Nicolas Tourgueniev

Nicolas Tourgueniev
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nationalités
Formation
Pensionnat de l'université de Moscou (d)
Université de Göttingen
Activités
Famille
Maison Tourgueniev (d)
Père
Ivan Tourgueniev (d)
Fratrie
Andreï Tourgueniev (d)
Alexandre Tourgueniev (en)
Sergueï Tourgueniev (d)
Enfant

Nicolas Ivanovitch Tourgueniev (en russe : Николай Иванович Тургенев), né le à Simbirsk et mort le et mort au château de Vert-Bois, est un économiste libéral russe.

Biographie

D’une famille dont plusieurs membres se sont illustrés dans les sciences et dans les lettres, fils du directeur de l’université de Moscou, Tourgueniev, après y avoir fait de bonnes études, intègre l'université de Göttingen, où il étudie l’économie politique et le droit financier jusqu’en 1811, date à laquelle il part pour Paris, où il sera initié à la franc-maçonnerie[1].

Retourné en Russie, en 1812, il entre, jeune encore, dans l’administration russe, et se voit nommer, l’année suivante, auprès du baron Charles Henri de Stein, alors plénipotentiaire des empereurs de Russie et d’Autriche, ainsi que du roi de Prusse, et ne retourne en Russie que trois ans plus tard. Ses contacts réguliers avec le célèbre réformateur prussien Heinrich Friedrich Karl von Stein contribuent à élargir ses horizons et à faire évoluer sa pensée sur la question paysanne[1].

En 1814, il entre à Paris, en qualité de conseiller d’État, comme attaché au quartier général des occupants de la France, à la fin du Premier Empire[2]. En 1816, il travaille à la commission de rédaction des lois, au ministère des Finances et à la chancellerie du Conseil d’État, où il était assistant du secrétaire d’État de l’agriculture et de l’industrie. Dès cette époque, préoccupé de l’émancipation des paysans et, dans l’intérêt de cette question, à laquelle il consacre bientôt tous ses efforts, il commence par émanciper ses propres serfs[1].

En 1818, il publie sa Théorie des impôts, qui a été considérée comme l’ouvrage le plus remarquable qui ait paru en Russie sur cette matière. L’ouvrage conclut : « L’amélioration du système de crédit ira de pair avec des améliorations de la législation politique, et notamment avec des améliorations de la représentation populaire. » Le verso de la page de titre précise que : « L’auteur, prenant en charge tous les frais d’impression de cet ouvrage, reverse le produit de sa vente au profit des paysans emprisonnés pour dettes. »

En 1819, il rédige, à la demande du gouverneur général de Saint-Pétersbourg, un mémorandum sur le servage, pour le tsar. En 1819, il entre à l’Union du Bien-être, une société secrète qui décide, lors d’une une réunion du conseil central à Saint-Pétersbourg, à la suite du vote de Tourgueniev, que la forme de gouvernement appropriée pour la Russie est une république. Cette société autodissoute, en 1821, ses activités étant connues du gouvernement, il se rend, à l’été 1825, en Angleterre, où il se lie avec Bentham et autres hommes illustres. Opposé à la suprématie de l’industrie sur l’agriculture, il refuse le poste de directeur du Département des manufactures, que le comte von Cancrin lui fait proposer[3].

À la mi-, il est toujours en Angleterre, lorsque éclate l’insurrection décabriste, visant à obtenir une constitution de Nicolas Ier. Compris dans la répression consécutive à l’échec décembriste, avec les conspirateurs, il écrit à Saint-Pétersbourg, pour se défendre de toute implication, affirmant avoir seulement été membre de l’Union du Bien-être, depuis longtemps dissoute[3].

Assigné à comparaitre devant la Cour suprême, sous peine d’être jugé comme criminel d’État, en cas de refus, il argüe que son état de santé l’empêche d’entreprendre un tel voyage, et se voit condamné à mort par contumace, peine commuée par le tsar à la déchéance de son rang et de sa noblesse et condamnation aux travaux forcés à vie. Ses biens menacés de confiscation[a], la Russie tentant d’obtenir de l’Angleterre son extradition, voire son arrestation à l’étranger par ses agents secrets, il passe en France[5].

