Monument au maréchal Gallieni

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8 mètres environ |
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48° 51′ 13″ N, 2° 18′ 42″ E |
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Le Monument au maréchal Gallieni est une statue située sur la place Vauban, à Paris. Inauguré en 1926 et créé par le sculpteur Jean Boucher, le monument rend hommage au maréchal Joseph Gallieni pour sa participation à la défense de Paris pendant la Première Guerre mondiale.
D'abord situé sur l'esplanade des Invalides, le monument est déplacé vers la place Vauban à l'occasion de l'exposition universelle de 1937. Régulièrement vandalisé lors de manifestations, il est également critiqué depuis 2020 par des organisations antiracistes et décoloniales, qui en demandent le retrait de l'espace public à cause de la participation de Gallieni à la colonisation.
Contexte et création
Carrière coloniale et militaire de Gallieni
Joseph Gallieni rejoint l'armée en 1870, et démarre sa carrière dans les colonies deux ans plus tard. Il est notamment déployé au Sénégal, au Soudan français et au Tonkin[1]. Il théorise tout au long de sa carrière le concept de « pacification », qu'il applique à Madagascar où il occupe le poste de gouverneur de 1896 à 1905[2]. Il y force notamment la reine Ranavalona III à abdiquer et réprime l'insurrection des Menalamba[1],[3].
Déjà connu du grand public du fait d'avoir publié de nombreux ouvrages détaillant sa carrière, Gallieni devient un général de premier plan lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale[2]. Il est nommé gouverneur militaire de Paris le et demande la réquisition des taxis de la Marne la même année : cette action, bien qu'ayant un impact militaire limité, améliore grandement son image auprès des Parisiens[4]. Il participe aussi à la bataille de la Marne, et est nommé ministre de la Guerre en 1915.
Il meurt en 1916 des suites d'une opération. Après des funérailles nationales organisées cette même année, il est élevé à titre posthume au rang de maréchal de France en 1921[1].
Financement et édification

La question de l'édification d'une statue rendant hommage à Gallieni se pose peu de temps après sa mort. Après avoir nommé l'avenue traversant les Invalides en son hommage en 1918, le Conseil de Paris décide de l'édification d'une statue de Gallieni en . Une première statue, réalisée par le sculpteur Eugène Bénet, est achetée par la Ville de Paris la même année : celle-ci est cependant jugée trop petite, et est transférée dans la commune de Trilbardou, où elle est inaugurée en 1924[2]. Cette statue est à nouveau transférée au musée de la Grande Guerre du pays de Meaux en 2015[5].
Pour remplacer la précédente statue, la Ligue maritime et coloniale française mène à partir de 1921 une souscription visant à financer l'édification d'une plus grande statue. Cette souscription réunit une somme totale de 306 000 francs, dont 40 000 proviennent de subventions accordées par la Ville de Paris. Une commande est alors passée au sculpteur Jean Boucher ; Après une première proposition rejetée car jugée trop proche de la statue de Trilbardou, l'édification du monument est terminée en 1926[2].
Inauguration et délaissement
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Le monument est inauguré le , en présence du président de la République Gaston Doumergue, d'élus, de membres du gouvernement, de militaires et de représentants de puissances étrangères[6]. L'inauguration a lieu à 8 heures du matin afin de ne pas avoir lieu en même temps qu'une manifestation d'opposition contre le règlement de la dette française auprès des États-Unis organisée par des anciens combattants[2].
Si le monument est le premier dédié à un officier colonial, et ce en pleine guerre du Rif, il est rapidement délaissé : il n'est par exemple pas mobilisé lors des célébrations du 14 Juillet, qui ont lieu trois jours plus tard. L'historienne Emmanuelle Sibeud estime que dès lors le monument « n’a qu’un rôle subsidiaire dans les commémorations de la première bataille de la Marne » : lors des commémorations, ce sont la statue de Trilbardou et un chêne planté en l'honneur de Gallieni dans le jardin du Luxembourg qui sont mobilisés. Le monument n'est alors utilisé que lors d'évènements organisés par l'armée ou par des associations de coloniaux[2].
