Noor al-Fayha

La fondatrice Naziq al-Abid en 1920.

Noor al-Fayha (« Lumière de Damas ») était une organisation de défense des droits des femmes en Syrie, active sous le gouvernement de Faisal, entre et .

L'organisation était composée d'un groupe de femmes mariées à des hommes politiques modernistes et fidèles au gouvernement du roi Fayçal 1er. La Lumière de Damas est une association de promotion de la culture arabe dans les écoles de filles, ainsi que dans le journal féministe du même nom.

Bien que l'organisation ait eu une existence éphémère, elle a joué un rôle pionnier important au sein du mouvement féministe syrien et est considérée comme la première organisation de femmes à Damas (et en Syrie).

Histoire

Noor al-Fayha est fondée en par un groupe de femmes appartenant à l'élite de Damas, sous la direction de Nazik al-Abid, dans une période de nationalisme arabe marquée par l'établissement du gouvernement de Fayçal, avant sa défaite face aux Français en [1]. Bien que Nazik al-Abid soit d'origine kurde, elle œuvra pour promouvoir la culture arabe, l'éducation des filles, le droit de vote des femmes, le dévoilement et l'indépendance nationale[2] dans le cadre de la domination coloniale de l'Empire Otoman en Syrie[3].

La Lumière de Damas souhaitait promouvoir la culture arabe dans les écoles de filles, ainsi que dans le journal féministe du même nom[4] et dont Nazik al-Abid était la rédactrice en chef[5].

Nur al-Fayha souhaitait également réduire les différences entre les femmes musulmanes et occidentales en matière de « connaissance (ilm) et de progrès (ruqiy) », et faisait l'éloge des « idées modernes » (afkar haditha). Ces idées étaient soutenues par une élite de réformateurs modernistes masculins instruits, les « éclairés » (mutanawwirun), auxquels la plupart des membres étaient apparentées ou mariées[6].

Noor al-Fayha considérait la question de l'abandon du hijab en Syrie comme trop sensible pour mener campagne en sa faveur, mais le soutenait indirectement. Sa dirigeante, Nazik al-Abid, sa mère et plusieurs autres membres apparurent en public sans voile, en compagnie de personnes des deux sexes, en 1919, notamment lors de la visite de Gertrude Bell et lors de la réunion avec la commission King-Crane. Lors de la visite de la commission King-Crane à Damas en 1919, des militantes féministes (membres de Nur al-Fayha) y assistèrent sans voile afin de manifester les ambitions modernistes et progressistes du gouvernement Fayçal.

Durant l'entre-deux-guerres, les militantes féministes considéraient le voile comme un obstacle à la participation des femmes à la vie sociale. Elles associaient leurs critiques du hijab à celles du colonialisme. Lors d'une manifestation nationaliste à Damas, pendant la visite de Lord Balfour, les femmes exigèrent l'abolition du voile, ce qui créa des tensions avec les hommes.

En 1919, le parlement syrien tente de promulguer une loi en faveur du droit de vote des femmes. Cette loi, si elle avait pu passer, aurait permis aux femmes syriennes d'obtenir le droit de vote avant les femmes américaines. Des membres conservateurs s'y opposèrent cependant vivement[5].

Ainsi en 1920, lors du débat au parlement, le cheikh Abd al-Qadir al-Kaylani déclara qu'accorder le droit de vote aux femmes revenait à abolir la ségrégation des sexes et à autoriser les femmes à apparaître sans voile. Le gouvernement affirma que les femmes seraient autorisées à retirer leur voile lorsque les circonstances le permettraient, mais les critiques des conservateurs masculins l'amenèrent à mettre en garde les femmes contre toute tenue vestimentaire jugée provocante en .

En , la Société de l'Étoile Rouge fut fondée par Nur al-Fayha afin de soigner des soldats du gouvernement, et plusieurs membres de Nur al-Fayha la rejoignirent. La défaite du gouvernement syrien face à l'armée française la même année entraîna la disparition de Noor al-Fayha. Les ressources financières dont disposait l'association grâce au soutien du roi Faisal désormais exilé à Rome furent réaffectées à des organismes de charité comme la Croix Rouge et la Goutte de lait. Ceci affaiblit le mouvement féministe syrien, dont nombre des membres rejoignirent dès lors le mouvement féministe français.

L'organisation fut remplacée plus tard à la tête du mouvement féministe syrien par l'Union des femmes syro-libanaises.

École des filles des martyrs

Noor al-Fayha a fondé l'École des filles des martyrs, où les filles apparentées aux soldats étaient autorisées à étudier.

Magazine Nur al-Fayha

Nur al-Fayha publiait également un magazine du même nom afin de propager ses idéaux, publié à partir de . Il était également publié à l'étranger. Toutefois, comme la majorité des femmes musulmanes étaient analphabètes, sa diffusion était limitée,

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Nur al-Fayha » (voir la liste des auteurs).
  1. « Naziq al-Abid, révolutionnaire féministe | Observatoire de la Non-Violence » (consulté le )
  2. (en) Ceighley Cribb, Nazik Al-'Abid's Nur Al-Fayha: A Kurdish Woman's Magazine in 1920 Damascus, Sarah Lawrence College,
  3. (en) « Syrian women's century-long fight for sociopolitical change », sur en.majalla.com (consulté le )
  4. Elizabeth Thompson, The woman's movement and its development. The colonial Welfare state in Syria (1920-1946) (lire en ligne)
  5. (en-GB) sister-hood staff, « Naziq al-Abid 1898-1959 », sur sister-hood magazine. A Fuuse production by Deeyah Khan., (consulté le )
  6. Intellectuals and Civil Society in the Middle East: Liberalism, Modernity and Political Discourse. (2012). Storbritannien: Bloomsbury Publishing. p. 29-51
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