Mort de El Hacen Diarra

Mort de El Hacen Diarra
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El Hacen Diarra est un travailleur immigré mauritanien de 35 ans habitant au foyer des Mûriers, du 20e arrondissement de Paris. Il meurt en garde à vue durant la nuit du 14 au après une interpellation violente filmée par un voisin. Les circonstances de sa mort, l'absence de vidéos des caméras piétons des policiers, le délais de cinq jours avant le lancement d'une enquête de l'IGPN et le maintien en poste des fonctionnaires de police impliqués provoquent une série d'hommages et un questionnement sur d'éventuelles violences policières.

Versions et images de l'arrestation

Version du parquet

Les policiers voient, selon eux, El Hacen « rouler un joint de cannabis » devant le foyer où il réside et le contrôle. Toujours selon les policiers, il s'avère qu'il fume en effet la substance illicite. Durant le contrôle, les agents se retrouvent face à un refus de se soumettre aux palpations et procèdent alors à une interpellation durant laquelle El Hacen tombe, les entraînant dans sa chute. Ils indiquent aussi avoir fait usage d'un taser sur sa cheville. Il est emmené au commissariat du 20e pour usage de faux documents, détention de produits stupéfiants et rébellion. C'est par des pannes de batterie que les officiers expliquent l'absence de vidéos de leurs caméras-piétons qui pourrait informer sur le traitement d'El Hacen entre le foyer et le commissariat. Une fois au commissariat ils déclarent que, « son transport à l'hôpital a été requis [par les policiers] en raison de la plaie qu'il présentait à l’arcade »[1].

Version des proches

Les proches du défunt, quant à eux, assurent qu'El Hacen était en train de boire un café et non de « rouler un joint de canabis »[2].

Vidéos de l'interpellation et du commissariat

Sur la vidéo de l'interpellation, prise par un voisin, on voit deux policiers dont un donne à deux reprises, un coup de poing à un homme à terre. Une analyse commandée par la famille indique qu'on y entend El Hacen crier « Vous m’étranglez ! »[3],[4].

Les caméras de surveillances du commissariat filment ce qu'il s'y est passé, bien qu'il y ait toujours le trou d'information dû à la décharge des caméras-piétons. On y voit, selon le parquet, El Hacen « très fatigué », puis il « s'effondre » et « reste assis ». La vidéo montre aussi un agent « apporter » à El Hacen « une couverture et [le] nettoyer » car il « avait commencé à uriner ». Enfin, un agent prend « son pouls, avant de le démenotter et de l’allonger ». Les policiers commencent un massage cardiaque, poursuivi par les pompiers à leur arrivée à 23h45. Le décès est constaté à 00h20[2].

Autopsie

Le rapport d'autopsie conclut que la mort pourrait être due à un arrêt cardio-respiratoire et ne fait état d'« aucun signe de lutte, de lésion de défense, de prise et de maintien » même si on peut constater une « plaie profonde » à la tempe droite, de beaucoup de vomissements et d'une fracture du cartilage de la thyroïde, qui est, selon certaines sources, une marque d'étranglement mais cela pourrait avoir été fait pendant l'autopsie[5],[6]. Le médecin légiste indique n'avoir aucune certitude quant aux causes de la mort, des « analyses toxicologiques et anatomopathologiques » et un « réexamen du scanner par des radiologues a été ordonné, de même que les examens complémentaires » sont encore à conduire[7].

Justice

Pour violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l’autorité publique

affichette sur laquelle on peut lire un appel à témoins des faits survenus dans la nuit du 14 au 15 janvier 2026, et le numéro de téléphone du service enquêteur.
Appel à témoins de l'IGPN, rue des Pruniers.

Du jeudi 15 au lundi , c'est l'Inspection générale de la Police nationale qui a été chargé des recherches pour les causes de la mort. Depuis, un juge d'instruction a été saisi. Le délai est dénoncé par M. Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille, comme une « inaction coupable du parquet » et parle de « cinq jours pendant lesquels la vérité a été étouffée, les preuves laissées à l’abandon et la famille tenue à l’écart »[8].

Pour destruction de preuves

Le lundi , maître Bouzrou porte plainte pour « destruction de preuves » par rapport aux vidéos des caméras piétons car leur décharge est « techniquement impossible et suspecte » car elles sont « censées fonctionner 12 heures », ce qui permet, selon lui, « de penser que les images des caméras piétons ont pu être détruites ou dissimulées aux enquêteurs afin d’éviter qu’elles constituent des éléments démontrant les violences commises lors de l’interpellation d’El Hacen Diarra ou durant son transport au commissariat », face à ce qui est possiblement une obstruction, « la famille demande le dépaysement immédiat de l’enquête pour garantir son impartialité »[9].

Réactions et hommages

Réactions politiques

Laurent Nunez (ministre de l'Intérieur au moment de la mort d'El Hacen) déclare, à l'assemblée nationale, qu'il n'a « évidemment [...] aucune raison de suspendre des fonctionnaires de police » car il fait « confiance à la justice pour faire toute la lumière sur cette affaire »[10].

