Ousseltia
Les Ousseltia (arabe : الوسالتية), Oueslat ou Oueslatia, sont une tribu tunisienne d'origine berbère et originellement établie dans le djebel Ousselat.
Ils sont connus pour avoir fait à maintes reprises la guerre au bey de Tunis.
Histoire
Origines
Les habitants du djebel Ousselat se revendiquent de la tribu berbère des Mazata[1], bien que la migration des Mazata ainsi que des Fatnassa (fraction des Mazata) coïncide avec la révolte d’Abu Yazid au Xe siècle poussant ces Mazata à migrer du Jérid jusqu’au kairouanais et au djebel Oueslat[2]. De plus, il existait des Maghraouas dans le djebel, issus de la confédération des Zénètes[3], ce qui permet de confirmer que les Ousseltia sont une confédération tribale contenant une population aux diverses origines berbères.
Une hypothèse indique qu'ils se mêlent par la suite aux Kaoub sulaymites[4], et que le nom de la confédération des Ousseltia apparaît alors lors du mélange des Berbères du djebel aux Kaoub envahisseurs[4]. Le nom Ousseltia viendrait du mot arabe oussel/ouassla qui signifierait « réunion, union », pour parler de l'union entre les Berbères du djebel et les Arabes Kaoub[4]. De plus, de nombreuses familles issues des Kaoub revendiquent une ascendance Ousseltia, tout en assumant la lignée Kaoub, c'est le cas des Ousseâia[5]. Une autre hypothèse indique que l'origine du nom serait née lorsque les Aghlabides les auraient questionné sur leur supposée islamité, prononçant le mot as'salou-houm, qui veut dire « interrogez-les », donnant naissance au mot Ousseltia[6]. Cependant, une hypothèse plus plausible de l'historien Arthur Pellegrin indique que le nom proviendrait du mot ayzlay qui signifierait en berbère « le fer, la dureté », métaphore utilisée pour qualifier la population de courageuse[1]. Sédentaires, ils peuplent le djebel en dechera, qui sont des villages[7], et sont qualifiés de similaires aux Kabyles par leur mode de vie[8].
Antiquité
Pendant l'Antiquité, Ptolémée aurait cité les Ousseltia sous le nom de Ouzalae, et affirmait que ceux-ci vivaient au sud-ouest du mont Ousalaeton, qui correspondrait au djebel Ousselat[9]. Pour Alphonse-Marie-Ferdinand Rouire, Ptolémée les aurait également cité sous le nom de « peuple des Oussalets », version qui se rapproche de leur appellation contemporaine[10]. Rouire explique que la continuité de ce nom de l'Antiquité jusqu'aux temps modernes est due au caractère belliqueux et à l'indépendance de cette population[10].
Moyen Âge
Sous les Aghlabides, les Ousseltia résistent et, malgré la supériorité numérique et militaire des premiers, ils ne réussissent pas à les soumettre[1]. En effet, la tribu participe à la résistance de la reine Kahina, avant d'embrasser l'islam après la prise de la capitale, Aïn Djeloula[11], en adoptant l'ibadisme[12].
En 1069, alors que les Hudhayl (en) s'installent dans la région kairouanaise durant l'invasion hilalienne, ils tentent à l'aide des tribus Riah et Jochem de piller le djebel, mais y rencontrent une résistance et se font déposséder du territoire par les Ousseltia, poussant les Hudhayl à migrer vers le Nord[13].
Au XIIe siècle, alors qu'ils entretiennent de bonnes relations avec les Aghlabides, ils combattent le gouverneur ziride Ali Ibn Yahia en 1116[14]. Ce dernier charge Maymun Ben Ziad El Sahri El Mouadi de pacifier le djebel. En effet, n'ayant jamais été soumis à l'autorité depuis la conquête arabe, le djebel abrite des brigands qui ne cessent de combattre les troupes envoyées pour les calmer, de terroriser les populations locales et de régulièrement abandonner la religion musulmane. Le général ziride arrive à atteindre le djebel, et un combat éclate entre les forces zirides et la tribu : ces derniers perdent le combat et sont pacifiés de force[15].
En 1674, ils se soulèvent contre le pouvoir mouradite et accueillent dans leur djebel le révolutionnaire Abou El Qacem El Chouk, cette révolte étant connue sous le nom de « soulèvement d'El Chouk » ; une forteresse est d'ailleurs construite pour ce dernier[16]. En 1677, ils accueillent au sein de leur djebel le bey Ali, et en 1699 le bey Mourad III, qui tous deux arrivent à s'emparer du pouvoir[17]. Ils sont néanmoins soumis à un siège cette année-là[18]. À chaque fois qu'une personne cherche refuge auprès d'eux, ils l'accueillent et se rassemblent pour mener un soulèvement[19]. Ils participent par ailleurs à toutes les rébellions[19] et se soulèvent tout le temps contre le pouvoir, peu importe sa nature[10].
Révolte d'Ali Pacha (1728)
En 1728, lors du conflit qui oppose Ali Pacha à son oncle Hussein, ils prennent parti pour le clan d'Ali Pacha, et l'accueillent lui et son fils Younès au sein de leur djebel[1]. En effet, en 1725, Ali rencontre un cheikh des Ousseltia et lui demande de rejoindre la montagne, craignant une mort proche. Le cheikh retourne dans sa montagne, et parvient à convaincre les jeunes de la tribu de l'accueillir. Cependant, certains individus refusent et avertissent Hussein du plan. Celui-ci se rend au djebel et campe au pied de la montagne, alors que des individus de la tribu descendent apporter des vivres pour lui et son armée. Ensuite, les cheikhs de la tribu arrivent et prient pour le maintien de ce dernier au pouvoir. Celui-ci se tranquillise mais, peu de temps après, il reçoit à nouveau des rapports à propos des individus de la tribu prêts à se rebeller. Il fait alors fortifier la ville de Tunis par des portes gardées afin d'empêcher les habitants de sortir de la ville le soir. Cette ruse a pour but d'empêcher Ali de s'enfuir de la ville. Apeuré et craignant pour sa vie, celui-ci demande de l'aide à Ahmed Ben Méticha, qui est un garde de l'une des portes, employé par Hussein. Il le met au courant de son plan et celui-ci accepte de l'aider ; ils mettent alors en place un plan et Ali, son fils Younès et Ahmed exécutent l'année suivante le plan et arrivent à s'échapper de Tunis. Ali et son fils réussissent à rejoindre le djebel, Ahmed les rejoignant quelque temps après avec sa famille. Les individus de la tribu qui sont réticents à la révolte sont rapidement convaincus par Ahmed[20]. Hussein envoie alors le cheikh kairouanais Mohamed El Khadhraoui négocier avec les Ousseltia, se disant qu'ils ne pourraient pas refuser la discussion avec un homme de sagesse, mais en vain puisque ce dernier prend parti pour Ali et, après une discussion avec un vieillard de la tribu, leur donne finalement raison d'accueillir Ali[21].
