Oswald Boelcke
| Oswald Boelcke | ||
Oswald Boelcke en 1916. | ||
| Naissance | Giebichstein, Province de Saxe, Empire allemand |
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| Décès | (à 25 ans) Bapaume, France Mort au combat |
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| Allégeance | ||
| Arme | Luftstreitkräfte | |
| Grade | Hauptmann | |
| Années de service | 1911 – 1916 | |
| Commandement | Jasta 2 | |
| Conflits | Première Guerre mondiale | |
| Faits d'armes | 40 victoires aériennes | |
| Distinctions |
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Oswald Boelcke (ˈbœlkə) est un militaire et aviateur allemand né le et mort le . Pendant la Première Guerre mondiale, Boelcke est un pionnier de l’aviation de chasse, crédité de quarante victoires aériennes au cours du conflit. Il est considéré de son vivant comme le père de la chasse allemande et, plus largement, du combat aérien, ainsi que comme l'un des premiers tacticiens majeurs de l'aviation militaire en 1915 et 1916.
Boelcke projette dès son enfance d'intégrer l’Armée impériale allemande, ce qu'il fait le . Il nourrit très tôt un intérêt pour l’aviation et apprend à piloter au début de la Première Guerre mondiale. Après avoir été observateur aérien en 1914, il devient l’un des premiers pilotes de chasse à la mi-1915. Aux commandes des premiers véritables avions de chasse, les Fokker Eindecker, Boelcke, Max Immelmann et d’autres pilotes commencent à abattre des appareils ennemis en nombre croissant. Boelcke et Immelmann sont les premiers pilotes de chasse allemands à recevoir la plus haute distinction prussienne, la croix Pour le Mérite. Le haut commandement allemand réaffecte Boelcke vers un poste d’état-major éloigné du front après sa 19e victoire. Durant cette mise à l’écart forcée, il contribue à développer et structurer la Luftstreitkräfte. Pour cela, il codifie notamment son expérience du combat dans le premier manuel de tactique de chasse distribué à une force aérienne: les Dicta Boelcke, une liste des règles essentielles pour la réussite individuelle du pilote, affirmant également la nécessité d’un travail d’équipe dirigé par le chef d'escadrille. Les manuels modernes de tactique du combat aérien tirent leur origine des règles simples du Dicta, y compris ceux des armées de l'OTAN.
Après un congé imposé, passé en tournée d’inspection militaire dans les Balkans et dans l’Empire ottoman, Boelcke est choisi pour commander l’une des premières escadrilles de chasse, la Jagdstaffel 2. Ses pilotes sont sélectionnés personnellement par Boelcke et formés en fonction des Dicta au moyen d’un entraînement poussé. En septembre et , Boelcke remporte vingt et une victoires supplémentaires à la tête de la Jagdstaffel 2, conservant son statut de meilleur pilote de chasse de son époque. Il est finalement tué dans une collision en vol avec son camarade d'escadrille et ami, Erwin Böhme, le au cours d'un combat aérien contre des pilotes britanniques. La mort de Boelcke donne lieu à des commémorations d'ampleur nationale dans l'Empire allemand.
Son influence perdure jusqu’à aujourd’hui, avec par exemple des unités ou des sites militaires nommés en son honneur en Allemagne.
Jeunesse
Enfance et études

Fils d’un instituteur, Oswald Boelcke naît le à Giebichenstein (devenu depuis 1900 un district de Halle-sur-Saale), dans la province de Saxe, dans le royaume de Prusse. Il est le quatrième de six enfants (cinq garçons et une fille). La famille Boelcke est alors revenue depuis seulement six mois en Allemagne après avoir séjourné en Argentine pendant six ans lorsque le père était directeur de l’École Protestante Allemande de Buenos Aires[1],[2]. A sa naissance, son nom de famille est orthographié « Bölcke », mais Oswald (comme son frère aîné Wilhelm) abandonnent par la suite l'umlaut au profit d'une orthographe d'inspiration latine, qui ne modifie pas la prononciation[3],[4].
Oswald Boelcke contracte la coqueluche à l’âge de trois ans, ce qui lui laissera un asthme persistant[4]. Alors qu'il quatre ans, son père déménage la famille à Dessau-Roßlau, près des usines Junkers, dans l’espoir d’une promotion. Les avions qui passent au-dessus de la ville constituent la première rencontre de Boelcke avec l’aviation[4].
En grandissant, Boelcke se tourne vers le sport malgré son asthme. Il dispose en effet d'un constitution athlétique: 1,70 m, des épaules larges, ainsi qu'une grande agilité et force physique[5],[6]. Il pratique le football, le tennis, le patinage, la natation, le plongeon (il remporte des compétition dans ces deux derniers domaines), l'aviron et la danse[5]. Ces nombreuses capacités athlétiques font de lui un meneur apprécié sur les terrains de sport de son lycée. Ses bons résultats scolaires (notamment dans les matières scientifiques) aident également à le rendre apprécié de ses camarades et des enseignants[7],[8].

La famille Boelcke est conservatrice et consciente qu’une carrière militaire peut permettre une ascension sociale pour les enfants. Sous cette influence, Boelcke, alors qu'il est âgé de 10 ans, envoie une lettre au Kaiser Guillaume II pour solliciter une admission dans une école militaire. Il reçoit finalement une réponse positive lorsqu'il a treize ans, mais ses parents préfèrent l'inscrire au Herzogliches Friedrichs-Gymnasium (lycée Duc Frédéric) à Dessau[9],[5]. L’intérêt de Boelcke pour la carrière militaire demeure cependant intact. Durant sa scolarité, son auteur favori est le nationaliste Heinrich von Treitschke. Il lit également les publications officielles du Grand État-Major général[10],[11]. À 17 ans, pour un cours d’élocution, il choisit trois thèmes : les réformes militaires du général Gerhard von Scharnhorst, la vie du comte Ferdinand von Zeppelin avant ses travaux aéronautiques, et les premiers vols de dirigeables. Oswald Boelcke obtient finalement son Abitur avec mention le [10],[12].
Début de carrière militaire
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Après avoir terminé sa scolarité, Boelcke intègre le 3e bataillon télégraphique à Coblence en tant que Fahnenjunker (aspirant) le . Dans l'armée, il peut observer de plus en plus d’avions[13].
En , il commence à suivre les cours de l'école de guerre de Metz. Avec l’arrivée du printemps et l’allongement des journées, il profite de ses soirées pour regarder les avions et les dirigeables sur un terrain voisin de l'école[14]. En juin, il passe ses examens finaux : ses épreuves écrites sont jugées seulement « passables », ses oraux « bons » ou « très bons », et ses aptitudes au commandement « excellentes »[14].
En , Boelcke est officiellement diplômé et réintègre son bataillon en tant qu’enseigne. Comme il a obtenu son Abitur, sa promotion est antidatée au , ce qui lui donne plus d'ancienneté que les autres enseignes de son bataillon. Il est donc rapidement promu lieutenant à la fin de l'été, et affecté à la formation des jeunes télégraphistes, en menant en parallèle une vie sociale active[15].
