Nicole de Margival
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XIVe siècle |

Nicole[2] de Margival (actif vers 1300) est un poète ayant composé en ancien français. Ses deux œuvres connues sont le Dit de la panthère d'amours et le Dit des trois morts et des trois vifs[3],[4].
Biographie
Selon Henry Alfred Todd (en) (1854-1925), philologue américain des langues romanes, « on ne sait rien de précis sur la vie de Nicole de Margival ». Après recherches dans les archives du diocèse de Soissons, il émet cependant l'hypothèse qu'il pourrait être fils d'un Jean de Margival vivant aux environs de 1254[5].
Dans les Comptes rendus et mémoires du Comité archéologique de Noyon (tome IV, 1872), qui se réfèrent aux archives du château de Salency, on trouve au XIIIe siècle deux seigneurs de Salency, nommés Raoul et Jean de Margival, qui participèrent à une croisade[6],[7]. On y mentionne aussi, en 1301 et 1315, un Simon de Margival[6].
Nicole de Margival pourrait donc être né à Margival (non loin de Soissons) ou à Salency (proche de Noyon), deux villes de l'ancienne province de Picardie, de Raoul ou Jean ou Simon de Margival.
Blason
En 1954 le blason de la famille de Margival a été adopté par la commune homonyme (d'argent à la croix d'azur chargée de cinq coquilles d'or)[8] :
-
Blason de la famille de Margival
Œuvres principales
Le Dit de la panthère d'amours
L'œuvre majeure de Nicole de Margival est le Dit de la panthère d'amours, un poème narratif, ou dit, de 2 672 vers[9]. Il a été écrit après 1290, puisqu'il cite la traduction de Drouart La Vache du De amore d'André le Chapelain, et avant 1328, date à laquelle deux exemplaires en furent catalogués à la bibliothèque de Clémence de Hongrie[10]. Il appartient à la tradition encyclopédique médiévale[11].
NICOLE DE MARGIVAL a « signé » cette œuvre par une anagramme (de 16 caractères), pratique fréquente à son époque selon les experts. Peu avant la fin du texte (vers 2654-2659), il écrit :
« Qui mon seurnon savoir voudra
Et mon non, savoir le pourra,
Mais qu'il n'esgart ne ça ne la
Fors que : DIGNE AMOUR LI CELA ;
Mais qu'il les lettres desassamble
Et après a droit les assamble[12] ; »
.
Le narrateur de la Panthère commence par affirmer la véracité des rêves, avant de s'endormir et d'être emporté en rêve par des oiseaux vers une vallée peuplée d'animaux. Là, la belle panthère attire d'autres animaux par le parfum de son haleine. Le narrateur en tombe amoureux, mais elle s'enfuit. Attiré par la musique de la cour du Dieu de l'Amour, il devient son vassal . Ramené dans la vallée, il rencontre la panthère, mais reste bouche bée. Paralysé par le doute, il reçoit les conseils de la déesse Vénus . Le Dieu de l'Amour, cependant, déclare que son seul espoir est la Fortune. La panthère vient alors à lui, accompagnée de Bonne Volonté, de Miséricorde et de Pitié. Il se réveille alors[13].
La Panthère regorge de citations, références et allusions à d'autres textes. Sont explicitement cités le Roman de la rose, la traduction de Drouart du De amore et un lapidaire de Jehan L'Épicier, non identifié[9]. Il existe un désaccord entre les chercheurs sur la question de savoir si Nicole a utilisé uniquement la Rose originale de Guillaume de Lorris ou également la continuation de Jean de Meung[14]. Puisque Nicole est le seul auteur à citer la traduction de Drouart, il a été suggéré que les deux auteurs se connaissaient[15]. La Panthère incorpore quelques vers des grands chants courtois d'Adam de la Halle tout en louant le poète[9]. Mais Nicole ne reconnaît pas l'influence de deux œuvres italiennes, le Tesoretto de Brunetto Latini et le De vulgari eloquentia de Dante Alighieri, bien que par endroits son travail confine à la traduction du Tesoretto[16]. Par ailleurs, Sylvia Huot décrit le Bestiaire d'amours de Richard de Fournival comme « une puissante présence implicite »[17].
La Panthère est généralement considérée comme « mal écrite et sans originalité », mais elle « comporte des rimes riches et équivoques »[18]. Pour sa part, René de Lespinasse, historien médiéviste et archiviste paléographe, trouve que « La Panthère d'amours [...] est un poème véritablement intéressant. Il est plus lisible que la plupart des poèmes allégoriques que nous a laissés le moyen âge »[19].
Elle est conservée dans deux manuscrits, l'un à Paris et l'autre à Saint-Pétersbourg[20].
Le Dit des trois morts et des trois vifs
Le Dit des Trois Mors et des Trois Vifs[21] est une variante de la légende des Trois Morts et des Trois Vivants, en 216 vers[20]. C'est « une démonstration de virtuosité poétique »[3]. On le connaît grâce à trois manuscrits : deux copies complètes conservées à Paris et un fragment conservé dans le manuscrit de Chantilly en 1942[20],[22].