C'est alors le début de la révolte de 1728, et ils arrivent à réunir près de 15 000 combattants, tous aguerris et familiarisés avec l'usage du fusil, du poignard, et de la lance[22]. Ils sont alors soumis à un siège, le bey étant aidé de 40 000 cavaliers de son armée (Jlass, Ouled Aoun, Kaoub, Gouazine, Zouaouas et spahis de Béja). Un combat féroce éclate, et de nombreux soldats du bey désertent ou se font tuer ; certains sont dépouillés de leurs armes et vêtements par les Ousseltia, et sont ligotés et livrés à Ali[23]. Ils construisent des enclos pouvant contenir jusqu'à trente hommes, qui peuvent tirer sans être vus. Les femmes, enfants et vieillards de Bourahal, leur capitale visée, s'enfuient pour se réfugier dans les parties inaccessibles de la montagne, la laissant vide. L'armée atteint Bourahal, saisissent leur bétail, arrachent leurs cultures et pillent leurs villages[18]. Cependant, les Ousseltia faisant croire à une fuite précipitée, sont en réalité cachés dans les alentours : ils massacrent alors près de 200 spahis et l'armée, ayant entendu les coups de feu, se précipite vers les lieux sans réussir à les atteindre, étant attaquée de tous les côtés. Les survivants fuient de la montagne pour avertir Hussein, posté dans un camp au pied du djebel. Les soldats âgés sont capturés et non pas tués, comme Moustapha Kahouedji, un dey de Tunis en 1701[23]. La défaite de Hussein se répand dans le pays, et la population commence à prendre parti pour Ali, tels que les Hanencha (Ouled Amar des Drids), les Ouled Ayad (fraction des Jendoubas), les Amdoun, les Chiahia ou encore les Ouled Bousalem qui envoient des lettres à Ali pour lui demander de razzier des tribus ennemies. Ali accepte et ceux-ci razzient les Zouagha de Béja, les Charen de l'oued Mellègue et d'autres populations aisées soumises au bey. Voyant l'agitation se répandre dans le pays, il soupçonne des hommes de son armée de rejoindre le djebel pour participer à la rébellion d'Ali, dont son père Mohamed Bey (frère de Hussein), et le fait emprisonner. Pendant ce temps, le siège du djebel continue, et les Ousseltia commencent à désespérer, les Ouled Manès décidant de trahir Ali et de prendre part pour Hussein. Les Ouled Amar se font également trahir, par leur cheikh, et écrivent à Ali pour lui demander de leur envoyer son fils Younès, ce qu'il fait[23]. Celui-ci, ayant à peine atteint l'âge de la puberté et accompagné de 500 Ousseltia bien armés, arrive chez les Ouled Amar. Ayant appris l'arrivée de Younès près de la ville, les Keffois se préparent eux aussi à se révolter, mais le bey y envoie des hommes de l'armée pour les en empêcher. Le lendemain, l'armée attaque à nouveau le djebel, visant cette fois Bordj-Chouk. Toutefois, Ali, qui a prévu le coup, fait couper les passages qui y mènent, et fait barricader le village de pierres comme une forteresse, avec des meurtrières, qui permettent aux habitants de tirer contre les ennemis. Ainsi, de nombreux hommes de l'armée périssent, et la bataille est perdue. Pendant ce temps, les hommes envoyés au Kef sont attaqués après leur arrivée, les faisant fuir vers Béja. Hussein, entendant la nouvelle, demande au cheikh de la fraction des Ouled Rezg (Drid), aux kahias et aux aghas si le blocus du djebel doit être levé, ce qu'ils refusent. Il envoie alors les Ouled Rezg et les spahis du Kef camper près des Ouled Amar afin de les forcer à se réfugier dans les montagnes du Kef et de renvoyer Younès auprès de son père. Cependant, un combat éclate, et les Ouled Amar en sortent vainqueurs, tuant même le cheikh des Ouled Rezg. Le chaouch des spahis du Kéf est également tué, et beaucoup de spahis périssent à cette occasion. Les Ouled Amar entrent au Kef, et l'insurrection est proclamée. Lorsqu'Ali entend ces événements, il fait tirer des coups de canons depuis le djebel Ousselat, ce qui affecte le bey puisque Le Kef est un bastion du husseinisme. Il envoie alors des hommes en direction du Kef, fatigués des batailles qui ont eu lieu au djebel, et lève le siège du djebel. Lorsque le bey arrive dans la ville, il condamne 35 rebelles à mort, le reste étant envoyé à la prison du Bardo[24]. Néanmoins, une autre source contredit la victoire des Ouled Amar pendant les deux batailles, et affirme que l'insurrection du Kef a eu lieu avant même l'arrivée de Younès chez ces derniers. Toujours d'après cette source, après la victoire de la bataille de Bourahal, les Ousseltia auraient pu tuer l'entièreté du camp de l'armée, mais auraient préféré dépouiller les corps des soldats morts. Le bey en aurait alors profité pour envoyer des hommes brûler et couper les oliviers du djebel, et c'est pendant ce même moment qu'il aurait pris connaissance de l'insurrection du Kef et pris la route pour cette ville[25].
Lorsque le bey et ses hommes quittent leur campement au pied du djebel, des hommes des Mthalith, des Ouled Saïd, des Souassi et de l'Arad rejoignent la rébellion dans le djebel, qui devient alors trop petit pour contenir tout le monde. Ali descend alors du djebel pour Kairouan avec ces nouvelles tribus, et menace les habitants de représailles s'ils ne le reconnaissent pas comme bey. Cependant, ces derniers ne le prennent pas au sérieux : une attaque de la ville est alors tentée, mais échoue, Ali décidant alors de partir pour le Sahel. Il réitère à Kalâa Kebira, mais les habitants refusent également. La ville est alors envahie et les oliviers sont brûlés. Le bey, mis au courant, arrive en ville accompagné des Drid, et une bataille éclate, gagnée par le bey, poussant Ali vers le Sud. Ahmed Ben Méticha propose alors à Ali de partir pour El Hamma, lieu où ils seront en sécurité en attendant le retour de Younès, puisque le boulokbachi (chef de compagnie) de cette ville est un ami d'Ahmed. Après avoir accueilli Ali et Ahmed, ce dernier complote contre eux et missionne son esclave de tuer Ahmed ; ce dernier est alors tué d'un coup de poignard, et Ali s'échappe de la ville[26]. Cependant, une autre source rapporte une tout autre histoire du déroulement de la sortie d'Ali du djebel. En effet, lorsqu'il apprend que les Ouled Manès ont pris parti pour Hussein, il prend alors la route pour les environs du Kef, où est stationné le bey. Ali envoie alors Younès et des Ousseltia chez les Ouled Amar qui pendant ce temps ont pris Le Kef. Lorsque Younès et ses hommes atteignent enfin la tribu, le cheikh des Ouled Amar se rallie alors au bey, et une bataille éclate entre ces derniers et l'armée. Les Ouled Amar en sortent perdants, et lorsqu'Ali est mis au courant de la défaite, il rejoint ces derniers et s'enfuit au Sahel, se réfugiant à Jemmal (ville qui tente sans succès de se révolter) et finissant par rejoindre El Hamma[27].
Cette défaite d'Ali Pacha mène à sa migration vers la régence d'Alger, le bey ordonnant la dispersion des Ousseltia de leur djebel[1]. Ils sont contraints de quitter leur djebel, sauf les Ouled Manès qui restent dans le djebel et sont exempts du paiement au bey, de par le soutien à ce dernier[28]. Le reste de la tribu est victime d'une grande pauvreté, non seulement à cause de la première révolte, mais aussi à cause des sommes qu'ils doivent payer au bey[29]. Cet exode dure sept ans, entre 1728 et 1735, ils sont victimes de différentes attaques lancées par le bey[30], et lorsqu'Ali Pacha devient le bey de Tunis, il ordonne leur retour dans le djebel, ce qui met fin à leur pauvreté[1]. Il envoie des ouvriers au djebel Ousselat pour y construire des maisons, des écuries, des citernes, et y rénover des ponts[31]. En 1740, il lance une attaque sur Kairouan, et la majorité de ses hommes sont des Ousseltia (environ 400 cavaliers) : la ville est alors détruite, et ses murailles démolies[28]. Une minorité de ceux qui ont migré dans le Sahel s'y installent définitivement. Ce désaccord entre les Ouled Manès et le reste des Ousseltia n'est pas le seul : ils tentent également, lors de la grande dispersion de 1762, de se séparer du groupe et de rester sur le djebel, mais le bey a quand même forcé leur dispersion avec le reste de la tribu. Dans son livre, l'historien Abdelwahed Makni expose deux théories à propos de ces désaccords fréquents entre les Ouled Manès et le reste de la tribu : la première est que, d'après des traditions orales, les Ouled Manès seraient à l'origine des juifs, contrairement au reste de la tribu[pas clair]. La seconde est que, contrairement aux autres fractions, ceux-ci vivent au pied du djebel, et sont plus influencés par les Bédouins des environs, qui sont des partisans husseinites[28]. La cohésion de la confédération est alors fragilisée, à la fois à cause des conflits entre les Ouled Manès et le reste de la tribu, mais également entre les jeunes et les anciens, les premiers étant le groupe majoritaire et toujours prêts à participer aux attaques et aux rébellions, tandis que les seconds prônent le calme et la préservation de l'intérêt collectif[28].
Révolte d'Ismail Ben Younès (1759-1762)
Après la mort d'Ali Pacha, c'est Mohamed Rachid, fils de Hussein, qui devient bey en 1756 et son frère Ali visite l'année suivante le djebel, accompagné d'Ahmed Sehili, caïd des Ousseltia. Lorsque ces derniers aperçoivent le bey et sa troupe au pied du djebel, ils tirent à plusieurs reprises, mais ce dernier pénètre quand même dans leur territoire, atteignant Bourahal. Les Ousseltia méfiants, qui entourent le bey et tirent plusieurs fois en l'air, sont surveillés par leur caïd. Une fois arrivé au village, la tribu lui offre la diffa, un repas partagé entre les hôtes et les invités. Lorsque la nuit tombe, la nouba, un ensemble de poèmes et musiques de guerre, est jouée jusqu'à l'aube, devant les Ousseltia qui restent curieux. Le lendemain, Ali et son armée quittent le djebel, remerciant les Ousseltia de leur hospitalité et leur assurant qu'ils trouveraient toujours justice auprès de lui ; ces derniers sont également satisfaits de lui et lui promettent fidélité[32].
