Nokukhanya Bhengu

Nokukhanya Bhengu
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(à 92 ans)
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Nokukhanya Bhengu, née le et morte le , est une enseignante, agricultrice, féministe et militante anti-apartheid sud-africaine.

Elle est mariée à Albert Luthuli, président du Congrès national africain (ANC) de 1952 à 1967 et prix Nobel de la paix en 1960.

Biographie

Origines et éducation

Née le à la mission congrégationaliste du Conseil américain d'Umngeni, près de Durban, dans la colonie britannique du Natal, Bhengu est une dirigeante féministe et militante anti-apartheid sud-africaine[1],[2].

Son père Maphitha Bhengu, fils de Ndlokolo Bhengu (le chef du peuple Ngcolosi) et sa mère Nozincwadi Ngidi de Mzinyathi font de Bhengu un membre de la famille royale des Ngcolosi[3],[4].

En 1957, elle adresse une lettre au rédacteur en chef d' Ilanga interpelle ses ancêtres paternels royaux : « intombi kaMaphitha, oyisokanqangi lika Ndlokolo kaNkungu kaMepho kaNgwane kaLamula ».

Elle vient d'une famille amakholwa (chrétienne africaine) et elle a cinq frères et sœurs aînés. Sa sœur Nomhlatuze Bhengu est l'une des premières infirmières noires formées à l'hôpital McCord et employée à l'hôpital Grey de Pietermaritzburg[5]. La mère de Behngu meurt très tôt en et son père se remarie. Elle va vivre avec son frère aîné[2].

Elle commence ses études à l'Institut Ohlange d'Inanda, au Natal, puis rejoint l' École du Séminaire d'Inanda, une école de filles de l'American Board Mission[6],[7]. L'un de ses professeurs à l'Inanda Seminary la recommande à l'Adams College d'Amanzimtoti pour une formation d'enseignante[1].

Après sa formation d'enseignant, en 1922, Bhengu enseigne à Mpushini, Eshowe, près de Pietermaritzburg. Elle remplace en 1923, l'éducatrice et travailleuse sociale Sibusisiwe Violet Makhanya sous l'invitation de l'administration. En même temps, elle travaille également à l'Adams Hostel for Girls[8].

Vie privée

En 1925, elle rencontre Albert John Luthuli un enseignant d'histoire, de la musique et de la littérature zoulous à l'Adams College[9],[10]. Le , après des discussions entre leurs familles, ils se marient et Bhengu s'installe avec sa famille à Groutville[11],[12],[1],[13],[14],[15].

Ell quitte son emploi après son mariage parce que les femmes mariées n'enseignent pas à Adams College[2]. A l'époque les Noirs n'ont pas la possibilité de s'acheter des terres près d'Adams College et elle vit à Groutville[12].

Son mari reste à son poste d'enseignant et envoie de l'argent chez lui pour subvenir aux besoins de sa famille[16]. Bhengu complète ce revenu en cultivant et en vendant des légumes, de la canne à sucre et des fruits[17]. Pendant la Seconde Guerre mondiale, avec ses pénuries de riz, elle apprend aux femmes à produire du riz[réf. nécessaire].

En 1946, son mari devient conseiller représentatif des autochtones (NRC), un organisme consultatif auprès du gouvernement, lors d'une élection partielle. Il est président général de l'ANC en 1952, soutenu par la Ligue de la jeunesse de l'ANC (ANCYL), et Nelson Mandela devient son adjoint[18].

En 1953, le mari de Bhengu est banni pour une durée d'un an par le gouvernement, qui lui interdit de participer à tout rassemblement politique ou public et d'accéder aux principales villes d'Afrique du Sud[10]. Il s'agit de la première des quatre interdictions que Luthuli reçoit en tant que président général de l'ANC[19]. Il est arrêté en 1956, accusé de trahison. Durant cette période, Bhengu assure la représentation, transmet ses messages à d'autres membres bannis de l'ANC et gère les informations locales et internationales concernant son statut juridique.

En 1961, le mari de Bhengu reçoit le prix Nobel de la paix[20],[21]. Ils se rendent à tous deux en Norvège, où il remercie son épouse dans son discours de réception, prononcé dans le grand hall de l'Université d'Oslo, en déclarant qu'elle mérite pleinement de partager avec lui l'honneur l'honneur de recevoir le prix avec lui[22],[23]. Ils utilisent l'argent du prix Nobel pour acheter des fermes en Suisse, qui servent de refuge aux membres de l'ANC contraints de fuir l'Afrique du Sud[15].

En 1933, on invite le mari de Bhengu à succéder à son oncle, Martin Luthuli, comme chef de la réserve de la rivière Umvoti[24]. Après deux ans de réflexion, il accepte et s'installe définitivement à Groutville avec Bhengu et sa famille. Il prit ses fonctions en 1936[25],[26]. Bhengu et Luthuli rejetent tous deux la corruption et Bhengu installe un bureau de poste dans la maison des Luthuli et livre les lettres à pied lorsqu'il rencontre des problèmes au bureau de poste local[27]. Le mari de Bhengu meurt en 1967, suite a un accident causé par un train de marchandises[19].

Après la mort de son mari, Bhengu veille sur son image et son héritage historique, tant au niveau national qu’international. Elle organise l’archivage de ses documents, procède à l’inauguration officielle de sa pierre tombale et soutient la création de la Fondation commémorative Luthuli (LMF), dont elle est l’une des administratrices avec Zami Conco, Mary Louise Hooper et Massabalala Yengwa[réf. nécessaire].

Activisme

Dans les années 1930, Bhengu est membre d'un groupe syndical de mères congrégationaliste et elle lance une branche de la coopérative de femmes les Filles d'Afrique (DOA) à Groutville[28],[29].