Description

Le monument est constitué d'une statue en bronze de Gallieni soutenue par quatre cariatides en calcaire représentant la Ville de Paris et trois des territoires où a servi Gallieni durant sa carrière : le Tonkin, le Soudan français et Madagascar. Chaque cariatide est représentée par le biais de stéréotypes : celle représentant Paris est ainsi vêtue d'un bonnet phrygien quand celle symbolisant Madagascar est représentée seins nus[2]. L'historienne de l'art June Hargrove considère ainsi que Boucher a utilisé des « physionomies ethniques » pour sculpter les cariatides[7], quand le géographe Jean Rieucau estime que celles-ci représentent des « figures ethniques »[8].
Les cariatides reposent elles-mêmes sur un socle en calcaire qui porte à l'avant une inscription rappelant le financement du monument par la Ligue maritime et coloniale et la Ville de Paris. Au dos du socle est inscrite une célèbre citation de Gallieni datée du [2],[7] :
« J’ai reçu le mandat de défendre Paris contre l’envahisseur. Ce mandat, je le remplirai jusqu’au bout. »
Critiques et vandalismes
Avant 2020
Critiques esthétiques et déplacement
Le monument est en 1926 mal reçu par les critiques d'art, qui critiquent le choix des matériaux de la statue et son emplacement sur l’esplanade des Invalides. La revue culturelle Comœdia décrit ainsi la statue au lendemain de son inauguration :
« [...] cette statue est trop frêle pour le piédestal massif de pierre ; il n'y a point harmonie de ligne entre les deux matières. Il eût fallu que les quatre figures de pierre imprimassent à l'ensemble du monument. Mais l'ensemble est froid ; il y a désaccord. Ces personnages symboliques et inexpressifs donnent une impression de lourdeur qui donne au bronze l'allure d'une statuette[9]. »
L'écrivain Léandre Vaillat considère que cette statue est « l'amorce d'une allée monumentale »[n 1] aux Invalides et dénonce « une erreur commune à notre époque, celle qui consiste [...] à placer les statues au centre géométrique des places où elles sont comme diluées et perdues »[10]. L'anarchiste Jules Rivet est le seul à relier la statue à la colonisation[2] : il écrit que les cariatides tendraient vers Gallieni « au lieu de la main pleine, le poing fermé, semble-t-il, le poing tendu. Et ceci, que le sculpteur n'a certainement pas voulu est, du reste, la seule attitude que puissent logiquement avoir les trois colonies en question mises en présence de leur ancien gouverneur »[11].
En 1937, le monument est déplacé vers la place Vauban du fait de l'exposition universelle organisée aux Invalides. Un an plus tard, la Commission du Vieux Paris déclare incompatible « [le] monument Galliéni avec l’impressionnante nudité de l’esplanade des Invalides », bloquant de fait tout retour du monument vers l'esplanade[2],[12].
Vandalismes
Le monument est régulièrement vandalisé, notamment lors de manifestations ou par des militants antimilitaristes[2],[8]. De l'encre est versée sur la cariatide représentant Paris l'année même de l'inauguration du monument[13], et la cariatide représentant le Tonkin est endommagée en 1930, ce qui demande une intervention de Jean Boucher pour la réparer. Le monument est plus tard à nouveau vandalisé en 1987, lors de manifestations[2].
À partir de 2020
En 2020
Les critiques et vandalismes visant la statue s'intensifient grandement à partir de 2020, correspondant à une période de grande tension liée au meurtre de George Floyd, aux manifestations qui suivent celui-ci et au mouvement Black Lives Matter en général. Le déboulonnage de statues jugées racistes devient alors un enjeu sociétal important dans les ex-puissances coloniales : on peut citer en France l'exemple des statues martiniquaises de Victor Schœlcher, déboulonnées par des militants décoloniaux en [14]. Ces contestations rencontrent une forte résistance des autorités, y compris en France : Emmanuel Macron déclare par exemple le que « la République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire » et « ne déboulonnera pas de statue »[15].