Lorsqu'Ali Pacha est bey de Tunis, son fils Younès tente de se soulever contre son père et de le renverser, en vain. Ali fait alors évacuer sa famille du palais du Bardo, et Ismaïl, fils de Younès, cherche alors à fuir Tunis. Il fait la rencontre d'un homme qui l'emmène à Tripoli. Ils trouvent alors refuge auprès du pacha tripolitain. Néanmoins, Ismaïl reçoit une députation de gens de Jemmal qui, appauvris par l'impôt que leur imposait Mohamed Rachid et la mort et confiscation de leurs chameaux, veulent trouver du soutien auprès de ce dernier, qui leur conseille d'attendre une future révolte. Pendant ce temps, Ahmed, caïd des Ousseltia, visite le bey Mohamed Rachid dans son campement et Ahmed lui demande au bout d'un certain temps de se retirer, ce que le bey refuse. Se comprenant prisonnier, Ahmed écrit à Ismaïl, qui est à Tripoli, et lui demande de s'établir au djebel Ousselat. Quelques jours après, le bey est emporté par une maladie et Ahmed est libéré[33].
Son frère Ali, est proclamé bey et Ismaïl, qui a entre temps reçu les lettres d'Ahmed et la députation des habitants de Jemmal, apprend la nouvelle et se dit que l'occasion est venue de retourner à Tunis et de reconquérir le trône, à l'aide des Ousseltia, des Jemmaliens et des habitants des autres villes qui lui sont favorables. Il quitte Tripoli et s'installe dans le pays. Remarquant que le bey n'envoie pas d'hommes contre lui, il continue vers Jemmal, ses rangs grossissant à chaque fois qu'il passe près d'une tribu. Il arrive à Jemmal, accueilli par les habitants qui lui prêtent allégeance. Ayant appris qu'Ismaïl a atteint Jemmal, le bey envoie son armée et des Zouaouas contre lui : une bataille éclate et, l'armée du bey étant mise en difficulté, il envoie des renforts. L'armée prenant l'avantage et pénétrant dans la ville pousse Ismaïl à la quitter avec des habitants, en se dirigeant vers le djebel Ousselat. Jemmal est alors pillée, saccagée, les hommes et vieillards tués, les femmes cherchant refuge dans les zaouïas et mosquées sont dépouillées et violées, et les oliviers brûlés[34].
En 1759, les Ousseltia prennent parti pour Ismaïl et l'accueillent au sein de leur djebel, comme ils l'avaient fait avec son grand-père[35]. Le bey, apprenant qu'il a été recueilli par la tribu, leur envoie une lettre leur rappelant le pacte qu'ils avaient conclu lorsqu'il a séjourné chez eux, ceux-ci s'engageant alors à ne plus se révolter. De l'argent leur est promis s'ils abandonnent Ismaïl, et la lettre est confiée au bach-khatab, qui arrive d'abord à Jelloula : il y rencontre un homme qui lui dit de faire demi-tour, le prévenant que les Ousseltia étaient prêts à se révolter. Il écoute ses conseils et revient sur ses pas, prévenant le bey que le djebel est officiellement en insurrection[36].
Au début, les vieillards de la tribu refusent d'accueillir Ismaïl, prétextant les nombreuses pertes pendant les anciennes révoltes. Néanmoins, 200 jeunes hommes acceptent de le recueillir. Si Ismaïl est rejeté par les autres fractions, il faut une alliance matrimoniale entre la fille du caïd Ahmed Sehili et Ismaïl pour que l'entièreté de la tribu accepte de le recueillir, ceux-ci étant pressés de se révolter contre l'impôt abusif[37]. Ismaïl, voyant qu'il peut compter sur eux, les engage à razzier leurs voisins. Ils commencent par attaquer un campement de Jlass, où des troupeaux sont enlevés et de nombreux hommes jlass sont tués. Ils réitèrent en allant tuer et piller des individus de Kesra, qui sont déjà précaires : ces derniers demandent l'aman à Ismaïl et à Ahmed Sehili, qui leur est accordée en échange de quelques biens. Des otages sont néanmoins capturés et les habitants de Kesra se plaignent au bey, qui leur envoie des Zouaouas pour les protéger. Des Ousseltia souhaitent aller razzier une deuxième fois les Jlass, ce qu'Ismaïl accepte, et ils tuent quelques hommes du campement et volent leurs troupeaux. Ismaïl gagne en popularité dans tout le pays, et reçoit des cadeaux et lettres d'anciens amis de son père qui lui conseillent d'attaquer directement le Bardo, alors qu'Ali était devenu de plus en plus impopulaire. Ce dernier montre les cadeaux aux Ousseltia, et les lettres où il est question d'attaquer le Bardo, ce qui les exaltent. Ils continuent leurs razzias, en s'attaquant aux Ouled Aoun, tuant beaucoup de leurs hommes et dérobant leurs troupeaux. Leurs tentes sont brûlées et un maximum d'hommes sont tués car Ismaïl les considèrent comme des ennemis husseinites. Après ce grand nombre d'animaux volés, le djebel se retrouve en abondance de troupeaux, et l'excédent est envoyé aux Ouled Saïd, alliés d'Ismail et du djebel. Après quelques jours de repos, les Ousseltia, lassés d'être inactifs, demandent à Ismaïl de continuer leurs razzias, ce qu'il accepte : ils partent en direction du djebel Bargou, où les habitants vivent dans trois villages. Ils s'emparent de force du premier village, mais sont repoussés au deuxième. Les habitants du Bargou en informent le bey, qui leur donne de l'argent et des fusils, pour organiser leur résistance. Toute la régence est mise au courant de ces razzias, et même les tribus éloignées en sont terrifiées. Voyant l'ampleur de ces agissements, le bey décide d'envoyer l'armée au pied du djebel, et s'y rend en personne afin de prendre la tête d'un commandement. Les Ouled Ayar ayant prêté allégeance à Ismaïl sont châtiés par le bey et dépouillés, pour servir d'exemple aux autres tribus. Lorsque les troupes se retirent un moment du djebel, les Ousseltia en profitant pour soumettre et asservir les Arab Majour. Un troisième campement de Jlass est razzié, leurs hommes étant tués et leurs troupeaux dérobés, et un nouveau troupeau des Jlass et de Kairouanais est dérobé le lendemain. Néanmoins, malgré ces razzias, la famine commence à toucher quelques familles du djebel, qui migraient secrètement vers Kairouan, le prix des céréales et du sel ayant augmenté à cause du siège. Les razzias sont tellement fréquentes que personne n'ose sortir de Kairouan à moins d'être accompagné de plusieurs hommes. Le bey, mis au courant de ces razzias qui reprennent, ramène l'armée au pied du djebel. Cependant, cette période coïncide avec la période de récolte des impôts, et le bey repart avec son armée auprès des autres tribus du pays. Ismaïl et les Ousseltia en profitent pour razzier la région, dont encore quatre fois les Jlass[36].
À partir de 1760, la guerre éclate entre le bey et les Ousseltia, et le bey n'arrive pas à les soumettre[38], ceux-ci poussant leur razzias jusqu'à Tunis et commettant des pillages avec cruauté[17], malgré une armée très nombreuse. La puissance d'Ismail s'étend jusqu'au Jérid[11]. L'armée du bey, qui pénètre sur les terres de la tribu, est constamment repoussée par ces derniers. L'environnement du djebel, escarpé, profite aux Ousseltia qui peuvent se poster à des endroits inaccessibles pour l'armée, et en profitent pour faire des fusillades. Après ces fusillades et les échecs des soldats, ces derniers prennent la fuite, pourchassés par les Ousseltia, qui en profitent pour poignarder les soldats sur leur passage, et les Drid en voyant les soldats descendre du djebel en courant, rebroussent eux aussi chemin par peur. Les différents prisonniers sont alors interrogés puis tués, ce qui accroît la popularité d'Ismaïl au sein de la tribu. Après cette victoire, ils sont informés de l'existence de campements riches près du Fahs, et 300 individus partent les razzier : ils dérobent les troupeaux, mais les Riyah en informent le gros de leur tribu. Les Ousseltia ne s'étant pas préoccupés de vérifier s'ils étaient suivis le sont en réalité : les Riyah les entourent et les fusillent. Ils abandonnent le troupeau et près de 200 hommes sont ligotés. Ceux qui réussissent à s'échapper, rapportent la nouvelle dans la montagne, et seuls dix otages reviennent dans le djebel : les autres sont incarcérés à la prison de la kasbah de Tunis. Ces hommes emprisonnés à Tunis vont alors être obligé de construire le canal qui achemine l'eau de Djebel Lahmar jusqu'au centre-ville[39]. Ayant appris que les Ousseltia avaient fait une récolte encore plus importante que l'année dernière, il envoie 30 à 40 000 hommes détruire leurs cultures, un troupeau des Ouled Ismaïl étant même enlevé. Ces derniers prennent les armes et descendent du djebel ; l'armée, voyant ces derniers arriver, prend la fuite en leur laissant le troupeau : une colonne les encercle néanmoins en rentrant vers le djebel, les faisant prisonniers au camp de l'armée, et les livrant à la prison de la kasbah. Quelques fuyards réussissent à regagner la montagne et avertissent les parents des prisonniers, des cris de désolations étant alors poussés dans les villages. Certains villageois commencent à avoir de la rancœur envers Ismaïl, qui décide alors de s'enfuir du djebel proposant aux Ousseltia de le suivre, une fois loin du djebel. Quelques individus le suivent mais la grande majorité qui ne l'a pas entendu reste sur le djebel. Ayant appris la nouvelle, le caïd Ahmed Sehili accompagné de sa famille rejoint Kalaat Senan tandis qu'Ismaïl rejoint Tébessa où il retrouve son père. Les Ousseltia ayant appris la fuite d'Ismaïl sont si consternés que, pendant trois jours, ils restent dans l'inaction du combat, ce qui permet aux tribus ennemies d'attaquer le djebel. Certaines femmes sont violées et kidnappées, les hommes sont dépouillés, et le djebel est saccagé et pillé. C'est le début de la grande dispersion, où les Ousseltia, quasiment nus et confrontés à une pauvreté extrême et sans précédent, sont exilés de leur djebel[36].