Au cours de l’année , Boelcke profite d’une affectation temporaire à Metz pour effectuer quelques vols en tant que passager dans des avions de l'armée. En octobre, il est muté à Darmstadt. Lors d’une visite à Francfort, il assiste à une démonstration acrobatique du pionnier français Adolphe Pégoud. En , il participe au pentathlon des officiers de l'armée allemande, se classe troisième et se qualifie ainsi pour les Jeux olympiques de 1916 prévus à Berlin[16]. Sans en informer sa famille, Oswald Boelcke sollicite une mutation dans l'aviation de l'armée. Le , il est accepté pour une formation de pilote et intègre le un cours d’instruction de six semaines à la Halberstädter Fliegerschule. Il réussit son examen final de pilote le , peu de temps après le début de la Première Guerre mondiale. Sa première affectation consiste à former cinquante pilotes débutants sur Aviatik B.I[17].

Première Guerre mondiale
Parcours vers l'aviation de chasse

Insatisfait de son affectation loin du front, Boelcke cherche à s'engager dans un rôle plus actif. Il cherche donc à rejoindre son frère aîné Wilhelm, lieutenant observateur au sein du Feldflieger Abteilung 13 (FFA, qui peut se traduire par « groupe d'aviation de campagne » 13) à Montmédy. Le , alors que Boelcke doit voler de Trèves à Sedan avec un observateur, il fait en sorte de faire étape à Montmédy pour rencontrer son frère et demander directement au commandant du FFA 13 son transfert dans l'unité. Son souhait est exaucé et les deux frères sont réunis en un équipage: Oswald est le pilote et Wilhelm l'observateur[18]. A ce moment de la guerre, c'est ce dernier poste qui est le mieux considéré: l'observateur est souvent un officier expérimenté chargé du cœur des missions (le repérage d'artillerie ou la reconnaissance), tandis que le pilote est généralement un subalterne considéré comme un chauffeur[18]. Le duo va enchaîner les missions à bord d'un Albatros B.I à un rythme soutenu durant l'avancée rapide de l'armée allemande puis sa retraite lors de la bataille de la Marne. Wilhelm et Oswald sont tous les deux décorés de la croix de fer, le premier pour son travail d'observateur, le second pour avoir réalisé cinquante missions à la date du . À partir de la fin septembre cependant, la stagnation du front, le vent et la pluie font diminuer l'activité aérienne, suscitant l'ennui de Boelcke (et aggravant son asthme par la même occasion)[19],[20]. A la fin de l'année, les frères Boelcke sont de loin l'équipage le plus actif de leur escadrille, avec 61 missions pour Wilhelm et 42 pour Oswald, tandis que le troisième pilote le plus actif n'en totalise que 27[21],[22].

Il y a peu de combats terrestres au début de , et le besoin d’un soutien aérien demeure limité, comme à la fin de l'année précédente. Oswald Boelcke effectue un séjour à l’hôpital en raison de son asthme, et les deux frères retournent ensuite dans leur famille à l'occasion d'une permission[23]. A leur retour, le nouveau commandant de leur Feldflieger Abteilung souhaite les séparer en les affectant à deux équipages différents, en partie car leur proximité et leur activité très soutenue suscite des tensions dans l'escadrille[23]. À la fin du mois de mars, la situation se tend lorsque les deux frères refusent de voler séparément et entament une grève. Leur commandant cède provisoirement, mais Wilhelm est transféré le mois suivant à Posen, dans l'est de l'Allemagne. Oswald demande à rejoindre son frère mais est menacé d'être transféré dans l'infanterie s'il continue à s'opposer aux ordres. Après cela, Wilhelm commandera deux escadrilles et survivra à la guerre pour mourir en 1954[24],[25]. Le , Oswald est affecté au Feldflieger Abteilung 62, basé près de Douai[24],[25]. Il passe au Kampfeinsitzer Kommando Douai (KEK Douai, littéralement « unité de combat monoplace Douai ») le . Dans cette petite escadrille de chasse rattachée au FFA 62, il est le pilote le plus expérimenté. Il se lie rapidement d'amitié avec Max Immelmann, originaire comme lui de Saxe et appelé comme lui à devenir l'un des premiers as allemands notables[24],[25]. La personnalité des deux hommes diffère cependant, puisque Immelmann est autocentré, arrogant et « tête brûlée », s'intéressant davantage au pilotage là ou Boelcke est plus introverti, prudent et porté sur le commandement et son travail d'officier[24].
Fléau Fokker

Quand Boelcke est transféré dans sa nouvelle unité, des pilotes alliés comme Roland Garros, Eugène Gilbert et Adolphe Pégoud remportent leurs premières victoires aériennes et marquent ainsi l’imaginaire du public: la presse française salue Pégoud comme « l’as »[27]. Pour un public plus habitué à la guerre industrielle, ces récits simples de « héros » solitaires et identifiables exercent un attrait particulier, renforcé par la nouveauté technologique que constituent les avions[28]. Ce filon de propagande est aussi exploité en Allemagne, avec des communiqués de presse fournis aux journaux et magazines, des éditions de cartes postales sur le thème de l'aviation et des vidéos dédiées aux aviateurs populaires[29],[30]. Le , du côté français des lignes, Eugène Gilbert abat son cinquième aéroplane allemand[31]. Le , le britannique Lanoe Hawker remporte sa première victoire[32],[33]. Peu de temps après, des pilotes allemands comme Kurt Wintgens, Max Immelmann ou Oswald Boelcke vont eux aussi connaître la célébrité.
Dans ce contexte, Oswald Boelcke a plusieurs occasions de participer à des combats aériens, et sa première victoire aérienne est remportée le à bord d'un Albatros C.I. Avec son observateur (le lieutenant Heinz-Hellmuth von Wühlisch, Boelcke prend en chasse un biplace Morane-Saulnier et manœuvre pendant plus de 30 minutes pour offrir à von Wühlisch une fenêtre de tir. Il faut encore une vingtaine de minutes de poursuite et de fusillade avant que l'avion français ne s'écrase dans une forêt derrière les lignes allemandes[34]. Boelcke atterrit pour retrouver la carcasse de l'appareil, mais découvre aussi les cadavres des deux membres d'équipage[34]. Cette première victoire aérienne vaut la croix de fer de 1re classe à von Wühlisch et une promesse à Boelcke: celle de disposer d'un des premiers Fokker Eindecker du KEK Douai[35],[34]. Le Fokker E.I (premier d'une série nommée Eindecker, pour monoplan en allemand) constitue une réponse allemande aux premières victoires air-air remportées par les aviateurs français. L’appareil en lui-même comporte de nombreux défauts, les principaux étant des commandes capricieuses et un moteur peu performant, mais son atout principal réside dans son armement révolutionnaire[36]. Une mitrailleuse est montée sur le nez de l'avion: les impulsions d'une came entraînée par le moteur contrôlent la synchronisation de l'arme pour que son tir soit calé sur les intervalles entre les passages des pales de l'hélice devant le canon, éliminant ainsi le risque de détruire l'hélice qui existait sur les premiers essais français[37]. En plus de constituer une avancée technologique notable, ce système simplifie grandement l'utilisation des avions de combat, puisqu'un pilote seul peut désormais utiliser une arme tout en dirigeant son avion, De plus, la mitrailleuse des Eindecker est alimentée par des bandes de plusieurs centaines de cartouches, permettant des engagements bien plus longs et fluides que les avions alliés, généralement équipés de mitrailleuses Lewis à chargeur-tambour de 47 coups[38]. Les Eindecker sont attribués aux unités allemandes par paire, afin de protéger les autres avions[38]. Les pilotes les plus expérimentés peuvent les utiliser, en alternant avec des biplaces pour des missions plus classiques. Cependant, les missions de chasse des Eindecker sont officiellement limitées au survol des lignes allemandes: l'appareil est considéré comme trop révolutionnaire pour risquer d'être perdu en territoire ennemi. L'agressivité de pilotes comme Oswald Boelcke ou Max Immelmann va cependant rapidement faire changer cela[39],[40].
