Musciatto Franzesi

Musciatto Franzesi
Jeton de compte lombard aux armes des Franzesi (musée Carnavalet).
Biographie
Naissance
Décès
Activité

Giovanni Paolo Franzesi dit Musciatto Franzesi, est un banquier et négociant originaire de la république de Florence, qui, avec son frère Bicchio, s'installa à Paris auprès de la Cour de Philippe le Bel. Il meurt en France en 1307.

Biographie

Musciatto[1], Albizzo (« Bicchio ») et Niccolo sont les trois fils du marchand et banquier florentin, Guido Franzesi[2], originaire de Figline Valdarno[3], et qui occupe à la fin du XIIIe siècle la position de principal négociant de la laine en Europe. Affiliés au banquiers lombards (ou « ultramontains », c'est-dire vivant au delà des Alpes), les Franzesi se sont fait un nom lors des foires de Champagne. Les deux premiers fils de Guido arrivent à Paris et deviennent conseillers du roi Philippe le Bel en matière de commerce et d'impôt. Installés dans la Cité, « Mouche et Biche », tels qu'on les prénomma, exercent également un rôle d'intermédiaires entre les Lombards, le pouvoir et les guildes de marchands français. Le roi reçoit en effet de nombreuses remontrances et s'efforce d'un côté de limiter le pouvoir des Italiens pour contenter son peuple, de l'autre de profiter des avantages commerciaux et financiers qu'ils apportent, tout en essayant de garder la main sur ses finances. C'est ainsi que ces Italiens, comme les Juifs (expulsés en 1306), se livraient à des opérations de crédit et faisaient la banque et le commerce de l’argent : ils furent tous arrêtés le mardi après la Saint-Barthélemy () 1291, puis relâchés et autorisés à exercer le commerce en France sous certaines garanties. La force des frères Franzesi repose en grande partie sur le fait qu'ils deviennent les banquiers du pape Boniface VIII et sont donc autorisés par l'Église à faire commerce d'argent. En 1295, Philippe le Bel fonde la charge de trésorier de France et Musciato en hérite (on en compte plusieurs à ce poste). Il essuie alors de nombreuses critiques à propos de réformes monétaires qu'il aurait initié. De leurs côtés, les marchands et changeurs italiens grondent, jalousant le pouvoir accru des frères Franzesi. Ils ne sont pas les seuls en place : Bétin Cassinel (Bettino Cassinelli), originaire de Lucques, a été nommé maître des monnaies du roi en 1292[4],[5],[6],[7].

En 1297, Niccolo (ou Musciatto ?) est nommé recteur du Comtat Venaissin, terre papale[8].

Les frères Franzesi s'impliquent par ailleurs dans la Guerre de Flandre (1297-1305), à la tête d'une cavalerie, et Muschiatto est fait chevalier. En 1301, Musciatto arrive en Italie dans la suite de Charles de Valois, frère du roi, invité à Florence par le pape Boniface, sous prétexte de régler les conflits entre les Guelfes blancs et noirs, mais en réalité dans le but de favoriser ces derniers.

Ils connaissent une retentissante banqueroute en 1306, après l'effondrement de la Gran Tavola à Sienne, les frères Franzesi devenant incapables de recouvrir une créance de 58 000 livres tournois (soit plus de 110 000 fiorino d'oro), une somme colossale à cette époque[9], et laissent, après leur mort l'année suivante, de nombreuses dettes : leurs biens furent saisis par la commune de Florence, mais leur frère Niccolo, chargé de la liquidation, parvient à demeurer actif et connaît une descendance prospère.

La crise financière et la situation personnelle précaire de Musciatto expliquent probablement l'un des derniers épisodes connus de sa vie, au cours duquel il fut accusé d'avoir volé une partie du trésor papal, qu'il avait été chargé de convoyer par bateau de Pérouse à Bordeaux au nom de Clément V en 1306[10].