Accès aux ouvrages
- Dit de la panthère d'amours (caractères typographiques modernes)
- Nicole de Margival (préf. Henry A. Todd), Le dit de la panthère d'amours : poème du XIIIe siècle, Paris, Firmin Didot, coll. « Société des anciens textes français », (BNF 30882281, lire en ligne), p. 1-101Pages 105-112, l'ouvrage comprend un lexique d'ancien français, appelé « Vocabulaire ».
- Nicole de Margival (préf. Henry A. Todd), Le dit de la panthère d'amours : poème du XIIIe siècle, Paris, Firmin Didot, coll. « Société des anciens textes français », (BNF 30882281, lire en ligne), p. 1-101
- Dit des trois morts et des troifs vifs
- Texte en caractères gothiques (manuscrit BnF MS25566)
- Nicole de Margival, « Chi coumenche li III mors & li III vis ke maistres Nicholes de Margival fist », dans Chansonnier et mélanges littéraires (Manuscrit FR. 25566) (lire en ligne), p. 218r-219v
- Texte en caractères typographiques modernes
- Nicole de Margival et al. (préf. Stefan Glixelli), « Poème de Nicole de Margival », dans Les cinq poèmes des trois morts et des trois vifs, Paris, E. Champion, (OCLC 1449063061, BNF 33302015, lire en ligne), p. 64-74
- Texte en caractères gothiques (manuscrit BnF MS25566)
Notes et références
- ↑ Base généalogique Roglo (dans la liste, chercher successivement « fils » et « fille »), « Nicole », sur roglo.eu (consulté le ).
- ↑ Jusqu'au XVIe siècle, le prénom Nicole était mixte ; sa forme masculine correspond au prénom moderne Nicolas[1].
- Zingesser 2012, p. 310.
- ↑ Le dit est un genre littéraire médiéval, qui se présente le plus souvent comme un poème narratif destiné à être « dit », et non chanté.
- ↑ Nicole de Margival (préf. Henry A. Todd), Le dit de la panthère d'amours : poème du XIIIe siècle, Paris, Firmin Didot, coll. « Société des anciens textes français », (BNF 30882281, lire en ligne), p. XXVI.
- Comité archéologique de Noyon, « Quelques notes sur Salency et ses anciens seigneurs », dans Comptes rendus et mémoires lus aux séances, t. IV, (lire en ligne), p. 251-253.
- ↑ Le texte de cette société savante comporte une incohérence : il est dit que Raoul et Jean accompagnèrent Saint Louis à la sixième croisade sous le pontificat d'Honoré III (pape de 1216 à 1227, qui lança, en fait, la cinquième croisade), alors que Saint Louis participa à la septième et à la huitième croisade.
- ↑ « Commune de Margival », sur www.margival.fr, (consulté le ).
- Zingesser 2012, p. 303.
- ↑ Zingesser 2012, p. 301n.
- ↑ Zingesser 2012, p. 303–304.
- ↑ Nicole de Margival (préf. Henry A. Todd), Le dit de la panthère d'amours : poème du XIIIe siècle, Paris, Firmin Didot, coll. « Société des anciens textes français » (réimpr. 1883) (1re éd. XIIIe siècle - XIVe siècle) (BNF 30882281, lire en ligne), p. 100-101.
- ↑ Zingesser 2012, p. 302–303.
- ↑ Compare Zingesser 2012, p. 301n, and Huot 2019, p. 194.
- ↑ Zingesser 2012, p. 303n.
- ↑ Zingesser 2012, p. 304–307.
- ↑ Huot 2019, p. 194.
- ↑ Zingesser 2012, p. 301, 310.
- ↑ René de Lespinasse, « Société des anciens textes français », dans Bibliothèque de l'École des chartes : Revue d'érudition, vol. XLVII, Paris, Alphonse Picard, (lire en ligne), p. 187.
- Brun et Ribémont 2023.
- ↑ Form of the title in Zingesser 2012, p. 310. Per Brun et Ribémont 2023, the manuscripts give Li contes des III vis et des III mor and Li III mors et li III vis ke maistres Nicholes de Margival fist. The modern French would be Le dit des trois morts et des trois vifs.
- ↑ Todd 1883, p. xxix, knew a single manuscript, now 25566 in the Fonds Français of the Bibliothèque nationale de France.
Bibliographie
- Laurent Brun et Bernard Ribémont, « Nicole de Margival », sur Archives de Littérature du Moyen Âge (Arlima),
- (en) Sylvia Huot, From Song to Book: The Poetics of Writing in Old French Lyric and Lyrical Narrative Poetry, Cornell University Press, (lire en ligne)
- (es) Howard Patch, La déesse Fortune dans la littérature médiévale, Harvard University Press, (lire en ligne)
- Bernard Ribémont, Le dit de la panthère, Champion,
- Henry Alfred Todd, Le dit de la panthère d'amours, Paris, (lire en ligne)
- (en) Eliza Zingesser, « The Vernacular Panther: Encyclopedism, Citation, and French Authority in Nicole de Margival's Dit de la panthère », Modern Philology, vol. 109, no 3, , p. 301–311 (DOI 10.1086/663278, S2CID 162816471, présentation en ligne)
Liens externes
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