Le KEK Douai reçoit le prototype M.5K/MG E.3/15, que Boelcke et Immelmann se partagent. Les deux hommes saisissent toutes les occasions pour apprendre à maîtriser ce nouvel avion, avant qu'Immelmann ne dispose de son propre appareil (une version de production) et laisse donc le prototype moins fiable à Boelcke. Le , lorsque des B.E.2c du No. 2 Squadron RFC bombardent la base du FFA 62 et du KEK Douai à 5 h 45 du matin[41], les pilotes allemands sont tirés du lit et décollent rapidement pour riposter ; parmi eux se trouvent Boelcke et Immelmann[41]. Cependant, la mitrailleuse de Boelcke s'enraye et il doit abandonner la poursuite, tandis qu'Immelmann rattrape un B.E.2c et force son pilote à atterrir près de Douai avant de le faire prisonnier[42].
La première victoire de Boelcke dans le nouvel appareil intervient 19 jours plus tard, lorsqu'il force un avion britannique à atterrir dans les lignes alliées[43]. À cette époque, les pilotes d’Eindecker sont déjà mentionnés dans les communiqués officiels et mis à l’honneur dans les magazines et journaux: Boelcke conseille donc à son père la modestie dans ses rapports avec les journalistes[44].

En septembre 1915, des modèles améliorés d'Eindecker sont livrés au front. La puissance moteur est accrue et le Fokker E.IV reçoit une paire de mitrailleuses au-dessus du moteur au lieu d'une arme unique[45]. Au cours du même mois, Boelcke et Immelmann remportent chacun deux victoires supplémentaires[46]. Le , Boelcke est transféré à Metz pour rejoindre la Brieftauben-Abteilung-Metz (« section de pigeons voyageurs de Metz », cette désignation inhabituelle visant à masquer son statut d'unité de combat[47]) afin de contrer une offensive française en Champagne[48],[47]. Le 25, premier jour de l'offensive, il décolle à bord d'un avion d'emprunt (son Fokker n'est pas encore arrivé à Metz) et attaque une formation de dix Farman français au-dessus de la ville. Il réussit à en abattre un (qui s'écrase dans les lignes françaises) mais doit décrocher rapidement en raison du désavantage numérique[48]. Le , Boelcke remporte sa cinquième victoire : il abat un Voisin français, suivi d'un autre appareil au sud de Tahure le 30. Le , il est le premier pilote à recevoir l'Ordre de Hohenzollern, six jours avant Immelmann[49]. A ce moment, l'efficacité meurtrière des Eindecker commence à être qualifiée de « fléau Fokker » dans la presse alliée et les pilotes de ces appareils acquièrent une certaine renommée en Allemagne[50].
Boelcke retourne au Feldflieger Abteilung 62 le [51]. A son arrivée, il est décoré de la Médaille de sauvetage prussienne sur ruban pour une affaire remontant au mois d'août: il a secouru un adolescent français tombé dans le canal en face du mess des officiers de son escadrille[52].

Le , une amélioration du temps hivernal permet la reprise des vols, et Boelcke abat un BE.2 britannique près de Harnes. Après avoir atterri près de l’appareil, il découvre que le pilote, germanophone, connaît déjà son nom. Il visite ensuite l’observateur à l’hôpital et lui apporte de la lecture[53]. À cette date, Boelcke est suffisamment médiatisé pour que cette victoire fasse la une des journaux[54]. Le , Buddecke revendique sa cinquième victoire confirmée[55]. Boelcke et Immelmann abattent chacun leur huitième avion ennemi ce jour-là, et reçoivent immédiatement la plus prestigieuse décoration de l’Empire allemand: la croix Pour le Mérite. La distinction suscite des articles dans la presse américaine, britannique et allemande. Boelcke acquiert une notoriété internationale, au point de ne plus pouvoir marcher dans la rue ou assister à l’opéra sans être reconnu[56]. Le jeune lieutenant constate également que généraux et membres de la noblesse recherchent sa compagnie: il reçoit des télégrammes du roi de Saxe, des princes héritiers de Prusse et de Saxe, ainsi que du prince Sigismond de Prusse, et doit entamer un véritable circuit des banquets avec Immelmann en parallèle de son activité au front[57],[56].
Le , Boelcke est de nouveau secrètement affecté à la Brieftauben-Abteilung Metz, en prévision de la bataille de Verdun. Le mauvais temps limite ses sorties, et il se plaint de n’avoir guère d’autre occupation que de répondre à contre-cœur au courrier de ses admirateurs[58]. Boelcke dit à ses parents qu'il reçoit du beurre, du jambon, des saucisses, des gâteaux et « encore plus d'œufs, pourtant rares, que je ne peux en manger... Tout cela est très bien, si seulement je n'avais pas à répondre à autant de lettres. Je ne sais vraiment pas quoi faire de toutes ces nouvelles distinctions ». À la fin de février, il est hospitalisé pour une affection intestinale[58]. Après environ une semaine, il quitte clandestinement l’hôpital pour retourner au combat. Il juge sa base de Jametz trop éloignée du front et obtient l’autorisation d’utiliser le terrain avancé de Sivry, situé à seulement 12km des lignes[59].
Le , Boelcke reçoit le premier commandement de sa carrière, lorsque le Fliegerabteilung Sivry (Section d'aviation de Sivry) est créée sur son aérodrome. Cette unité de six pilotes de chasse constitue le précurseur des escadrilles allemandes développées plus tard dans la guerre. Boelcke relie par téléphone un poste d’observation avancé sur la ligne de front au terrain de Sivry pour être informé rapidement de la présence d'avions français dans le secteur et pouvoir décoller en conséquence[59]. Le détachement est stationné non loin de Stenay, où se trouve le quartier général du prince héritier Guillaume de Prusse, avec lequel Boelcke noue une amitié[60].