De nombreuses tribus prennent alors parti pour le bey, comme les Kessera[40], les Jlass, les Ouled Aoun, les Drid, les Doufan, la ville de Kairouan[37], les spahis de Béja, les Zouaouas, et surtout les Riyah[17], les Kaoub et les Gouazine, ennemis des Ousseltia, qui entrent en guerre contre eux. Cette insurrection est soutenue par plusieurs tribus, telles que les Ouled Ayar[41], les Braga[40], les Ouled Yahia[41], les Majer, les Ouled Saïd et les Ouled Manaa (Drid)[37]. En effet, les Ouled Manaa font exception par rapport au reste des Drid, étant donné que ces derniers ont déjà pris partie pour Ali Pacha en 1728, razziant régulièrement l'armée de Hussein, et ont reçu une visite d'Ismaïl et des Ousseltia qui leur offrent l'hospitalité. Les Majer et Ouled Ayar réunis fournissent près de 30 000 cavaliers dans l’armée d’Ismail[8]. Cette insurrection dure trois ans, jusqu'en 1762[35]. Les Kaoub en sortent vainqueurs et dépossèdent les Ousseltia de leur territoire[38].
Dispersion post-révolte

Les Ousseltia sont alors chassés de leur djebel, et doivent migrer dans différentes régions de Tunisie, à savoir Kairouan[38], Tunis, Testour, Bizerte, Le Kef et Béja[1]. En effet, Lucette Valensi affirme qu'ils migrent uniquement dans les régions boisées et agricoles, et ne migrent pas dans le Sud. Ils migrent dans des endroits similaires à leur djebel, à savoir des zones pluvieuses, en hauteur et riches en oliveraies, et le Sahel, correspondant à ces caractéristiques et réputé pour le tissage et la poterie, artisanat pratiqué par la tribu, est la région qui reçoit le plus de Ousseltia[42]. L'historien Hammouda Ben Abdelaziz, partisan du bey, indique que le bey leur a laissé le choix de leurs foyers d'installation, tandis qu'El Béji El Seghir indique que ces derniers, affaiblis pendant l'exode, sont capturés par le bey et perdus dans le pays, contredisant la version de Ben Abdelaziz. Les foyers d'installations sont les mêmes que ceux de la dispersion de 1735, et les Ouled Manès tentent de remonter sur le djebel, en vain[28]. Cette dispersion a lieu pendant le mois de juillet, et la température caniculaire tue des individus de faim et de soif[39]. Dans un poème d'Ahmed El Tawir El Qayrawani, ils sont décrits comme étant quasiment nus, dans un état de saleté, leurs vêtements et voiles déchirés, et remplis de tristesse, ce qui touche les populations qui les accueillent[39]. Ali El Gharab El Sfaxi écrit en revanche dans son poème des remerciements à Ali Bey, pour avoir « dispersé les faiseurs de conflits et de turbulence, emplis leur cœurs de chagrin, et avoir décapité et emprisonné leurs chefs »[39]. Des auteurs critiquent néanmoins les méthodes du bey infligées à la tribu, jugées excessives, comme Ibn Abi Dhiaf. En effet, ce dernier juge inutile la destruction de leurs cultures et villages dont la régence aurait pu profiter, et critique la corruption du pouvoir prônant l'injustice fiscale et la violence[43]. Charles Monchicourt considère pour sa part la dispersion comme étant la rupture avec une période de révolte entre « pays des Turcs et pays des Arabes ». Entre autres, cela signifie que la dispersion met fin à la période de révolte du pays, et la prise définitive du pouvoir par les Husseinites[43]. Mohamed Hédi Chérif y voit plutôt la fin de dangereuses guerres civiles qui ont pu consolider un pacte de réconciliation entre pouvoir et population, mis en place par Hammouda Pacha[43]. Valensi, dans une vision critique du pouvoir beylical tunisien, considère que ces derniers se souciaient peu du développement économique et de modernisation du pays, ce qui donne intrinsèquement lieu à différentes révoltes. Elle décrit la société des Ousseltia comme une société avancée et développée, et déplore la destruction totale de cette dernière qui résulte d‘un seul homme, qu'elle qualifie de « caprice politique » et « d'autodestruction »[43].
Les principaux foyers d'accueil des Ousseltia sont les régions de Gaâfour[35], de Téboursouk, des Béjaoua (notamment le village de Tehent) où les Ousseltia restent à l'écart des autres populations[44], de Zaghouan (dans laquelle sont établis les Riyah dont les Ousseltia s'écartent à cause de leur « sauvagerie », étant eux-mêmes qualifiés de « sauvages » par les colons[41]), le Sahel, le territoire des Ouled Ayar[45], le cap Bon[46], ainsi que dans une moindre mesure, l'Algérie[47]. Cependant, les tribus qui les accueillent sont punies par le bey, et victimes d'impôts sévères comme punition, comme les Ouled Aoun qui sont obligés de payer 10 000 dinars d'amende pour les avoir abrité[43]. Ceux qui choisissent de migrer dans les zones rurales s'installent principalement dans des montagnes et vallées en hauteur, et construisent des dechera. Ces villages comparables à ceux de leur djebel les protègent des différents raids et incursions, étant donné que ces derniers sont affaiblis par le morcèlement de la tribu. Un exemple typique est le village de Boujlida dans la région de Gâafour, construit dans une zone pluvieuse et boisée, permettant une pratique de l'élevage bovin, de l'apiculture, et de la culture en terrasses. Les maisons sont construites identiquement à celles du djebel, et le figuier de Barbarie est très cultivé et permet le stockage de l'eau, toujours au centre des préoccupations. Un autre exemple est leur migration dans le village de Tahent, construit par des Sanhadja sur une montagne escarpée, difficile d'accès, avec des chemins accidentés et quasiment imprenables, leur permettant d'être en sécurité. Par ailleurs, dans ce village, les Ousseltia sont en bonne entente avec les Sanhadja et Béjaoua originaires du Maroc et d'Algérie, les mariages inter-tribaux étant fréquents, mais les Ousseltia restent cependant dans leur quartier, disposant même de leur propre cimetière. Un rapport de 1900 indique qu'ils ont largement dépassé démographiquement les habitants originels du village. Environ 90 villages sont construits ou accueillent des individus de la tribu, d'après un recensement du XIXe siècle[48].
À Tunis, c'est près de 1 400 individus qui y migrent en 1762. La première vague est constituée de prisonniers employés dans des travaux forcés par le bey ou comme soldats et domestiques de ce dernier ; la deuxième vague est constituée d'individus en recherche de travail et commerçants. Ils sont alors répartis dans différents quartiers de la ville : Bab Alioua, Bab El Allouj, El Hafsia, Bab El Khadra, Bab Saadoun, Bab Lakouas, Halfaouine et Bab Souika. Certaines familles réussissent à s'élever socialement, telles que les Boukhriss, les Naouar ou les Bahri, qui donnent naissance à des savants religieux et juristes. Les Tunisois du centre-ville se mêlent rapidement aux populations, tandis que ceux de la banlieue restent à l'écart et gardent leur identité[49].
À Kairouan, on dénombre près de 1 000 immigrés en 1762, et ces derniers s'y intègrent, malgré les nombreux conflits qui opposent Kairouanais et Ousseltia. Ces derniers sont plutôt pauvres, contrairement à ceux ayant migré à Tunis, et occupent les métiers d'ouvrier. Ceux qui migrent dans les villes autour de Kairouan, telles qu'El Alâa ou Nasrallah, refusent de s'intégrer aux Jlass qui sont des Bédouins, vivent dans des maisons contrairement à ces derniers qui vivent sous des tentes, et sont recrutés par le bey en tant que soldats. Ceux qui migrent dans le cap Bon (hors des villes) vivent cependant sous des tentes, et sont aussi enrôlés par le bey dans l'armée, mais protestent contre cet enrôlement en 1862[50].
