Ophraella communa

Ophraella communa est une espèce de coléoptères de la famille des Chrysomélidées. Cette chrysomèle se distingue de toutes les autres espèces par son motif coloré avec vitae supplémentaire, par la pubescence modérément dense des élytres et par sa plante hôte, l'ambroisie (Ambrosia artemisiifolia)[2].

Ophraella communa peut atteindre une longueur de 3,4 à 4,1 millimètres chez les mâles, de 3,9 à 4,3 millimètres chez les femelles. La tête est jaunâtre, avec des taches brun foncé à l'arrière. Le corps est grossièrement ponctué. Les antennes sont brun foncé. Le pronotum est jaunâtre ou brun pâle, avec trois taches noires ou brun foncé. Les élytres sont jaunâtres ou brun pâle et présentent des bandes longitudinales brun foncé.

Dans une étude publiée en 2015, l'Anses précise que, outre l'ambroisie à feuilles d'armoise, Ophraella communa peut se nourrir ponctuellement de plantes de la famille des Astéracées, tournesol, topinambour, ainsi qu'au genre Xanthium[3].

Dans cette famille, on trouve notamment la lampourde à gros fruits (Xanthium strumarium ssp italicum), originaire d'Amérique, adventice très fréquente dans les cultures d'été en France métropolitaine, la prédation par O. communa serait donc plutôt bénéfique dans ce cas.[réf. nécessaire]

Biologie et écologie

Ophraella communa comporte quatre stades de développement: l’œufs, la larve (trois stades larvaires), la chrysalide et l’adulte[4].

L'œuf est piriforme en vue latérale et circulaire en vue dorsale, avec une largeur de 0,53 ± 0,03 mm et une longueur de 0,69 ± 0,03 mm. Les œufs nouvellement pondus sont jaunes, mais ils deviennent jaune-orange en quelques heures. Les œufs sont pondus en grappes (contenant environ 20 œufs en moyenne) sur les feuilles de la plante hôte et éclosent en 5-6 jours[4].

Ophraella communa présente trois stades larvaires distincts après l'éclosion. Le premier et le deuxième stade sont regroupés au sommet de la plante hôte la nuit. Chaque stade se distingue par la couleur et la taille de la capsule céphalique. La couleur de la capsule céphalique est foncée ou presque noire pour le premier stade, plus clair pour le deuxième stade, et brun plus clair pour le troisième stade. La largeur moyenne de la capsule céphalique est de 0,31 ± 0,01 (n = 53), 0,45 ± 0,03 (n = 66) et 0,69 ± 0,04 (n = 71) pour les larves de premier, deuxième et troisième stade, respectivement.  Tous les stades sont phytophages et se nourrissent de feuilles d’ambroisie. Les larves néonates squelettisent généralement les feuilles mais les stades plus âgés et les adultes mangent le limbe de la feuille, y compris les nervures mineures [4].

Ophraella communa hiberne au stade adulte, et les adultes passent l'hiver près des plantes hôtes desséchées [4]. Dans le Nord de l’Italie, les premiers œufs sont observés tôt dans la saison (avril). Dans la région de Milan, O. communa développe quatre générations qui se chevauchent partiellement, les derniers adultes apparaissant en septembre. Les adultes de la dernière génération continuent à se nourrir jusqu’à la fin novembre mais ne pondent plus d’œufs. Les populations sont moins abondantes pour les deux premières générations mais leur effectif augmente rapidement à la troisième génération et encore plus particulièrement à la quatrième génération[3],[5],[6].

La femelle peut s’accoupler à plusieurs mâles et les générations peuvent se chevaucher. Le sex ratio au sein de la population est d’environ une femelle pour un mâle. Une femelle peut pondre de 1 000 à 2 000 œufs au cours d’un cycle de vie[3]. En fonction des conditions climatiques, les femelles peuvent vivre de 35 à 110 jours. La majorité des femelles vivent jusqu'à 85 jours à 20°C. La longévité des femelles raccourcit avec l'augmentation de la température[7].

Ce coléoptère a un fort potentiel de dispersion. Les distances de vol potentielles ont été estimées par manège de vol à 25,4 km pour les femelles et 21,4 km pour les mâles pendant 23 heures[8].

Origine et répartition géographique

Ophraella communa est originaire d’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada). Elle a été accidentellement introduite en Asie (Chine, Japon, Corée du Sud, Taiwan) à la fin des années 1990 et en Europe (Suisse, Italie, Slovénie, Croatie) dans les années 2010[4] . La chrysomèle a également été observée pour la première fois en France durant l’été 2023 à Lyon[9].