Oswald Boelcke devient le premier aviateur allemand à atteindre le palier des dix victoires le , en abattant un Farman, avant d'en remporter une onzième dès le lendemain. Max Immelmann réussit l’une des premières doubles victoires de la guerre le , égalant donc le tableau de chasse de Boelcke[61]. L’égalité entre les deux hommes perdure une semaine, jusqu'au , date à laquelle Boelcke abat un Farman près de Cuissy-et-Geny[62]. A ce moment de la guerre, Boelcke et Immelmann sont les meneurs d'un sorte de « course aux victoires » dans laquelle s'engagent nombre d'autres pilotes : Rudolf Berthold, Otto Parschau, Hans-Joachim Buddecke, Kurt Wintgens, etc.
Cependant, les Fokker Eindecker sur lesquels volent la plupart de ces pilotes deviennent obsolètes et sont remplacés par des Halberstadt D.II et Albatros D.I biplans, eux aussi équipés de mitrailleuses synchronisées. Dans l'autre camp, les Français mettent en service le Nieuport 11, un biplan conventionnel équipé d'une mitrailleuse au-dessus de l'aile (tirant donc au-dessus de l'hélice car la synchronisation n'est pas encore maitrisée). Les Britanniques contournent eux aussi le problème de la synchronisation avec le Airco DH.2, dans lequel l'hélice est déplacée à l'arrière de l'avion, permettant de dégager la ligne de mire de l'observateur placé dans la nacelle à l'avant. La supériorité allemande commence alors à s'éroder, et Oswald Boelcke s'attache à développer des tactiques pour contrebalancer cette évolution[63],[64].
La « course aux victoires » se poursuit en mai et devient désormais un duel entre Boelcke et Immelmann, puisque Buddecke est transféré vers le front ottoman, où les occasions de victoires vérifiables sont plus restreintes[55]. Lorsque Boelcke abat deux appareils ennemis le , l’empereur Guillaume II passe outre les règlements interdisant la promotion au grade de Hauptmann avant l’âge de trente ans et Boelcke est promu dix jours après son vingt-cinquième anniversaire, devenant ainsi le plus jeune capitaine de l’armée allemande[65]. Les deux hommes se connaissent personnellement puisqu'un mois auparavant, Boelcke a déjeuné avec l'empereur pour l'entretenir de tactiques aériennes[56]
Repos forcé
Mort de Max Immelmann

Le , Max Immelmann est tué juste après avoir remporté sa 17e victoire dans un affrontement avec un Royal Aircraft Factory F.E.2. Les causes précises de sa mort sont inconnues: la victoire est créditée à un équipage britannique, mais pour les Allemands, un défaut de son synchronisateur de mitrailleuse aurait entraîné la destruction de son hélice. Sa mort à 25 ans est rapportée est un choc en Allemagne[66]. Une importante cérémonie de funérailles est organisée le à Douai, et Boelcke y participe[67]. La rivalité entre les deux hommes a longtemps été considérée comme amicale, une opinion relayée par l'historiographie allemande des années 1930. Cependant, des lettres privées de Boelcke récemment découvertes révèlent que leur relation était souvent tendue et que Boelcke méprisait quelque peu Immelmann[62]. Sa mort signe cependant la fin symbolique du Fléau Fokker et affecte Boelcke[68].

Le , Oswald Boelcke est convoqué au quartier général de l'aviation allemande. Il s'attend à être affecté à la 2e armée dans la Somme mais est déçu d'apprendre qu'il est retiré complètement du front par ordre de l'empereur, afin d'éviter de perdre le meilleur pilote de chasse (il est alors crédité de 18 victoires) peu après la mort d'Immelmann[69]. Boelcke a le choix entre un travail de bureau ou une tournée dans les Balkans et sur le front turc: il choisit la seconde option. Cependant, il décolle une dernière fois dans la soirée et réussit à remporter sa 19e victoire contre un Nieuport près de Douaumont.
Rédaction des Dicta Boelcke
Parallèlement à sa mise au repos et à son voyage sur les théâtres d'opérations orientaux, Oswald Boelcke entreprend une réflexion poussée sur la tactique aérienne allemande, qu'il énonce dans un rapport au QG de la Luftstreitkräfte[70].
Boelcke reprend l'idée des KEK mais propose de les étendre, en mettant sur pied des unités de chasse composées d'un commandant et d'une grosse dizaine de pilotes (contre environ 6 pour les KEK). Contrairement à ces derniers, ces escadrilles n'auraient pas pour but principal l'escorte des biplaces mais seraient plutôt affectées exclusivement à la chasse des avions alliés[70]. Ce faisant, il pose les bases organisationnelles de la Jagdstaffel (Jagdstaffeln au pluriel, et Jasta en version abrégée), l'unité de chasse allemande caractéristique de la deuxième moitié de la guerre[70]. Plus notable encore, Oswald Boelcke formule les « Dicta Boelcke », une série de règles à respecter pour maximiser les chances de victoires dans un combat aérien[71]:
- Essayez toujours d'obtenir une position avantageuse avant d'attaquer. Prenez de l'altitude avant et pendant l'approche afin de surprendre l'ennemi par le haut, puis foncez rapidement sur lui par l'arrière lorsque le moment d'attaquer est venu.
- Essayez de vous placer entre le soleil et l'ennemi. Cela l'aveuglera et rendra difficile pour lui de vous voir et impossible de tirer avec précision.
- Ne tirez pas tant que l'ennemi n'est pas à portée et que vous ne l'avez pas clairement dans votre ligne de mire.
- Attaquez lorsque l'ennemi s'y attend le moins, ou lorsqu'il est occupé à d'autres tâches telles que l'observation, la photographie ou le bombardement.
- Ne tournez jamais le dos à un adversaire et n'essayez pas de lui échapper. Si vous êtes surpris par une attaque dans votre queue, tournez-vous et affrontez l'ennemi.
- Gardez un œil sur l'ennemi et ne vous laissez pas tromper par ses ruses. Si votre adversaire semble touché, poursuivez-le jusqu'à ce qu'il s'écrase pour vous assurer qu'il ne simule pas.
- Les actes de bravoure insensés ne mènent qu'à la mort. La Jasta doit combattre en tant qu'unité, avec une étroite collaboration entre tous les pilotes. Les ordres de ses chefs doivent être obéis.
Ces règles en apparence simples sont toutefois les premières ébauches d'un « manuel » d'instruction à destination des pilotes, à une époque ou leur formation est encore lourdement défaillante chez presque tous les belligérants[72]. Ainsi, la 3e règle permet souvent de faire la différence entre le pilote novice et l'expérimenté: le novice à tendance à ouvrir le feu trop tôt, ce qui permet à un adversaire expérimenté de savoir qu'il à affaire à un pilote inférieur[72]. Toutes ces règles restent valides pendant la Première Guerre mondiale et les conflits suivants, à l'exception de la sixième (formulée à une époque où les combats aériens sont encore des duels entre deux appareils uniquement, évitant ainsi d'être attaqué en poursuivant son adversaire)[72]. Ces règles sont ensuite distribuées sous forme de livret aux pilotes allemands, constituant le premier vrai manuel de tactique aérienne, près de deux ans avant la diffusion des équivalents britanniques et français, qui n'arrivent qu'en 1918[73].