Lors de leur migration dans la vallée de la Medjerda, ils migrent au côté des Kairouannais, et forment une alliance avec eux, en épousant les Andalouses de Testour, ce qui leur permet d'être prédominants dans la vallée. Toutefois, avant cette triple alliance entre les Andalous, les Kairouanais et les Ousseltia, ces derniers sont victimes d'accusation de vol de marchandises de la part des Andalous lors de leur arrivée à Testour, ce qui crée une méfiance envers eux[51]. Cependant, ils introduisent de nouvelles coutumes en matière d'agriculture, habillement ou encore de cuisine dans les villes à majorité andalouse, et protègent également les Andalous de Testour de différents raids et incursions[52]. L'échange culturel entre Andalous et Ousseltia se fait progressivement lorsque les premiers leur apprennent le malouf et des coutumes vestimentaires, en échange d'un apport religieux, via des zaouïas et des saints, et de différents plats que les Andalous ne connaissent pas (comme le couscous et la mhamsa)[52].
Lorsqu'ils migrent dans des villages qui sont déjà habités, ils apportent de nouveaux savoir-faire aux villageois, ceux qui migrent vers le Sahel étant le plus rapidement intégrés à la population en raison du mode de vie des Sahéliens[52]. Ils y deviennent majoritaires démographiquement à Kalâa Kebira, Touza et Menzel Kamel ; à Zaghouan, Téboursouk, Testour et Gâafour dans le Tell ; à Korba dans le cap Bon[53].
Malgré leurs relations conflictuelles avec le bey, ceux-ci contribuent à son armée aux côtés des Zouaouas à hauteur de 10 000 hommes Zouaouas et Ousseltia confondus[54], sont constitués en tribu makhzen, enrôlée par le bey et spécialisée dans le métier de réserviste[55]. Ils sont notamment employés par le bey Hammouda Pacha pour participer à la guerre de 1807, dont ils sortent vainqueurs[56]. Ils sont également mobilisés pour fortifier La Goulette, lors du conflit tuniso-sarde de 1832, en prévision de potentielles attaques[56]. Cependant, cet enrôlement excessif donne lieu à de nombreux cas de désertion, à cause des mauvais traitements, débouchant sur un soulèvement. Cet enrôlement dans l'armée est pratiqué jusqu'en 1885[57].
Historiquement, ils sont considérés comme d'excellents agriculteurs[38], ce qui leur permet de s'intégrer plus facilement dans les endroits où ils migrent[1]. Cependant, ils continuent à être marginalisés par les populations et l'État lors des moments de crises[1]. Après leur dispersion, ils sont contraints de payer des impôts excessifs et certains sont parfois forcés de payer l'impôt dès l'âge de 8 ans. Le fayid (récolteur d'impôts) de la tribu, Belkacem Ben Hajj Mohammed Saleh Oueslati en est lui-même issu et passe son mandat entier à défendre la tribu des excès imposés par le bey, ce qui lui vaut un mandat bref, car il est considéré comme un obstacle. Pour récolter l'impôt auprès de la tribu, l'administration est confrontée à deux problèmes : le premier est son éloignement géographique car il faut commencer par les Ousseltia de Mahdia, puis remonter jusqu'à ceux de l'Extrême-Nord sans oublier une seule ville ni village ; le deuxième est le déclin progressif de l'identité Ousseltia, surtout pour ceux installés en ville. Par ailleurs, cet éloignement provoque la fin de la cohésion et du lien entre les membres de la tribu[58].
Lors de l'évacuation du djebel, les femmes sont les premières victimes de la guerre et certaines sont confrontées à de nombreux crimes commis à leur encontre, tels que le viol, l'enlèvement et la prostitution forcée, ces dernières étant perçues comme exotiques par les habitants des villes, étant donné qu'il était quasiment impossible d'en voir une hors du djebel avant leur dispersion[59].
En 1864, ils prennent part à la révolte d'Ali Ben Ghedhahem aux côtés d'autres tribus[60].
Démographie

L'historienne Lucette Valensi estime au XIXe siècle les Ousseltia à environ 12 500 personnes[1], un chiffre qui a largement diminué puisque, un siècle plus tôt, on dénombrait 15 000 combattants[22], pour 40 000 à 45 000 personnes au total[61], avec une densité de population de 222 habitants au kilomètre carré[62], ce qui en faisait le deuxième foyer de population du pays après Tunis[63], bien que Valensi avance plutôt 30 000 à 35 000 habitants avant la dispersion[8]. L'historien Mohamed Ali Habachi en revanche, estime la population du djebel à au moins 100 000 habitants avant la dispersion[64]. En 1724, Peysonnel indique que la tribu peut fournir 80 000 hommes armés, chiffre que Lucette Valensi qualifie d’exagéré[8].
La confédération serait composée de différentes tribus[1],[65],[66],[67] à savoir :
- Ouled Ismail (arabe : اولاد إسماعيل) entre Siliana, Béja, Kairouan et Zaghouan, la plus peuplée et constituée de plusieurs fractions : Ben Ismail, El Ismaili, El Armaoui, El Kasbaoui, Achour, Jbali, Daalouche, El Henchiri, Boudbouss, Sliti, Boulaares, Jaballah, Aalouche, Haouala, Naouar, El Guitouni, Jallouli, Mahmoudi[1] ;
- Ouled Jbil (arabe : اولاد جبيل) entre Jendouba, Le Kef et Bizerte, la deuxième plus peuplée, constituée de plusieurs fractions : El Khenissi, Zitoun, El Hdhib, El Hichri, El Jamali, El Talmoudi, El Zerli[1] ;
- Tifaf (arabe : تيفاف) dans le cap Bon, le Sahel, Kairouan et Zaghouan, la troisième plus peuplée, constituée de plusieurs fractions : El Nahali, El Salaani, Ben Tamsak, Ben Sliman, Ahl Jouda, El Aanab, El Ksouri, Boukhriss[1] ;
- Bourahal (arabe : بورحال) entre Siliana, Kairouan et Béja, la quatrième plus peuplée, constituée de plusieurs fractions : El Khamsi, El Ayachi, Rahali, Ben Rahal[1] ;
- Ouled Manas (arabe : اولاد مانس) à Kairouan, au Sahel et Tunis, la moins peuplée[1], constituée de plusieurs fractions : Ben Saleh, El Bahri, Ben Chatra, El Sekni, El Skik, Ben Ghanem, El Mazrou'i, Bou Attia, Ben Khamsa, Abdelafou.
À eux se rajoutent les Zardam, les Aouadi, les Da'ass, les Kramti, les Bagour, les Zaghdan, les Haddad, les Ben Aassal, les Argoubi, les Ben Farej, les Zammit, les Ben Rejeb, les Ben Hmed, Jemaa, les Ben Arab, les Ben Mansour, les Jlidi, les Ben Hassan, les Baatout, les Hlila, les Belsghir, les Khalsi, les Zribi, les Farhat, les Mahjoub, les Lakhal, les Aakem, les Chaïb, les Hadrouk, les Ben Abdallah, les Ayad, les Battach, les Larkach, les Gaaid, les Tabal, les Beji, les Ben Kilani, les Ben Sikrana, les Hmamen, les Soussia, les Ainouss, les Darbal, les Bouhatem, les Mornaoui, les Ben Chika, les Charfeddin, les Garmazi, les Chelbi, les Ben Chakra, les Khsib, les Touali, les Barrouk, les Trif, les Hlilou, les Boukhatem, les Kamkami, les Maghraoui, les Bioudh, les Maaloul, les Ben Fatma, les Ben Aziza, les Kari, les Bouchriba, les Hmizi, les Lbib, les Belgharek, les Milad et les Galaaoui dont l'origine des fractions est inconnue[65].
Ces pertes de mémoire concernant l'origine des noms des fractions issus de cette tribu s'expliquent par l'abolition du système de cheikhat en Tunisie par les colons français, ce qui mène à des modifications de noms de famille par l'administration dans certains foyers d'installation, particulièrement à Kairouan, au Sahel et à Tunis[68], et certains noms peuvent être portés par des Ousseltia et avoir également des origines différentes.
Par ailleurs, certaines familles réussissent à s'enfuir avec Ismaïl en Algérie, dont les Ouled Essahil (famille du caïd) et ces familles se concentrent dans la ville de Constantine[47].
