Nicolas Corbillé

Nicolas Corbillé
Biographie
Naissance
Décès
(à 38 ans)
Bouvron
Nationalité
Activités

Nicolas Corbillé, né le à la Chapelle-des-Marais et mort le à Bouvron, est un prêtre catholique du diocèse de Nantes.

Ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, il exerce clandestinement son ministère. Dénoncé, il est arrêté par un détachement militaire et fusillé à Bouvron, adossé le long du mur de l'église. Il fut aussi le premier maire de Bouvron.

Biographie

Enfance et formation

Carrière

Révolution française

La mise en place du clergé constitutionnel se heurte à l’hostilité des populations et le département intensifie la chasse aux réfractaires. Plusieurs prêtres réfractaires sont arrêtés comme le curé François Delamarre, arrêté le , emprisonné à Savenay puis dénoncé alors qu'il se cachait à Nantes, noyé en Loire le [1].

Nicolas Corbillé poursuit son ministère dans la clandestinité[2]. Il avait fait annoncer cette messe par Olivier Bessac de Sordéac, « qui outre cela fait le docteur de village et cause le plus grand désordre dans la paroisse ». La municipalité est accusée de complicité et le rapport se termine en déclarant « qu'il est d'un intérêt des plus pressants d'arrêter la marche audacieuse du sieur Corbillé, la marche anticivique de la municipalité et celle désordonnée d'Olivier Bessac qui ont produit les effets les plus terribles dans la paroisse de Bouvron »[3].

En , à l'annonce de la levée de 300 000 hommes, décrétée par la Convention, les habitants de Bouvron et des paroisses environnantes se révoltent. Ils se rassemblent sur les landes de Moëre et marchent sur Savenay[4].

Arrestation

L'arrestation et l'exécution de l'abbé Corbillé nous sont connues par le rapport écrit du commandant du détachement militaire qui vint à Bouvron, au village du Bezou, le 25 germinal de l'an II ()[3].

Le sous-lieutenant Maret qui commande ce détachement se dirige vers la maison de Perrinne Couëron, veuve d'Antoine Guitton, au village du Bezou. La tradition orale rapporte que le prêtre avait été dénoncé auprès du district de Savenay par une personne du village des Aulnais surnommée "la Vouigne"[Note 1].

« Procès verbal rendu par Maret, Commandant du détachement de Bouvron sousigné

Nous nous sommes détachés le 25 germinal 2°année républiquaine au village du Besou en la dite paroisse en la maison de la VVe Guitton avons trouvé un homme suspect se disant domestique de la dite maison; avons interrogé la dite VVe et sa fille qui nous ont dit qu'il était leur domestique, avons demandé aux voisins qui ont dit ne le connaitre; avons fait la perquisition dans la maison, avons vu trois carpes à bouillir, avons ouvert les armoires, avons trouvé une dizaine de biscuits au beurre et aux œufs dont les volontaires ont disposés, avons fait perquisition dans un lit, avons trouvé une douzaine de pommes reinettes enveloppées dans une serviette et dans un panier, une redinguotte à .... en ..., ensuite j'ai fermé les armoires et ai rendu les clefs à la dite VVe avec son portefeuille qui ne contenants que des assignats, je lui ai rendu en lui déclarant qu'elle et sa fille étaient en état d'arrestation. J'ai ensuitte mis la maison et les effets sous la responsabilité de Julien Guitton son voisin et me suis retiré avec mon détachement.


Avons conduit l'homme suspect devant la municipalité, séants René Haubois, desmottes, maignants qui m'ont avoué le connaitre pour Corbiller prêtre et cy devant vicaire de Bouvron. Nous l'avons interrogé sur plusieurs article auxquelles il m'a répondu que vaguement, il a seulement demandé à etre confessé par un prêtre assermenté; Je me disposais à l'envoyer à Savenay. En attendant le départ je l'ai fait conduire à la caserne, il a demandé à faire ses besoins, il a essayé de s'échapper, un volontaire court dessus et lui tire un coup de fusil, laisse son fusil pour courir, l'atrape aux cheveux et reçoit de sa part plusieurs coups de poing; ses camarades arrivent au secours et me le ramenent, à l'instant je l'ai fait fuisillier et vous ai envoyé ces deux coquines qui ne merittent aucunes indulgences. J'irai un de ces jours vous en donner de plus longs détails et vous dirai la manière dont s'est comportées la commune dans cette occasion

Ce que nous avons signés avec les municipaux présents

signatures

Maret, S-Lt, cdt le dtct [Sous-Lieutenant commandant le détachement]

Haubois offi mpl [officier municipal][Note 2]

Desmot off mpl [officier municipal][Note 3]

Meignen off mpl [officier municipal]

Deligné Sgt [Sergent][Note 4]

Duval caporal »

Décès

Il est exécuté le [2].

Postérité

En 1933, lors de la dénomination des principales rues du bourg, le lieu de l'exécution de l'abbé Corbillé, devient la Place de l'Abbé Corbillé[5].

En 2025, une polémique éclate après que le maire de la ville ait formulé le souhait de débaptisé cette place[2]. Cette action provoque l'indignation de l'association Koun Breizh - Mémoire de Bretagne (d)[2] et du média NHU[6].

Notes et références

Notes

  1. en patois de Bouvron, la "vouigne" signifie la "fouine"
  2. René Hautbois, né en 1733 au Grand-Fougeray, procureur de la juridiction seigneuriale de Quéhillac avant la Révolution, devint l'un des administrateurs du district de Savenay en 1792. Il est décédé à Bouvron en 1811.
  3. Jean René Desmots, né en 1727 à Méral, diocèse d'Angers, aujourd'hui en Mayenne, est arrivé à Bouvron vers 1751 comme régisseur du château de Quéhillac. Il est décédé à Bouvron en 1802.
  4. Charles Deligné, né en 1771 à Vitré, aujourd'hui en Ille-et-Vilaine, fils d'un notaire et procureur de Vitré. Il deviendra maire de Campbon de 1799 à 1817. Il épousa en 1797 Rosalie Angélique Meignen, dont les ancêtres appartiennent aux familles de magistrats d'Ancien régime : Meignen à Campbon, Blanchard à Fay et Leclerc à Bouvron.

Références

  1. Alfred Lallié, Le diocèse de Nantes pendant la Révolution, t. 2, B. Cier, (lire en ligne), p. 202-203
  2. « « On efface la mémoire bretonne » : polémique en Loire-Atlantique autour du changement du nom d’une place », sur Le Télégramme, (consulté le )
  3. Archives départementales de la Loire-Atlantique - côte L 686.
  4. « L'insurrection de mars 1793 en Loire-Inférieure » - Nantes Histoire - 1993 : https://www.nantes-histoire.org/video/MARS93.pdf
  5. « Bouvron - les rue du bourg sont nommées », L' Écho de la Loire,‎ .
  6. N. H. U. Bretagne, « Bouvron efface l'Histoire », sur NHU | Votre Média Breton, (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

François Ledoux, Histoire de Savenay, Savenay, Jules Allair, (lire en ligne)

  • Alfred Lallié, Le diocèse de Nantes pendant la Révolution, t. 2, B. Cier, (lire en ligne), p. 202-203
  • Abbé Pierre Roberdel, Bouvron au cours des siècles, 1988
  • Hervé Tremblay, Bouvron et ses Villages, 1993
  • Jean Surget, La Rivière des Castors, 1994
  • icône décorative Portail du catholicisme
  • icône décorative Portail de la Loire-Atlantique
  • icône décorative Portail de la Révolution française