Établi à Paris, il tient salon[6], au 97 rue de Lille, où il habitera pendant une quarantaine d’années[b], il publie (en français), La Russie et les Russes (3 volumes, Paris 1847 et 1848, traduit en allemand)[8]. Il ne pourra reparaitre en Russie qu’à la mort de Nicolas, en 1855. Reçu par le Libérateur, il peut voir appliquer une partie des idées qu’il avait défendues, avant de retourner à Paris, où la guerre de 1870 et les adversités de la France l’ont profondément affecté[2]. Il a également publié plusieurs brochures sur l’émancipation des serfs. C’est bien sincèrement que nous pouvons dire qu’il emporte les regrets de tous ceux qui l’ont connu[1].

Malgré ses quatre-vingt-quatre ans, il était encore à cheval, au bois de Boulogne, dans la journée qui a précédé sa mort. Quelques heures après, dans la nuit, il s’est éteint sans souffrances. L’un des doyens de la colonie russe à Paris, à l’issue de ses funérailles, à la chapelle russe du faubourg Saint-Honoré[2], il a été inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Jugements

« Tous ceux qui ont eu l’occasion de l’approcher, estimaient en M. Tourgueneff à la fois le savant profond, le publiciste distingué, le noble caractère[1]. »

— Maurice Block

Publications

  • La Russie et les Russes, Paris, Comptoir des imprimeurs-unis, (lire en ligne sur Gallica).
  • La Russie en présence de la crise européenne, Paris, Comptoir des imprimeurs-unis, , 46 p., in-8º (lire en ligne).
  • Un dernier mot sur l’émancipation des serfs en Russie, Paris, A. Franck, (lire en ligne sur Gallica).

Notes et références

Notes

  1. Ses biens ont été sauvés de confiscation, par le dévouement de son frère cadet, l’historien Alexandre (en), parvenu, par un pieux subterfuge, à se faire attribuer ces biens, pour les aliéner peu à peu et lui restituer à peu près toute sa fortune[4].
  2. Son fils, le sculpteur Pierre-Nicolas Tourgueneff récupèrera cette demeure après son père[7].

Références

  1. Maurice Block, « Nécrologie », Le Temps, Paris, vol. 11, no 3882,‎ , p. 3 (ISSN 2420-2789, lire en ligne sur Gallica).
  2. « Faits divers », Journal de Paris, Paris, vol. 5, no 301,‎ , p. 3 (ISSN 2400-8354, lire en ligne sur Gallica).
  3. Wiktoria Śliwowska, Naissance de l’émigration politique russe, Varsovie, , 34-56 p., in-8º (OCLC 864225304, lire en ligne).
  4. G. Tissier, « On annonce… », Le National, Paris, vol. 3, no 1014,‎ , p. 3 (ISSN 2533-9249, lire en ligne sur Gallica).
  5. Delphine Diaz, Un asile pour tous les peuples ? : Exilés et réfugiés étrangers en France au cours du premier XIXe siècle, Paris, Armand Colin, , 316 p., illustr. ; 24 cm (ISBN 978-2-20028-927-0, OCLC 893418522, lire en ligne), p. 49.
  6. Alexandre Zviguilsky, « Ernest Renan, Tourguéniev et Pauline Viardot », Études Renaniennes, Paris, no 93,‎ 1er trimestre 1993, p. 3-19 (ISSN 2540-3303, lire en ligne).
  7. Gérard Soncarrieu, « Le château de Vert-Bois à Rueil-Malmaison », La Victoire de Marianne, Rueil-Malmaison, 1992.
  8. Michel Cadot, « Un missionnaire républicain en Russie », Revue de littérature comparée, Paris, no 30,‎ , p. 219 (ISSN 1965-0264, lire en ligne).

Liens externes

  • icône décorative Portail de la Russie
  • icône décorative Portail de l’économie
  • icône décorative Portail du XIXe siècle