Observatoire hommes-milieux
Les observatoires hommes-milieux (OHM) sont des outils de promotion de l'interdisciplinarité mis en place par l’Institut Écologie et Environnement (INEE) du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ils œuvrent à la connaissance des interactions hommes-milieux et des dynamiques des environnements fortement anthropisés selon une approche en écologie globale.
Ils constituent, avec le Réseau des Zones Ateliers (RZA) et les Ecotrons, des systèmes de structuration du dispositif scientifique de l’Institut. Le plus ancien d'entre eux est en fonctionnement depuis 2007.
Observer les interactions hommes-milieux
L’écologie connaît une transformation majeure avec l’émergence de concepts comme la biodiversité ou les services écosystémiques, qui l’orientent vers une science plus engagée, consciente de son rôle dans la résolution des enjeux environnementaux. Mais face au constat que l’écologie traditionnelle, centrée sur l’étude des êtres vivants et de leurs milieux, peine à intégrer pleinement l’impact de l’humanité, pourtant acteur dominant de la biosphère, et ce malgré des initiatives internationales telles que le programme Man and Biosphere (MAB) ou le Long Term Ecosystem Research (LTER), il est apparu nécessaire de repenser les cadres d’étude. Afin d'y faire face, des dispositifs, alors innovants, ont émergé au début des années 2000, parmi lesquels, en France, les Observatoires hommes-milieux. Ils adoptent une approche interdisciplinaire, associant sciences naturelles et sociales afin d’analyser les interactions complexes entre sociétés et environnements[1].
Les OHM et les réserves de biosphère offrent un cadre empirique et stratégique pour étudier les socio-écosystèmes, en combinant description, analyse et modélisation des interactions. Une grille d’analyse inspirée des travaux d’Elinor Ostrom, incluant unités de ressource, utilisateurs, systèmes de gouvernance et interactions, permet de structurer cette approche. Ces dispositifs favorisent l’accumulation de données comparables et partagées, essentielles pour comprendre les évolutions des systèmes socio-écologiques[1].
Objectifs
Les OHM[2], créés par l’Institut Écologie et Environnement (INEE)[3] du Centre national de la recherche scientifique (CNRS)[4], ont pour but de favoriser et d’organiser, autour d’un objet d’étude commun, les interactions entre les sciences de l‘environnement, quel que soit le champ scientifique dont elles sont issues : sciences de la vie, géosciences, sciences humaines et sociales. Les OHM se développent avec la mise en place d’outils destinés au stockage, à l’interopérabilité et à la pérennisation des données scientifiques. Ils ont vocation à devenir des dispositifs privilégiés d’observation, d’analyse, d’expérimentation et de modélisation des questions et des enjeux environnementaux actuels.
La mission des OHM est de servir de cadre à la description, à l’analyse et à la modélisation des interactions hommes-milieux et de leurs évolutions, sur des espaces où ces dernières sont très fortement influencées par un fait anthropique majeur. Chaque Observatoire s’inscrit dans un contexte d’adaptation ou de réaction à une rupture, un événement plus ou moins brutal dans son intervention mais très influent sur les plans économique, social et environnemental, afin de permettre l’étude d’un socio-écosystème en cours de transformation[5].
Le Réseau des Observatoires Hommes-Milieux
L’objet de l’OHM-BMP est d’étudier l’évolution de ce territoire face aux questions que suscitent ce nouveau contexte.
Ci-dessus : vue sur Gardanne et ses usines, en arrière-plan la Montagne Sainte-Victoire (cliché S. Robert, 2009)
Les OHM développent leurs travaux sur des problématiques écologiques et humaines variées, mais ils partagent les mêmes méthodes de travail concernant la structuration de l’information, l’animation de la recherche scientifique et l’articulation des milieux académiques avec d’autres catégories d’acteurs (collectivités territoriales, communautés locales, entreprises, services de l’État, etc.), à travers notamment la Charte des OHM. Organisés en réseau, ils ambitionnent d’offrir un contexte opérationnel et normé pour la recherche dans le domaine des sciences de l’environnement. Leur activité est coordonnée au sein du LabEx DRIIHM (Dispositif de Recherche Interdisciplinaire sur les Interactions Hommes-Milieux), lauréat de la deuxième vague de l'appel à projet « Laboratoire d'Excellence » dans le cadre du programme « Investissements d'avenir » France 2030 de l'ANR[6].
Ils constituent, avec le Réseau des Zones Ateliers (RZA)[7] et les Ecotrons[8], des systèmes de structuration du dispositif scientifique de l’InEE. Le plus ancien d'entre eux est en fonctionnement depuis 2007[9],[10],[11].
Systèmes d'information et bases de données
L’activité « bases de données » des OHM consistent à l’identification, à la collecte, à l’organisation et à la diffusion de données à caractère scientifique, technique et documentaire sur les territoires concernés. Les bases ainsi constituées ont vocation à appuyer les recherches qui, en retour, contribuent à alimenter les systèmes d’information. Applications thématiques, banques d’images et systèmes d'information géographique constituent les pièces maîtresses du dispositif.
Animation scientifique et mutualisation des savoirs
Composante essentielle de l’activité des OHM, l’animation scientifique a pour but de créer les conditions d’émergence de l’interdisciplinarité - véritable enjeu pour la recherche[12],[13] - et des partenariats inter-institutionnels. Le réseau des Observatoires organise chaque année un Appel à Propositions de Recherche destiné à susciter des travaux en accord avec les axes programmatiques de l’INEE sur les interactions hommes-milieux. Lieux de rencontres et d’échanges, les Observatoires organisent des séminaires annuels de restitution des études financées et se portent partenaires pour l’accueil de réunions scientifiques portant sur des problématiques environnementales liées à leurs activités.
