Oskar Fischer (médecin)
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Université de Strasbourg Facultés de médecine de l'université Charles (d) |
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Kleine Festung Theresienstadt (jusqu'en ), Kleine Festung Theresienstadt (jusqu'en ) |
Oskar Fischer, né le à Prague et mort le dans la même ville, est un universitaire, psychiatre et neuropathologiste tchécoslovaque. Ses travaux cliniques et neuropathologiques, longtemps tombés dans l’oubli, connaissent une redécouverte à partir de 2008, réévaluant sa contribution à l’étude des démences séniles et de la Maladie d'Alzheimer.
Enfance et éducation
Fischer nait le à Slaný, bourgade de Bohême centrale sise à vingt-cinq kilomètres au nord-ouest de Prague, au sein d'un foyer israélite germanophone[1],[2],[3]. Son ascendant paternel y exerce les fonctions de régisseur d'un domaine foncier. Après avoir accompli son cursus primaire et secondaire dans sa ville natale, il entreprend des études médicales qu'il poursuit successivement au sein des facultés de Prague et de Strasbourg. Il parachève son parcours académique en 1900, année où l'université de Prague lui décerne son diplôme de médecine[1].
Carrière
L'itinéraire professionnel de Fischer s'amorce en 1900 au sein de la chaire d'anatomie pathologique de l'Université allemande de Prague. Dès 1902, il intègre le département de psychiatrie de cette même institution, où il exerce ses fonctions durant dix-sept annuités consécutives[1]. Lors de la Première Guerre mondiale, sa pratique s'infléchit vers la médecine de garnison. Investi de la charge de médecin-chef au service de neurologie et de psychiatrie du second hôpital militaire de Prague, il dispense des soins aux contingents de soldats dont l'équilibre psychique est altéré par les engagements belliqueux du front de l'Est. Une vive polémique l'opposant à son supérieur hiérarchique, le praticien Halbhuber, précipite sa mutation. Il rejoint alors le lazaret de la caserne de Pardubice, située en Bohême orientale, où il officie jusqu’à la cessation des hostilités[1]. Cette affectation marque également sa vie privée : il y rencontre Franziska, alors infirmière auxiliaire pour la Croix-Rouge, qu'il prend ultérieurement pour épouse et dont il a deux enfants, les jumeaux Lotte et Heinz[1]. Après avoir résigné ses fonctions universitaires en 1939, Fischer établit une clientèle privée à Prague. Il y dédie son activité à la neurologie et à la psychiatrie libérale jusqu’en 1941[1].
Études sur la maladie d'Alzheimer
Durant sa formation universitaire en Allemagne, Oskar Fischer fréquente l’école de neuropathologie de Prague, alors placée sous l’égide d’Arnold Pick[2]. Ce cercle savant constitue, avec celui animé par Emil Kraepelin à Munich – où œuvre Alois Alzheimer –, l’une des deux entités ayant circonscrit la nosographie de la maladie d’Alzheimer par une démarche empirique[4]. Une concurrence scientifique marque les relations entre ces deux pôles, rivalité qui trouve une issue symbolique dans la désignation « maladie d’Alzheimer[5] » retenue par Emil Kraepelin dans la huitième édition de son traité de Psychiatrie (1910)[3]. L’inscription de cette appellation dans un ouvrage de référence consacre ainsi la prééminence de l’école munichoise sur son homologue pragoise[6],[7].
À l'instar d'Alois Alzheimer, Oskar Fischer recourt à des procédés de coloration novateurs et à l'examen nécropsique pour identifier les « plaques séniles ». Ces formations, de concert avec les « dégénérescences neurofibrillaires » mises en exergue par Alzheimer, demeurent les stigmates pathognomoniques de l'affection[4]. Les deux savants postulent initialement une étiologie microbienne pour expliquer la genèse de ces plaques[2]. S'appuyant sur les prémices de Beljahow, corroborées par la suite par Redlich et Leri[3], Fischer soutient, dès , que la « nécrose miliaire » constitue un marqueur sémantique de la démence sénile. Il consigne ses observations la même année dans une monographie issue de l'étude histopathologique de seize encéphales prélevés post-mortem[3]. Ce travail décrit avec acribie les altérations tissulaires et cellulaires, proposant une analyse architectonique des agrégats amyloïdes[6]. Fischer désigne ces lésions sous le vocable de Sphaerotrichia cerebri multiplex, terminologie qu'il pérennise dans ses contributions de 1910 et 1912. Ses recherches subséquentes révèlent cinquante-huit occurrences positives sur un corpus de deux cent soixante-quinze cas[8]. L'entité nosologique définie par Fischer se caractérise, sur le plan clinique, par la presbyophrénie et, sur le plan anatomopathologique, par la prévalence des plaques neuritiques[8]. Si Alzheimer et Fischer s'accordent sur l'unicité de cette pathologie clinicopathologique indépendamment de l'âge de survenue — intégrant ainsi une fraction de la démence sénile classifiée par Kraepelin —, des divergences subsistent quant à l'importance relative des lésions. Tandis qu'Alzheimer privilégie le rôle des dégénérescences neurofibrillaires, Fischer accorde une primauté structurelle aux plaques neuritiques[9].