Léa Balage El Mariky, porte-parole du groupe Les Écologistes à l'Assemblée, déclare : « Parce que les policiers n'activent pas leur caméra-piéton, parce que bizarrement certaines caméras ne sont pas disponibles, que des preuves sont dissimulées, et parce que l'IGPN est saisie quatre ou cinq jours après les faits, nous n'avons jamais la vérité et la justice de manière claire et de manière à restaurer la confiance que la population doit avoir envers sa police. » Pour Ian Brossat, sénateur communiste de Paris, « On ne peut pas tolérer au "pays des droits de l’Homme" que ces violences restent impunies ». Selon la députée écologiste Sabrina Sebaihi « ce drame souligne la nécessité d’une IGPN indépendante de la police pour mener une enquête impartiale »[2].

Hommages

Graffiti d'un cœur rose, suivi de « Nahel Adama Diarra No Justice No » puis le symbole de la paix
Graffiti rue Fernand-Léger, sur le foyer des Mûriers.

Le , trois à quatre cent personnes se regroupent afin de rendre hommage à El Hacen Diarra. Des proches d'anciennes victimes de violences policières en France (Assa Traoré, la sœur de Adama Traoré), des voisins, des amis, des inconnus sont présents. Il y a des discours d'adieux et des réclamations judiciaires[11]. La marche du malgré la colère reste pacifiste, comme le désirait la famille, des pulls sont distribués, avec le slogan « justice et vérité pour El Hacen Diarra ». Ses proches dénoncent des violences policières[6]. Selon les forces de l'ordre, les marcheurs étaient environ 2300[12]. Le , à peu près 1200 personnes se réunissaient à Paris pour manifester leur colère. Une banderole sur laquelle est écrit « Justice et vérité pour El Hacen Diarra, assassiné par la police » est brandie par les manifestants[9]. Le 2026, lors de la marche des solidarités contre le racisme, le fascisme et les violences d’État ayant réunit plusieurs milliers de personnes dans plusieurs villes de France, des collectifs demandent « que vérité soit faite sur la mort d’El Hacen Diarra »[13].

Traitement médiatique

Acrimed compare le traitement médiatique important de la mort de Quentin Deranque avec la mort de Thomas Perotto qui a eu un traitement similaire et la mort de El Hacen Diarra qui a seulement fait l'objet de dépêches[14].

Références

  1. « Décès d’El Hacen Diarra en garde à vue à Paris : une information judiciaire ouverte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort » », Le Parisien via l'AFP, (consulté le )
  2. « Ce que l'on sait de la mort d'El Hacen Diarra, après son interpellation violente à Paris », sur France 24, (consulté le )
  3. « « Honteux, injuste » : Ces manifestants indignés par les violences policières après la mort d’El Hacen Diarra », sur Le HuffPost, (consulté le )
  4. « Autopsie, famille… Le point sur la mort d’El Hacen Diarra en garde à vue », sur 20 Minutes, (consulté le )
  5. Emmanuel Leclère, « Mort d'El Hacen Diarra : une vidéo accable les policiers du 20e arrondissement à Paris, selon l'avocat de la famille », sur France Inter, (consulté le )
  6. « « On ne pardonne pas » : des centaines de personnes défilent en hommage à El Hacen Diarra, mort en garde à vue à Paris », sur leparisien.fr, (consulté le )
  7. Antoine Rondel et AFP, « Mort d’El Hacen Diarra dans un commissariat du XXe : le parquet de Paris ouvre une information judiciaire pour violences volontaires ayant entraîné la mort », sur Libération (consulté le )
  8. La Voix du Nord avec afp, « Mort d’El Hacen Diarra en garde à vue : le parquet ouvre une information judiciaire pour violences volontaires », sur La Voix du Nord, (consulté le )
  9. « Mort d’El Hacen Diarra dans le commissariat du 20ᵉ arrondissement de Paris : un rassemblement pour réclamer « justice » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. « Mort d’El Hacen Diarra dans le commissariat du 20ᵉ arrondissement de Paris : « aucune raison de suspendre » les policiers, affirme Laurent Nuñez », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. « En hommage à El Hacen Diarra, mort dans le commissariat du 20ᵉ arrondissement de Paris, plusieurs centaines de personnes rassemblées », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. « "Ça fait très, très mal": des milliers de personnes rendent hommage à El Hacen Diarra, mort en garde à vue dans un commissariat à Paris », sur BFM, (consulté le )
  13. « Nous sommes venus faire barrage au fascisme » : dans le cortège de la marche des solidarités et contre le racisme à Paris, L'Humanité, 14 mars 2026
  14. Jérémie Younes, « Antifascisme et LFI : les médias brutalisent le débat public », sur Acrimed, (consulté le ).
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