Devant l'ampleur des manifestations, la police protège la statue de Gallieni au début du mois de juin[16]. Le , le monument est tagué par des manifestants : ils écrivent sur la statue les inscriptions « déboulonnons le récit officiel », « dans un musée » ou encore « État responsable », ce qui endommage le piédestal de la statue[17],[18]. Ces inscriptions sont interprétées par l'historien de l'art Bertrand Tillier comme une réponse aux propos d'Emmanuel Macron[19].
Deux jours plus tard, la statue est recouverte d'un drap noir par un groupe composé d'une vingtaine de militants décoloniaux, dont la politologue Françoise Vergès et l'ex-footballeur Vikash Dhorasoo[18],[20]. Françoise Vergès décrit la statue comme étant « la figure d'un homme blanc sur la tête de femmes racisées [qui] indique une esthétique de la soumission et du pouvoir » et un symbole « de vol, de viol et de soumission »[21],[22]. Vikash Dhorasoo estime que « cette statue montre l’histoire du colonialisme vue par les vainqueurs » et qu'elle devrait se trouver « dans un musée »[23],[24]. Cette action provoque l'arrestation de trois personnes[17].
Après 2020
En le magazine Regards rapporte que le monument a été déboulonné[25]. Après un démenti publié peu de temps après par la mairie du 7e arrondissement, la rédaction de Regards révèle que cette opération est en réalité un cours-métrage réalisé par l'artiste Iván Argote, créé « dans l’optique de proposer une réflexion autour de la légitimité de certains de nos monuments et dans la volonté d’ouvrir un débat public autour des monuments commémoratifs et sculptures célébratoires de nos villes »[26],[27].
Le l'artiste performeuse Deborah De Robertis et cinq autres femmes s'installent sur le monument et versent de la peinture rouge sur celui-ci, censée représenter leurs menstruations. L'ensemble du groupe est arrêté peu de temps après, et exprime sa volonté de « s'émanciper de l'œil du pouvoir patriarcal et colonial »[2],[28]. La maire du 7e arrondissement Rachida Dati condamne alors une « dégradation inacceptable de la statue » et affirme que « la détérioration du patrimoine ne fera avancer aucune cause »[29]. L'action endommage la statue, et une opération de nettoyage coûtant 20 000 euros est nécessaire[28]; celle-ci est menée rapidement mais est interrompue par des groupuscules de droite, dont l'Action française, qui viennent nettoyer la statue à la brosse et à l'eau, ce qui l'endommage encore plus[2].
Le monument est vandalisé une nouvelles fois en , lors des manifestations contre la réforme des retraites : y sont alors apposés les inscriptions « non à l'État » et « statue raciste », qui sont rapidement nettoyées par la Mairie de Paris[2].
Galerie
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La statue en bronze de Gallieni. -
La cariatide représentant le Soudan. -
La cariatide représentant Paris et la plaque au devant. -
La cariatide représentant le Tonkin et la plaque à l'arrière. -
La plaque à l'arrière.
Notes et références
Notes
- ↑ C'est-à dire une avenue parsemée de statues, réparties des deux côtés de celle-ci.
Références
- Stéphanie Soubrier, « Gallieni, Joseph-Simon »
, sur Encyclopædia Universalis, (consulté le )
- Emmanuelle Sibeud, « Monument à Gallieni, Paris », Cast in Stone, sur Université d'Exeter (consulté le )
- ↑ Aude Le Gentil, « Colbert, Gallieni, Faidherbe… Pourquoi leurs statues sont-elles controversées? », sur Le Journal du dimanche, (consulté le ) : « Il se distingue par la brutalité de ses méthodes, particulièrement à Madagascar. Envoyé sur l'île en 1896, il réprime l'insurrection dans le sang, fait exécuter le prince malgache et exiler la reine. Les locaux subissent le travail forcé et des exécutions sommaires. »
- ↑ Lalouette 2021, p. 96.
- ↑ « Meaux : Gallieni scrute désormais la Grande Guerre au musée », sur Le Parisien, (consulté le )
- ↑ (en-US) « STATUE OF GALLIENI UNVEILED IN PARIS; Americans Take Part in Tribute to the Soldier Who Saved Paris From Germans. », The New York Times, vol. 75, no 25006, , p. 5 (lire en ligne, consulté le )
- Lalouette 2021, p. 118.
