Occupation japonaise des Philippines

José P. Laurel, président du gouvernement collaborateur fantoche mis en place par le Japon aux Philippines durant l'occupation.

L'occupation japonaise des Philippines, qui était alors un Commonwealth sous domination américaine, a eu lieu de 1942 à 1945, durant la guerre du Pacifique et la Seconde Guerre mondiale.

Dix heures après l'attaque de Pearl Harbor, l'Armée impériale japonaise envahit les Philippines le 8 . Dans les premiers jours du conflit, une grande partie des appareils de l'US Air Force sont endommagés voire détruits par le Japon. Estimant que rester dans la zone était trop risqué, la flotte asiatique des États-Unis se retire de Java le . Le général américain Douglas MacArthur déplace son poste de commandement basé sur l'île de Corregidor vers l'Australie dans la nuit du , soit environ 4 000 kilomètres plus loin. 76 000 soldats américains blessés et affamés ainsi que plusieurs Philippins se rendent aux Japonais dans la province de Bataan le . Entre 7 000 et 10 000 d'entre eux meurent dans la marche de la mort de Bataan. 13 000 autres soldats basés sur l'île de Corregidor se rendent le . Les troupes américano-philippines sont officiellement battues en [1].

Les trois ans d'occupation japonaise, 1942 jusqu'à la capitulation du Japon en 1945, sont marquées par la mise en place d'un gouvernement collaborateur fantoche appelé la Seconde République des Philippines et de nombreuses exactions contre les populations civiles[2]. L'occupation est entravée par une forte résistance armée qui occupe près de 60 % du territoire national, essentiellement dans les régions montagneuses et boisées, empêchant les Japonais de totalement contrôler le pays[3]. Cette résistance est alimentée en armes et en renforts par des sous-marins envoyés par le général MacArthur[4]. Le retour des troupes américaines en 1944 mettent à mal le contrôle japonais sur l'archipel[5].

MacArthur tient sa promesse et retourne aux Philippines le . Les débarquements sur l'île de Leyte sont soutenus par une force de 700 vaisseaux et de 174 000 soldats. Plusieurs autres débarquements ont ensuite lieu sur les îles de Mindoro, Luçon et Mindanao. Pendant la campagne, l'armée japonaise a recours aux attaques-suicides pour défendre ses positions. Plusieurs villes dont Manille sont réduites en cendres. Entre 500 000 et un million de civils meurent durant l'occupation[6],[7].

Contexte

Des soldats japonais célébrant la conquête de la péninsule de Bataan.

Le Japon attaque les Philippines le , seulement dix heures après l'attaque de Pearl Harbor[8]. Une première phase de bombardements aériens est suivie par des débarquements de troupes au nord et au sud de Manille[9]. Les forces américano-philippines sont sous le commandement du général américain Douglas MacArthur, qui avait repris du service dans l'armée américaine plus tôt la même année et qui avait été désigné commandant en chef des forces armées américaines pour la région Asie-Pacifique[10]. Ses avions sont détruits par l'ennemi, les forces navales sont contraintes à partir et, compte tenu de la situation militaire dans la région du Pacifique, les renforts et le soutien matériel n'étaient pas disponibles pour l'instant[11]. Sous la pression de l'assaillant, les militaires se retirent dans la péninsule de Bataan et sur l'île de Corregidor, située à l'entrée de la baie de Manille[12]. Manille est déclarée ville ouverte afin d'éviter sa destruction[13], et est occupée par les Japonais dès le [14].

La défense du pays se poursuit jusqu'à la reddition des forces américano-philippines sur la péninsule de Bataan le , puis sur Corregidor le [15]. Manuel L. Quezon et Sergio Osmeña, les président et vice-président des Philippines, suivent le retrait des militaires à Corregidor avant de partir pour les États-Unis où ils installent leur gouvernement en exil[16],[17]. MacArthur est ordonné de revenir en Australie, où il commence à élaborer un plan pour revenir aux Philippines[18]. Le principal opposant politique de Quezon, l'ancien président Emilio Aguinaldo, décide de collaborer avec les forces japonaises. En échange, le Japon envisage dans un premier temps de le mettre à la tête d'un gouvernement fantoche, mais finit par le placer à la tête de l'organisme chargé du rationnement des produits de première nécessité[19],[20].

