Nécropole de Li Curuneddi
| Nécropole de Li Curuneddi | |
Tombe VI : banc angulaire. | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Sardaigne |
| Province | Sassari |
| Commune | Sassari |
| Coordonnées | 40° 43′ 43″ nord, 8° 29′ 50″ est |
| Histoire | |
| Époque | Néolithique |
La nécropole de Li Curuneddi est un site préhistorique daté du Néolithique situé à Sassari, dans la province de Sassari en Sardaigne. La nécropole regroupe 11 tombes du type domus de janas.
Historique
La nécropole a été réutilisée jusqu'à l'époque moderne. Au début du XXe siècle, une partie de la tombe VI était utilisée comme lavoir[1].
La première mention écrite de la nécropole est due à Domenico Lovisato dans un mémoire présenté en 1885, mais Lovisato étant géologue s'intéresse principalement aux roches miocènes de l’ensemble du site tout en signalant sur place la présence abondante de tessons de céramique. En , la nécropole est signalée à la surintendance archéologique de Cagliari. Dans sa thèse soutenue en 1948, Maria Valeria Del Rio fournit la première étude du site, ainsi que celle du site de Ponte Secco situé à moins de 10 km plus au nord. Del Rio signale que les tombes II, III, V, VIII, IX, XI sont très endommagées et/ou en partie inaccessibles. À la fin des années 1950, les travaux de la route nationale 291 Sassari – Alghero frôlent l’entrée de la tombe II. Au milieu des années 1970, le site est en partie utilisé comme carrière puis comme décharge[1].
La nécropole
La nécropole a été creusée le long de la paroi d’un modeste ravin calcaire, dominé au sud/sud-ouest par le relief du Monte Oro. Elle s'organise autour de deux groupes distincts, distants entre eux. Le groupe le plus nombreux est situé au sud et comprend les tombes I à VIII. Le second groupe, localisé plus au nord, comprend les tombes IX, X, XI. Seules quatre domus (tombes II, V, VI, VII) parmi les onze que compte la nécropole sont actuellement visitables, les autres sont inaccessibles empêchant de fait leur reconnaissance[1].
Tombe II
La tombe II, la plus méridionale du groupe, s’ouvre à quelques mètres de distance du pont routier permettant de franchir la petite vallée où s’ouvrent les hypogées. À l’origine, la domus de janas devait être la plus importante et la plus monumentale de la nécropole et c’est précisément pour cette raison qu’elle fut choisie, au haut Moyen Âge, pour être agrandie et transformée en église rupestre, et qu'elle était encore utilisée XXe siècle comme palmenti[2] à l'identique de la tombe V de Montalè[3].
L’entrée devait être précédée d’un petit atrium ou d'un dromos (large de 1,35 m et avec une profondeur résiduelle de 0,40 m), mais elle a été fortement transformée à l'âge moderne, notamment en abaissant considérablement son seuil et le portillon d'accès a été détruit pour réaliser la porte actuelle. Lorsque la tombe fut transformée en église rupestre, tous les espaces intérieurs furent fusionnés en un unique espace quadrangulaire[3].
- Tombe II
-
Vue de l'entrée depuis l'extérieur. -
Vue intérieure sur la pièce centrale. -
Vue intérieure sur la pièce centrale.
L'antichambre d'origine a complètement disparu en étant englobée dans l’unique grand espace que constitue désormais la tombe mais des traces de son antériorité sont visibles au plafond. La chambre, qui devait être quadrangulaire, devait avoir une hauteur analogue à l'actuelle (environ 2,30 m). Elle comportait deux colonnes massives à section circulaire (diamètre 0,75 m) dont une seule subsiste mais l'empreinte de la seconde est visible au plafond. L'étroit conduit (en partie creusé dans la roche et en partie réalisé avec des blocs de calcaire) visible sur le plafond du côté méridional pourrait avoir été utilisé pour la corde destinée à sonner une cloche placée au-dessus de la tombe. Les deux cuves circulaires, destinées au foulage du raisin, datent de la transformation moderne de la tombe en pressoir[3].
Des traces de deux cellules secondaires disposées de manière successive sont visibles sur le côté gauche. La première cellule, a été presque complètement détruite pour réaliser l’abside de l’église rupestre. L’arc de l’abside était surmonté d’une petite niche peut-être destinée à accueillir une icône. Au fond de cet espace, on accédait à une autre cellule, de forme trapézoïdale (2,40/2,80 × 1,70 × 1,00) pourvue de cloisons basses qui divisaient l'espace en trois secteurs distincts, comme dans la domus V de Sos Laccheddos. Le petit canal creusé dans le seuil témoigne d'une réutilisation comme pressoir à une époque plus ou moins récente[3].
