Paphnuce ou la conversion de la courtisane Thaïs

Paphnuce
La conversion de la courtisane Thaïs
Auteur Hrotsvita de Gandersheim
Genre Drame scolastique
Date d'écriture Xe siècle
Version originale
Langue originale Latin
Pays d'origine Allemagne
Personnages principaux
Lieux de l'action

Paphnuce ou la conversion de la courtisane Thaïs est une pièce de théâtre écrite en latin par Hrotsvita de Gandersheim. Elle concerne la relation entre Thaïs, jadis une courtisane d'Alexandrie dans l'Égypte romaine et byzantine, et Paphnuce l'Ascète, l'ermite lui ayant offert sa conversion au christianisme. Les personnages de la pièce vivent au IVe siècle. Bien plus tard en Europe, au commencement du Haut Moyen Âge, l'histoire de Thaïs jouit d'une grande popularité[1].

Il est évident que pour la rédaction de sa pièce, Hrotsvita s'est approprié la Vita Thaisis, une traduction en latin datant de plusieurs siècles relatant la vie de Thaïs (l'originale étant écrite en grec). La dramaturge, une chanoinesse bénédictine de Basse-Saxe (nord-ouest de l'Allemagne), puisant dans la tradition, conçoit apparemment une ligne narrative ainsi qu'un personnage distinctif consacrés à Thaïs adaptés à la philosophie du monde chrétien médiéval[2],[3].

Pièce

Peut-être de manière inattendue, la pièce commence avec un dialogue quelque peu intellectuel entre des ecclésiastiques concernant l'harmonie intrinsèque dans le monde créé. Le sujet de la concorde prépare le terrain au drame de la vie désordonnée de la courtisane Thaïs. « Elle brille d'une beauté extraordinaire », néanmoins, elle est également « une menace pour les hommes odieusement honteux »[2],[3].

Dans la pièce, Thaïs est présentée comme une personne « ayant toujours été avide d'accumuler la richesse »[2],[3]. Paphnuce explique à ses disciples que « non seulement les jeunes frivoles dissipent les quelques biens de leur famille sur elle mais même les hommes respectés gaspillent leurs trésors coûteux en lui prodiguant des cadeaux… »[2],[3]. Un écrivain contemporain fait remarquer : « La Thaïs de Hrotsvita devient une prostituée en raison de son amour de l'argent. La racine de son immoralité est l'avarice, qui, combiné à sa grande beauté, l'entraîne à choisir la prostitution comme carrière »[4].

Après sa conversion au christianisme, elle « détruit » 400 livres d'or et brûle d'autres objets de trésor avant ses anciens mécènes. Paphnuce s'exclame : « ô combien tu as changé de ton ancienne condition lorsque tu bouillais de passions illicites et où tu étais enflammée d'avidité pour les possessions »[2],[3]!.

Le portrait de sa conversion, sa transition de courtisane à chrétienne, peut apparaître plutôt tronquée à un public contemporain. Après, Paphnuce décrirait l'évènement à un frère religieux : « Je lui ai rendu visite, déguisé en amoureux, secrètement, et j'ai d'abord conquis son esprit lascif avec des sermons et des compliments, puis je l'ai effrayé avec de sévères menaces »[2],[3].

Leur première rencontre est présentée en partie comme suit :

Paphnuce : N'y a-t-il pas une autre pièce où nous pouvons converser plus secrètement, une qui serait dissimulée ?

Thaïs : Il y en a une qui est si cachée, si secrète, qu'aucun individu hormis ma personne ne connaisse, c'est à l'intérieur sauf Dieu.

Paphnuce : Quel Dieu ?

Thaïs : Le vrai Dieu.

Paphnuce : Crois-tu qu'Il sache ce que nous faisons ?

Thaïs : Je sais que rien n'est caché de Son regard.

Paphnuce : Crois-tu qu'Il ignore les actes du méchant ou qu'Il inflige la justice comme il se doit ?

