Osedax priapus

Osedax priapus
Description de cette image, également commentée ci-après
Osedax priapus femelles et mâles à la même échelle, montrant que les femelles sont beaucoup plus grandes que les mâles, mais sans le dimorphisme de taille spectaculaire observé chez d'autres espèces d’Osedax.
Classification WoRMS
Règne Animalia
Embranchement Annelida
Classe Polychaeta
Sous-classe Sedentaria
Infra-classe Canalipalpata
Ordre Sabellida
Famille Siboglinidae
Genre Osedax

Espèce

Osedax priapus
Rouse (d) et al., 2015

Osedax priapus est une espèce de vers marins, des annélides bathypélagiques de la famille des Siboglinidae. Elle consomme les nutriments présents dans les os de vertébrés morts tels que les otaries ou les baleines.

Description

Le corps d'Osedax priapus se divise en trois parties : les racines, le tronc et les palpes. Les mâles de l’espèce O. priapus ont un ancrage sous forme de racines, comme les femelles, ce qui n'est pas le cas chez les autres espèces d'Osedax. Ces racines leur permettent de pénétrer les os et de s’en nourrir grâce à des bactéries symbiotiques de l'ordre des Oceanospirillales. Osedax priapus possède un tube gélatineux appelé tronc dans lequel il se rétracte. Les palpes sont des surfaces d'échange où se produit l'absorption du dioxygène nécessaire à la respiration[1].

Les femelles sont plus petites que celles des autres espèces d'Osedax. Elles font moins de 2 mm3, contrairement aux autres espèces d'un volume de 3 à plus de 50 mm3. Communément aux autres, elles possèdent quatre palpes situés autour d'un oviducte. L'ovisac contenant les œufs est situé sur la partie ventrale du tronc[1].

Les mâles ne mesurent qu'un tiers de la taille des femelles, ce qui reste bien plus grand que la plupart des mâles du genre Osedax. Le développement des palpes dorsaux est supposé contraint par le placement de la vésicule séminale, située juste en-dessous. Les mâles n’ont que deux palpes, qui ne nuisent donc pas à la reproduction. Contrairement aux autres Osedax, les mâles ne vivent pas dans le tube des femelles[1].

Dimorphisme sexuel

Les autres espèces d’Osedax présentent un grand dimorphisme sexuel, la femelle étant macroscopique et le mâle microscopique. Dans l’environnement sessile du fond des océans, les chances de trouver un partenaire viable sont très faibles. Les mâles restent ainsi toute leur vie en état larvaire dans le corps de la femelle : ce sont des mâles nains. Ils sont capables de produire du sperme qu’ils procurent à leur femelle hôte. Les femelles forment des harems de mâles pédomorphisés qui permettent d'assurer un accès au sperme tout au long de leur vie[1],[2].

Dans le cas d’Osedax priapus, il existe un dimorphisme sexuel, mais beaucoup moins marqué. Les femelles sont plus grandes que les mâles, mais les mâles sont macroscopiques, fonctionnels et indépendants des femelles. Ils ne sont pas à l'état larvaire, et ne vivent pas en tant que parasites dans le corps de la femelle. Au contraire, ils présentent un tronc, deux palpes, et des racines capables de pénétrer les os. Ils sont donc capables de s’alimenter par eux-mêmes si nécessaire. La raison pour laquelle il n’y a pas de mâles nains chez O. priapus est méconnue, mais plusieurs hypothèses sont développées[3].

Par exemple, les femelles O. priapus sont plus petites que les autres femelles Osedax. Vu que leur taille est moindre, il y a moins de compétition pour les nutriments entre mâles et femelles. Le temps de vie des femelles O. priapus est inconnu, comparé aux femelles des autres espèces d’Osedax. Si les femelles O. priapus vivent beaucoup moins longtemps que les autres femelles, elles ne vivent pas assez longtemps pour pouvoir recruter un harem de mâles nains. En conséquence, les mâles doivent être capables de survivre par eux-mêmes. Les femelles O. priapus ont aussi les œufs les plus petits de toutes les espèces d’Osedax connues. Les mâles ont besoin de se nourrir du jaune d’œuf maternel pour pouvoir créer du sperme. Si les mâles de O. priapus étaient nains, ce sperme serait en quantité limitée par rapport à la quantité produite par un mâle adulte. Finalement, O. priapus a été observé sur des os de vertébrés de plus petite taille que les baleines, des otaries notamment, autrement dit des écosystèmes très éphémères. Cela peut suggérer que cette espèce est spécialisée dans ce genre d’environnement peu durable, ce mode de vie favorisant les deux sexes vivant ensemble, dans le même environnement, et en même temps[1],[3].

Répartition

Osedax priapus a été observé dans l’océan Pacifique nord, de l’Oregon jusqu’à la baie de Monterey en Californie centrale ; il n'y a pas d’autres échantillons de l'espèce ailleurs[4].

Reproduction

Les mâles doivent parcourir l'os en étendant leur tronc pour trouver des femelles avec lesquelles s'accoupler.