Tombe VI
L’entrée de la tombe VI est située à moins de 5 mètres de celle de la tombe VII. Il est vraisemblable que cette proximité a impacté le développement de la tombe VI dont la planimétrie est atypique. On accède à la tombe en franchissant un pavillon (1,36/1,09 m au sommet × 0,80 × 1,78) aux parois courbes et voûte plane. La partie inférieure du portillon d’accès à l’antichambre est manquante mais sa partie supérieure (environ 50 cm de haut) est ornée au centre d’un bucrane à tête trapézoïdale distincte (33 cm de hauteur)[4].
.jpg)
L’antichambre, de plan sub-rectangulaire (2,55 × 1,87 × 1,24) comporte des parois courbes et une voûte plane. Sur le côté gauche de l’antichambre, on accède à une cellule (2,21 × 2,18 × 1,02), subdivisée en trois secteurs par la jonction en « T » de deux reliefs rocheux à surface plane : le premier secteur mesure 2,21 × 0,39 m, le second 1,65 × 0,97 m et le troisième 1,65 × 1,10 m. Au fond de l'antichambre, un portillon donne accès à une grande salle. La base du portillon s’élève sur un gradin conique (50 cm au plus large sur 12 cm de hauteur). Dans l'angle supérieur à droite, on peut voir un bucrane de 40 cm de hauteur[4].
Cette grande salle, correspondant peu ou prou à la zone centrale de la tombe, est un espace sub-rectangulaire (3,70 × 2,50 m), avec des parois à profil curviligne et une voûte plane dont la hauteur varie de 1,44 m jusqu'à 1,77 m au centre. L’architecture de l’ensemble rappelle celle d'une maison à plan rectangulaire avec ses poteaux et ses bancs en bois. La paroi de gauche comporte un demi-pilier avec une base trapézoïdale et la paroi de droite comporte également un demi-pilier inachevé avec une base en « L ». Des bancs sculptés presque en ronde-bosse sont visibles sur les parois : le premier banc (0,56 × 0,73 × 0,48) a été sculpté sous le portillon reliant l'antichambre à la grande salle et le second banc (1,02 × 1,07 × 0,82) est situé dans l'angle droit de la pièce. Les deux bancs présentent une surface plane marquée et leurs pieds sont rendus par des lésènes s’élargissant vers le bas. Outre la présence de ces bancs, la grande salle se distingue aussi par son décor composé de sept bucranes répartis sur les parois et sur le demi-pilier gauche[4].
La grande salle dessert trois cellules secondaires. Au fond de la salle, à 30 cm au-dessus du biveau du sol, un portillon rectangulaire (60 × 56 cm) donne accès à une première cellule de plan trapézoïdal (2 × 2,20 × 0,90 m), présente des parois courbes et une voûte plane. La seconde cellule sub-rectangulaire (1,80 × 2 × 0,90 m) est accessible sur la droite, après le banc en angle droit. La troisième cellule, de forme quadrangulaire (2 × 2 × 0,90 m) avec des parois courbes et un plafond plat, est accessible par un portillon marqué d'une croix incisée, datée de l’époque haut-médiévale, lorsque la nécropole fut réutilisée à la fois comme lieu de culte et comme lieu de sépulture[4].
Compte tenu de son agencement et des représentations symbolico-rituelles qui y sont visibles, la tombe est datée de la période Ozieri[4].
Tombe VII
La tombe est celle située le plus au nord de la nécropole, certains auteurs la mentionnent parfois sous le nom de tombe I. Son plan est extrêmement simple, avec un schéma dit en « T » : le pavillon et l’antichambre s'enchaînent suivant un développement fortement curviligne, non aligné avec la pièce centrale, qui comporte sur chacun de ses côtés courts, à gauche et à droite, une cellule secondaire accessible par deux portillons distincts[5].
