Pérégrin
Dans l'Empire romain, les pérégrins (en latin peregrini, pluriel de peregrinus, signifiant simplement à l'origine étranger), sont des hommes libres habitant les provinces conquises par Rome mais ne disposant pas de la citoyenneté romaine.
Par extension, dans le langage courant, un pérégrin est un étranger, un voyageur qui est dans un pays dont il ne vient pas, un nomade, un pèlerin[1].
Statut juridique
D'après les études onomastiques d'André Chastagnol sur la Gaule romaine, le pérégrin se différencie du citoyen romain par sa dénomination : il ne porte qu'un nom unique, suivi parfois de la marque de sa naissance libre, à savoir un patronyme au génitif suivi de la mention filius ou filia. Il n'a ni prénom ni cognomen, tandis que le citoyen romain porte les tria nomina et est rattaché à une tribu[2]. L'identification du pérégrin selon cette règle s'observe dans tout l'empire, avec parfois des variantes locales, comme l'indication d'une filiation double (nom au génitif du père et du grand-père) en Afrique romaine ou la variante rare du nom double[3].
Si l'Empire respecte leurs institutions antérieures, les pérégrins ont un statut juridique inférieur à celui des citoyens. Ils ne bénéficient pas des droits civiques (jus suffragii et jus honorum) et civils (jus conubium et jus commercium) du citoyen romain[4]. Ils servent dans les troupes auxiliaires de l'armée, non en tant que légionnaires. Ils payent plus d'impôts que les citoyens, mais n'ont aucun droit politique à Rome.
Les pérégrins peuvent acquérir la citoyenneté romaine pour eux et leur famille en servant l'armée romaine pendant 25 ans[5], ou en achetant leur titre. Dès lors, ils acquièrent les droits du citoyen, droits politiques plutôt illusoires sous l'Empire, et droits civils, dans lequel le jus conubium apporte des avantages réels dans le droit familial et le droit successoral[4]. Des inscriptions de Rhôsos et de Cyrène datant de la fin de la République et du début du Principat montrent qu'un pérégrin de ces cités pouvait conserver sa citoyenneté locale d'origine tout en devant citoyen romain, d'où selon Cicéron[6] une double appartenance entre « patrie juridique » et « patrie naturelle »[7].
Les pérégrins ne peuvent épouser une romaine. Ils peuvent cependant épouser une personne de même rang : un autre pérégrin. Dans ce cas-là néanmoins, le mariage n'est pas considéré comme des justes noces, mais comme une forme inférieure d'union, les conditions pour se marier n'étant pas réunies (notamment le fait d'être citoyen romain).
André Chastagnol constate des cas d'unions mixtes en Narbonaise, avec les transmissions suivantes : l'enfant d'un citoyen romain et d'une pérégrine est lui-même citoyen romain. Inversement, l'enfant d'un pérégrin et d'une romaine est un pérégrin[8]. Le juriste Gaius confirme que, dans les situations d'intermariage, le fils reprend la condition de son père. Cette règle semble évoluer à partir du règne d'Hadrien, le fils d'un pérégrin et d'une romaine est citoyen romain[9],[4].
Le statut de pérégrin disparaît en 212 quand l'édit de Caracalla donne à tous les hommes libres de l'Empire la citoyenneté romaine[10].
Droits
Dans l’Empire romain, le pérégrin est un homme libre qui n'a pas la citoyenneté romaine (laquelle confère certains droits). Sauf s’il dispose d’un droit particulier, un pérégrin ne peut pas se marier avec un(e) Romain(e), il ne peut pas faire un testament selon le modèle romain, il ne participe pas à la vie politique, etc. Le pérégrin vit selon les lois de sa propre communauté.
Notes et références
- ↑ « PÉRÉGRIN : Définition de PÉRÉGRIN », sur www.cnrtl.fr (consulté le ).
- ↑ Gascou 2001, p. 180, 183.
- ↑ Dondin-Payre 2002, p. 230.
- Gonzales 2002, p. 35.
- ↑ Petit 1971, p. 199.
- ↑ Cicéron, De legibus, II, 2,5.
- ↑ Gonzales 2002, p. 36-37.
- ↑ Gascou 2001, p. 182, paragraphe 2.
- ↑ Gascou 2001, p. 183.
- ↑ Petit 1971, p. 354.
Bibliographie
- André Chastagnol, « L'onomastique de type pérégrin dans les cités de la Gaule Narbonnaise », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, t. 102, no 2, , p. 573-593 (lire en ligne).
- André Chastagnol, « Considérations sur les gentilices des pérégrins naturalisés romains dans les Gaules et les provinces des Alpes », Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, , p. 167-183 (lire en ligne).
- Monique Dondin-Payre, « Citoyenneté romaine, citoyenneté locale et onomastique: le cas de Thugga », L'antiquité classique, t. 71, , p. 229-239 (lire en ligne).
- Jacques Gascou, « André Chastagnol et l’onomastique des citoyens des communautés de droit latin », Ktèma : civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome antiques, no 26, , p. 179-186 (lire en ligne).
- Antonio Gonzales, « Les requêtes de Pline le Jeune auprès de Trajan », dans Antiquité et citoyenneté. Actes du colloque international de Besançon (3-5 novembre 1999), Besançon, Institut des Sciences et Techniques de l'Antiquité, coll. « ISTA » (no 850), (lire en ligne), p. 35-49.
- Paul Petit, La paix romaine, Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio – l’histoire et ses problèmes », (1re éd. 1967).
Voir aussi
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