Culture
Mode de vie
De nos jours, les vestiges des Ousseltia sont présents dans le djebel, et on retrouve des tombes de saints telles que Mzara, la tombe de Sidi Salem, et Haouita, celle d'un saint inconnu, des anciennes habitations et villages abandonnés, des citernes, des terrasses de culture ainsi que des pressoirs antiques. Des peintures rupestres, préhistoriques et post-islamiques sûrement pratiquées par la tribu, sont aussi présentes[69]. Alors qu'ils pratiquent l'ibadisme, le culte du Bélier continue de perdurer au sein du djebel, poussant Ibn Al Jazzar à lancer une expédition contre le djebel[70]. Les mausolées de marabouts musulmans se mêlent aux ruines romaines et byzantines au sein de leur territoire[14]. Par ailleurs, les Ousseltia sont attachés aux cultes soufis avant et après leur dispersion, et de nombreux saints en sont originaires, comme Sidi Eichi, Sidi Assal, Sidi Ali Gharbi, Sidi Boukrit, Sidi Ali Boumnad, Sidi Ahmed, Sidi Sofiane, Sidi Boukhribeg, Sidi Abdelghani, Sidi Bouaabda, Sidi Behli, Sidi Khalif, Lalla Bouhalia, ou encore les « maîtres de la vallée » qui constituaient une communauté de marabouts. Diverses zaouïas sont également construites, comme celle de Jalloula ou de Kramet, et celles-ci se trouvent toujours près des cimetières. Les minarets sont rares puisque lorsqu'ils abandonnent l'ibadisme au XVe siècle et adoptent un islam soufi, ancré autour des zaouïas. Leur croyance en ces saints est telle qu'ils attribuent leur catastrophe aux saints Sidi Ahmed Narfiss et Sidi Nawi, qui sont des marabouts de la région. L'historien El-Seghir El-Béji décrit une population ayant des coutumes religieuses propres ; il affirme ne pas avoir vu de mosquées préparées spécialement pour l'Aïd et la prière du vendredi, pas de muezzin, et les hommes étaient vêtus de couleurs sombres. Par ailleurs, les femmes étaient vêtues de wazras noires, et les hommes de wazras et jebbas grises, couleurs qui étaient propres aux habitants du djebel par rapport au reste du pays, d'après El Beji El Seghir[71]. Le cadi de Kairouan El-Ramah présente la montagne comme étant « un lieu non soumis aux décisions de la charia ». Ce cadi rapporte également que la condition des femmes est rude, de par les coutumes berbères qui font acte de sévérité envers ces dernières, qui n'hésitent pas à demander le divorce en ville. Cependant, elles s'exposent au bannissement définitif de la montagne si celui-ci aboutit[59].
En effet, d'après une tradition orale répandue chez les Kaoub, durant le siège de la montagne, les Ousseltia razzient régulièrement les habitants des environs pour contourner la famine imposée par le bey. Pendant l'une de ces attaques, ils tuent les enfants de Sidi Narfiss, qui leur lance une malédiction, leur souhaitant famine et sécheresse de leurs terres. Après cette invocation, les Ousseltia cessent leurs incursions mais, après avoir remarqué que la famine ne les atteignait pas, ils reprennent leurs razzias et attaquent cette fois-ci la famille de Sidi Nawi qui, furieux, incite les Kaoub et Riyah à se soulever contre eux. Une bataille féroce éclate, et les Ousseltia en sortent vainqueurs. Toutefois, un épais nuage envoyé par Dieu les aveugle et ils perdent le combat. Cinq têtes d'Ousseltia sont tranchées et envoyées au bey, mais ce dernier remarque qu'une tête est celle d'un saint de la montagne, Sidi Abdallah El Jallouli. Terrifié, le bey ordonne la construction d'une mosquée et d'une zaouïa au nom du saint assassiné. Les Ousseltia sont affaiblis après cette bataille mais pas totalement vaincus, et le bey envoie des espions dans les villages, trompant les habitants et leur faisant croire que le bey attaque des villages voisins. Profitant de la panique générale, les espions donnent le signal à l'armée d'attaquer et de prendre les villages. Après la dispersion des habitants, le bey propose aux Kaoub et Riyah d'habiter dans les villages abandonnés, mais ces derniers refusent, les considérant comme souillés par les attaques considérées comme criminelles commises par l'armée du bey et eux-mêmes, laissant la montagne et les cultures abandonnées et asséchées. Cette histoire affirme deux points essentiels : l'importance des saints dans le contexte du djebel, notamment par les prières exaucées des saints souhaitant famine et assèchement des terres ainsi que par l'assassinat d'un saint des Ousseltia qui terrifie le bey, et l'appui du caractère belliqueux et courageux de ces derniers, qui ne sont pas vaincus par le combat mais plutôt par la ruse et la traîtrise[72]. Après leur dispersion, ils continuent de vénérer ces saints et le petit-fils de Sidi Eichi obtient même l'autorisation du bey de retourner avec quelques individus de la tribu à la zaouïa de son grand-père pour effectuer des pèlerinages[73].
Cet aspect spirituel se traduit également par la forte croyance aux châtiments de Dieu, croyances répandues à la fois chez les Ousseltia et leurs détracteurs. En effet, ils sont exclus du corps musulman par les gouverneurs de la ville de Kairouan, considérés comme les « chrétiens des Justes », des singes, des « Berbères ignorants dont le cœur est empli de malice et de haine ancestrale », de « vestiges du peuple de ‘Ad et Thamud », et leur montagne considérée comme « une porte de l'enfer », faisant référence à Monastir qui avait la réputation d'être considérée comme « une porte du paradis ». Les légistes musulmans rendaient même légitimes les attaques contre eux, le viol des femmes, leur meurtre et la confiscation de leurs biens. Ils justifiaient cela par leur caractère rebelle envers le pouvoir, considérant cela comme de l'hypocrisie et de la corruption, méritant des châtiments divins. Chez les individus de la tribu aussi, la notion de châtiment divin est retrouvée, notamment lorsque les vieillards refusent d'accueillir Ismaïl, justifiant cela par les pertes des anciennes révoltes qui résultent d'un châtiment de Dieu. Dans les paroles de la chanson Màa el àazzaba, qui sont prononcées par une femme lors de la catastrophe, cette femme maudit sa montagne, tout en parlant de châtiment divin qui leur arrive[74].
Ils avaient cinq villages principaux dans leur djebel. Le plus grand est Bourahal, leur capitale, aussi appelé Dar El Janna (maison du paradis) qui abrite la forteresse du bey, d'autres édifices importants et où sont concentrées les affaires administratives ; le second est El Galaa qui est un village fortifié ; le troisième est El Kasbah, où les chefs de la tribu se regroupent, où est située la prison et où est proclamé Ismaïl en tant que bey[11] ; le quatrième est El Aarma, non loin d'Oueslatia, qui tire son nom d'un sommet du djebel, où se concentre l'agriculture ainsi que les pressoirs d'eau, et où se déroulent les mariages ainsi que les enterrements, avec deux cimetières. Il s'agit d'un village reculé et difficile d'accès, à cause des chemins accidentés qui y mènent ; le dernier est Jbil, qui veut littéralement dire « la petite montagne »[75]. D'autres villages sont disséminés tels que Tifaf, qui comporte la résidence du caïd, Ouled Manès au pied du djebel, Ouled Moualoum[76], Kramet, qui est par ailleurs le nom d'un village bâti près de Gâafour, Jalloula, ou encore Dachret El Jamaa, bâti sur un sommet et comportant un palais et une cour de justice (mahakma)[11]. Au total, on dénombrait une centaine de villages, dont certains pouvaient abriter jusqu'à 1 000 habitants[77]. Leurs villages étaient fortifiés et construits en pierre, avec des constructions robustes et peu ornées, comparées à des nids d'aigles de par leurs fortifications[62]. Ces villages étaient par ailleurs isolés les uns des autres, et les chemins pour y accéder étaient comparés à des chemins de fourmis[78]. Peysonnel relève 200 villages, tandis que Mohamed Seghir Ben Youssef en relève une centaine, Pelissier cent, et Greenville Temple 110[79].
Arboriculteurs, les Ousseltia possédaient des hectares d'oliveraies au pied de leur montagne, qui constituaient une ressource de grande importance, mais qui étaient coupés à chaque fois qu'ils étaient assiégés, comme fut le cas en 1675 par Mourad Bey[80] ou encore en 1728, où 8 000 pieds d'oliviers sont coupés[69]. Cependant, leur djebel est l'une des rares zones à ne pas être touchée par les dégâts causés par l'invasion hilalienne[81]. Ces oliviers étaient leurs biens les plus précieux et leurs servaient à vendre de l'huile d'olive à travers tout le pays[82], qui leur permettrait d'obtenir un salaire[14]. Ils s'enduisaient également le corps de cette huile, considérant cette pratique comme un remède contre les courbatures[78]. Lors de leur dispersion, les oliviers qui étaient encore vivants seront négligés par les Kaoub, et les Ousseltia planteront des oliviers partout où ils s'installent, en créant même une variété d'oliviers qui leur est spécifique : l'Ouslati[83], que Jean Despois considère comme l'une des meilleures variétés de toute la Tunisie[84].