Après la rédaction des Dicta, Oswald Boelcke est envoyé pour une tournée d'inspection à l'Est, qui va durer un peu moins d'un mois: le , il est à Vienne, et passe ensuite par Budapest pour gagner Istanbul. Le , il est sur le chemin du retour, à Kovel (dans l'escadrille que commande son frère Wilhelm), lorsque lui parvient un télégramme du général Hermann von der Lieth-Thomsen, le commandant en chef de l'aviation allemande. Ce dernier lui ordonne de revenir le plus vite possible sur le front de l'Ouest, afin de prendre le commandement d'une nouvelle escadrille sur le front de la Somme, fondée sur les principes qu'il a énoncé: la Jagdstaffel 2.
Commandement de la Jasta 2
Formation

Six KEK sont agrandis et transformés en Jagdstaffeln par des ordres publiés le . Une septième escadrille doit être créée de zéro. Cette unité, la Jagdstaffel 2, est attribuée à Boelcke pour qu’il en rassemble les pilotes et en prenne le commandement. Lorsque le message de von der Lieth-Thomsen parvient aux frères Boelcke, il est suivi d’une autorisation exceptionnelle: elle lui donne carte blanche pour recruter ses hommes[74]. Sur la recommandation de Wilhelm, Oswald recrute deux pilotes issus de l’unité de son frère: l’un est un jeune officier de cavalerie, Manfred von Richthofen, l’autre est Erwin Böhme, 37 ans, un ingénieur civil revenu d’Afrique au début de la guerre après six années passées là-bas. Après avoir sélectionné trois autres pilotes, Boelcke retourne en France pour organiser son escadrille.[75]
L'unité ne dispose au départ que de quatre hangars vides abandonnés par le Feldflieger Abteilung 32 dans les bois de Vélu. Autorisée à recevoir 14 avions, leurs pilotes et le personnel au sol nécessaire, l’unité naissante ne compte au que trois officiers et 64 hommes du rang, et aucun avion. Au , huit pilotes sont présents, dont Richthofen et Böhme. Trois jours plus tard, Böhme insiste pour obtenir l’autorisation d’utiliser un vieil Halberstadt qui devient ainsi le 4e avion de la Jasta 2[76],[77]. Tandis que son escadrille peine à se mettre en place, Boelcke effectue seul des sorties de combat. Le , il abat le capitaine britannique Robert E. Wilson pour sa 20e victoire. Le lendemain, Boelcke reçoit Wilson au mess de son escadrille avant de renvoyer le pilote britannique en captivité[78]. Wilson en gardera une impression positive:
Je trouve une certaine consolation dans le fait d'avoir été abattu par le capitaine Boelcke, le plus grand aviateur allemand, et d'avoir eu la vie sauve de manière presque miraculeuse. Le lendemain, Boelcke m'a invité à son aérodrome et m'a reçu dans son mess. Nous avons également été photographiés ensemble. Il m'a laissé une très bonne impression, tant comme pilote que comme homme, et ce combat restera le plus beau souvenir de ma vie, même s'il s'est mal terminé pour moi[79].
À mesure que le personnel continue d’arriver, les installations de la Jasta 2 se développent et les pilotes s’entraînent. Ils commencent par le tir et la résolution des enrayages de mitrailleuses au sol. Ils reçoivent également des exposés détaillés de Boelcke sur l'identification des appareils ennemis et leurs forces et faiblesses. Ils se familiarisent enfin avec leurs avions avant de prendre l’air (l'Allemagne introduit à ce moment toute une variété de nouveaux avions de chasse pour remplacer les Eindeckers, dont des Fokker D.III)[80]. Boelcke résume ainsi sa vision du commandement : « Vous pouvez gagner la confiance des hommes si vous vivez avec eux naturellement et si vous ne tentez pas de jouer les supérieurs hautains. »[81]
Boelcke entraîne ses pilotes aux tactiques qu'il a développé. Ils apprennent à voler en binôme (chef de patrouille et ailier) espacés de 60 mètres pour permettre un demi-tour sans risque de collision. Ils volent en formation, permettant ainsi de grouper leur puissance de feu pour l'attaque. Parallèlement, Boelcke n'implique pas son escadrille dans les combats avant la fin de l'entraînement et poursuit ses sorties en solo. Il remporte ainsi des victoires solitaire les 8 et , et deux double victoires les 14 et [82].
Au combat
De nouveaux chasseurs arrivent le . Un prototype d’Albatros D.II est destiné à Boelcke, et cinq Albatros D.I sont partagés entre ses pilotes. Les nouveaux appareils surclassent les modèles précédents, ainsi que ceux de leurs adversaires[83]. Dotés de moteurs plus puissants, ils sont plus rapides, montent plus rapidement à un plafond plus élevé et emportent deux mitrailleuses synchronisées dans le nez au lieu d’une seule[83]. Avec ces nouveaux avions, Jagdstaffel 2 effectue ses premières missions en tant qu'escadrille le . Boelcke abat sa 27e victime, tandis que ses hommes remportent quatre autres victoires ce jour-là[83]. Malgré ces premiers bons résultats, Boelcke poursuit l'instruction de ses hommes: il discute désormais les vols à l’avance et écoute les avis de ses pilotes, puis donne les ordres de mission et procède personnellement au débriefing après chaque sortie[84].
Le , un temps pluvieux aggrave l’asthme de Boelcke au point de l’empêcher de voler. Il refuse de se rendre à l’hôpital, mais délègue le commandement à l’Oberleutnant Gunther Viehweger. Dans la nuit, la Jagdstaffel 2 est transférée de Bertincourt à Lagnicourt, l’artillerie britannique commençant à pilonner son aérodrome. Le lendemain, dans une lettre adressée à sa famille, Boelcke note qu’il continue à essayer difficilement d’inculquer à ses pilotes l’importance du combat en équipe plutôt qu’en individuel. Néanmoins, lorsque l’escadrille effectue six sorties ce jour-là sans lui, elle abat trois appareils ennemis. Boelcke reprend finalement le vol et le commandement le [84],[85]. Le rapport d’activité de l’escadrille pour le mois de septembre, rédigé par Boelcke, fait état de 186 sorties, dont 69 donnent lieu à des combats. Dix victoires lui sont attribuées personnellement et quinze autres sont partagées entre ses hommes, au prix de quatre pertes[86].
Au , l’escadrille compte dix pilotes ; outre Boelcke, cinq d’entre eux ont déjà abattu des avions ennemis. Boelcke est crédité de sa 30e victoire, mais l’escadrille perd un pilote, touché par la DCA alliée. Le lendemain débute une nouvelle période pluvieuse qui empêche toute activité aérienne jusqu’au . Le 8, le général Erich Ludendorff réorganise la Fliegertruppe (qui change de nom pour devenir la Luftstreitkräfte) et nomme le Generalleutnant Ernst von Hoeppner au nouveau poste de chef de l’aviation militaire. Hoeppner fait immédiatement diffuser les Dicta Boelcke au sein de la nouvelle force aérienne[87].
