Napoléon et la Conquête du monde

Napoléon et la conquête du monde ou Napoléon apocryphe
Histoire de la monarchie universelle
Image illustrative de l’article Napoléon et la Conquête du monde
Édition de 1896 publiée par La Librairie illustrée.

Auteur Louis Geoffroy
Pays Drapeau de la France France
Genre Uchronie
Utopie
Éditeur Delloye
Date de parution 1836

Napoléon et la conquête du monde est un roman uchronique et utopiste de l'écrivain français Louis Geoffroy publié anonymement en 1836 aux éditions Delloye. Le roman, réédité sous nom d'auteur en 1841 aux éditions Paulin, est alors renommé Napoléon apocryphe.

Considéré comme l'une des toutes premières uchronies, le texte se présente comme l'authentique histoire de la conquête du monde par Napoléon Ier de 1812 à 1832.

Résumé

La Grande Armée investit Moscou en , mais, contrairement à l'histoire authentique, l’incendie déclenché par les Russes s'éteint de lui-même. Napoléon prend alors la route du nord avec ses troupes et triomphe de la Russie à la bataille de Novgorod. Le Tsar se voit imposer le catholicisme romain. L’année 1813 s’achève par la pacification de l’Espagne et la réconciliation avec le Pape.

Napoléon conquiert dans la foulée l’Angleterre et en fait une province française. La Russie, la Prusse, la Suède et l’Empire Ottoman se liguent en 1817 pour un dernier baroud d'honneur, mais la coalition est vite châtiée. L'Europe est définitivement conquise et l'Empereur réorganise le continent : il redessine les frontières, transforme les rois en sorte de préfets révocables et impose partout le centralisme administratif. Les progrès techniques et culturels sont nombreux : création de grands axes fluviaux et routiers, refonte des législations à l’échelle européenne.

Napoléon décide de partir à la conquête de l'Asie. L'affrontement au Moyen Orient est sanglant. L'Empereur progresse vers l'Est en imposant le christianisme et en créant des royaumes vassaux. Il a en chemin découvert les ruines de Babylone au nez et à la barbe de l’armée de savants qui l'accompagnait. La Grande Armée descend ensuite jusqu’en Australie, une mer intérieure est découverte. L’Afrique est conquise par différents corps d’armée.

Après avoir contourné le Cap de Bonne-Espérance, la flotte impériale revient vers l'Europe et s’apprête à faire halte sur l'île de Sainte-Hélène. En découvrant le contour de l'île à la longue-vue, Napoléon est pris de panique et commande de ne pas y aborder. Le retour en Europe laisse place à de somptueuses fêtes.

Pour finir, un congrès panaméricain décide de remettre la souveraineté du Nouveau Continent à Napoléon en date du  : la Monarchie universelle est fondée[1].

Désormais Napoléon règne sur le monde et le genre humain. Possédant tout, son désir ne trouve plus d'objets. Il meurt le , au sommet mais seul[2].

Analyse de l'œuvre

Détournement de l’écriture historique

Le narrateur déclare à de nombreuses reprises qu’il écrit une authentique histoire. De nombreux documents, journaux officiels, déclarations publiques, sont d’ailleurs reproduits et créent un effet de réel. Le récit est fictif mais il détourne les codes du genre historique, il y a un jeu constant avec la vraisemblance.

Première uchronie d'ampleur

Le terme uchronie est forgé par Charles Renouvier en 1857 : ce n’est donc qu’après coup que Napoléon apocryphe est qualifié d’uchronie. Cependant Louis Geoffroy pose ce qui est reconnu comme les bases du genre[3]. Si l'histoire diverge en 1812 et enclenche une séquence historique contrefactuelle, beaucoup d’éléments rappellent l'histoire authentique. Il y a par exemple le clin d'œil au lecteur lorsque Napoléon arrive en vue de Sainte-Hélène : le Napoléon du récit n'est pas censé connaître l'exil de l’authentique Napoléon, pourtant il interdit à la flotte d’aborder. Cet épisode ne prend sens qu’au regard de l’histoire réelle[4].