Ils possédaient également des terrasses, bâties en culture sèche durant des siècles, servant principalement à une culture céréalière, notamment pour cultiver l'orge et le blé[69]. Ils s'associaient également aux agriculteurs des environs pour avoir des céréales, mais les razziaient aussi pour piller leurs cultures[14]. Ils avaient également des réservoirs creusés sous la roche ainsi que des bassins d'eau, qui remontent à l'ère hafside, et qui leur servait non seulement d'autosuffisance en eau potable, mais aussi pour leur bétail et leurs oliviers[85]. Ils arrivent à transformer une montagne calcaire pauvre en eau en un lieu abondant en eau, qualifié de « paradis productif », en construisant des ponts, des murs et des ponceaux leur permettant de pratiquer une agriculture pluviale irriguant l'entièreté de leurs terres[86]. Cette abondance en ressources agricoles se retrouve dans une tradition orale selon laquelle les femmes qui se mariaient hors de la montagne devaient ramener un panier de terre de ces arbres dans leurs nouveaux lieux de vie, et devaient y cultiver l'orge, témoignant de la rareté de terres aussi fertiles en dehors du djebel[86]. D'après une autre tradition orale, ils cachaient des denrées alimentaires dans des troncs d'arbres afin de ne pas les gaspiller et de les consommer pendant les sièges de la montagne[62].
La tribu cultivait également les orangers[38], les pommiers, les abricotiers, les caroubiers, les vignes, les figuiers[14], les cannes à sucre ainsi que les fleurs, telles que la rose, le jasmin ou la violette[11], et était notamment réputée pour la parfumerie[87]. Elle pratiquait également un artisanat de faïences réputé dans le monde arabe[11]. Durant l'Antiquité, elle cultivait du miel en broyant des caroubes dans l'eau[88]. Les Ousseltia qui ont migré dans la région de Gaâfour pratiquaient la vannerie[79]. Cet attachement à la culture des fruits et du miel se retrouve aussi dans la toponymie de lieux-dits de leur djebel, comme Bled El Nahala (terre des abeilles), Bled El Ghalla (terre des fruits) ou encore Kaf El Ghalla (vallée des fruits)[81]. Ces fruits cultivés étaient uniquement destinés à leur propre consommation et n'étaient pas vendus[78]. L’élevage était également pratiqué comme l’indique Mohamed Seghir Ben Youssef, en effet, après s’être révoltés contre Hussein Bey en 1728, ils sont contraints de vendre l’ensemble de leurs bêtes et troupeaux en raison d’une amende qui leur est infligée, jusqu’à déclarer ne plus rien posséder. Cependant, ces troupeaux ne devaient pas être abondants, puisque la tribu achetait sa viande chez ses voisins. Les ânes et mulets sont utilisés pour se déplacer entre les villages, ces derniers étant très escarpés[8].
Les hommes sont spécialisés dans la fabrication d'armes à feu à base de silex et de bois, et les femmes tissent des cordes et des ficelles pour fabriquer des tuniques, ainsi que de la laine (barracani). Les habitants étaient décris comme ayant la peau olivâtre, marchant presque nus, n’ayant que la laine noire par dessus le corps (la ouazra)[8]. Par ailleurs, les hommes sont envoyés dans tout le pays pour commercer, et c'est par l'intermédiaire d'un commerçant qu'ils entrent en contact avec Ali Pacha. Ce système d'envoi des hommes à travers le pays est une caractéristique des montagnards ibadites, issu des Mozabites et appelé Azaba, où les jeunes hommes tiennent des boutiques dans d'autres contrées, avant de passer le relais à d'autres jeunes hommes[62].
L'historien Abu El-Abbas Al-Dardini évoque qu'ils étaient très riches, de par leur grand nombre de chevaux, et très guerriers[12]. Leur djebel était qualifié d'imprenable par le pouvoir comme l'Atlas marocain, l'Ouarsenis et l'Aurès algériens, alors qu'il ne les égale pas, ni par sa population, ni pas sa superficie[18]. Une source évoque même qu'ils sont la tribu la plus puissante et la plus nombreuse du pays, au côté des Drid et des Riah[89]. Ils tenaient un marché qui se tenait chaque vendredi, où ils vendaient leurs produits, des tribus des environs s'y rendant pour acheter et vendre, comme les Kaoub ou les Ouled Aoun[82]. Ils vendaient notamment des jebbas et wazras, les tuniques fabriquées par les femmes[78]. Travailleurs, ingénieux, solidaires et guerriers, leur société était comparée à une ruche d'abeilles, qui se dispersent une fois la ruche éclatée, métaphore symbolisant leur dispersion après la défaite[90]. Leur mode de vie différait des citadins, mêlant à la fois agriculture, commerce et artisanat, différence qui accentuait leur volonté de participer à la rébellion[62].
Par ailleurs, celle-ci serait restée berbérophone jusqu'au XVIIIe siècle, date de leur dispersion[91], et leur arabe était mêlé de mots berbères[59].
Culture populaire
La chanteuse tunisienne Saliha compose Màa el àazzaba (مع العزّابة) racontant l'histoire de la grande révolte et énonçant des paroles prononcées par une femme ayant perdu sa fille lors de cette guerre[35]. Cette musique est également reprise par Hassiba Rochdi et Hiyam Younes (ar), qui gardent les paroles telles qu'elles ont été prononcées pendant la dispersion[59].
D'après une tradition orale, une vieille femme décrite comme « une méchante sorcière » serait venue le jour de l'Aïd al-Adha 1762, correspondant au jour de la catastrophe du djebel, et aurait parcouru la montagne de village en village en sommant les habitants de partir avec leurs biens les plus légers en urgence. Le sens de cette histoire est, qu'après trois ans de siège du djebel, le bey et ses hommes n'ont pas réussi à battre les Ousseltia, et c'est cette femme qui aurait réussi à les déloger, par la ruse et le doute[92]. Cette histoire rejoint vaguement la tradition orale des Kaoub, qui affirme que la défaite des Ousseltia est due aux espions qui mentaient aux villageois et utilisaient la ruse[72].
De nos jours, des associations sont mises en place pour perpétuer l'histoire de la tribu, et un festival est organisé pour mettre en valeur le patrimoine du djebel et promouvoir l'écotourisme[93].
Personnalités
Divers descendants de cette tribu ont été des acteurs de la société tunisienne dans différents domaines :
- Cheikh Mohamed Bahri Ben Abdessattar[94] : cadi malikite ;
- Cheikh Ahmed Boukhriss[95]: savant religieux et maître de Sidi Brahim Riahi ;
- Cheikh Mohamed ben Mohamed ben Omar Haouala El Oueslati[95] : cadi tunisien originaire de Touza ;
- Cheikh Abd al-Ghani al-Wasslati al-Mazati[12] : cheikh ibadite ;
- Cheikh Fatuh ben Abi Hadji al-Wasslati al-Mazati[12] : cheikh ibadite ;
- Salah Ben Salah (1889-1928)[96] : premier ingénieur tunisien ;
- Slimane Ben Slimane (1905-1986)[97] : médecin et homme politique ;
- Ahmed Ben Salah (1926-2020)[96] : homme politique et syndicaliste.
Notes et références
- (ar) « الوسلاتية وعلاقتها بجبل وسلات », sur wessletia10.blogspot.com, (consulté le ).
- ↑ (ar) Aymen Haddaji, دور قبيلة مزاتة وفروعها في تاريخ الحركة الإباضية ببلاد المغرب خلال العصر الوسيط, Dar Al Massira, , 159 p. (ISBN 9789938260625, lire en ligne), p. 33
- ↑ Lucien Bertholon, Exploration anthropologique de la Khroumirie, Leroux, , 85 p. (lire en ligne), p. 4
- Comptes rendus des séances de la Société de géographie et de la Commission centrale, Paris, Société de géographie, , 586 p. (lire en ligne), p. 441.
- ↑ Jeanne Riaux, « Petites paysanneries hydrauliques en Tunisie centrale : héritages et perspectives autour des eaux du Merguellil », sur shs.hal.science (consulté le ), p. 13.
- ↑ Revue tunisienne 1895, p. 518.
- ↑ Lucette Valensi, Fellahs tunisiens : l'économie rurale et la vie des campagnes aux 18e et 19e siècles, Paris, Mouton, , 46 p. (ISBN 2-7193-0939-7, lire en ligne), p. 23.
- Lucette Valensi, Le Djebel Ousselat au XVIIIe siècle, Tunis, Faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Tunis, coll. « Cahiers de Tunisie » (no 47-48), (lire en ligne), p. 92-96
- ↑ Jehan Desanges, « Ouzalae ou Ouzarae », dans Salem Chaker (dir.), Encyclopédie berbère, vol. 36 : Oryx - Ozoutae, Louvain, Peeters, (ISBN 978-2-7584-0194-0, lire en ligne), p. 6009–6010.
- Alphonse-Marie-Ferdinand Rouire, La découverte du bassin hydrographique de la Tunisie centrale et l'emplacement de l'ancien lac Triton (ancienne mer intérieure d'Afrique), Paris, Challamel aîné, , 184 p. (lire en ligne), p. 111-112.