Les mâles inséminent directement les femelles au moyen d'un tronc extensible. L’extension de ce tronc peut aller de 2 à 15 mm, soit dix fois leur taille, et leur permet d’atteindre les femelles n’importe où dans l’os[2],[1].

Systématique

Le nom valide complet (avec auteur) de ce taxon est Osedax priapus Rouse, Wilson, Worsaae & Vrijenhoek, 2015[5].

Étymologie

Le nom de genre Osedax vient du latin et signifie « mangeur d’os », tandis que l'épithète spécifique priapus fait référence au dieu grec de la procréation[1].

Découverte

En 1987, la première carcasse immergée de Baleine bleue a été découverte dans le bassin de Santa Catalina aux États Unis. Avec elle ont été découverts des écosystèmes particuliers, habitats d’une grande biodiversité au fond des océans. Ces cadavres immergés ne sont pas faciles à trouver, en partie car la population de baleines est en fort déclin du fait de l’activité humaine, mais aussi à cause de l’immensité des océans. De ce fait, ces écosystèmes sont restés un mystère, jusqu’à ce que les scientifiques décident d’accélérer le processus en traînant eux-mêmes vers l’océan des carcasses de baleines échouées sur les plages, et en les coulant à de grandes profondeurs. C'est sur ces os de baleine que la toute première espèce d'Osedax, Osedax rubiplumus, a été découverte en 2004[3].

Osedax priapus a été identifiée comme une nouvelle espèce en 2014 par une équipe dirigée par Greg W. Rouse (Scripps Institution of Oceanography), en collaboration avec Robert C. Vrijenhoek et d’autres biologistes spécialistes des grands fonds. Ils ont collecté des spécimens d'O. priapus sur des os épars d'une Otarie à fourrure du Nord (Callorhinus ursinus) immergés à 740 m de profondeur dans le canyon de Monterey, en Californie. C'est la même équipe qui a décrit le genre Osedax en 2004[3].

Ils ont immergé et suivi des os de vertébrés sur le plancher océanique profond à l’aide de véhicules téléopérés. Des expériences de récupération ont été réalisées, afin d’analyser les organismes colonisateurs. Lors de ces expériences, ils ont observé des individus présentant une morphologie inhabituelle : contrairement aux autres espèces d’Osedax, le mâle d’O. priapus est de taille macroscopique, libre, et ressemble extérieurement aux femelles. Cette particularité a conduit à sa reconnaissance et à sa description comme espèce distincte[3].

Phylogénie

Deux arbres phylogénétiques possibles pour Osedax priapus selon qu'on admette un atavisme ou non.

Les mâles O. priapus présentent un phénotype différent et unique parmi les espèces d’Osedax. Il n'est pas possible, en revanche, de déterminer si le phénotype de mâle nain précède celui de mâle adulte, ou s'il s'agit au contraire d'un cas d’atavisme. D'après les chercheurs qui ont découvert O. priapus, il y a deux hypothèses possibles. Ils citent la loi de Dollo, qui stipule qu'il est statistiquement très improbable qu’un caractère qui a disparu chez une espèce puisse réapparaitre. C’est l’idée de l’irréversibilité de l’évolution. Si tel est le cas, alors l’ancêtre commun à tous les Osedax présentait un mâle adulte, et O.priapus a conservé ce caractère alors que les autres espèces d’Osedax l’ont perdu. L’inverse est aussi possible, car l’évolution n’est pas un phénomène linéaire[3],[6],[1].

En théorie, si une espèce perd un caractère, cela veut dire que les gènes nécessaires à ce phénotype se sont détériorés au cours du temps en pseudogènes, les rendant ainsi non fonctionnels. En revanche, dans le cas de O. priapus, les gènes codant les racines, les palpes, le tronc et même la taille, auraient pu rester intacts chez les mâles car l’espèce en a besoin pour créer des femelles. En effet, celles-ci présentent tous ces caractères chez toutes les espèces observées d’Odesax. Il y a donc deux arbres phylogénétiques possibles[6],[3],[1].

Références

  1. (en) Greg W. Rouse, Nerida G. Wilson, Katrine Worsaae et Robert C. Vrijenhoek, « A dwarf male reversal in bone-eating worms », Current biology, vol. 25, no 2,‎ , p. 236-241 (DOI 10.1016/j.cub.2014.11.032, lire en ligne, consulté le )
  2. (es) « Singulares nuevas especies de gusanos marinos ha invertido su propia evolución »,
  3. (en) Florian Maderspacher, « Evolution: they never come back, or do they? », Current biology, vol. 25, no 2,‎ , p. 62-64 (DOI 10.1016/j.cub.2014.12.020, lire en ligne, consulté le )
  4. (en) Berman, Johnson, Seid et Rouse, « Range extensions of Pacific bone-eating worms (Annelida, Siboglinidae, Osedax) », Biodiversity Data Journal, no 11,‎ (DOI 10.3897/BDJ.11.e102803)
  5. World Register of Marine Species, consulté le 15 février 2026.
  6. « Avez-vous déjà vu un ver zombie pénis non-nain mangeur d’os de baleines (avec aussi une histoire de harem) ? »,

Liens externes

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