Le pavillon et l’antichambre ont été fortement remaniés au fil du temps avec un surcreusement des parois où s’ouvraient les portillons qui ont disparu. L'ensemble s’apparente désormais à un couloir constitué de trois plateformes successives descendant vers la pièce centrale mais des traces des anciennes pièces permettent d'en estimer la planimétrie. Le pavillon était de plan elliptique (2,35 × 1,65 m), avec des parois concaves et un plafond plat (à 2,30 m de hauteur) et l'antichambre était de plan sub-rectangulaire (2,30 × 1,40 × 1,10 m de hauteur moyenne à l'origine, 1,75 m de hauteur après surcreusement) avec des parois verticales et un plafond plat tendant à s’élever vers le réduit central. Les parois de l’antichambre conservent des traces de lésènes (largeur 10 cm)[5].
- Tombe VII
-
Entrée depuis l'extérieur. -
Vue intérieure sur la pièce centrale depuis l'entrée. -
Vue intérieure sur la pièce centrale depuis la droite. -
Vue intérieure sur la pièce centrale depuis la gauche. -
Pièce centrale : motifs de « solives » et « poutre faîtière ».
La pièce centrale est un espace sub-rectangulaire (4,28 et 3,51 m pour les côtés longs, 3 et 3,25 m pour les côtés courts). Les parois sont légèrement concaves et sont ornées de lésènes angulaires (16 à 17 cm de large) s’élevant du sol jusqu’à plafond. Dans la partie inférieure de chaque paroi, à l’exception de celle du fond, les lésènes incluent deux corniches horizontales superposées (de respectivement 30 cm et 23 cm de hauteur), toutes deux très dégradées. Le plafond (1,75 m de hauteur côté entrée, 1,98 m au centre et 1,78 m au fond) est sculpté d'un motif de toit à double pente avec une « poutre faîtière » à section semi-circulaire (30 × 5 cm de haut) et neuf « solives » de chaque côté. L'ensemble repose sur deux colonnes (45 cm de diamètre pour celle de gauche, 55 cm de diamètre pour celle de droite), cerclées dans leur partie supérieure par une bande circulaire plate (8 cm de haut sur 2 cm d'épaisseur)[5].
La paroi du fond de la pièce centrale est décorée avec un motif de « fausse porte » (60 × 60 cm), encadrée en haut et en bas par des corniches (60 × 13 cm) et, sur les côtés, par des montants (20 cm), le tout en léger relief plat. Deux motifs corniformes enchâssés (56 × 38 cm et 32 × 24 cm) surmontent la corniche supérieure. En raison de l'érosion de la roche calcaire, tous ces motifs encore bien visibles dans les années 1960 tendent désormais à disparaître[5].
Chaque côté court de la pièce centrale donne accès à une cellule secondaire surélevée avec deux accès distincts de chaque côté. La cellule de droite (3,98 × 1,80 × 0,97 m) s'élève à 85 cm au-dessus du sol et on y accède par deux portillons (de respectivement 68 × 70 cm et 62 × 68 cm) avec encastrement Celle de gauche (3,70 × 1,90 × 0,96/0,86 m) était accessible à l’origine par deux portillons distincts (de respectivement 62 × 65 cm et 60 × 65 cm), désormais fusionnés en une seule ouverture à la suite de dégradations opérées à la fin des années 1960[5].
À l’extérieur, juste au-dessus du vestibule, deux lignes profondes incisées dans la roche, convergeant vers le sommet, semblent dessiner une sorte de tympan. Il n'est pas exclu que ces gravures datent d'une période où la tombe aurait été réutilisée comme église rupestre (comme la tombe II), réutilisation qui pourrait expliquer les agrandissements réalisés, depuis l'entrée jusqu'à la pièce centrale, pour en faciliter un accès régulier[5].
Notes et références
- Masia et Melis 2011, p. 74-76.
- ↑ Les palmenti sont d'anciens systèmes de production de vin composés de cuves creusées dans la roche, de forme rectangulaire ou circulaire, utilisées à la fois pour le pressurage des raisins et la fermentation des moûts. Leur nom dérive du latin « palmes palmitis », sarment de vigne, ou de « paumentum », l'action de battre, de presser.
- Masia et Melis 2011, p. 77-81.
- Masia et Melis 2011, p. 82-88.
- Masia et Melis 2011, p. 89-93.
Annexes
Bibliographie
- (it) Mario Masia et Paolo Melis, « La necropoli di Li Curuneddi », dans Mario Masia, Sassari Nella Preistoria, Sassari, Editrice Democratica Sarda, , 189 p. (ISBN 978-88-6025-172-5), p. 74-93
Articles connexes
- Portail de la Préhistoire
- Portail de la Sardaigne
.jpg)