Les OHM en fonctionnement
Le réseau des OHM (ROHM) compte 8 OHM en fonctionnement fin 2014 ; cinq en France métropolitaine ou outre-mer et trois à l'étranger, en 2026 il sont 13 : Bassin Minier de Provence, Oyapock (Guyane française), Estarreja (Portugal), Tessékéré (Sénégal), Pyrénées-Haut Vicdessos, Vallée du Rhône, Littoral Méditerranéen, Nunavik (Canada), Pays de Bitche, Pima County (USA), Littoral Caraïbe (Guadeloupe), Patagonia-Bahia Exploradores (Chili) et Fessenheim[14].
En 2009, l'Institut Écologie et environnement du CNRS a créé un Observatoire hommes-milieux international (OHMi) à Téssékéré, dans le nord-est sénégalais, dédié aux interactions entre populations locales et écosystèmes. Ce projet collaboratif associe des équipes du CNRS et de l'IRD avec des établissements universitaires du Sénégal et du Burkina Faso. Ses travaux couvrent un large spectre thématique incluant les dimensions biologiques, écologiques, sociétales, sanitaires et climatiques, avec pour objectif principal d'évaluer et d'améliorer le déploiement de la Grande Muraille Verte. Dans le domaine forestier, les chercheurs étudient comment optimiser la production de jeunes plants en expérimentant différentes origines de semences, divers mélanges de sol et une variété de contenants de culture. Une innovation brevetée consiste notamment à incorporer de la poudre issue de termitières désaffectées dans le terreau, apportant ainsi une source organique qui stimule le développement des arbres[15]. En complément des projets de reboisement, des jardins polyvalents ont été créés grâce à l'OHMi. Ces nouveaux jardins ont permis une diversification de la nourriture bénéfique pour l’ensemble de la population[16]. Ils permettent également de collecter des plantes résistantes à la sécheresse, comestibles et aux vertus thérapeutiques, afin de les multiplier puis de les réintroduire dans la bande sahélienne[17].
L’OHM littoral Caraïbe quant à lui, analyse les liens entre les activités portuaires et la société guadeloupéenne à travers une approche pluridisciplinaire, visant à produire des données utiles pour éclairer les décisions publiques, notamment sur les systèmes alimentaires locaux, marqués par les tensions entre globalisation et ancrage territorial, ainsi que sur l’impact environnemental du trafic maritime, étudié via l’exploitation de données AIS collectées entre 2016 et 2019, dont les croisements avec d’autres indicateurs pourraient révéler l’exposition des territoires aux émissions polluantes liées à l’âge et à la motorisation des navires[18].
Notes et références
- Robert Barbault, « Chapitre 3. À propos d’Observatoires des interactions hommes-milieux : réflexions d’un écologue », dans Robert Chenorkian (dir.), Samuel Robert (dir.), Les interactions hommes-milieux, Éditions Quæ, (ISBN 978-2-7592-2187-5, DOI 10.3917/quae.cheno.2014.01.0055, lire en ligne), p. 55‑64
- ↑ « Recherche », sur INEE (consulté le ).
- ↑ « CNRS - Institut écologie et environnement », sur Wikiwix (consulté le ).
- ↑ « Centre National de la Recherche Scientifique », sur CNRS (consulté le ).
- ↑ Y. Lagadeuc et R. Chenorkian. Les systèmes socio-écologiques : vers une approche spatiale et temporelle. Natures Sciences Sociétés, 17, 194-196 (2009) [1]
- ↑ « Dispositif de recherche interdisciplinaire sur les Interactions Hommes-Milieux », sur Agence nationale de la recherche (consulté le )
- ↑ « Recherche », sur INEE (consulté le ).
- ↑ « Recherche », sur INEE (consulté le ).
- ↑ « OHM bassin minier de Provence - Mise en oeuvre », sur ohm-provence.org via Wikiwix (consulté le ).
- ↑ « Les observatoires hommes/milieux : le cas de la vallée Pyrénées Haut-Vicdessos », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ Julia Galaski, « Les Observatoires Hommes-Milieux, entre sciences de l'environnement et sciences sociales », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ E. Brun et al.. Postures des scientifiques et interdisciplinarité dans le champ de l'environnement. Natures Sciences Sociétés, 15, 177-185 (2007)[2]
- ↑ J.-M. Legay et al.. L'interdisciplinarité dans les sciences de la vie. Editions Cemagref, Cirad, Ifremer, Inra. coll. Indisciplines (2006)
- ↑ « Catégorie:Observatoire Hommes-Milieux — Cat OPIDoR », sur cat.opidor.fr (consulté le )
- ↑ René Bally, Robin Duponnois, « La Grande Muraille verte », Pour la Science, no 434, (ISSN 0153-4092, lire en ligne)
- ↑ « La Grande Muraille Verte au Sénégal : des arbres contre la sécheresse », sur RFI, (consulté le )
- ↑ Théa Ollivier, « A Saint-Louis du Sénégal, un jardin thérapeutique pour les hommes et la nature », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
- ↑ « RECHERCHE/ A quel point l'Homme interagit avec le littoral, dans la Caraïbe ? », sur Guadeloupe La 1ère (consulté le )
Voir aussi
Bibliographie
- Robert Chenorkian (dir.), Samuel Robert (dir.), Les interactions hommes-milieux: Questions et pratiques de la recherche en environnement, Editions Quae, , 184 p. (ISBN 978-2-7592-2187-5, lire en ligne)
Articles connexes
Liens externes
- Site internet du réseau des OHM : le DRIIHM, Dispositif de Recherche Interdisciplinaire sur les Interactions Hommes-Milieux
- Portail de l’environnement
- Portail de la France