- Ernest Fallot, Une excursion à travers la Tunisie centrale, Marseille, Barlatier et Barthelet, , 20 p. (lire en ligne), p. 17-19.
- Encyclopédie de l'Islam : nouvelle édition, Leyde, Brill, (ISBN 978-9004092990, lire en ligne), p. 939.
- ↑ (ar) Les Cahiers de Tunisie, vol. 1, 1953, p. 24 (ISSN 0008-0012).
- Alix Martin et Roland Martin, « Histoires de Tunisie… la grande dorsale » [PDF], sur histoiresdetunisie.home.blog, (consulté le ).
- ↑ Hady Roger Idris, La Berbérie orientale sous les Zirides, t. I, Paris, Adrien-Maisonneuve, , 460 p. (lire en ligne), p. 319
- ↑ (ar) Abdelwahed Makni, شتات أهل وسلات بالبلاد التونسية : مقاربة في الأنتروبولوجيا التاريخية [« La diaspora des habitants d'Ousselat en Tunisie : une approche en anthropologie historique »], Tunis, Sahar, , 206 p. (ISBN 978-9973285706), p. 16.
- Fallot 1890, p. 18.
- Makni 2025, p. 44.
- Makni 2025, p. 41.
- ↑ « Soixante ans d'histoire de la Tunisie (1705-1765) : documents pour servir à l'histoire des quatre premiers beys de la famille d'Ali Turki », Revue tunisienne, no 5, , p. 495-507 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Revue tunisienne 1895, p. 519-522.
- Revue tunisienne 1895, p. 533.
- Revue tunisienne 1895, p. 530-544.
- ↑ « Soixante ans d'histoire de la Tunisie (1705-1765) : documents pour servir à l'histoire des quatre premiers beys de la famille d'Ali Turki », Revue tunisienne, no 9, , p. 56-63 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Revue tunisienne 1896, p. 65-67.
- ↑ Revue tunisienne 1896, p. 72-77.
- ↑ Revue tunisienne 1896, p. 80-81.
- Makni 2025, p. 48-49.
- ↑ Revue tunisienne 1896, p. 200.
- ↑ Makni 2025, p. 46.
- ↑ « Soixante ans d'histoire de la Tunisie (1705-1765) : documents pour servir à l'histoire des quatre premiers beys de la famille d'Ali Turki », Revue tunisienne, no 13, , p. 204 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Soixante ans d'histoire de la Tunisie (1705-1765) : documents pour servir à l'histoire des quatre premiers beys de la famille d'Ali Turki », Revue tunisienne, no 25, , p. 217-218 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Revue tunisienne 1900, p. 222-226.
- ↑ Revue tunisienne 1900, p. 227-231.
- Néji Khammari, « djebel Ousselate : la montagne qui n'a pas encore divulgué tous ses secrets », Le Temps, (lire en ligne, consulté le ).
- Revue tunisienne 1900, p. 323-336
- Makni 2025, p. 53-55.
- Riaux, p. 12-13.
- Makni 2025, p. 58-59.
- Association française pour l'avancement des sciences, La Tunisie : histoire et description, t. I, Paris, Berger-Levrault, , 495 p. (lire en ligne), p. 442.
- « Notes succinctes sur les tribus de la régence », Revue tunisienne, no 33, , p. 13 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Makni 2025, p. 72.
- Makni 2025, p. 61 et 64-66.
- ↑ « Renseignements sur le territoire entre Mateur et Béja », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, , p. 494 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Prosper-Fernand Zaccone, Notes sur la régence de Tunis, Paris, Tannera, , 265 p. (lire en ligne), p. 72.
- ↑ (ar) Les Cahiers de Tunisie, vol. 7, 1959, p. 423 (ISSN 0008-0012).
- Makni 2025, p. 7 et 161.
- ↑ Makni 2025, p. 78-81.
- ↑ Makni 2025, p. 91-92.
- ↑ Makni 2025, p. 93-94.
- ↑ (en) Mira Zussman, Development and Disenchantment in Rural Tunisia : The Bourguiba Years, New York, Routledge, , 240 p. (ISBN 978-0429694967, lire en ligne), p. 81-83.
- Makni 2025, p. 114-115-116.
- ↑ Makni 2025, p. 83-84 et 88.
- ↑ Edmond Pellissier de Reynaud, Exploration scientifique de l'Algérie pendant les années 1840, 1841, 1842, vol. XVI : Description de la régence de Tunis, Paris, Imprimerie impériale, , 455 p. (lire en ligne), p. 376.
- ↑ Mongi Smida, Khereddine : ministre réformateur, 1873-1877, Maison tunisienne de l'édition, , 423 p. (lire en ligne), p. 19.
- Makni 2025, p. 120.
- ↑ Makni 2025, p. 122-124.
- ↑ Makni 2025, p. 108-109 et 110.
- Makni 2025, p. 39-40.
- ↑ Habib Missaoui, « Sur les traces de Ben Oun Khannag Larouâh (preneur des âmes) : le petit-fils de Ali Ben Ghedhahem El Mejri », Le Quotidien, inconnu (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (ar) كراسات التونسية, Tunis, Faculté des lettres et sciences humaines de Tunis, (lire en ligne), p. 421.
- Makni 2025, p. 36-37.
- ↑ Makni 2025, p. 8.
- ↑ (ar) Mohamed Ali Habachi, عروش تونس, Tunis, Manchourat Soutimidia, , 231 p. (ISBN 978-9938918038), p. 77.
- Makni 2025, p. 101-103.
- ↑ Makni 2025, p. 185-188.
- ↑ (ar) Assad Daraji, العائلات القيروانية منتصف القرن 19 [« Familles de Kairouan : milieu du XIXe siècle »], Kairouan, Centre des études islamiques de Kairouan, p. 51.
- ↑ Makni 2025, p. 154.
- Jaâfar Ben Nasr, « Les peintures rupestres de l'abri de Zamla (Jebel Ousselat – Tunisie centrale) : la représentation d'une planimétrie agraire ? », Antiquités africaines, no 57, , p. 19-32 (ISSN 0066-4871, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Annales de l'Institut d'études orientales, vol. 11-13, Alger, Librairie d'Amérique et d'Orient, (lire en ligne), p. 83
- ↑ Revue tunisienne 1895, p. 509.
- Makni 2025, p. 160-161.
- ↑ Makni 2025, p. 149-150.
- ↑ Makni 2025, p. 40-41, 56, 61 et 127-158.
- ↑ Makni 2025, p. 82-83.
- ↑ Pellissier de Reynaud 1853, p. 201.
- ↑ Makni 2025, p. 105-106.
- Revue tunisienne 1895, p. 518.
- Charles Monchicourt, La région du Haut-Tell, en Tunisie (Le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala) : essai de monographie géographique, Paris, Armand Colin, , 486 p. (lire en ligne), p. 233.
- ↑ Revue d'histoire maghrébine, no 5-9, 1976, p. 310.
- Makni 2025, p. 33.
- Makni 2025, p. 25.
- ↑ Lucette Valensi, Fellahs tunisiens : l'économie rurale et la vie des campagnes aux 18e et 19e siècles, Berlin, Walter de Gruyter, , 421 p. (ISBN 978-3110810974, lire en ligne), p. 164.
- ↑ Makni 2025, p. 32.
- ↑ Neji Khammai, « Le rif de Kairouan subit les affres de la soif », Le Temps, (lire en ligne, consulté le ).
- Makni 2025, p. 34-35.
- ↑ Ernest Fallot, Notice géographique, administrative et économique sur la Tunisie, Tunis, Imprimerie franco-tunisienne, , 139 p. (lire en ligne), p. 33.
- ↑ Libyca : archéologie, épigraphie, vol. 8, Alger, Service des antiquités, , 320 p. (ISSN 0459-3049, lire en ligne), p. 106.
- ↑ Jean Cuisenier, Économie et parenté, Berlin, Walter de Gruyter, , 569 p. (ISBN 978-3111584720, lire en ligne), p. 320.
- ↑ Makni 2025, p. 170.
- ↑ Jean Despois, La Tunisie orientale, Paris, Presses universitaires de France, , 554 p. (lire en ligne), p. 169.
- ↑ Makni 2025, p. 131.
- ↑ (ar) Khalifa Gasmi, « مهرجان جبل وسلات الدولي للثقافة والسياحة البديلة ينطلق في دورته الأولى » [« Le Festival international de la culture et du tourisme alternatif du djebel Ousselat lance sa première édition »], sur Mosaïque FM, (consulté le ).
- ↑ Jacques Revault, Palais et résidences d'été de la région de Tunis (XVIe – XIXe siècles), Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, coll. « Études d'antiquités africaines », , 628 p. (ISBN 2-222-01622-3, lire en ligne), p. 100.
- Makni 2025, p. 86.
- Makni 2025, p. 87.
- ↑ Makni 2025, p. 89.
- Portail de la Tunisie
- Portail de l’anthropologie