Nouvelle vague australienne
La Nouvelle Vague australienne (en anglais : Australian New Wave), également connue sous les noms de Renaissance du cinéma australien ou Nouveau cinéma australien, désigne une période de résurgence critique et commerciale du cinéma australien sur la scène internationale.
Ce mouvement s'étend du début des années 1970 jusqu'au milieu des années 1980. Cette ère se distingue par un renouveau du cinéma d'auteur, mais marque également l'émergence de l'Ozploitation, un genre de cinéma d'exploitation (horreur, action, comédie érotique) ancré dans la culture populaire australienne.
Contexte historique
Après la Seconde Guerre mondiale, l'industrie cinématographique australienne décline considérablement, frôlant l'arrêt complet au début des années 1960. Face à ce constat, les gouvernements successifs de John Gorton (1968–1971) et de Gough Whitlam (1972–1975) décident d'intervenir pour sauver le secteur d'un oubli imminent[1].
Cette politique volontariste se traduit par :
- La création d'organismes de financement fédéraux et étatiques (comme l'Australian Film Development Corporation).
- La fondation de l'Australian Film, Television and Radio School (AFTRS) pour former les techniciens et réalisateurs.
Ces initiatives permettent l'éclosion d'une nouvelle génération de cinéastes. Les années 1970 voient une véritable renaissance : l'Australie produit près de 400 films entre 1970 et 1985, dépassant la production totale de toute l'histoire précédente de son industrie[2].
Esthétique et thèmes
Contrairement aux productions antérieures, les films de la Nouvelle Vague sont salués pour leur fraîcheur et leur créativité. Ils se caractérisent souvent par :
- Une mise en valeur des paysages australiens (« l'Outback »).
- Une tension entre la civilisation européenne et une nature hostile ou mystique.
- Une « vitalité, un amour des grands espaces et une propension à la violence soudaine »[3].
Le critique américain Stephen Farber notait en 1980 :
« Contrairement à de nombreux films allemands acclamés ces dernières années, ces films australiens sont accessibles et divertissants, tout en étant fouillés et novateurs. Les spectateurs lassés des formules stéréotypées des studios hollywoodiens et des films d'auteur européens plus impénétrables trouveront un nouveau souffle dans ces films venus des antipodes[4]. »
Films notables
Cette période a produit des œuvres devenues cultes, allant du drame psychologique au film d'action post-apocalyptique.
Années 1970
- Walkabout (1971)
- Réveil dans la terreur (Wake in Fright, 1971)
- The Adventures of Barry McKenzie (1972)
- Les Voitures qui ont mangé Paris (The Cars That Ate Paris, 1974)
- Stone (1974)
- L'Homme de Hong Kong (The Man from Hong Kong, 1975)
- Pique-nique à Hanging Rock (1975)
- Sunday Too Far Away (1975)
- Mad Dog Morgan (1976)
- The Devil's Playground (1976)
- Don's Party (1976)
- Storm Boy (1976)
- La Dernière Vague (The Last Wave, 1977)
- The Getting of Wisdom (1977)
- Patrick (1978)
- Le Chant de Jimmie Blacksmith (1978)
- Long Weekend (1978)
- Newsfront (1978)
- Mad Max (1979)
- Ma brillante carrière (1979)
- Soif de sang (Thirst, 1979)
- Le Plombier (The Plumber, 1979)
Années 1980
- Héros ou Salopards (Breaker Morant, 1980)
- The Club (1980)
- Réaction en chaîne (The Chain Reaction, 1980)
- Harlequin (1980)
- Gallipoli (1981)
- Mad Max 2 : Le Défi (1981)
- Puberty Blues (1981)
- Déviation mortelle (Roadgames, 1981)
- L'Homme de la rivière d'argent (The Man from Snowy River, 1982)
- Starstruck (1982)
- L'Année de tous les dangers (1982)
- Le Gang des BMX (1983)
- Razorback (1984)
- Bliss (1985)
- Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre (1985)
- Crocodile Dundee (1986)
- Malcolm (1986)
- Traque sans répit (Dead-End Drive In, 1986)
- The Year My Voice Broke (1987)
- La Chevauchée de feu (The Lighthorsemen, 1987)
- Calme blanc (Dead Calm, 1989)
Figures majeures
Ce mouvement a permis à de nombreux talents australiens de conquérir Hollywood et le cinéma mondial.