En France, après 1308, les Peruzzi les supplantent, mais une grande partie des Lombards furent bannis du royaume par Philippe le Bel en 1311[5].

Postérité

La vie des frères Franzesi est relatée dans la Nova Cronica, mais c'est grâce à l'imagination de Boccace que Musciatto acquit une plus grande renommée encore : il mentionne Musciatto dans la première nouvelle du Décaméron, aux côtés de Cepparello da Prato. Plus proche de notre époque, il est également décrit avec précision dans le roman historique L'Imperfetto Assoluto (2010) de l'homme politique Riccardo Nencini[11].

Sur le plan historiographique, les Franzesi laissent de nombreux documents d'archives tant en France qu'en Italie : leur opulence et leur rôle politique — et les inimitiés suscitées, souvent romancées —, n'en demeurent pas moins réels[12],[7]. L'un des plus grands spécialistes de leurs activités fut Georges Bigwood (1871-1930), avocat à la cour de Bruxelles, qui laisse une vaste étude, inachevée, sur cette famille[13].

Les Archives nationales de France conserve une copie du sceau de Musciatto[14].

Références

  1. « Musciatto » est son surnom attesté de son vivant, dérivé de mosca, la « mouche » en toscan : l'hypothèse suggère qu'il était de petite taille, et qu'il était très actif, s'occupant de tout. Un sens péjoratif que Villani met en exergue dans sa Cronica, chap. VII, p. 147 et chap. VIII, p. 49, 56, 63, où l'historien florentin le décrit également comme « un chevalier d'une grande malice, de basse condition… [et] corrompu ».
  2. Une légende familiale rapportée par Riccardo Nencini (2009) laisse entendre que le patronyme Franzesi proviendrait d'un ancêtre franc qui fut au service de Charlemagne, empereur couronné à Rome en 800 — cf. (it) « “L’imperfetto Assoluto”. La parabola di Musciatto Franzesi Nel nuovo libro di Nencini », Leonardo Libri, juillet 2009.
  3. (it) P. Pirillo, Famiglia e mobilità sociale nella Toscana medievale. I Franzesi Della Foresta da Figline Valdarno (secoli XII-XV), Florence, 1992, p. 39-67.
  4. Jean Favier, Le Bourgeois de Paris au Moyen Âge, Paris, Tallandier, 2015, p. 465-482.
  5. Jules Viard, « Paris sous Philippe le Bel », in: Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France, tome LXI, p. 61, 1934 — sur Wikisource.
  6. Karine Deharbe, « Chapitre premier. Origine et évolution de l’institution », in: Le Bureau des finances de la généralité de Lyon. XVIe-XVIIIe siècle, IGPDE, 2010, p. 9-44lire sur OpenEdition Books.
  7. Marc Bompaire, « Richard Huguet, de Florence, maître des monnaies de Philippe le Bel », in: Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 2007 p. 90-106 — sur Persée.
  8. Robert Bailly, Dictionnaire des communes du Vaucluse, Avignon, Éd. A. Barthélemy, 1986, p. 480.
  9. (en) William M. Bowsky, A Medieval Italian Commune: Siena under the Nine, 1287-1355, Berkeley / Los Angeles, University of California Press, 1981, p. 241.
  10. Yves Renouard, Les relations des papes d'Avignon et des compagnies commerciales et bancaires de 1316 à 1378, Paris, E. de Boccard, 1941, p. 93.
  11. Nove da Firenze, 20 septembre 2009.
  12. Georges Bigwood, « La politique de la laine en France sous les règnes de Philippe le Bel et de ses fils », in: Revue belge de Philologie et d'Histoire, 1936, 15-2, p. 429-457 — sur Persée.
  13. « Nécrologie de Georges Bigwood », in: Revue belge de Philologie et d'Histoire, 1930, 9-1, p. 374-375 — sur Persée.
  14. Archives nationales, J. 474, no 31.

Liens externes

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