Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid

Nationale tentoonstelling voor vrouwenarbeid
Nationale tentoonstelling voor vrouwenarbeid
Nationale tentoonstelling voor vrouwenarbeid
Thème Travail des femmes
Pays Pays-Bas
Localisation La Haye
Coordonnées 52° 05′ 45″ nord, 4° 16′ 59″ est
Date d'ouverture 9/7/1898
Date de clôture 22/9/1898
Fréquentation 90000 visiteurs

La Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid (Exposition nationale du travail des femmes), est une exposition qui se tient à La Haye (Scheveningen) du au . Son objectif est d'influencer positivement l'opinion publique sur le travail des femmes, le rendre plus visible, d'élargir les possibilités d'emploi pour les femmes aux Pays-Bas et d'améliorer les salaires et les conditions de travail.

L'Exposition nationale du travail des femmes est le premier événement public majeur du mouvement des femmes néerlandaises.

Contexte historique

Des féministes néerlandaises, sous le leadership de Wilhelmina Drucker envisagent une participation à l'Exposition universelle de 1893 à Chicago. Le projet est ambitieux et sa mise en œuvre difficile si bien qu'il échoue assez largement[1].

Début 1895, Wilhelmina Druckert se tourne vers l'Exposition internationale de Bruxelles de 1897 qui réserve une section aux arts, à l'industrie et à l'artisanat féminins. Elle espère la formation d'un comité féminin pour assurer une meilleure représentation des Pays-Bas à Bruxelles qu'à Chicago. Un tel comité ne suscite guère d'intérêt de la part des organisations de femmes néerlandaises et le mouvement des femmes, très divisé, se dispute sur la nature de leur participation : certaines, avec Jeltje de Bosch Kemper trouvent que l'envoi de rapports sur le travail des femmes aux Pays-Bas est bien suffisant, d'autres, avec Dora Schook-Haver (nl) et le périodique Evolutie (nl) estiment qu'au moins une vitrine présentant des produits du travail des femmes doit être présentée, que ce serait « infiniment plus puissante qu'une table, qu'une armoire, qu'une bibliothèque entière remplie de tableaux et d'index. ». C'est la première option qui est retenue par le Vrouwenbond[1].

Planification et organisation

Trois femmes de Groningue, Catharina Agatha Worp-Roland Holst (nl), Cato Pekelharing-Doijer (nl) et Dientje Dull (nl) déjà impliquées dans le projet avorté de l'exposition à Bruxelles envisagent leur propre exposition aux Pays-Bas, sur le modèle de l'Exposition des femmes du passé et des femmes actuelles danoise organisée à Copenhague en 1895. L'exposition des Pays-Bas doit avoir lieu en 1898, année de l'accession au trône de la jeune reine Wilhelmine[1].

Avec l'aide d'Hendrina Commelin d'Amsterdam, Bertha Levysohn Norman et Cécile de Jong van Beek en Donk de La Haye, elles invitent une trentaine de femmes à Utrecht en , formant un « comité provisoire », qui décide - avec une courte majorité de quatorze contre douze - d'organiser une exposition sans la participation des hommes, comme à Chicago, afin que les femmes puissent mettre en pratique - et en valeur- leurs talents d'organisatrices. Le comité provisoire devient le comité principal de l'exposition[1],[2],[3].

Membres de la « Regelingscommissie ».

La Vereeniging Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid (Association nationale des expositions sur le travail des femmes) est fondée le . L'objectif de l'association, tel qu'énoncé dans ses statuts, est de promouvoir « l'expansion de l'environnement de travail des femmes aux Pays-Bas ». Cela comprend « l'organisation d'une exposition sur le travail des femmes dans l'industrie, les arts et les sciences, ainsi que dans le travail social ». De plus, pendant l'exposition, les femmes ont la possibilité de « gérer des affaires, de tenir des réunions pour discuter de tout ce qui pourrait contribuer à l'expansion de l'environnement de travail des femmes aux Pays-Bas, et d'organiser des concerts et autres événements »[2],[4].

Cécile de Jong assure la présidence de l'association qui est composée de membres ordinaires, de membres d'honneur et de donateurs, mais d'autres associations sont également invitées à adhérer[2],[4].