Le , une journée claire permet la reprise des vols. La Jagdstaffel 2 effectue 31 sorties, combat lors de 18 d’entre elles et revendique cinq victoires, dont la 33e de Boelcke. D’autres combats aériens ont lieu le ; parmi les quatre victoires de l’escadrille ce jour-là, Boelcke est responsable de deux d'entre elles. Il obtient en tout onze victoires aériennes au cours du mois d’octobre, atteignant la 40e le . Ce total fait de lui le principal as de l'aviation à ce moment de la guerre: il faut attendre le pour que Manfred von Richthofen le dépasse. En cette fin d', il est devenu clair que l'apparition des premières escadrilles de chasse allemande a permis de reprendre au Royal Flying Corps et à l'Aéronautique militaire la maîtrise du ciel sur le front de l'Ouest: entre la mi-septembre et la mi-octobre, la Luftstreitkräfte a abattu 211 avions alliés pour seulement 39 pertes. La Jasta 2 est responsable sur le seul mois d'octobre de 26 avions alliés détruits pour 6 pertes[88].
Mort
Dans la soirée du , c'est un Oswald Boelcke déprimé et fatigué qui quitte prématurément le mess de l’escadrille pour regagner sa chambre. Le stress du combat et du commandement son escadrille pèse lourdement sur son état d'esprit. Son ordonnance, Ludwig Fischer, constate l'épuisement de son commandant, qu'il suit pendant une longue période[89]: « Mon capitaine devenait de plus en plus maigre et sérieux. Le fardeau surhumain de sept décollages par jour pour les combats et les soucis concernant son escadrille lui pesaient. Le général von Below, commandant en chef de notre armée, voulait lui accorder un congé parce qu'il était surmené, mais il refusait de partir. ». Le soir du , Boelcke quitte donc le mess, qu'il trouve trop bruyant et s'assoit dans sa chambre en fixant le feu. Plus tard, Erwin Böhme le rejoint en se plaignant également du bruit et les deux hommes ont une longue discussion, qui n'est interrompue que lorsque Ludwig Fischer leur conseille d'aller dormir[90].

Le lendemain, le temps est brumeux avec une couche nuageuse, mais l’escadrille effectue néanmoins quatre missions dans la matinée, ainsi qu’une autre plus tard dans la journée[91],[92]. Lors de la sixième mission, Boelcke et cinq de ses pilotes attaquent une paire d’avions britanniques du No. 24 Squadron RFC (en). Boelcke et Böhme poursuivent l’Airco DH.2 du capitaine Arthur Gerald Knight (en), tandis que Richthofen prend en chasse l’autre DH.2, piloté par le capitaine canadien Alfred Edwin McKay (en). McKay échappe à Richthofen en passant derrière Knight, coupant la trajectoire de Boelcke et de Böhme. Tous deux cabrent brusquement leurs appareils pour éviter une collision avec McKay, chacun étant dissimulé à la vue de l’autre par les ailes de son propre avion. Aucun des deux n’a donc conscience de la position de l’autre[91],[92].
Au moment où Böhme aperçoit l'avion de son commandant et ami sous lui, l'aile supérieure gauche de Boelcke effleure le train d’atterrissage de l’appareil de Böhme. L'impact est léger mais suffit à déchirer la toile de l'aile de l'Albatros. Elle perd ainsi en portance et Boelcke part en spirale (au cours de laquelle la toile de son aile continue de s'arracher) avant de réussir à planer un moment jusqu'à s'écraser près d'une batterie d'artillerie allemande près de Bapaume. L'impact paraît suffisamment léger pour donner au pilote des chances de survie. Cependant, Boelcke ne portait pas de casque de protection et n'avait pas attaché sa ceinture de sécurité ce jour-là. Il meurt donc sur le coup, d'une fracture du crâne, à l'âge de 25 ans[91],[92]. Böhme réussit à rentrer à sa base mais se retourne à l’atterrissage lorsque son train endommagé par l'accident se brise, sans gravité pour lui[92]. Se sentant responsable de la mort de son ami, il déplore que « le destin soit généralement cruellement stupide dans ses choix »[93],[94]. Il sera ensuite blanchi par une enquête[93],[94].
Mémoire
Funérailles et hommage national

Des pilotes de la Jagdstaffel 2 se précipitent vers la position d’artillerie où Boelcke s’est écrasé, espérant qu’il soit encore en vie, mais les artilleurs leur remettent son corps[95]. Bien que Boelcke soit protestant, une cérémonie commémorative a lieu dans la cathédrale de Cambrai le . Des centaines de personnes sont présentes, dont Rupprecht de Bavière et le général Otto von Below, commandant de la 1re armée. La cérémonie s'achève par le transport du cercueil de Boelcke vers la gare pour son rapatriement en Allemagne, avec garde d'honneur et survols d'avions[96],[97]. Les hommages ne viennent pas que du côté allemand, puisque même les Britanniques témoignent leurs condoléances. Le second lieutenant Thomas Green du No. 3 Squadron RFC (en) est chargé de survoler les lignes allemandes pour larguer une gerbe de fleurs accompagnée d'une lettre disant « À la mémoire du capitaine Boelcke, notre courageux et chevaleresque adversaire ». Une autre couronne de fleurs est offerte par Robert E. Wilson, l'officier capturé par Boelcke pour sa 20e victoire[96],[97].
Le train rapatriant le corps d'Oswald Boelcke passe par Magdebourg et Halberstadt, puis gagne Dessau[97]. Une cérémonie d'envergure nationale a lieu le à la Johanniskirche (église Saint-Jean) de Dessau. A cette occasion, des médailles envoyées par l'Empereur d'Autriche, le Tsar de Bulgarie ou l'Empire ottoman sont remises à titre posthume à Boelcke. La cérémonie est encore une fois suivie par des centaines de personnes, dont de nombreux généraux et membres de la noblesse impériale. Guillaume II est représenté par le général von Lyncker, qui prononce l'oraison funèbre, suivi d’un discours de Lieth-Thomsen. La cérémonie est ensuite relatée dans la presse nationale. Boelcke est inhumé dans l’Ehrenfriedhof (cimetière d’honneur) de Dessau[98].
Héritage
L'importance d'Oswald Boelcke dans le développement de l'aviation allemande est résumée par Hermann von der Lieth-Thomsen dans son discours pendant les funérailles de l'aviateur[99]: « L'armée de l'air impériale allemande a beaucoup perdu avec sa mort prématurée, mais elle a également beaucoup gagné grâce à sa vie et à son travail. ».
