Ninette à la cour

| Format | |
|---|---|
| Langue | |
| Auteur | |
| Genre | |
| Date de parution | |
| Lieu de publication | |
| Pays | |
| Éditeurs |
Ninette à la cour ou le Caprice amoureux est une comédie en deux actes mêlée d'ariettes, de Charles-Simon Favart créée le au Théâtre-Italien, dans la salle de l'Hôtel de Bourgogne.
Sujet
Le Caprice amoureux est l’histoire chantée sur un mode satirique d’une paysanne fidèle à son amoureux, courtisée malgré elle par un personnage noble. La pièce fait également discrètement allusion aux déboires de Justine Favart dus à l’obsession du maréchal de Saxe pour elle.
Inspiration
L’œuvre est une parodie de Bertoldo alla corte, d’après Carlo Goldoni[1], représentée à Paris le [2].
Acteurs
- Astolphe, roi de Lombardie.
- Fabrice, confident d’Astolphe.
- Émilie, comtesse, amante d’Astolphe.
- Ninette, villageoise.
- Colas, villageois.
- Dorine, suivante.
- Clarice, suivante.
- Paysans, Paysannes.
- Chasseurs.
- Femmes de chambres.
- Gardes.
Le théâtre représente une campagne agréable, coupée d’arbres fruitiers, et des cabanes de paysans sur ses ailes.
Argument
Lorsque Colas aperçoit, de l’arbre où il est monté cueillir des fruits pour Ninette, la plaine couverte de chiens et de piqueurs, il enjoint cette dernière à rentrer, car les chasseurs qu’il voit avancer font la guerre aux filles comme au gibier. Astolphe, roi de Lombardie, parait avec Fabrice, son confident, et lui fait l’aveu de sa passion pour Ninette. Fabrice sort, et Ninette revient en chantant. Astolphe lui témoigne sa surprise de la voir si heureuse dans une si basse condition sociale en lui déclarant qu’il l’adore. Ninette, qui le prend pour un officier de la cour, lui répond naïvement que cette déclaration lui fait grand plaisir, mais qu’elle ne lui demande que de cesser les chasses dévastatrices : « Pour le plaisir de prendre un lièvre On ravage quarante arpens. » Elle le prie de ne plus revenir, et lui avoue franchement qu’elle aime Colas. Le prince évoque alors le sort brillant qui pourrait être le sien à la Cour, et les charmes d’une toilette qui la rendraient encore plus belle. À Ninette qui ignore ce qu’une toilette, il lui dit que « C’est un trône ou triomphe l’art […] un autel que l’on érige aux grâces » Cette description tente Ninette, qui craint toutefois de fâcher Colas, Revenu, celui-ci laisse éclater sa jalousie. Elle l’avertit tout bas de la cacher, de peur d’irriter Astolphe. Le Prince sort après avoir dit à Ninette : « L’heureux Colas vous intéresse. Puisse-t-il mieux que moi faire votre bonheur ! »
Restée seule avec Colas, Ninette lui reproche sa grossièreté envers un seigneur si poli, qui la veut mener à la cour, mais il lui répond qu’Astolphe lui parlait d’amour, et que cela ne convient pas. Elle lui répond avec ingénuité que « Les Messieurs de la Cour sont trop bien élevés Pour entreprendre rien contre la bienséance. » Apercevant le prince qui revient, Colas veut obliger Ninette à rentrer malgré elle, mais celle-ci résiste. Il la tire par le bras, et elle crie. Elle se plaint de ce mauvais traitement à Astolphe, qui s’en surprend, Colas veut s’emporter, mais Fabrice lui apprend qui est Astolphe. Lorsque ce dernier exhorte à nouveau Ninette à venir embellir sa Cour, elle y consent, en disant tout bas qu’elle veut punir Colas tout en restant fidèle. Ninette quitte Colas en lui disant : « je renonce au village ; La cour me convient davantage. » Colas se désespère, et veut suivre Ninette, mais une troupe de chasseurs l’arrête et le force à s’éloigner.
Le second acte est au palais d’Astolphe. Ninette parait en habit de cour, suivie de plusieurs femmes de chambre. Elle refuse le rouge dont on veut la farder, et laisse tomber les diamants qu’on lui présente, pour prendre des fleurs artificielles, qu’elle jette un instant après : « Elles ne sentent rien […] ici l’on ne doit rien qu’à l’art. La beauté n’est qu’une peinture, Jusqu’aux fleurs tout est imposture » Elle refuse également les leçons de politesse de Fabrice. Elle demande à voir Colas au Prince, qui accepte et entreprend de lui montrer toute la magnificence de sa Cour. Voyant paraitre la princesse Émilie, qui lui est destinée, il sort pour l’éviter, ce qui attise les craintes de celle-ci au sujet du Prince et de Ninette. Elle charge sa confidente, Clarice, de les surveiller.
Quand Astolphe demande à Ninette ce qu’elle pense de la Cour, celle-ci lui fournit une retour d’expérience d’une franchise spirituelle sur les plaisants personnages qu’elle a croisés : « femmes en épées », « gentilles poupées », « graves freluquets », « vieillards coquets » . Émilie s’avance, et fait un compliment ironique à Ninette sur ses charmes, et la félicite d’avoir fait la conquête d’Astolphe, qui s’en défend devant la Princesse. Ninette répond qu’elle aime Colas. Le Prince confirme qu’il a donné des ordres pour le faire venir. Ninette réplique qu’elle aime mieux retourner au village, et sort. Astolphe rassure Émilie, et lui promet de renvoyer Ninette, mais il n’est pas si résolu qu’il le dit, et il se retire sans savoir ce qu’il doit faire.
