Païza

Un païza ou païzi ou gerege (en chinois páizi, en mongol médiéval Гэрэгэ, mongol : Пайз, persan : پایزه pāiza), est un insigne d’autorité et un laissez-passer utilisé dans l’Empire mongol, reposant sur un système similaire employée sous les dynasties chinoises Tang, Liao et Jin. Elle permet à son porteur d'exiger des services auprès des relais du système postal impérial, l'örtöö, ainsi que des biens et prestations de la population civile.

Origine et caractéristiques

Un système de laissez-passer impérial préexiste au sein des dynasties chinoises Tang, Liao, Jin et le royaume Tangut de Xi-Xia. La païza Jin compte sept rangs différents[1]. Dans le système chinois antérieur, les “tallies” (fu) servaient à authentifier des ordres, notamment militaires, via un système de pièces appariées (moitiés correspondantes), ce qui n’existe plus chez les Mongols. La païza sous l'Empire mongol résulte d'une combinaison des deux systèmes : le pai (tablette) des Jin et le fu (insigne de validation) des Tang. La distinction entre les deux systèmes est abandonnée pour ne conserver qu'un unique système transmissible. L'adoption du système par Gengis Khan se produit probablement dès les premières années suivant la conquête des Jins[2].

La païza se présente sous différentes formes et matériaux, reflétant une hiérarchie précise. Les exemplaires les plus prestigieux sont en or et représentent un tigre, parfois interprété comme un lion. D’autres variantes, en argent doré ou en argent, adoptent une forme rectangulaire arrondie percée d’un trou permettant de les porter à la ceinture ou au cou, tandis que des versions en bois existent probablement pour les rangs inférieurs[3]. La païza mongole confère une autorité plus étendue que le précédent système chinois[2].

Les inscriptions, d’abord en écriture ouïghoure puis en écriture phagpa sous la dynastie Yuan, expriment l’autorité du khan par une formule solennelle évoquant le « pouvoir du ciel éternel » et menaçant de mort quiconque refuserait d’obéir. Le nom du souverain y figure fréquemment. En complément, un yarliq (décret écrit) précise les droits et obligations du détenteur, bien que la possession de la païza seule suffise généralement à faire valoir ces privilèges[3].

Marco Polo, qui rend visite à la Dynastie des Yuan, pendant le règne de Kublai Khan (r. 1260-1294), donne une bonne description du païza[4].

Usages

Fonctions

La païza remplit une double fonction de passeport et de symbole d’autorité. Elle permet notamment l’accès au réseau de l'örtöö, essentiel aux communications et aux déplacements dans l’Empire. Elle sert également de marque de fonction officielle et confère à son porteur un pouvoir considérable sur les populations locales[3].

Elle est attribuée à des catégories variées, incluant les messagers impériaux, les envoyés diplomatiques (elchis), les commandants militaires, les administrateurs (daruqachis), les dirigeants locaux, les marchands liés à l’État (ortoq) ainsi que certains membres du clergé bénéficiant de la faveur du pouvoir mongol. La païza peut en outre être transmise par héritage, ce qui contribue à élargir son usage[3].

La païza reflète également la structure hiérarchique de l’armée mongole. Les commandants recçoiveent des insignes correspondant à leur rang : les chefs d’unités de mille hommes portent des païzas en argent doré, tandis que les commandants de tumen (dix mille hommes) détiennent des païzas en or ornées d’un tigre. Sous Kubilai Khan, certains commandants de très haut rang reçoivent des païzas en or décorées de motifs tels que des tigres, des faucons, le soleil et la lune[3].

Abus et réformes

De nombreux détenteurs exploitent leur autorité pour imposer des prélèvements excessifs ou pratiquer le pillage, tandis que des rivalités opposent autorités civiles et militaires ainsi que représentants du pouvoir central et élites locales. Cette situation est aggravée par le fait que la cour impériale n’est pas la seule à émettre des païzas, les princes mongols pouvant également en délivrer[3]. Cette situation accentue la fragmentation de l'autorité et provoque des conflits juridiques entre détenteurs notamment décrits dans les textes contemporains de Rashid al-Din et Al-Juwaynī[2].

Ögödei interdit les païzas non impériaux, mais cette mesure fut annulée sous la régence de Töregene. Güyük entreprend de rappeler et redistribuer les païzas, sans succès durable. Möngke impose les réformes les plus efficaces en interdisant aux nobles d’en émettre, en rappelant les anciennes païzas et en limitant leur usage aux fonctions gouvernementales, notamment en excluant les marchands ortoq[3].

Continuité

Après la fragmentation de l’Empire mongol, la païza continue d’être utilisée dans les États successeurs, avec des adaptations visant à mieux contrôler sa distribution. Dans la Horde d’Or, l’inscription du nom du souverain contribue à limiter les abus. Sous la dynastie Yuan, de nouvelles formes sont introduites[3].

L'Ilkhan Ghazan (r. 1295-1304) réforme le système d'émission des jarliqs, créant des formulaires pré-établis et différents sceaux selon les grades, ordonnant que tous les jarliqs soient conservés dans les dossiers de la cour et que ceux de plus de 30 ans et les anciens païzas soient annulés[5]. Il crée de nouveaux païzas portant le nom de leur détenteur. Cette mesure vise à empêcher leur transfert, leur vol ou leur transmission héréditaire, et à réaffirmer le contrôle de l’État sur cet instrument de l’autorité mongole[3].

Une continuité partielle existe sous la dynastie Qing avec des certificats de circulation postale en territoires mongols encadrés et limités aux fonctions délivrées par le certificat. Toutefois, les païzas s'accompagnent dans la culture d'une mauvaise réputation de ses détenteurs, notamment dans des proverbes qui soulignent la brutalité et les abus de pouvoirs[2].

Références

  1. John Man Xanadu: Marco Polo and Europe's Discovery of the East, p.36
  2. (en) Christopher Pratt Atwood, Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, Facts On File, (ISBN 978-0-8160-4671-3, lire en ligne), p. 433-434
  3. (en) Timothy May, The Mongol Empire: A Historical Encyclopedia [2 Volumes], Bloomsbury Academic, (ISBN 978-1-61069-339-4, lire en ligne), p. 66-69
  4. Laurence Bergreen Marco Polo: from Venice to Xanadu, p.341
  5. George Lane Genghis Khan and Mongol rule, p.34
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