Le Conseil d'organisation et les différents comités d'organisation de l'Exposition

Outre les comités financiers et de soutien purement organisationnel, des comités de section sont créés pour divers sujets[2].

Marie Jungius (nl) entre au conseil d'administration en et devient le pivot de l'organisation de l'événement[1].

Anna Sophia Polak rejoint en 1896 le Conseil d'organisation. Elle qualifie l'Exposition nationale du travail féminin de « terrain d'entraînement dans le domaine du mouvement féministe »[5].

Parmi les membres des comités on trouve, par exemple, Geesje Mesdag-van Calcar (nl), Anna Sophia Polak, Marie Jungius, Geertruida Adriana Tromp (nl) Wil van Gogh, Cornélie Huygens[2]...

Anna Gildemeester (nl) siège avec Johanna Naber (nl) au Comité des arts décoratifs (Commissie Versierende Kunst) de l'Exposition[6].

La Rubriekcommissie Bloemenvak (Comité de la Section du Commerce des Fleurs) est responsable de l'aménagement de l'espace extérieur. Cornelia Pompe en est la vice-présidente. Jacoba Hingst (nl) en devient membre en 1897. Le comité aménage son propre espace d'exposition avec des plantes, des fleurs et des accessoires proposés par des jardiniers extérieurs. Il est également responsable de l'aménagement paysager du parc des expositions. Dans la salle de conférence de l'exposition, Jacoba Hingst organise des conférences sur l'intérêt d'une formation professionnelle en horticulture pour les jeunes filles. Amy de Leeuw (nl), entre autres, parle de cette formation à Berlin, où elle travaillait comme correspondante de presse[7].

Affiche de Jan Toorop.

D'importantes campagnes publicitaires sont menées en amont. Une grande affiche de Suze Fokker (nl) représente des tournesols, des lys et une ruche grandeur nature. Elle remporte le Concours pour la conception de l'affiche de l'exposition en . Ce projet s'inspire d'autres expositions industrielles qui ont utilisé les abeilles comme métaphore de la diligence et du travail acharné[3],[8].

Le peintre Jan Toorop réalise des affiches et le catalogue de l'exposition[9].

Représentativité de l'organisation

Les organisatrices de l'exposition étant elles-mêmes issues majoritairement de la classe moyenne supérieure, l'exposition est initialement conçue pour ce public et exclut les femmes de la classe ouvrière. Ce n'est qu'après de vives critiques de la part de femmes socialistes comme Henriette Roland Holst que le concept est adapté. Elle déclare : « Le premier acte de l'Exposition nationale du travail des femmes, la constitution d'un conseil d'administration, fut de réfuter en pratique ce qu'elle affirmait en théorie. Les femmes de la classe ouvrière n'y étaient pas représentées : elles n'avaient donc aucun moyen de faire débattre de leurs souhaits, de leurs idées et de leurs revendications, et encore moins de les mettre en œuvre. C'était comme si la République des Pays-Bas unis concluait un traité de paix honteux, lorsque l'ambassadeur d'une puissance étrangère déclara aux Néerlandais : « Nous délibérerons à votre sujet, avec vous et sans vous.» La condition des femmes de la classe ouvrière fut débattue et des moyens d'amélioration furent élaborés – tout cela depuis le sommet ! ». Néanmoins, le prix d'entrée demeure trop élevé pour les femmes de la classe ouvrière. L'affiche de la tombola, conçue et imprimée par Jan Toorop fin , reprend également cette critique et montre la position subalterne des femmes de la classe ouvrière de 1898, qu'il présente comme petites, précaires et déprimées à côté de la femme beaucoup plus imposante, habillée à la mode bourgeoise, au centre de l'image[1].

L'exposition

L'exposition est inaugurée solennellement le et se tient jusqu'au , sur un site dans les dunes entre La Haye et la mer du Nord, sur la Scheveningseweg. Le mari de Cécile de Jong, Adriaan Goekoop met le site à disposition et apporte également une garantie financière. Le complexe d'exposition, conçu par l'architecte Johannes van Nieukerken (nl) y est construit en un an et demi de préparation. Il se compose de grands bâtiments blancs dotés de vérandas spacieuses et de divers pavillons[2].