Boelcke est considéré comme le précurseur des tactiques de combat aérien, de l'organisation des escadrilles de chasseurs, des systèmes d'alerte précoce et de l'armée de l'air allemande. Il a été surnommé « le père du combat aérien », autant par ses contemporains que par ses biographes[100],[101]. Les premières victoires remportées par Boelcke ont inspiré et motivé d'autres aviateurs et le public allemand. C'est à son initiative que le service aérien de l'armée impériale allemande a fondé sa première Jastaschule (école de chasse) afin d'enseigner ses tactiques aériennes. La promulgation des « Dicta Boelcke » a défini la première doctrine de l'aviation de chasse allemande. La concentration des avions de chasse en escadrilles dédiées, proposée par Boelcke, a permis à l'Allemagne d'obtenir la suprématie aérienne sur le front de l'Ouest pendant un temps et a été décisive dans la conduite des opérations militaires[102]. La Jagdstaffel 2, même après la mort de Boelcke est restée l'une des meilleures unités de chasse de l'aviation allemande, avec 336 victoires aériennes homologuées avant la fin de la guerre: elle n'est dépassée en cela que par la Jagdstaffel 11 de Manfred von Richthofen, lui-même élève de Boelcke[103].
D'autres élèves de Boelcke ont connu le succès, puisque sur les 15 premiers pilotes sélectionnés pour la Jagdstaffel 2, huit sont devenus des as. À la fin de la guerre, 25 as avaient servi dans l'escadrille et totalisaient à eux-seuls 90 % de ses victoires[104]. Quatre de ses as sont devenus généraux pendant la Seconde Guerre mondiale: Gerhard Bassenge (en) (pionnier des troupes aéroportées), Ernst Bormann (en) (commandant du Kampfgeschwader 76) , Hermann Frommherz (en) (responsable de la défense aérienne de la baie Allemande et Otto Höhne (en) (commandant d'une école d'aviation)[105]. Le plus remarquable des pilotes sélectionnés par Boelcke est évidemment Manfred von Richthofen, le Baron Rouge[106]. Il est le pilote le plus victorieux de la guerre, avec 80 victoires confirmées avant sa mort en 1918: il cite cependant l'influence de Boelcke lorsqu'il rédige son propre manuel de tactique aérienne, plus tard dans la guerre[107].
Bien que très connu et médiatisé de son vivant, la mémoire d'Oswald Boelcke n'est pas particulièrement reprise par le régime nazi après son accession au pouvoir, contrairement par exemple à Rudolf Berthold[108]. Néanmoins, l’Allemagne nazie donne son nom au Kampfgeschwader 27 (escadre de bombardement 27)[109]. La « caserne Boelcke », une caserne de la Luftwaffe construite en 1936 dans la banlieue de Nordhausen est également transformée entre janvier et en camp annexe du système concentrationnaire de Dora-Mittelbau. Lors de la libération du camp par les troupes américaines le , plus de 3000 prisonniers y ont trouvé la mort en trois mois, dans des conditions particulièrement atroces. Les photographies prises par les Américains dans ce camp deviennent une « image emblématique de la terreur nazie » dans le monde[110].
Le nom de Boelcke figure aussi sur les armoiries de l’actuelle Taktisches Luftwaffengeschwader 31 (escadre aérienne tactique 31), une escadre de chasseurs-bombardiers de la Luftwaffe. Cette unité effectue un pèlerinage sur la tombe de Boelcke à chaque anniversaire de sa mort. Il est également largement commémoré sur la base aérienne de Nörvenich, qui abrite l'unité: Oswald Boelcke est représenté par des fresques sur les bâtiments, des portraits dans les couloirs et un buste à l'entrée du QG de l'escadre. En outre, le journal de la base est nommé en son honneur, et l'as est régulièrement représenté sur les livrées des avions de l'escadre[109].
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Liste des victoires aériennes
Le tableau des victoires d'Oswald Boelcke est tiré intégralement des références suivantes :
- (en) Norman Franks, Frank Bailey et Russell Guest, Above the Lines: A Complete Record of the Aces and Fighter Units of the German Air Service, Naval Air Service and Flanders Marine Corps 1914–1918, Londres, Grub Street, (ISBN 978-0-948817-73-1), p. 76-77
- (en) Johannes Werner (trad. Claud W. Sykes, préf. Norman Franks), Knight of Germany: Oswald Boelcke German Ace [« Boelcke der Mensch, der Flieger, der Führer der deutschen Jagdfliegerei »], Londres, Greenhill Books, (ISBN 978-1-935149-11-8), p. 243-249
| N° | Date | Appareil ennemi | Lieu | Heure | Unité | Remarques |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Morane-Saulnier Type L | Valenciennes | Inconnue | FFA 62 | Lieutenants Têtu et De la Rochefoucauld de l'escadrille 15, tous deux tués. | |
| 2 | Biplan Bristol | Près du front | soir | FFA 62 | Avion contraint à atterrir en urgence | |
| 3 | Morane -Saulnier biplace | Ligne de front françaises | soir | FFA 62 | Avion écrasé près de Douai, à proximité de tranchées françaises. Boelcke revendique d'avoir tué les deux membres d'équipages mais aucune perte ne correspond dans les archives françaises. | |
| 4 | Voisin ou Farman | Pont-à-Mousson | Inconnue | FFA 62 | ||
| 5 | Voisin | Saint-Souplet | matin | FFA 62 | Peut-être un appareil de l'escadrille 110. | |
| 6 | Biplace français | Tahure | matin | FFA 62 | Peut-être un appareil de l'escadrille 8. | |
| 7 | B.E.2c | Harnes | Inconnue | FFA 62 | Appareil du No. 2 Squadron RFC. Le second lieutenant W. E. Somervill et le lieutenant G. C. Formilli sont tous les deux blessés et capturés | |
| 8 | R.E.7 | Nord-Est de Tourcoing | matin | FFA 62 | Appareil du No. 12 Squadron RFC. Le second lieutenant Leonard Kingdon est tué, et le lieutenant K. W.Gray est blessé et capturé | |
| 9 | B.E.2c | Nord de Flers | 10 h 15 | FFA 62 | Appareil du No. 8 Squadron RFC. Le second lieutenant Justin Howard Herring est blessé de trois balles dans le dos et capturé, tandis que le capitaine Ralph Erskine est blessé à la jambe et lui aussi fait prisonnier (il meurt en captivité le ) | |
| 10 | Farman | A l'est de Marre | 11 h 30 | FFA 62 | Avion français contraint à atterrir près du front. Aucune perte d'avions ne correspond dans les archives, mais plusieurs pilotes ont été blessés dans le secteur ce jour-là. | |
| 11 | Voisin | Malincourt | 13 h 00 | FFA 62 | Probablement un avion de l'escadrille 113 | |
| 12 | Farman | Cuissy | 13 h 00 | FFA 62 | Avion de l'escadrille 19. Le lieutenant Libman et le sergent Galiment sont tués tous les deux | |
| 13 | Farman | Bois des Fosses, secteur de Verdun | 11 h 15 | FFA 62 | Avion contraint à atterrir mais provenant d'une escadrille incertaine. | |
| 14 | Caudron | Nord de Vaux | matin | FFA 62 | Aucune perte ne correspond à cette revendication dans les archives françaises. | |
| 15 | Biplan français | Lignes de front françaises | soir | FFA 62 | ||