Cliquer ici pour voir les points d'observation de la chrysomèle en France

Prédateurs

Il ne semble pas exister de prédateurs spécialistes d’O. communa, que ce soit dans sa zone d’origine ou sa zone d’introduction, cependant des prédateurs généralistes peuvent consommer O. communa. Par exemple au Canada, on peut trouver des Pentatomidea généralistes comme Podisus maculiventris (Say), Picromerus bidens (L.), Perillus bioculatus (Fabricius) et Apateticus cynicus (Say), plusieurs Coccinellidae et le parasitoïde des pupes, Asecodes mento (Walker)[10]. Aux Etats-Unis, d’autres prédateurs ont été signalés: une mouche parasitant les nymphes, Chaetonodexodes vanderwulpi (Diptera: Tachinidae); une autre punaise Pentatomidae, Perillus splendidus (Hemiptera: Pentatomidae) prédatant les larves; un acarien anystide prédatant les œufs; des Coccinellidés adultes se nourrissant d'œufs et de nymphes; et des guêpes eulophides parasites (Hymenoptera)[4].

Concernant les zones où O. communa a été introduite, on peut aussi trouver des prédateurs généralistes, comme au Japon où la chrysomèle s’est faite attaquer par des larves et des adultes d'Harmonia axyridis (Coleoptera: Coccinellidae), des larves de chrysopes, des nymphes et des adultes de mantides, des adultes de Piocoris varius (Hemiptera: Lygaeidae), des nymphes d'Allagelena opulenta (Araneae: Agelenidae)et enfin par Coccinella septempunctata[4]. Un champignon, Beauveria bassiana, a aussi infecté des nymphes et des adultes d'O. communa[11].

Efficacité et bénéfices

Ophraella communa fait l’objet de nombreux programme de biocontrôle dans le monde. Au Québec, des lâchers inondatifs d’O. communa ont été réalisés pour contrôler l’ambroisie dans les champs, la densité efficace a été estimée à quatre à cinq O. communa adulte par plante pour complètement défolier l’ambroisie en 14 jours[10]. En Chine, O. communa est lâchée massivement sur le terrain et elle est considérée comme un agent de lutte biologique très efficace[12].

En Italie, une corrélation a été observée entre la présence d’O. communa dans la région de Milan et une forte baisse de la quantité de pollen dans l’air[13]. Plus généralement, Des chercheurs ont estimé que le contrôle biologique de l'ambroisie par O. communa diminuerait de 2,3 millions le nombre de personnes malades en Europe et réduirait considérablement les coûts médicaux liés à la prise en charge des soins[14].

En 2013, le coût estimé des allergies au pollen d’ambroisie était de 15,7 millions d’euros en région Rhône-Alpes. A cela s’ajoute les coûts liés aux pertes de rendements dans les cultures, qui est estimé à 170 millions d’euros par an. La présence d’O. communa dans cette région pourrait réduire la concentration de pollen d’ambroisie de 76,2%, et les coûts de santé associés de 75 à 85%, réduisant les coûts à moins de 5 millions d’euros par an[15],[3].