Thaïs : Je crois qu'Il pèse les mérites de chaque personne avec justice à sa mesure et que chacun selon ses mérites reçoit une récompense ou une peine de Sa part[2],[3].

Par la suite, Paphnuce condamne franchement ses actions méritant la damnation. Thaïs consent à l'intention de Paphnuce sans protester, elle devient anxieuse. Apparemment, elle parvient à se cacher la connaissance de son péché. Lorsque Paphnuce la confronte, rapidement, Thaïs réalise son aveuglement. Puis, elle vient à entendre la discorde au sein d'elle-même lui ayant causé une vie déséquilibrée, avec ses conséquences perturbatrices. Elle se repentit[4].

Après être entrée dans un processus de transformation spirituelle, Thaïs dit à Paphnuce que « Tous les anges chantent Sa louange et Sa bonté, puisque Il ne rejette jamais l'humilité d'une âme contrite »[2],[3]. Thaïs brûle ses trésors mal acquis, elle suit ensuite Paphnuce dans le désert, vers un couvent où elle vivra sous la direction d'une abbesse pendant de nombreuses années. Là, dans la solitude, cloîtrée et pénitente, elle revoit dans une nouvelle lumière son ancienne vie et cherche le pardon[2],[3].

Paphnuce ici, en délivrant la nouvellement convertie Thaïs à l'endroit de son refuge spirituel et de sa retraite, adresse à l'abbesse du couvent dans le désert égyptien, concernant son passé récent et sa prise en charge :

"Je vous ai apporté une petite chèvre à moitié morte, récemment arrachée aux dents de loups. J'espère que grâce à votre compassion, [son] refuge sera assuré et que grâce à vos soins, [elle] sera guérie, et qu'ayant jeté la peau rêche d'une chèvre, elle sera vêtue de la douce laine de l'agneau[2],[3]."

Lorsque la mort l'approche, Thaïs prie Dieu : « Vous qui m'avez créé, ayez pitié de moi… ». Paphnuce prie également : « que Thaïs ressuscite de la même manière qu'elle ressuscita en tant qu'être humain, et rejoignant les agneaux blancs, puisse entrer dans la joie éternelle »[2],[3].

Commentaires

« Les idées philosophiques de l'harmonie à travers la création » présentées en première partie de la pièce nous oblige « à interpréter l'immoralité de Thaïs non comme le triomphe du mal mais comme un déséquilibre ou une discorde entre les parties de son être conçu. Hrotsvita regarde cette femme, agissant comme un volcan de lubricité… Ce qu'elle voit est… la discorde de la musica humana de son corps et de son âme… Une fois Paphnuce ayant guidé Thaïs aux actions ayant amené son corps et son comportement dans l'accord de sa connaissance de Dieu. » il existe une « concorde entre le corps et l'âme en tant que l'essence de l'être humain »[4]. La pièce de Hrotsvita n'est pas sans subtilité.

Spectacles

La pièce est mise en scène dans les années 1890 par le Théâtre des Pantins d'Alfred Jarry dans une version présentant des marionnettes[5].

Articles connexes

Références

  1. ↑ (en) « The Life of St. Thaïs in the Northern Homily Cycle (early 1300s): Introduction », dans Saints' Lives in Middle English Collections [« Vies de saints dans les collections du moyen anglais »], Kalamazoo, , 373 p.
  2. (en) « The Conversion of the Harlot Thais », dans The Dramas of Hrotsvit of Gandersheim [« Les drames de Hrotsvita de Gandersheim »], Saskatoon,
  3. (en) « Paphnutius », dans The Plays of Hrotsvitha of Gandersheim [« Les pièces de Hrotsvitha de Gandersheim »], New York,
  4. (en) Spirituality and Politics in the Works of Hrotsvit of Gandersheim [« Spiritualité et politique dans l'œuvre de Hrotsvita de Gandersheim »], Selingrove,
  5. ↑ « Alfred Jarry » Accès libre, sur Union internationale de la marionnette
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