Dans son discours inaugural, Cécile de Jong van Beek en Donk note que le travail d'organisation de l'exposition ne profite pas seulement à la communauté mais également aux organisatrices elles-mêmes : « Ce travail préparatoire a déjà constitué pour beaucoup un puissant réveil, une révélation de solidarité, une force de travail puissante, une bénédiction. ». Elle souligne aussi le caractère collaboratif du travail : « Nous, qui avons mené à bien cette œuvre, sommes de simples Néerlandaises de tous les rangs et de toutes les classes, de toutes les religions, de toutes les convictions politiques et de toutes les philosophies. C'est merveilleux de pouvoir dire que des femmes de tous les milieux ont travaillé ensemble ! Et l'heure est venue de déposer le fruit de notre travail aux pieds de la nation néerlandaise ! »[1].

L'exposition présente une panoplie d'objets, de démonstrations, de discours, d'expositions et de décors liés aux différents aspects du travail des femmes au sens large. Elle met également en scène des femmes dans l'exercice de leur métier. Les ouvrières d'usine travaillent dans la Salle du Travail Industriel, tandis que les secrétaires, les dactylos et les pharmaciennes présentent leur travail dans d'autres bâtiments. Les visiteurs peuvent observer les femmes préparer du fromage, fabriquer des cigares et tisser des tapis. Des slogans tels que « Le travail vaut la peine » sont accrochés aux murs. D'autres départements sont consacrés aux services sociaux, à l'éducation des enfants, aux soins aux enfants et aux soins infirmiers. Le comité de section pour le commerce des fleurs aménage sa propre salle d'exposition avec des plantes, des fleurs et des accessoires de jardin[1],[10].

Colonialisme

Dans un bâtiment inspiré d'un village typique, des femmes des Indes orientales néerlandaises font des démonstrations de teinture au batik. Des musiciennes javanaises de gamelan et des ouvrières du textile batik figurent également dans la section coloniale[1].

Aux Pays-Bas, comme dans d'autres pays, le mouvement des femmes inclut la lutte contre l'esclavage. Dans la salle du Travail social, une affiche présente aux visiteurs le travail du Comité des femmes pour l'émancipation et l'évangélisation des esclaves aux Antilles, ainsi que le texte d'une pétition antiesclavagiste des femmes de 1855. Le document, rédigé à la main et enluminé, avec un faux air ancien indique que 733 femmes ont signé la pétition et attribue, mais à tort, ce qui avait été un projet ouvrier à Anna Bergendahl (nl)[1].

Le hall du travail social présente également les revendications pour le suffrage féminin[1].

Exposition de femmes artistes

La Kunsthalle expose des peintures, des sculptures et des œuvres textiles d'artistes néerlandaises. Parmi les participants figuraient Catherine Cuypers, Ida van Emstede-Winkler, Suze Fokker (nl), Anna Gildemeester (nl), les peintres Barbara Elisabeth van Houten (nl), Bramine Hubrecht (nl), Sientje Mesdag-van Houten, Anna Kerling (nl) l'autrice Johanna Naber (nl), la sculptrice Minca Bosch Reitz (nl), la journaliste Elisabeth Margaretha Rogge (nl), , l'organiste Kaat Mossel (nl), Dinah Kohnstamm (nl), Geertruydt Roghman (nl) et Bramine Hubrecht (nl). Une bibliothèque contenant des livres écrits par et sur des femmes néerlandaises est proposée à la lecture aux visiteurs.

La réforme vestimentaire

L'Exposition contribue à lancer la réforme vestimentaire aux Pays-Bas. Elle valorise des vêtements à la fois pratiques et hygiéniques pour les femmes actives. Des vêtements fluides, de style art nouveau, sont également très présents sur les affiches de l'Exposition. Cette initiative suscite une vive réaction et, en 1899, la Vereeniging voor Verbetering van Vrouwenkleeding (Association pour l'amélioration du vêtement féminin) est fondée dans le but de promouvoir des vêtements offrant aux femmes une plus grande liberté de mouvement[11],[12].

En plus de ces démonstrations et expositions, un programme continu de conférences, de chants, de danses et de spectacles théâtraux dans la grande salle des congrès complète l'exposition.

L'Exposition sur le travail des femmes est un événement majeur avec ses innombrables expositions, conférences et colloques. Pendant des mois, la ville est le théâtre de cette animation. Un concours de l'invention la plus créative est également organisé, et les femmes sont nombreuses à soumettre leurs créations artisanales au jury[10].