Publication originale

Notes et références

  1. Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le 23 avril 2020.
  2. (en) Laurent LeSage, « A TAXONOMIC MONOGRAPH OF THE NEARCTIC GALERUCINE GENUS OPHRAELLA WILCOX (COLEOPTERA: CHRYSOMELIDAE) », Memoirs of the Entomological Society of Canada, vol. 118, no S133,‎ , p. 3–75 (ISSN 0071-075X, DOI 10.4039/entm118133fv, lire en ligne, consulté le )
  3. Chauvel, B., Desneux, N., Le Bourgeois, T., Mouttet, R., & Schaffner, U., « Efficacité du coléoptère Ophraella communa utilisé comme agent de lutte biologique contre les ambroisies et évaluation des éventuels risques associés », Avis Révisé de l’Anses, Rapport d’expertise Collective Saisine n°2015-SA-0078,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Hong Geun Kim et Doo-Hyung Lee, « Review of the biology and ecology of a ragweed leaf beetle, Ophraella communa (Coleoptera: Chrysomelidae), which is a biological control agent of an invasive common ragweed, Ambrosia artemisiifolia (Asterales: Asteraceae) », Biocontrol Science and Technology, vol. 29, no 2,‎ , p. 185–200 (ISSN 0958-3157 et 1360-0478, DOI 10.1080/09583157.2018.1540032, lire en ligne, consulté le )
  5. Benno A. Augustinus, Suzanne T. E. Lommen, Silvia Fogliatto et Francesco Vidotto, « In-season leaf damage by a biocontrol agent explains reproductive output of an invasive plant species », NeoBiota, vol. 55,‎ , p. 117–146 (ISSN 1314-2488 et 1619-0033, DOI 10.3897/neobiota.55.46874, lire en ligne, consulté le )
  6. (en) Benno Augustinus, Yan Sun, Carine Beuchat et Urs Schaffner, « Predicting impact of a biocontrol agent: integrating distribution modeling with climate‐dependent vital rates », Ecological Applications, vol. 30, no 1,‎ (ISSN 1051-0761 et 1939-5582, DOI 10.1002/eap.2003, lire en ligne, consulté le )
  7. (en) Zhong-Shi Zhou, Jian-Ying Guo, Hong-Song Chen et Fang-Hao Wan, « Effects of Temperature on Survival, Development, Longevity, and Fecundity of Ophraella communa (Coleoptera: Chrysomelidae), a Potential Biological Control Agent Against Ambrosia artemisiifolia (Asterales: Asteraceae) », Environmental Entomology, vol. 39, no 3,‎ , p. 1021–1027 (ISSN 0046-225X et 1938-2936, DOI 10.1603/EN09176, lire en ligne, consulté le )
  8. (en) Koichi Tanaka et Takehiko Yamanaka, « Factors Affecting Flight Activity of Ophraella communa (Coleoptera: Chrysomelidae), an Exotic Insect in Japan », Environmental Entomology, vol. 38, no 1,‎ , p. 235–241 (DOI 10.1603/022.038.0129, lire en ligne, consulté le )
  9. Zoé Rousset, Marilou Mottet, Hervé Bertrand et Maxime Dissard, « Spotted! Ophraella communa Le Sage, 1986 (Coleoptera, Chrysomelidae), the ragweed leaf beetle, makes its French debut », BioInvasions Records, vol. 14, no 4,‎ , p. 833–843 (DOI 10.3391/bir.2025.14.4.07, lire en ligne, consulté le )
  10. (en) M. P. Teshler, A. DiTommaso, J. A. Gagnon et A. K. Watson, « Ambrosia artemisiifolia L., common ragweed ( Asteraceae ). », dans Biological Control Programmes in Canada, 1981-2000, CABI Publishing, , 290–294 p. (ISBN 978-1-84593-321-0, DOI 10.1079/9780851995274.0290, lire en ligne)
  11. (en) Moriya, S., Tanaka, K., Yamamura, K., Shimizu, T., & Shiyake, S., « Expansion of the distribution range of the ragweed beetle, Ophraella communa LeSage, (Coleoptera: Chrysomelidae) and its natural enemies in Japan. », Annual Report of the Kanto-Tosan Plant Protection Society, no No.49,‎ , p. 131–133
  12. (en) Zhong-Shi Zhou, Hong-Song Chen, Xing-Wen Zheng et Jian-Ying Guo, « Control of the invasive weed Ambrosia artemisiifolia with Ophraella communa and Epiblema strenuana », Biocontrol Science and Technology, vol. 24, no 8,‎ , p. 950–964 (ISSN 0958-3157 et 1360-0478, DOI 10.1080/09583157.2014.897305, lire en ligne, consulté le )
  13. (en) M. Bonini, B. Šikoparija, M. Prentović et G. Cislaghi, « A follow-up study examining airborne Ambrosia pollen in the Milan area in 2014 in relation to the accidental introduction of the ragweed leaf beetle Ophraella communa », Aerobiologia, vol. 32, no 2,‎ , p. 371–374 (ISSN 0393-5965 et 1573-3025, DOI 10.1007/s10453-015-9406-2, lire en ligne, consulté le )
  14. (en) Urs Schaffner, Sandro Steinbach, Yan Sun et Carsten A. Skjøth, « Biological weed control to relieve millions from Ambrosia allergies in Europe », Nature Communications, vol. 11, no 1,‎ (ISSN 2041-1723, PMID 32317698, PMCID 7174423, DOI 10.1038/s41467-020-15586-1, lire en ligne, consulté le )
  15. (en) Raphaelle Mouttet, Benno Augustinus, Maira Bonini et Bruno Chauvel, « Estimating economic benefits of biological control of Ambrosia artemisiifolia by Ophraella communa in southeastern France », Basic and Applied Ecology, vol. 33,‎ , p. 14–24 (DOI 10.1016/j.baae.2018.08.002, lire en ligne, consulté le )

Liens externes

  • icône décorative Portail de l’entomologie