Notation de structuration des objectifs

La notation de structuration des objectifs (NSO, ou GSN, acronyme de Goal structuring notation en anglais), est une notation dite graphique, alternative au format « texte », créée pour présenter les éléments d'un argumentaire et leurs relations de manière plus claire et objective qu'un texte brut[1].

Fréquemment utilisée en ingénierie de la sécurité, la NSO a été développée à l'université d'York dans les années 1990 pour la présentation de dossiers d'analyses de sécurité. Cette notation, normalisée en 2011, est de plus en plus utilisée comme méthode de présentation des garanties de sécurité obligatoire dans les rapports de safety cases (Dossiers argumentés de sûreté) dans plusieurs pays anglosaxons, mais elle peut être appliquée à tout type d'argumentaire[1].

La NSO a été utilisée pour le suivi des garanties de sécurité dans des secteurs tels que les soins cliniques[2], l'aéronautique, l'automobile, le ferroviaire[3], la gestion du trafic et le nucléaire[4], ainsi que dans d'autres contextes comme les analyses de sécurité, les revendications de brevets, les stratégies de débat et les argumentations juridiques[3].

Histoire

La notation de structuration des objectifs (NSO) a été initialement développée à l'université d'York dans le cadre du projet ASAM-II (A Safety Argument Manager II) au début des années 1990, afin de pallier les difficultés rencontrées dans l'expression des arguments de sécurité par la méthode de Toulmin.

Cette notation a ensuite été développée et enrichie par Tim Kelly, dont la thèse de doctorat a apporté des méthodes systématiques pour la construction et la maintenance des diagrammes NSO, ainsi que le concept de « modèles de dossiers de sécurité de type Safety cases (dossier argumenté de sûreté) pour favoriser la réutilisation des fragments d'arguments. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, la méthodologie NSO a été enseignée dans le cadre du cours d'ingénierie des systèmes critiques pour la sécurité à York.

Diverses extensions de cette méthodologie ont été proposées par Kelly et d'autres membres du groupe d'ingénierie des systèmes à haute intégrité de l'université[5], dirigé par le professeur John McDermid.

En 2007, la notation de structuration des objectifs (NSO) était assez reconnue et utilisée pour qu'un groupe d'utilisateurs issus du monde industriel et académique se réunisse afin de normaliser cette notation et la méthodologie associée. Ceci a abouti à la publication de la norme communautaire NSO en 2011. À partir de 2014, la maintenance de cette norme a été confiée au groupe de travail sur les cas d'assurance du SCSC[6]. En 2022, la norme avait atteint sa version 3[1].

Limites et critique

Dans son analyse[7],[8] des causes d'un incendie en vol d'un avion Nimrod de la Royal Air Force, en Afghanistan, en 2006, cause d'un crash qui a tué les 14 membres d'équipage, Charles Haddon-Cave a souligné que l'objectif principal d'une argumentation NSO peut conduire à une conclusion préétablie, comme celle qu'une plateforme est jugée suffisamment sûre. Ceci peut donner l'impression que l'analyse de sécurité aboutit à une prophétie autoréalisatrice, engendrant un « sentiment de confiance excessive » plutôt que mettre en lumière les incertitudes, les lacunes de connaissances, ou les points faibles de l'argumentation relative aux mesures d'atténuation.

Habli et Kelly avaient, en 2007, déjà relevé ce problème, ajoutant qu'un diagramme NSO n'est qu'une représentation et non l'analyse de sécurité elle-même, en la comparant au tableau de Magritte La Trahison des images[9], Charles Haddon-Cave a également critiqué la pratique des consultants qui produisent des « diagrammes GSN démesurés », parfois longs de plusieurs mètres, devenant une fin en soi plutôt qu'un outil de réflexion structurée.

Références

  1. (en) The Assurance Case Working Group, Goal Structuring Notation Community Standard Version 3, (ISBN 979-8451294949, lire en ligne).
  2. ↑ (en) Xiaocheng Ge, Rui Rijo, Richard F. Paige et Tim P. Kelly, « Introducing Goal Structuring Notation to Explain Decisions in Clinical Practice », Procedia Technology, vol. 5,‎ , p. 686–695 (ISSN 2212-0173, DOI 10.1016/j.protcy.2012.09.076).
  3. (en) Jordi Cabot, « Goal Structuring Notation – a short introduction », Modeling Languages, (consulté le ).
  4. ↑ (en) John Spriggs, GSN - The Goal Structuring Notation, Springer London, (ISBN 978-1-4471-2311-8, DOI 10.1007/978-1-4471-2312-5, lire en ligne).
  5. ↑ (en) R. D. Hawkins et T. P. Kelly, « A Systematic Approach for Developing Software Safety Arguments », Journal of System Safety, vol. 46, no 4,‎ , p. 25–33 (ISSN 0743-8826).
  6. ↑ (en) The Assurance Case Working Group, Goal Structuring Notation Community Standard Version 2, (lire en ligne).
  7. ↑ (en) Trevor Cockram, « The Loss of Nimrod XV230 and the Haddon-Cave Review—What Can We Learn? », Safety and Reliability, vol. 33, no 2,‎ , p. 4–12 (ISSN 0961-7353 et 2469-4126, DOI 10.1080/09617353.2013.11716251).
  8. ↑ (en) Charles Haddon-Cave (2012), « Learning from the Nimrod Inquiry » (conférence donnée dans le cadre du NEA/IAEA Workshop on Oversight and Influencing of Licensee Leadership and Management for Safety, Including Safety Culture - Regulatory Approaches and Methods, à Chester (Royaume-Uni), 26-28 septembre 2011) [lire en ligne].
  9. ↑ (en) Ibrahim Habli et Tim Kelly « Safety Case Depictions vs. Safety Cases – Would the Real Safety Case Please Stand Up? » () (lire en ligne)
    —23rd International System Safety Conference
    .

Voir aussi

Articles connexes

Vidéographie

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