Monument aux morts israélites

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49° 12′ 21″ N, 5° 25′ 14″ E |
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Le monument aux morts israélites est un monument aux morts commémorant les Français, Alliés et volontaires étrangers de confession israélite qui sont morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Il est situé à Fleury-devant-Douaumont, sur le site de l'ossuaire de Douaumont, dans le département de la Meuse.
Il est classé au titre des monuments historiques par arrêté du [1]. Depuis , il forme avec l'ossuaire, la nécropole nationale, et le monument musulman, l'ensemble mémoriel de Douaumont, qui fait partie des sites funéraires et mémoriels du Front Ouest de la Première Guerre mondiale inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.
L'édification de ce monument a lieu dans le contexte de l'arrivée au pouvoir en Allemagne du nazisme, violemment antisémite, et d'un antisémitisme croissant en France, qui mènera dans les années qui suivent à la Shoah, au cours de laquelle 76 000 Juifs de France seront assassinés par l'occupant nazi avec la complicité du régime de Vichy.
Localisation
Le monument est situé à l'ouest de la nécropole nationale de Douaumont, près du carré israélite. L'ensemble mémoriel de Douaumont s'étend sur les communes de Fleury-devant-Douaumont et Douaumont-Vaux, toutes deux mortes pour la France et détruites en pendant la bataille de Verdun, mais le monument aux morts israélites est sis uniquement sur la première commune.
Description
Le monument est un mur de 30 mètres de long et 7 mètres de haut[2],[3], rappelant le mur des Lamentations à Jérusalem[4],[3]. Le motif du mur est aussi une référence patriotique au « Mur de Douaumont », l'un des premiers projets de monument commémorant la bataille de Verdun[N 1], et à « On ne passe pas », un slogan de la bataille[6].
Sur ce mur se trouve une sculpture des Tables de la Loi qui reproduit, en hébreu, les premiers mots de chaque parole du Décalogue :
L'architecte Stern s'est possiblement inspiré de monuments aux morts antérieurs de la communauté juive parisienne (1923) ou du Vieil-Armand dans le massif des Vosges (1932) où des Tables de la Loi figurent aussi[3].
En dessous, une inscription indique en français : « Aux Français, Alliés et volontaires étrangers israélites / Morts pour la France ». La deuxième ligne « Morts pour la France » est encadrée par les années de début et de fin de la Première Guerre mondiale, -.
Histoire
Contexte de la construction