La plupart des 80 000 prisonniers de guerre capturés par les Japonais à Bataan sont contraints à participer à la marche de la mort de Bataan, reliant la prison de Camp O'Donnell à Capas, province de Tarlac, située à 105 kilomètres au nord[15]. Des milliers d'hommes, affaiblis par la maladie et la sous-nutrition et maltraités par leurs ravisseurs, meurent avant d'arriver à destination. De nombreux autres meurent dans les camps de prisonniers, aussi bien pendant la bataille qu'après le départ des troupes américano-philippines[21],[22].

Historique

José P. Laurel, le président de la république fantoche des Philippines.
Jorge Vargas, l'un des principaux collaborateurs philippins.

Collaboration et sévices

Les autorités militaires japonaises mettent immédiatement en place une nouvelle structure gouvernementale aux Philippines. Bien que l'occupant ait promis l'indépendance aux îles après leur occupation, il a d'abord créé un Conseil d'État à travers lequel ils gèrent les affaires courantes du pays jusqu'en , lorsqu'ils déclarent l'indépendance de la République des Philippines[23]. La plupart des élites philippines, sauf quelques exceptions, se sont mises au service des Japonais[24],[25],[26]. La république fantoche est dirigée par le président José P. Laurel[27]. Le seul parti politique autorisé par le Japon est le KALIBAPI[28]. Pendant l'occupation, la plupart des Philippins sont restés fidèles aux États-Unis[29]. Les crimes de guerre commis par les Japonais sont largement documentés[30],[31],[32].

Dans toutes les Philippines, plus d'un millier de Philippins, principalement des mères, filles et hommes homosexuels, parfois âgés de 10 ans, sont emprisonnés, convertis de force en « femmes de confort » et réduits en esclavage sexuel par les militaires japonais pendant l'occupation[33],[34],[35]. Chaque installation militaire japonaise dans le pays possédait un lieu où les femmes étaient retenues captives, souvent désigné sous l'appellation « poste de confort »[36]. Les Philippins qui subissaient ces sévisses étaient isolés de la société et violés en groupe, torturés et humiliés quotidiennement. Plusieurs d'entre elles ont subi une ablation de leurs seins ou étaient frappées lorsqu'elles refusaient les attentes des soldats. De nombreuses autres ont été tuées et leurs cadavres étaient abandonnés dans la nature[37],[38],[39]. Pendant l'occupation, les soldats japonais ont également tué des enfants pour se divertir ou pour passer leurs nerfs[40],[41].

Les Japonais ont également envoyé des « docteurs » et des « chirurgiens » aux Philippines qui ont réalisé des expérimentations « scientifiques » sur des Philippins. Parmi elles se trouvaient des amputations, des dissections et des sutures de vaisseaux sanguins sur des cobayes vivants. Certains ont également réalisé des vivisections. Avant d'être « opérées », les cobayes devaient creuser leur propre tombe de force. Dans certains cas, les Philippins vivisectés sont suturés, puis tués par balles. Dans d'autres, lorsque l'opération était ratée, le cobaye était jeté dans sa tombe et mourrait des complications liées à la chirurgie[42],[43]. La plupart des exactions sont restées impunies, et leurs acteurs ont échappé à toute poursuite pendant des décennies. Longtemps après la fin de la guerre, le sujet est resté tabou au Japon et la plupart des tortionnaires sont morts avec leurs secrets[44],[45],[46].

Résistance

L'occupation japonaise des Philippines est entravée par un réseau efficace de résistance qui a évolué en puissance d'année en année. Des enquêtes menées après-guerre montrent qu'environ 260 000 personnes participaient au mouvement de guérilla, et que les membres de la résistance étaient encore plus nombreux. Leur force est telle qu'à la fin de la guerre, le Japon ne contrôlait réellement que 12 des 48 provinces philippines[47].