| 16 | Caudron bimoteur | Nord de Ripont | soir | FFA 62 | Probablement un avion de l'escadrille 56, contraint à atterrir en urgence. | |
| 17 | Nieuport | Mort-Homme | matin | FFA 62 | Avion écrasé près du Mort-Homme, correspondant à l'un des deux pilotes français blessés ce jour-là dans le secteur. | |
| 18 | Nieuport | Boisse-de-Hesse | soir | FFA 62 | Deux pertes d'avions correspondant peut-être à cette revendication dans les archives françaises. | |
| 19 | Type inconnu | Près de Douaumont | soir | FFA 62 | Aucune perte ne correspond à cette revendication dans les archives françaises. | |
| 20 | D.H.2 | Thiepval | 19 h 15 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 32 Squadron RFC (en). Le capitaine Robert E. Wilson est contraint d'atterrir en flammes près de Thiepval, où il est capturé. | |
| 21 | F.E.2b | Flers | 18 h 25 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 22 Squadron RFC (en). Les lieutenants George Arthur Bowen et Robert MacCallam Stalker sont tous les deux tués en sautant de leur avion en flammes près de Flers. | |
| 22 | D.H.2 | Nord de Bapaume | 18 h 40 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 24 Squadron RFC (en). Le lieutenant Neville Philipp Manfield est tué quand son avion en flammes s'écrase au sol. | |
| 23 | Sopwith 1½ Strutter | Sud de Bapaume | 9 h 15 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 70 Squadron RFC (en). Le Britannique John Hugh Gale et le Canadien J. M. Strathy sont tous les deux tués lorsque leur avion se disloque au sud de Bapaume. | |
| 24 | D.H.2 | Près de Driencourt | Inconnue | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 24 Squadron RFC (en). Le second lieutenant J. V. Bowring est capturé après avoir été contraint à atterrir. | |
| 25 | Sopwith 1½ Strutter | Hesbecourt, Ypres | 8 h 00 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 70 Squadron RFC (en). Le capitaine Guy Lindsay Cruickshank et le lieutenant Rudolph Arthur Preston sont tués tous les deux. | |
| 26 | Sopwith 1½ Strutter | Éterpigny | 8 h 15 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 70 Squadron RFC (en) qui s'écrase dans les lignes britanniques. Le second lieutenant Neville Kemsley est probablement tué sur le coup, tandis que ce même sort est certain et attesté pour le deuxième membre d'équipage, le second lieutenant Carl John Beatty. | |
| 27 | F.E.2b | Équancourt | 11 h 35 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 11 Squadron RFC (en). Contraints à atterrir près d'Équancourt, les deux membres d'équipage (le capitaine David Benjamin Gray et le lieutenant L. B. Helder) mettent le feu à leur avion avant d'être capturés. Trois autres avions du même escadron sont abattus par la Jasta 2 dans ce même combat. | |
| 28 | Morane-Saulnier Type N | Bois de Grévillers | 19 h 30 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 60 Squadron RFC (en). Le capitaine Hugh Christopher Tower est tué lorsque son avion en flammes s'écrase dans le bois de Grévillers. | |
| 29 | Martinsyde G.100 | Ervillers | 10 h 00 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 27 Squadron RFC (en). Le capitaine Henry Arthur Taylor est tué à seulement 18 ans. | |
| 30 | Avion de reconnaissance (peut-être un Royal Aircraft Factory B.E.2d) | Nord-Ouest de Flers | Inconnue | Jasta 2 | Aucune perte ne correspond à cette revendication dans les archives britanniques. | |
| 31 | Nieuport 12 | Morval | Inconnue | Jasta 2 | Appareil écrasé en flammes près de Morval. Il s'agit peut-être du Nieuport 12 du commandant Maurice Challe et du sous-lieutenant Henri Mervius, tous deux portés disparus près de Morlancourt dans les archives françaises. | |
| 32 | F.E.2b | Morval | après-midi | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 23 Squadron RFC. Le capitaine Ralph Newton Adams est tué en vol. Le second lieutenant Ogg (l'observateur) réussit à faire atterrir l'avion dans les lignes britanniques près de Morval et s'en sort indemne. | |
| 33 | B.E.2d | Hébuterne | 14 h 20 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 15 Squadron RFC. Le sergent F. Barton et le lieutenant Edward Mervyn Carre sont tués lorsque leur avion s'écrase dans les tranchées près d'Hébuterne | |
| 34 | D.H.2 | Neuville-lès-Beaulencourt | 17 h 45 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 24 Squadron RFC (en). Le lieutenant Patrick Anthony Langan-Byrne est tué. | |
| 35 | F.E.2b | Ouest de Bullecourt | 12 h 10 | Jasta 2 | Il s'agit de l'un des deux F.E.2b perdus par le No. 11 Squadron RFC (en) dans ce combat, l'autre étant revendiqué par le Leutnant Gustav Leffers (en) de la Jagdstaffel 1. | |
| 36 | F.E.2b | Ouest d’Agny | 10 h 30 | Jasta 2 | Appareil britannique du No. 11 Squadron RFC (en). Le lieutenant Robert Parsons Harvey est blessé mais survit au crash de son avion dans les lignes britanniques, tandis que le second lieutenant George Keith Welsford (un ancien champion de boxe poids légers) est éjecté de l'avion pendant sa chute et meurt en s'écrasant dans les lignes allemandes. | |
| 37 | Sopwith 1½ Strutter | Bois de Grevilliers | 11 h 50 | Jasta 2 | Appareil britannique appartenant au No. 45 Squadron RFC (en). Cet escadron perd trois Strutter dans le même secteur face à des pilotes de la Jasta 2. L'identification précise de celui abattu par Boelcke est donc incertaine. | |
| 38 | Royal Aircraft Factory B.E.12 | Sud-ouest de Bapaume | 15h40 | Jasta 2 | Appareil britannique appartenant au No. 21 Squadron RFC (en). Après s'être écrasé dans son avion en flamme, le second lieutenant W. I. Willcox est capturé. | |
| 39 | Royal Aircraft Factory B.E.2 | A l'est de Puisieux-au-Mont | milieu de matinée | Jasta 2 | Appareil britannique appartenant au No. 7 Squadron RFC. Le second lieutenant William Fraser est tué sur le coup, tandis que Bernard Tarrant Collen est capturé mais meurt de ses blessures de lendemain. | |
| 40 | Royal Aircraft Factory B.E.2 | Serre-lès-Puisieux | Inconnue | Jasta 2 | Appareil britannique appartenant au No. 5 Squadron RFC (en). Le pilote (le lieutenant John Cedric Jarvis), est tué dans les airs et son appareil s'écrase dans des tranchées de seconde ligne britannique, blessant son observateur. La carcasse est ensuite détruite par l'artillerie. |
Notes et références
Notes
Références
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- ↑ Le pilote russe Pyotr Nesterov remporte la première victoire aérienne de l’histoire en Russie le , presque inaperçue[26]
- ↑ Le pilote russe Pyotr Nesterov remporte la première victoire aérienne de l’histoire en Russie le , presque inaperçue[26]
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Annexes
Liens externes
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