centre du plateau. Elle comporte un plan quadrangulaire (5,82 × 6,40 m ; surface : 34,62 m2), avec une ouverture à l’est et des traces d’une cloison interne. Le mur extérieur est conservé sur une hauteur maximale de 0,80 m et atteint une épaisseur maximale de 1,14 m . Le sol était constitué de dalles plates reposant sur unlit de petits cailloux (épaisseur : 0,20/0,30 m). Sur le côté sud, la paroi s’ouvre sur une profondeur de 1,70 m, délimitant un espace vaguement semi‑circulaire de fonction incertaine. Presque contre la paroi nord, dans une position très décentrée, une structure quadrangulaire (0,48 × 0,60 m ; prof. 0,22 m), creusée sous le niveau du sol et formée de quatre dalles plantées de chant, a été interprétée comme un foyer ; quelques fragments céramiques y ont été trouvés[9].

La cabane n°2 est située à l’extrémité nord du village. Elle est de forme vaguement quadrangulaire (3,62 × 2,68 m ; surface : 9,37 m2), délimitée par une seule rangée de blocs (haut. 0,62 m) avec de larges intervalles destinés à accueillir des pièces de bois soutenant la couverture. Le sol est dallé de pierres plates de petite et moyenne taille[9].

La cabane n°3 est située à environ six mètres de la muraille et dix mètres au nord‑est de la cabane n°1. C’est la plus grande structure fouillée à ce jour. Elle comporte un plan rectangulaire (10 × 8 m ; surface : 55 m²) avec les restes d’une cloison séparant deux espaces. Dans le petit espace, fortement décentré vers la paroi est, un foyer similaire à celui de la cabane n°1 a été découvert. Dans l’espace principal, un petit « puits » (0,65 × 0,40 m ; prof. 0,27 m) ainsi qu’une sorte de « ciste » elliptique (1,80 × 1,10 m ; prof. 0,45/0,55 m) ont été mis au jour. Le « puits » pourrait correspondre à un second foyer ou, étant donné sa position centrale, à un logement de poteau. À l’extérieur de la ciste, en contact avec les dalles périphériques, un fragment de poignard en cuivre a été retrouvée entre les pierres du sol[9].

La cabane n°4 ne conserve que trois parois (environ 6,20 × 5,80 m ; surface : 20,92 m2), la quatrième, qui devait fermer un espace trapézoïdal, ayant été partiellement détruite. Une petite fosse quadrangulaire (0,56 × 0,68 m), proche des parois sud‑est‑ouest et délimitée par des dalles sur 0,50 m de profondeur, constituait le foyer. Le sol était formé de dalles plates et de la roche naturelle nivelée[9].

La cabane n°5, contiguë à la n°6, est de forme trapézoïdale (6,50 × 5 m ; surface : 30 m²) avec un sol en galets, et présente dans sa partie sud le foyer quadrangulaire habituel (0,60 × 0,40 m ; prof. 0,30 m). La cabane n°6 a un plan quadrangulaire (9 × 5,40 m ; surface : 42,35 m2), mais avec des angles arrondis et un côté nord‑est en forme d'abside. L’espace interne est divisé en deux secteurs par une cloison. La fouille du secteur nord a révélé un dallage de pierres plates soigneusement disposées et une probable fosse de poteau au centre de l’espace[9].

Le « cercle » mégalithique.
Le grand menhir couché.

Cercle mégalithique et menhirs

Le « cercle » mégalithique est situé à quelques mètres de la muraille, à l'extérieur. Le cercle est de forme sub‑circulaire (9 à 12 m de diamètre). Il est constitué d’au moins trente grandes dalles de dimensions et de formes variées (longueur moyenne 1,45 m, largeur moyenne 1 m), ainsi que d’un grand nombre de pierres de taille petite et moyenne. Certaines de ces pierres, pour la plupart brisées et aujourd’hui toutes renversées, montrent clairement qu’il s’agissait de menhirs[10].

Sur le pourtour externe du cercle, au nord, se trouve un premier menhir renversé et brisé en deux parties (2,05 m de longueur), tandis qu’un second menhir, également renversé, et de plus grandes dimensions (longueur 3,95 m) est visible à une dizaine de mètres au nord-ouest. Les deux blocs sont en trachyte[11]. Le plus grand des deux comporte une section polygonale, rétrécie et biseautée à l’extrémité supérieure, avec une nervure longitudinale[2]. Le nettoyage d’un large secteur de terrain autour de ce dernier menhir a permis de dégager une zone rocheuse parfaitement nivelée et de démontrer que le monolithe n’a jamais été dressé bien que des travaux préparatifs au creusement de sa fosse de blocage (rectangle incisé dans le rocher) aient été réalisés[10].

Les sondages effectués à l’intérieur du cercle ont livré peu de matériel archéologique et de faible intérêt. L'ensemble du matériel a été attribué à la culture de Monte Claro[10].

Interprétation

Le site fortifié de Monte Baranta devait être un centre de grande importance pour la région environnante, comme en témoignent la monumentalité des structures et la présence d’un espace cultuel significatif. Il est probable que d’autres noyaux d’habitat (Tanca Baranca, Padru Salari), documentés non loin du site, se référaient d’une manière ou d’une autre à Monte Baranta, tant pour la défense en cas de danger que pour les activités cultuelles[2].

Le complexe de Monte Baranta témoigne d'un sentiment d’insécurité qui poussait les populations Monte Claro à s’installer parfois sur les hauteurs et à renforcer des défenses naturelles par des fortifications mégalithiques, englobant de vastes surfaces. Ce choix topographique et la vision stratégique du contrôle du territoire semblent annoncer l’apparition des protonuraghes du Bronze ancien‑moyen avant de devenir le trait distinctif de l’époque nuragique[12].

Notes et références

  1. Moravetti 2000, p. 29.
  2. Catalogo dei siti.
  3. « Tradition funéraire dans la Sardaigne préhistorique – Les domus de janas », sur UNESCO
  4. Moravetti 2000, p. 35.
  5. Moravetti 2000, p. 37-38.
  6. Moravetti 2000, p. 39-43.
  7. Moravetti 2000, p. 44-45.
  8. Moravetti 2000, p. 47-50.
  9. Moravetti 2017.
  10. Moravetti 2000, p. 53-57.
  11. (it) Salvatore Merella, I menhir della Sardegna, Sassari, , 372 p. (lire en ligne), p. 22
  12. Moravetti 2000, p. 32-33.

Annexes

Bibliographie

  • (it) Alberto Moravetti, Il complesso prenuragico di Monte Baranta, Sassari, Carlo Delfino Editore, coll. « Sardegna archeologica, Guide e itinerari » (no 28), , 73 p. (ISBN 88-7138-190-4)
  • (it) Alberto Moravetti, Paolo Melis et Luca Doro, « Complesso preistorico di Monte Baranta (Olmedo-SS) : relazione sulla campagna di scavi 2012 », FastiOnline, no 274,‎ , p. 1-6 (lire en ligne)
  • (it) Alberto Moravetti, « Sulla cultura di Monte Claro », dans Alberto Moravetti, Paolo Melis, Lavinia Foddai, Elisabetta Alba, La Sardegna preistorica : Storia, materiali monumenti, Carlo Delfino Editore, , 500 p. (ISBN 9788893610827), p. 179-182

Articles connexes

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