Pacte de défense mutuelle des provinces du Sud-Est

Le Pacte de défense mutuelle des provinces du Sud-Est (chinois simplifié : 东南互保 ; chinois traditionnel : 東南互保 ; pinyin : Dōngnán Hùbǎo) est un accord conclu durant l’été 1900, pendant la Révolte des Boxers, par les gouverneurs de la dynastie Qing des provinces du sud, de l’est et du centre de la Chine, alors que l’Alliance des Huit Nations envahissait le nord du pays. Ces gouverneurs, parmi lesquels Li Hongzhang (gouverneur général du Guangdong et du Guangxi), Xu Yingkui (gouverneur général du Fujian et du Zhejiang), Liu Kunyi (gouverneur général du Jiangsu, de l’Anhui et du Jiangxi), Zhang Zhidong (gouverneur général du Hubei et du Hunan) et Yuan Shikai (gouverneur provincial du Shandong), refusèrent d’appliquer le décret impérial promulgué par la cour impériale Qing déclarant la guerre à onze États étrangers[1].
D'autres autorités provinciales à majorité Han, comme le gouverneur général du Sichuan et le gouverneur provincial du Shaanxi, n'ont pas formellement adhéré à l'accord de protection mutuelle, mais ont également désobéi à l'édit impérial. Ainsi, pour la première fois, la grande majorité des autorités régionales Han ont refusé d'aider la cour Qing. Pendant la majeure partie du conflit, les principales forces combattant pour la cour Qing (aux côtés des Boxers) étaient le corps mandchou Hushenying, l'armée de campagne mandchoue de Pékin et trois des cinq divisions du corps Wuwei, le plus modernisé de la cour Qing. Yuan Shikai, commandant les deux autres divisions, les envoya au Shandong et les utilisa activement pour réprimer les Boxers, en défiant ouvertement la cour Qing. En Mandchourie, de grands groupes de bandits Han nommés Honghuzi (« Barbes Rouges ») ont également combattu activement aux côtés des bannières mandchoues, principalement en réponse à l'invasion russe distincte qui a entraîné des atrocités généralisées contre les Mandchous et les Daurs, comme le massacre de Blagovechtchensk et le massacre des Soixante-Quatre Villages à l'est du fleuve.
Contexte
En 1895, la Chine perdit la guerre contre le Japon lors de la première guerre sino-japonaise. Cependant, la triple intervention occidentale, menée par la France, l'Empire allemand et l'Empire russe (soucieux de préserver sa sphère d'influence dans le nord-est de la Chine), contraignit le Japon à renoncer à profiter des nombreux avantages acquis grâce à sa victoire militaire. Ces avantages furent alors exploités par les puissances occidentales. Lors de la « course à la Chine » qui s'ensuivit, les puissances occidentales obtinrent de la Chine, entre 1897 et 1898, une succession de ports ouverts au commerce international et de concessions économiques. Cette situation engendra une montée du nationalisme urbain, mais aussi un conservatisme réactionnaire xénophobe populaire, qui se consolida autour d'une société secrète mystique appelée les Boxers.
En 1899 et 1900, une recrudescence des actes xénophobes s'abattit sur les étrangers dans le nord de la Chine, ainsi que sur les Chinois perçus comme travaillant pour ou avec des étrangers, tels que les convertis au christianisme et les employés d'entreprises étrangères, notamment les compagnies ferroviaires. Les symboles de la technologie étrangère, comme les voies ferrées et les poteaux télégraphiques, furent également pris pour cible. Cependant, ce n'est qu'en que la Cour impériale provoqua une confrontation avec les légations étrangères, suite à l'assassinat d'un diplomate allemand par les Boxers. Après que de nombreux légataires eurent ignoré l'ordre d'évacuation, ils furent soumis à un siège mené par les Boxers, appuyés par certaines unités de l'armée impériale chinoise, comme les Braves du Kansu. Ce siège dura 55 jours, jusqu'à l'arrivée de l'expédition de secours de l'Alliance des Huit Nations.
Déroulement
Avant même la déclaration de guerre de la cour Qing en 1900, les gouverneurs des provinces de l'est et du sud de la Chine avaient discuté des moyens de préserver la paix sur leurs territoires, notamment face à une invasion étrangère. Parmi eux figuraient Liu Kunyi (vice-roi de Liangjiang), Zhang Zhidong (vice-roi de Huguang) et Li Hongzhang (vice-roi de Liangguang). Afin de préserver les Han, Zhang Zhidong confia à Everard Fraser, consul général britannique basé à Hankou, son mépris pour les Mandchous, dans l'objectif que l'Alliance des Huit Nations n'occupe pas d'autres régions de Chine, comme ses provinces, en vertu du Pacte de défense mutuelle des Provinces du Sud-Est[2].