Bhengu s'implique activement dans le mouvement anti-apartheid et rejoignit l'ANC, déclarant plus tard : « J'ai toujours chéri la décision que j'ai prise de me joindre à vous tous, au Congrès national africain, qui souhaitez voir l'Afrique devenir libre. » Bhengu fonde la Cato Manor Women's Society et devient une partisane de la Women's Enfranchisement Association of the Union (WEA), fondée par Charlotte Maxeke et Emily Hobhouse, alors que son mari progresse dans les organisations politiques[30],[18].

Elle entretient une correspondance avec des militants pour l'égalité des droits du monde entier, parmi lesquels la philanthrope américaine Mary Louise Hooper, son amie et correspondante de longue date. Les femmes locales de Groutville s'adressent souvent à Bhengu pour obtenir des conseils sur l'agriculture, l'éducation de leurs enfants et les relations avec leur belle-mère selon la coutume zoulou[31].

Elle mène également ses propres campagnes, et les membres de sa section locale de l'ANC de Lower Tugela l'élisent déléguée à la quarante-troisième conférence annuelle de l'ANC, tenue à Bloemfontein en décembre 1955[réf. nécessaire].

Elle a également continué à exploiter une ferme et était le principal soutien de famille[10].

Durant l'apartheid, au milieu des années 1950, le roi Cyprian Bhekuzulu de la famille royale de Durban annonce son soutien au laissez-passer. Elle et neuf autres représentantes de la Ligue des femmes du Congrès national africain (ANCWL) se rendent dans la région rurale de Nongoma pour le rencontrer et l'exhorter à s'opposer aux lois sur les laissez-passer[29]. Lorsque les laissez-passer deviennt obligatoires pour les femmes noires en 1956, elle fait de nouveau campagne, expliquant plus tard que « nous, les femmes, luttions contre le dénigrement de notre humanité. Nous avions vu ce qui était arrivé à nos hommes qui devaient porter des laissez-passer et nous ne voulions pas que la même chose nous arrive »[32].

En 1960, Bhengu rejoint la politicienne et activiste Mewa Ramgobin pour participer à un jeûne de cinq jours, dans la tradition gandhienne, pour protester contre le massacre de Sharpeville et l'interdiction ultérieure des organisations anti-apartheid par le gouvernement Verwoerd, y compris l'ANC[33]. Elle est connue pour avoir « prié ce jour-là pour ceux qui souffrent en notre nom »[34]. Bhengu passe du temps chaque année pour s'occuper des récoltes, de la propriété et des invités[2].

Bhengu reste également active dans les campagnes et la vie civique. En 1971, elle ouvre la convention d’octobre du Congrès indien du Natal et plus tard dans les années 1970, a écrit des articles de soutien au Congrès, qui ont été publiés dans leur bulletin d'information[35],[36].

Peu de temps avant la mort de Bhengu, en 1996, la première consule générale noire américaine, Pamela Bridgewater, se rend en Afrique du Sud pour lui rendre visite[37]. Même confinée à un fauteuil roulant, Bhengu reste active dans le mouvement anti-apartheid, participant à une marche du Mouvement démocratique de masse à Stanger ( KwaDukuza ) en 1989. Elle participe également à l'accueil de Nelson Mandela à sa sortie de prison en 1991[32].

En 1981, elle ouvre la réunion inaugurale de l'Organisation des femmes du Natal et se prononce publiquement contre le renouvellement de l'interdiction de Robert Sobukwe (mort en 1978).

Elle s'oppose également au projet de déplacement et de réinstallation de la communauté de Groutville[38].

Hommages

Nelson Mandela lui écrit ses condoléances depuis la prison[39]. Les funérailles de Luthuli sont organisées en collaboration avec l'ANC, contribuent à façonner un mouvement local et mondial contre l'apartheid, et sont diffusées à la télévision aux États-Unis. Des photographies de Bhengu en deuil lors des funérailles de son mari figurent dans le livre de Carol Lazar de , Femmes d'Afrique du Sud : leur combat pour la liberté[40].

En 1974, elle reçoit un prix de l'Organisation de l'unité africaine en, et assiste à de nombreux événements internationaux, tels que le Soweto Day 1977 à Londres et le United Church Board for World Ministries en Amérique, en tant qu'invitée spéciale.

Il l'invite sur scène lors du rassemblement de 1990 à la gare de King's Park et déclare à la foule de 150 000 personnes : « J'ai un cadeau pour vous. J'ai ici avec moi la Mère de la Nation, Nokukhanya Luthuli. Je veux que vous l'accueilliez en criant haut et fort « Nokukhanya ! » trois fois. » La foule applaudit, éleva la voix et cria à l'unisson : « Nokukhanya ! », « Nokukhanya ! », « Nokukhanya ! »[32]

Elle meurt le , quelques jours après la promulgation de la nouvelle constitution sud-africaine. Elle est enterrée à l'église congrégationaliste de Groutville aux côtés de son mari[1]. Le président Mandela prononce un discours lors de ses funérailles, la qualifiant de « Mère de la Nation par excellence ». La maison familiale des Luthuli est aujourd'hui un musée vivant[41].

Elle est le sujet d'un poème de louange de 1989, Louanges à nos mères, de Gcina Mhlophe et est également incluse dans des poèmes de Thoko Remigia Makhanya et Sue Williams[2],[17],[42],[43].

En 2000, le président Thabo Mbeki adresse à la Conférence nationale sud-africaine un communication sur le racisme, il partage une citation directe de Bhengu, peu avant sa mort : « ce souhait simple mais profondément humaniste et africain : mon souhait avant de mourir, est de voir les Noirs et les Blancs vivre en harmonie dans une Afrique du Sud unie »[44].

Notes et références

Note

Références

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