En préface, le narrateur historien fait référence à la véritable histoire d'un Napoléon « brisé à Moscou, renversé avant quarante-cinq ans de son âge, pour aller mourir dans une île-prison ». Ainsi, il justifie son récit en ces termes : « l'homme n'aurait-il pas droit de se réfugier dans sa pensée, dans son cœur, dans son imagination, pour suppléer à l'histoire, pour conjurer ce passé [...] ? »[5].

Sans doute Louis Geoffroy a-t-il eu l’idée de cette forme en lisant Le Mémorial de Sainte-Hélène d'Emmanuel de Las Cases dans lequel à de nombreuses reprises Napoléon fait lui-même de l’histoire contrefactuelle et imagine ce qui serait arrivé s’il n’avait pas été battu.[réf. nécessaire]

Une utopie impériale

La monarchie universelle mise en place par Napoléon se présente comme une véritable utopie au service du progrès[6]. L'auteur reprend d'ailleurs les codes de l'utopie, à savoir la tendance à l'uniformité. Ainsi, l'empereur parvient à imposer à toute l'humanité les mêmes règles, ainsi qu'une seule et même foi : un christianisme garantissant l'ordre impérial[7].

Critique du régime impérial

Si le narrateur est élogieux devant la figure de Napoléon et la Monarchie universelle, des critiques se glissent souvent et font apparaître le caractère réel et brutal du régime impérial[8]. À travers le portrait glorieux, le lecteur peut discerner la dimension violente et dominatrice du personnage, qui ne fait jamais place à l’altérité et gouverne par la force. La Monarchie universelle est également montrée comme totalitaire : il n’existe plus sur terre de lieu qui échappe à Napoléon et sur lequel on puisse être libre. Sous le faux éloge se cache un blâme.[réf. nécessaire]

Éditions

  • Napoléon et la conquête du monde, 1812-1832 : histoire de la monarchie universelle, Delloye, 1836 (première édition, publiée anonymement). Lien: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k130834x
  • Napoléon apocryphe. Histoire de la conquête du monde et de la monarchie universelle, Paulin, 1841 (réédition de celle de 1836, sous nom d'auteur).
  • Napoléon apocryphe, 1812-1832 : histoire de la conquête du monde et de la monarchie universelle, Paulin, 1841 (réédition revue et augmentée). Lien: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65166864.r=
  • Napoléon et la conquête du monde, 1812-1832, histoire de la monarchie universelle, J. Bry, 1851 (illustré par Charles-Joseph Mettais[9]).
  • Napoléon apocryphe 1812-1832. Histoire de la conquête du monde et de la monarchie universelle, Librairie illustrée, 1896.
  • Napoléon et la conquête du monde: 1812-1832 : histoire de la monarchie universelle: Napoléon apocryphe, Taillandier, 1983.
  • Napoléon apocryphe, 1812-1832 : histoire de la conquête du monde & de la monarchie universelle, éd. Pyrémonde, 2007.
  • Napoléon apocryphe, 1812-1832, éd le Manuscrit (préface de Thierry Lentz), 2009.
  • Napoléon apocryphe, 1812-1832 : l'histoire de la conquête du monde & de la monarchie universelle, éd des Régionalismes, 2013.

Références

  1. ↑ Versins 1984, p. 361-363.
  2. ↑ Versins 1984, p. 365.
  3. ↑ Serge Lehman, « La pulpe et la moëlle », dans Maîtres du vertige : Six récits de l'Âge d'or, L'Arbre vengeur, (ISBN 978-2379411304), p. 18.
  4. ↑ Versins 1984, p. 363.
  5. ↑ Versins 1984, p. 365-366.
  6. ↑ Burel 2022, § 34.
  7. ↑ Burel 2022, § 21.
  8. ↑ Van Herp 1993, p. 65.
  9. ↑ Guy Costes et Joseph Altairac (préf. Gérard Klein), Rétrofictions, encyclopédie de la conjecture romanesque rationnelle francophone, de Rabelais à Barjavel, 1532-1951, t. 1 : lettres A à L, t. 2 : lettres M à Z, Amiens / Paris, Encrage / Les Belles Lettres, coll. « Interface » (no 5), , 2458 p. (ISBN 978-2-25144-851-0), p. 831

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

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