Les campagnes de contre-insurrection menées par les Japonais peinent à freiner le mouvement. Dans les îles du sud de l'archipel et de Luçon, les Philippins ont formé plusieurs groupes distincts qui avaient tous pour objectif de nuire aux Japonais. Les chefs de ces groupes étaient en contact, et se répartissaient les missions et le contrôle sur un territoire, puis ont commencé à formuler des plans pour permettre aux Américains de venir à leur secours. Ils jouent également un rôle d'informateur au profit de l'armée américaine, bien que les informations pouvaient parfois mettre des mois à être communiquées. Douglas MacArthur apportait en échange un soutien logistique et technique aux résistants en leur fournissant des armes, des radios et des munitions par sous-marin[48].

Au sein les groupes de guérilla qui s'étaient constitués dans l'archipel se trouvaient d'anciens militaires américains qui refusaient l'occupation[49], mais aussi des militaires philippins restés sur place comme le colonel Macario Peralta sur l'île de Panay[50], le major Ismael Ingeniero dans la province de Bohol[51] et le capitaine Salvador Abcede sur l'île de Negros[52]. L'île de Mindanao, étant la plus éloignée du centre de l'occupation japonaise, comptait 38 000 résistants qui se sont unis autour du commandement du colonel américain Wendell Fertig[53]. À la fin de la guerre, 277 groupes de résistance composés de 260 715 individus étaient actifs dans l'archipel[53]. Certains membres de ces groupes ont ensuite intégré l'armée régulière philippine[54].

Fin de l'occupation

L'une des survivantes du massacre de Manille.

Lorsque le général MacArthur retourne aux Philippines avec son armée à la fin de l'année 1944, il dispose d'une grande quantité d'informations stratégiques. De leur côté, les Japonais ont décidé de faire de l'archipel leur premier rempart face à toute avancée américaine vers le Japon. Les forces navales japonaises sont presque toutes envoyées en Philippines dès le début de l'incursion américaine. Le concept des kamikazes est créé spécifiquement pour défendre les Philippines japonaises. La bataille du golfe de Leyte tourne au fiasco pour les Japonais et devient la plus grande bataille navale de tout le conflit. La campagne de libération des Philippines est la plus sanglante de toutes celles de la guerre du Pacifique[48].

Les forces alliées menées par MacArthur débarquent sur l'île de Leyte le , aux côtés de Sergio Osmeña, qui était entre-temps devenu président des Philippines en exil après la mort de Manuel L. Quezon le . D'autres débarquements ont suivi sur les îles de Mindoro et dans le golfe de Lingayen sur la côte ouest de Luçon, puis les troupes ont commencé à marcher vers Manille. Le Commonwealth des Philippines est restauré. Les combats sont ardus, particulièrement dans les montagnes au nord de Luçon où les troupes japonaises s'étaient retirées, et à Manille où les Japonais ont campé sur leurs positions pendant des jours. Les mouvements de résistance et de guérilla se sont joints à l'effort collectif pour renverser l'occupant japonais[55]. Par ailleurs, la coopération de la population philippine a participé à résoudre les problèmes logistiques et administratifs des Alliés[56].

Les combats se poursuivent jusqu'à la reddition formelle du Japon le . Les Philippines ont subi de lourdes pertes humaines et de très nombreux bâtiments sont détruits. Environ 527 000 Philippins, civils comme militaires, sont tués. Parmi eux, entre 131 000 et 164 000 ont perdu la vie dans l'un des 72 crimes de guerre reconnus comme tel[57]. D'après une enquête réalisée par les États-Unis, 10 380 soldats américains y ont perdu la vie et 36 550 y ont été blessés. Côté Japon, on estime les pertes à 255 795 personnes. Les Philippins ont considérablement souffert des conséquences de la guerre, et la population a même baissé sans discontinuer pendant cinq ans en raison de la propagation de maladies et du manque de produits de première nécessité[58].

Notes et références

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Articles connexes

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