L'arrivée de Léon Blum à la tête du gouvernement du Front populaire en 1936 survient dans un climat de regain de l'antisémitisme[3]. La conjoncture internationale est source d'inquiétudes, en Allemagne, les Nazis effacent le nom des soldats juifs sur les monuments commémoratifs et les tableaux d'honneur[3]. L'inauguration du monument surviendra trois mois après l'Anschluss, qui marque un tournant important dans la montée en puissance de l'Allemagne nazie[3]. En France, une « guerre des statistiques » sur le nombre de soldats juifs tués pendant le conflit, fait rage. Brasiliach et Céline prétendent que la communauté juive français n'a compté que 1 350 tués, alors que ce chiffre s'élève à 6 730[3].
les responsables communautaires juifs ont à cœur de préserver l'Union sacrée, mouvement de rapprochement politique ayant soudé les Français de toutes tendances politiques ou religieuses lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. D'où leur volonté de perpétuer la mémoire de l'engagement des Français juifs aux côtés de leurs compatriotes durant la Grande Guerre. La mort du rabbin Abraham Bloch, aumônier militaire tué à l'ennemi en tendant un crucifix à un soldat catholique mourant est érigée en symbole de l'Union sacrée[3]. En L'Union patriotique des Français israélites, fondée par Edmond Bloch, un avocat proche de l'organisation d'anciens combattants nationaliste Croix-de-Feu[7], fait bâtir, avec l'accord tacite du Consistoire central israélite de France, une stèle en sa mémoire, sur les lieux de son décès, au col d'Anozel dans les Vosges[3]. Une initiative similaire émerge au sein de la communauté juive lyonnaise, deux ans plus tard, mais le projet est avorté devant la levée de boucliers de militants nationalistes et royalistes[3].
Projet
Un appel pour construire ce monument est lancé en par les responsables de l'Association cultuelle israélite de la Meuse S. Seiligman (président), Créhange (secrétaire) et Mirtil Daltroff (trésorier) soutenus par Israël Lévi, Grand-rabbin du consistoire central israélite de France[2],[8].
Le monument est construit sur les plans de Geo Stern, ou Sterne[3], architecte local et ancien combattant de la Première Guerre mondiale[2]. En , alors que les travaux ont commencé, un appel à souscription est signé par l'écrivain franco-suisse Edmond Fleg[2],[a], l'une des grandes figures du judaïsme français du XXe siècle. En de la même année, à l'occasion de la commémoration de l'armistice du , il est annoncé qu'un comité vient de se former pour la construction du monument, avec comme président d'honneur le grand-rabbin Israël Lévi et comme président le général Alphonse Weiller, ancien combattant de la Première Guerre mondiale[9],[b].
Inauguration
Israël Lévy et Alphonse Weiller inaugurent le monument le , en présence notamment de César Campinchi, ministre de la Marine, de Paul Haguenauer, grand-rabbin de Nancy, de Charles Ginisty, évêque de Verdun, des sénateurs Louis Louis-Dreyfus et Moïse Lévy, ou encore du député Henry Torrès,[6],[10]. Plusieurs milliers de personnes assistent à la cérémonie, dont des responsables d'associations d'anciens combattants, les consuls de Belgique, d'Italie, et de Pologne), des attachés militaires des armées alliées, et des personnalités politiques et militaires tels le général Giraud, ainsi que les représentants des trois cultes[3].
Notes et références
Notes
- ↑ Le projet de « Mur de Douaumont », proposé par l'architecte André Ventre, consistait à faire du fort de Douaumont un ossuaire. L'un des murs du fort aurait été conservé et restauré pour y inscrire la date de MCMXVI (), ainsi que l'ordre du jour du rédigé par Pétain[5]. Ce projet sera finalement remplacé par l'ossuaire actuel à un autre emplacement[6].
Références
- ↑ « Monument aux morts israélites », notice no PA55000001, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- Claude Tencer, “L'Univers israélite” en France, Paris, BoD, , 448 p. (ISBN 978-2-322-24060-9), p. 202–203 [lire en ligne].
- Landau 1995, p. 86-90.
- ↑ François Cochet, chap. XXIX « Douaumont », dans Olivier Wieviorka (dir.) et Michel Winock (dir.), Les lieux de l'histoire de France, Paris, Perrin, , 493 p. (ISBN 978-2-262-06432-7 et 978-2-262-11302-5, lire en ligne).
- ↑ D., « Le Mur de Douaumont », L'Art et les Artistes, 4e série de guerre, no 5 « Bernard Naudin », , p. 42–43 (lire en ligne).
- Jarrassé 2000, p. 90.
- ↑ Catherine Nicault, « Les « Français israélites » et la ligue d’Action française. Des années 1900 à 1940 », dans L’Action française : culture, société, politique, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et civilisations », (ISBN 978-2-7574-2123-9, DOI 10.4000/books.septentrion.39243, lire en ligne), p. 185–202
- ↑ Israël Lévi, S. Seiligman, Créhange et Mirtil Daltroff, « Pour un monument israélite à Verdun », L'Univers israélite, 88e année, no 5, , p. 143–144 (lire en ligne).
- ↑ Pierre Birnbaum, Les fous de la République : histoire politique des Juifs d'État de Gambetta à Vichy, Paris, Fayard, coll. « Nouvelles études historiques », , 512 p. (ISBN 2-213-02884-2 et 978-2-213-65122-4, lire en ligne). Une photo du monument figure en couverture de l'ouvrage.
- ↑ La cérémonie est évoquée dans plusieurs articles de L'Univers israélite, no 42, [lire en ligne] et no 43, [lire en ligne].
Dans L'Univers israélite, sur Gallica :
- ↑ Edmond Fleg, « Le mur national israélite de Douaumont », L'Univers israélite, 91e année, no 28, , p. 435 (lire en ligne).
- ↑ « À la mémoire des Israélites morts pour la France », L'Univers israélite, 92e année, no 9, , p. 137 (lire en ligne).
Voir aussi
Bibliographie
- Dominique Jarrassé, « Le rêve brisé d'union sacrée : les monuments israélites de la Grande Guerre », Archives juives, vol. 33, no 1 « Les Juifs de France et la Grande Guerre », 1er semestre 2000, p. 82–92.

- Philippe-Efraïm Landau, « Le monument de Douaumont () : L'appel à la fraternité dans une France tourmentée », Archives juives, vol. 28, no 1, 1er semestre 1995, p. 86–90.
Articles connexes
- Liste des mémoriaux de la Première Guerre mondiale en France
- Liste des monuments historiques de la Meuse
- Liste des monuments aux morts de France protégés aux monuments historiques
- Liste des monuments historiques protégés en 1996
- Liste des édifices labellisés « Patrimoine du XXe siècle » de la Meuse
- Patrimoine juif de Lorraine
Liens externes
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