- Jean Rieucau, « Le Gros-Caillou, quartier parisien des mémoires militaires et combattantes », Revue de géographie historique, nos 23-24, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « La statue de Gallieni n'est ni belle, ni bien placée », Comœdia, no 4946, , p. 1 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Léandre Vaillat, « La statue dans la ville », Le Temps, no 23715, , p. 4 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jules Rivet, « De statue en statue », L'Humanité, no 10003, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Observations présentées par M. Elie Debidour, au nom de la 3e sous-commission, sur la question des statues à Paris, dans son rapport avec les traditions décoratives de la voie publique », Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, no 55, , p. 18 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Des vandales souillent la statue du maréchal Gallieni », Paris-Soir, no 1148, , p. 3 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Louis Boy, « Déboulonner, expliquer, remplacer… Pourquoi les statues ont pris une place monumentale dans le combat contre le racisme », sur France Info, (consulté le )
- ↑ Louise Couvelaire, « Emmanuel Macron veut lutter contre les discriminations, mais refuse de « déboulonner » les statues »
, sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ (en-US) « Monument honoring abolition of slavery vandalized in France », sur Associated Press, (consulté le ) : « Police are also protecting a statue of French military commander Joseph Gallieni in central Paris. »
- « La statue du général Gallieni recouverte d'un drap noir par des militants antiracistes », sur TF1 Info, (consulté le )
- Lalouette 2021, p. 108.
- ↑ Tillier 2022, p. 182-183.
- ↑ « La statue de Gallieni recouverte d'un drap noir par des manifestants anti-racistes », sur RMC, (consulté le )
- ↑ Cécile Baquey, « Françoise Vergès : "Il faut enlever les statues d’esclavagistes de l’espace public" », sur La 1re, (consulté le )
- ↑ Lalouette 2021, p. 120.
- ↑ « Vikash Dhorasoo bâche une statue de Gallieni et propose d’en ériger de Mbappé ou Zidane », sur Ouest-France, (consulté le )
- ↑ Lalouette 2021, p. 123.
- ↑ Pablo Pillaud-Vivien, « Exclu Regards : on a assisté au déboulonnage de la statue de Gallieni » [archive du ], sur Regards, (consulté le )
- ↑ Daniel Schneidermann, « Non, Gallieni n'a pas été déboulonné »
, sur Arrêt sur images, (consulté le )
- ↑ Pablo Pillaud-Vivien, « Déboulonnage de la statue de Gallieni : une performance artistique avec la complicité de Regards » [archive du ], sur Regards, (consulté le )
- « La statue du général Joseph Gallieni vandalisée une nouvelle fois à Paris », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ « Paris : la statue du maréchal Gallieni maculée de faux sang », sur Valeurs actuelles, (consulté le ) : « C’est la maire du VIIe arrondissement de la capitale, Rachida Dati, qui l’a annoncé sur les réseaux sociaux, photographie à l’appui, en parlant d’une « dégradation inacceptable de la statue ». [...] « La détérioration du patrimoine ne fera avancer aucune cause », déplore la mairie du VIIe arrondissement. »
Annexes
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Jacqueline Lalouette, Les statues de la discorde, Paris, Passés Composés, , 240 p. (ISBN 978-2-379-33640-9, lire en ligne
)
Bertrand Tillier, La disgrâce des statues : Essai sur les conflits de mémoire, de la Révolution française à Black Lives Matter, Paris, Payot et Rivages, , 295 p. (ISBN 978-2-228-93162-5)- Sarah Gensburger (dir.) et Jenny Wüstenberg (dir.), Dé-commémoration : Quand le monde déboulonne des statues et renomme des rues, Fayard, , 442 p. (ISBN 978-2-213-72205-4)
Articles connexes
Liens externes
- [vidéo] Nos statues coloniales, partie 2, documentaire d'Histoires Crépues sur Gallieni et sa statue
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