Réalisateurs et Réalisatrices
- Peter Weir (Pique-nique à Hanging Rock, The Truman Show)
- George Miller (Saga Mad Max)
- Gillian Armstrong (Ma brillante carrière)
- Bruce Beresford (Héros ou Salopards, Miss Daisy et son chauffeur)
- Phillip Noyce (Calme blanc, Jeux de guerre)
- Fred Schepisi (Le Chant de Jimmie Blacksmith)
- Russell Mulcahy (Razorback, Highlander)
Acteurs et Actrices
- Mel Gibson : Révélé par Mad Max et Tim.
- Nicole Kidman : Débute dans Le Gang des BMX et Calme blanc.
- Sam Neill : Connaît le succès avec Ma brillante carrière.
- Judy Davis : Acclamée pour Ma brillante carrière et L'Année de tous les dangers.
- Jack Thompson : Figure emblématique de Sunday Too Far Away.
- David Gulpilil : Acteur aborigène majeur (Walkabout, Storm Boy).
- Bryan Brown, Bill Hunter, Jacki Weaver.
Galerie
-
Peter Weir, figure de proue du mouvement. -
George Miller, créateur de Mad Max. -
Mel Gibson, star internationale révélée par cette vague. -
Nicole Kidman, dont la carrière débute à la fin de cette ère. -
Sam Neill, acteur incontournable de la période. -
Gillian Armstrong, réalisatrice pionnière.
Héritage et postérité
Reconnaissance critique
Plusieurs films de cette période figurent régulièrement dans les classements mondiaux. En 2008, le magazine Empire place Mad Max 2 et L'Année de tous les dangers parmi les 500 plus grands films de tous les temps[5]. Le livre de référence 1001 films à voir avant de mourir inclut des œuvres comme Walkabout, La Dernière Vague et Gallipoli.
Depuis sa restauration en 2009, le film Réveil dans la terreur (Wake in Fright, 1971) de Ted Kotcheff est réévalué par la critique, certains comme le musicien et scénariste Nick Cave le qualifiant de « meilleur film australien de tous les temps »[6].
Le « Glitter cycle »
Au début des années 1990, un sous-genre de comédies excentriques surnommé le « glitter cycle » (cycle à paillettes) relance l'intérêt pour le cinéma australien. Ces films célèbrent le kitsch, la musique et l'esthétique camp. Les titres phares incluent Ballroom Dancing (1992) de Baz Luhrmann, Muriel (1994) et Priscilla, folle du désert (1994).
Documentaire
Le documentaire Not Quite Hollywood (2008) de Mark Hartley rend hommage à la face plus sauvage de cette époque : l'Ozploitation. Il met en lumière les films de genre (horreur, motards, érotisme) souvent méprisés par la critique à leur sortie mais devenus cultes, avec les témoignages de Quentin Tarantino, grand amateur du genre.
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Australian New Wave » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en) « Film in Australia » [archive], sur cultureandrecreation.gov.au (consulté le ).
- ↑ (en) Wendy Lewis, Simon Balderstone et John Bowan, Events That Shaped Australia, New Holland, (ISBN 978-1-74110-492-9), p. 229–233.
- ↑ (en) Mike Hale, « When Australia Soared on Film », sur The New York Times, .
- ↑ (en) Robert Taylor, « An upsurge in films from down under », Oakland Tribune, , p. 113.
- ↑ « The 500 Greatest Movies Of All Time », sur Empire, .
- ↑ (en) Luke Buckmaster, « Wake in Fright: rewatching classic Australian films », sur The Guardian, .
Voir aussi
Bibliographie
- (en) David Stratton, The Last New Wave: The Australian Film Revival, Angus & Robertson, 1980 ( (ISBN 978-0207141461)).
- (en) Brian McFarlane, Australian Cinema, Columbia University Press, 1988.
- (en) Scott Murray, Australian Film 1978-1994: A Survey of Theatrical Features, Oxford University Press, 1995.
- (fr) Raphaël Bassan, « Le cinéma australien : une identité en devenir », dans La Revue du Cinéma, n° 416, .
Articles connexes
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