Redécouverte de ses études sur la maladie d'Alzheimer
Bien que les investigations d'Oskar Fischer s'avèrent séminales pour l'identification et la caractérisation nosographique de la pathologie d'Alzheimer, sa production scientifique demeure durablement confinée à l'occlusion. Ce n'est qu'à la faveur d'exhumations documentaires au sein des dépôts archivistiques praguois que son apport fait l'objet d'une exégèse rétrospective[10]. Nonobstant les travaux de N.C. Berchtold et C.W. Cotman, de l'université de Californie à Irvine, qui explicitent dès 1998 la teneur de ses recherches ainsi que l'émulation délétère entre les facultés de médecine de l'époque[5], les thèses de Fischer ne rencontrent qu'un écho infime. L'intérêt de la communauté scientifique ne se cristallise véritablement qu'en 2008, sous l'impulsion de Michel Goedert. Ce dernier, rattaché au laboratoire de biologie moléculaire du Conseil de la recherche médicale (MRC) à l'université de Cambridge, souligne l'antériorité et la pertinence des observations de Fischer après une analyse scrupuleuse des archives de l'université Charles de Prague. Cette enquête est étayée par des entretiens avec la descendance du chercheur et des spécialistes tchèques de la neurodégénérescence[10]. En 2009, Pavel Kalvach, de l'université Charles, conjecture que les descriptions cliniques et anatomopathologiques de Fischer revêtent une importance épistémologique potentiellement supérieure à celles d'Alois Alzheimer[10],[2]. Cette occultation séculaire procède de facteurs exogènes aux critères de scientificité : les antagonismes nationalistes, l'influence délétère de l'antisémitisme institutionnel et la concurrence hégémonique que se livrent alors les écoles de neuropathologie de Prague et de Munich concourent à l'éviction de ses travaux du canon médical[10],[7].
Arrestation par la Gestapo et mort
En 1941, soit près de trois années après l’occupation allemande de la Tchécoslovaquie, Fischer est appréhendé par la Gestapo. Il est ensuite incarcéré dans la Petite Forteresse de Theresienstadt, un lieu de détention établi à proximité de Prague, en Bohême du nord-ouest[2]. C’est dans ce camp qu’il décède le , à l’âge de 65 ans, des suites de sévices corporels ayant entraîné sa mort[1],[3].
Références
- Michel Goedert, « Oskar Fischer and the study of dementia », Brain, vol. 132, no 4, , p. 1102–1111 (PMID 18952676, PMCID 2668940, DOI 10.1093/brain/awn256)
- « Prague: What Say You, Alois—Should It Be "Alzheimer-Fischer" Disease? », Alzheimer Forum, (consulté le )
- « Rewriting the Book on Alzheimer's Disease: Alumni Magazine Summer 2018 », College of Medicine, (consulté le )
- Annemarie Goldstein Jutel, Putting a Name to It: Diagnosis in Contemporary Society, Baltimore, MD, The JHU Press, (ISBN 978-1-4214-0067-9, lire en ligne), p. 92
- N. C. Berchtold et C. W. Cotman, « Evolution in the Conceptualization of Dementia and Alzheimer's Disease: Greco-Roman Period to the 1960s », Neurobiology of Aging, vol. 19, no 3, may–june 1998, p. 173–189 (PMID 9661992, DOI 10.1016/s0197-4580(98)00052-9, S2CID 24808582)
- H.-J. Möller et M. B. Graeber, « The case described by Alois Alzheimer in 1911 », European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, vol. 248, no 3, , p. 111–122 (PMID 9728729, DOI 10.1007/s004060050027, S2CID 22834261)
- Matthias M. Weber, « Aloys Alzheimer, a Coworker of Emil Kraepelin », Journal of Psychiatric Research, vol. 31, no 6, , p. 635–645 (PMID 9447568, DOI 10.1016/s0022-3956(97)00035-6)
- Pavel Kalvach et Zdeněk Kalvach, « History of understanding dementia » [archive du ], ICMHP (consulté le )
- ↑ (en) Villain et Michalon, « What is Alzheimer's disease? An analysis of nosological perspectives from the 20th and 21st centuries », European Journal of Neurology, vol. 31, no 11, (ISSN 1351-5101, PMID 38618742, PMCID 11464395, DOI 10.1111/ene.16302)
- « Remembering A Forgotten Co-discoverer of Alzheimer Disease », Medical News Today, (lire en ligne, consulté le )
Liens externes
- « The Oskar Fischer Prize » [archive du ], oskarfischerprize.com
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