Le , l'impératrice douairière Cixi publia, au nom de l'empereur, un décret impérial déclarant la guerre aux puissances étrangères contre onze pays simultanément : l'Empire russe, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la France, l'Empire allemand, l'Italie, l'Espagne, l'Autriche-Hongrie, la Belgique et les Pays-Bas. Le ministre des Télégraphies, Sheng Xuanhuai, parvint à empêcher la diffusion publique de ce décret, ainsi que d'un autre décret appelant à la révolte des Boxers. Ces décrets furent uniquement montrés aux gouverneurs, accompagnés d'un télégramme leur enjoignant de ne pas obéir à l'ordre impérial. Li Hongzhang, Yuan Shikai et d'autres vice-rois rejetèrent ouvertement l'appel de l'impératrice douairière à mener des actions militaires contre les puissances étrangères. Li Hongzhang, en particulier, publia un télégramme : « Ce décret est mensonger. Les provinces du Guangdong et du Guangxi n'obéiront pas.»
Li Hongzhang utilisa le siège des légations internationales comme une arme politique contre ses rivaux à Pékin, car il contrôlait le service télégraphique chinois. Il exagéra les faits et mentit, prétendant que les forces impériales avaient commis des atrocités et assassiné les étrangers, et les avaient tous exterminés. Ces informations furent transmises au monde occidental. Son objectif était d’exaspérer les Européens contre les forces impériales à Pékin, et il parvint à diffuser massivement de fausses informations en Occident. Ces fausses informations propagées par Li contribuèrent aux atrocités commises par la suite par les étrangers contre les bannerets mandchous et mongols à Pékin[3]. Pour avoir refusé d'obéir aux ordres du gouvernement Qing et de prêter main-forte à l'armée impériale durant la révolte des Boxers, Li Hongzhang fut loué par les Occidentaux[4].
Yuan Shikai et Zhang Zhidong ignorèrent la déclaration de guerre de l'impératrice douairière Cixi contre les puissances étrangères et poursuivirent la répression des Boxers. Outre leur refus de combattre l'Alliance des Huit Nations et la répression des Boxers dans le Shandong, Yuan et son armée (la Division de Droite) aidèrent également l'Alliance des Huit Nations à réprimer les Boxers après la prise de Pékin par cette dernière en . Les forces de Yuan Shikai massacrèrent des dizaines de milliers de personnes lors de leur campagne anti-Boxers dans la province de Zhili[5].
Conséquences
Cet événement marqua la première fois que des fonctionnaires Han refusèrent ouvertement d'obéir aux ordres de la cour mandchoue (Li Hongzhang, Liu Kunyi et Zhang Zhidong étaient tous des Chinois Han). Du point de vue des provinces, cet événement permit d'éviter que la guerre et les troubles n'affectent leurs territoires. Après l'Expédition des Huit Puissances, les autorités locales prirent conscience de la nécessité de renforcer leurs forces militaires pour se défendre contre les invasions étrangères. Lorsque la cour Qing s'effondra et que les fonctionnaires impériaux furent expulsés lors de la révolution Xinhai, la puissance militaire des autorités régionales inaugura l'ère des seigneurs de guerre.
Du point de vue de la cour Qing, l'Expédition des Huit Puissances, ainsi que la série d'affrontements militaires avec les puissances étrangères, portèrent atteinte à la fierté nationale. Cet événement révéla notamment l'importance croissante du régionalisme, les autorités locales refusant de se soumettre à l'ordre impérial. Cette situation engendra la crainte d'un démembrement de l'État. Le gouvernement entreprit donc de recentraliser le pouvoir et de regagner le soutien de la population. Il proposa notamment d'élaborer une constitution, de mettre en place un cabinet impérial et d'entreprendre une série de réformes. Cependant, ces actions furent perçues comme hypocrites, leur principal objectif étant de prolonger la domination mandchoue plutôt que de renforcer la Chine et de partager le pouvoir avec les autres ethnies. Les réformes ne parvinrent guère à sauver la cour Qing, et le pouvoir impérial s'effondra après la révolution de 1911.
À la fin de la dynastie, la cour Qing tenta une ultime fois de réintégrer Yuan Shikai, exilé politique de 1908 à 1911 pour son rôle dans le traité de protection mutuelle. Yuan Shikai accepta finalement de prendre le commandement de la nouvelle armée impériale modernisée de Beiyang et mena quelques expéditions victorieuses contre les révolutionnaires du Sud ; toutefois, il entama presque aussitôt des négociations avec ces derniers et finit par contraindre la cour Qing à l'abdication.
Notes
(en) Cet article est une traduction de l'article wikipédia anglophone intitulé "Mutual Defense Pact of the Southeastern Provinces"
- ↑ Zhi tian Luo, Inheritance within rupture: culture and scholarship in early twentieth-century China, Brill, coll. « Brill's Humanities in China Library », (ISBN 978-90-04-24779-6 et 978-90-04-28766-2)
- ↑ Edward J. M. University of Washington Libraries, Manchus and Han: Ethnic Relations and Political Power in Late Qing and Early Republican China, 1861-1928, University of Washington Press, coll. « Studies on Ethnic Groups in China », (ISBN 978-0-295-99748-3)
- ↑ Robert B. Edgerton, Warriors of the rising sun: a history of the Japanese military, Norton, (ISBN 978-0-393-04085-2)
- ↑ (en) Herbert Henry Gowen, An Outline History of China, Sherman, French, (lire en ligne)
- ↑ Zhirang Jerome Chen, Yuan Shih-kʿai, Stanford University Press, (ISBN 978-0-8047-0789-3)
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