Colas entre et se plaint comme lui de la réception ridicule qu’on lui a faite à la cour. Se couvrant le visage de son éventail, et contrefaisant sa voix, Ninette le galantise sous le masque d’une dame de la cour. Celui-ci feint de consentir, également pour punir Ninette : « Je ne veux qu’alarmer Ninette ; Et le dépit me la ramènera. » Ninette se dévoile alors, et fait éclater sa colère contre Colas, qui a beau vouloir se justifier. Elle ne veut plus l’entendre.
Le troisième acte montre Ninette désireuse de se venger d’un ingrat qui l’a trahie. Lorsque Fabrice vient l’avertir que le Prince va arriver, elle lui demande si Colas est prévenu de tête à tête avec le Prince. Fabrice lui apprend qu’oui, et pousse de gros soupirs. Émilie entre, et parait surprise de retrouver encore Ninette, qui l’assure qu’elle est à la cour contre son gré, et elle lui avoue qu’Astolphe lui a demandé un rendez-vous. Comme on entend du bruit, Ninette engage la princesse à s’éloigner avec elle, ajoutant qu’elle a un secret à lui révéler.
Colas, aux aguets, en profite pour se cacher sous la table. Revenue, Ninette éteint les bougies, en voyant entrer Astolphe. Lorsque le prince lui en demande la raison, elle répond que son cœur est bien gardé la nuit comme le jour, et lui demande d’attendre un moment. Elle va chercher la princesse, et la met à sa place. Le Prince dit à Émilie, qu’il prend pour Ninette, avoir « désiré longtemps un cœur sans imposture, un cœur simple, ingénu, formé par la nature. » Ninette, en apportant des lumières, répond au Prince qu’il a trouvé ce trésor dans Émilie qui est devant lui. Honteux de son inconstance, Astolphe rend son cœur à la princesse, qui lui pardonne. Colas sorti de dessous la table, passe des plus vives alarmes à la plus grande joie. Astolphe s’unit à la Émilie, et Colas à Ninette. La pièce se termine par un bal.
Réception
Ninette a connu un succès prodigieux, que l’affluence publique n’a pas épuisé pendant des années[3]. Elle restera jouée au cours du XIXe siècle.
Réception critique
Le Mercure de France écrit, le , que la quatorzième représentation de Ninette à la Cour, donnée, le , pour la clôture de leur théâtre, a été « vue avec plaisir et en nombreuse compagnie[4]. »
La critique de La Harpe est très élogieuse. Il écrit qu’avec cette pièce « L’opéra comique s’élevait ici pour la première fois (en 1756) jusqu’à la bonne comédie, celle qui instruit en amusant, et qui moralise en badinant. Le dialogue en est toujours vif et spirituel, et offre de jolis détails et des critiques de mœurs[3]. »
Adaptations
Le chorégraphe et maitre de ballet adjoint à l’Opéra, Maximilien Gardel a adapté, à la demande de Marie-Antoinette, férue de vie rustique, cette comédie en ballet[5], représenté le , à l'Académie royale de musique[6]. Cette pièce a également été traduite en allemand[7].
Éditions
- Le Caprice amoureux : ou Ninette à la Cour, comédie en 2 actes, mêlée d’ariettes, parodiées de Bertolde à la Cour, par M. Favart, représentée pour la première fois par les Comédiens italiens ordinaires du roi, le 12 mars 1756, et ci-devant en 3 actes, le 12 février 1755, Paris, Duchesne, , 80 p., in-8º (OCLC 224456184, lire en ligne sur Gallica).
Notes et références
- ↑ (en) David Charlton, Popular Opera in Eighteenth-Century France : Music and Entertainment before the Revolution, Cambridge, Cambridge University Press, , xxiv, 368 p., illustr., mus. ; in-8º (ISBN 978-1-31651-584-6, OCLC 1260692727, lire en ligne), p. 270.
- ↑ Lionel de La Laurencie, « La Grande Saison italienne de 1752 : les Bouffons », Revue musicale SIM, Paris, Société internationale de musique, no 7, , p. 13 (ISSN 1763-7309, lire en ligne).
- Jean-François de La Harpe, Lycée : ou Cours de littérature ancienne et moderne, t. 2, Paris, Didier, , x-936, 1010 p., 3 t. en 2 vol. portr. ; in-8º (OCLC 7895530, lire en ligne sur Gallica), partie 1, p. 449.
- ↑ « Le 15, les mêmes… », Mercure de France, Paris, Charles-Joseph Panckoucke, , p. 180-93 (ISSN 2419-2007, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ (en) Julia Doe, The Comedians of the King : Opéra Comique and the Bourbon Monarchy on the Eve of Revolution, Chicago, University of Chicago Press, , 314 p., illustr. ; 24 cm (ISBN 978-0-22674-325-7, OCLC 1192303871, lire en ligne), p. 150.
- ↑ (en) Edmund Fairfax, « Ninette à la cour (1777) : A Pantomime Ballet by Maximilien Gardel », Eighteenth-Century Ballet, Paris, (lire en ligne).
- ↑ « De Mayence… », Gazette de France, Paris, Imprimerie royale, no 6, (lire en ligne sur Gallica).
Liens externes
- Ressource relative au spectacle :
- Portail du théâtre
- Portail de l’opéra
- Portail du XVIIIe siècle