Plan d'ensemble.

Un catalogue complet est publié pour l'exposition, et les événements les plus importants sont relatés en continu dans la revue « Vrouwen Arbeid », dont la publication est commandée par le comité de la section Lettres et Sciences et dirigée par Johanna Naber (nl) . Anna Clasina Leijer (nl) photographie les expositions, les salles et les personnes présentes. Au total, environ 500 femmes participent à la planification et à la réalisation de l'exposition. Celle-ci attire 90 000 visiteurs et est considérée comme un grand succès. La reine Wilhelmine, nouvellement couronnée, et sa mère Emma visitent également l'exposition[2].

Bilan et postérité

L'événement se conclut par un solde positif de 20 000 florins néerlandais . L'assemblée générale du décide d'utiliser cet argent comme capital pour la création d'un Bureau national pour le travail des femmes (Nationaal Bureau voor Vrouwenarbeid ). Marie Jungius élabore un plan à cet effet et, en 1901, le Bureau national peut commencer ses activités. L'association Vereeniging Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid existe jusqu'au , puis est dissous.

L'Exposition Nationale du Travail des Femmes inspire Anna Polak pour son premier livre, Vrouwenwerk in Nederland. Beschouwingen over eenige zijden der vrouwenbeweging (Le Travail des Femmes aux Pays-Bas : Réflexions sur certains aspects du mouvement des femmes) (1902). Un chapitre y est consacré au discours prononcé par Catharine van Tussenbroek, deuxième femme médecin des Pays-Bas, lors de l'Exposition Nationale[5].

L'Exposition nationale des femmes est au final, le premier événement public majeur du mouvement des femmes aux Pays-Bas[1].

Bibliographie

  • (en) Maria Grever et Berteke Waaldijk, Transforming the Public Sphere: The Dutch National Exhibition of Women’s Labor in 1898, Durham, Duke University Press (ISBN 978-0-8223-3296-1, lire en ligne)
  • (nl) Maria Grever et Berteke Waaldijk, Feministische Openbaarheid. De Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid in 1898. Monografie, Amsterdam, Internationaal Instituut voor Sociale Geschiedenis ; Internationaal Informatiecentrum en Archief voor de Vrouwenbeweging, 352 p. (ISBN 9068611518, lire en ligne)
  • (nl + en) Maria Grever et F. Dieteren, Een vaderland voor vrouwen. A fatherland for women. The 1898 'Nationale tentoonstelling voor vouwenarbeid' in retrospect, Amsterdam, Stichting beheer IISG/VVG, , 190 p. (ISBN 9068611968)

Filmographie

Liens externes

Références

  1. (nl) « Hoe Wilhelmina Drucker de weg baande naar de Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid », sur www.wilhelminadrucker.nl (consulté le )
  2. (nl) « Archief Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid 1898 » [archive du ], sur collectie.atria.nl (consulté le )
  3. « tentoonstelling van de Vrouwenarbeid, 1898 - Beeldend BeNeLux Elektronisch (Lexicon) », sur www.artindex.nl (consulté le )
  4. Mark Beumer, « 1898: De Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid », www.academia.edu,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. (nl) Francisca de Haan, « Polak, Anna Sophie (1874-1943) », sur Huygens Instituut
  6. (nl) Inge de Wilde, « Gildemeester, Anna (1867-1945) » [archive du ], sur resources.huygens.knaw.nl, (consulté le )
  7. (nl) Frans Holtkamp, « Hingst, Jacoba (1871-1950) » [archive du ], sur resources.huygens.knaw.nl, (consulté le )
  8. (nl) « Prijsvraag voor de gekleurde Reclameplaat | Feminisme 19e eeuw », sur Atria, (consulté le )
  9. (nl) Sofie Taes, « Marie Jeanette de Lange », sur www.europeana.eu, (consulté le )
  10. (nl) « De Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid », sur Florence Nightingale Instituut (consulté le )
  11. (nl) Carin Schnitger, « Hobbezakjes op de Dam », sur Ons Amsterdam (consulté le )
  12. (nl) Nanette Drijfhout, « Art Nouveau in Gemeentemuseum Den Haag », Vezel magazine,‎ (lire en ligne)
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