Papyrus du Marzéah

Le papyrus du Marzéah est une bande de papyrus comportant une inscription paléo-hébraïque qui daterait du début du VIᵉ siècle av. J.-C. et proviendrait du royaume de Moab. Son authenticité est néanmoins contestée.

Description

En 1990, Pierre Bordreuil et Dennis Pardee publient cette inscription dans la revue Semitica du Collège de France[1]. Elle est écrite sur deux lignes, en écriture paléo-hébraïque, avec quelques particularités linguistiques qui correspondraient au moabite.

Le papyrus est accompagné d’une bulle d’argile qui devait le sceller. Cette bulle est également inscrite et la paléographie correspond à celle du royaume de Moab.

Le papyrus lui-même mesure 12,5 cm x 2,5 cm. L’inscription comporte deux lignes que Pierre Bordreuil et Dennis Pardee lisent ainsi[1] :

1) KH.’MRW.’LHN.LSR’.LK.HMRZḤ.WHRḤYN.WH

2) BYT.WYŠ‘’.RḤQ.MHM.WMLK’.HŠLŠ

1) Ainsi ont parlé (les) dieux à Sara’ : Pour toi le marzeaḥ et les meules et la

2) maison ; et que Yiš’a‘ (y) renonce (litt. [en] est loin) ; et Milka‘ (est) le garant.

Les deux spécialistes concluent que ce papyrus traite probablement d’un conflit familial au sujet d’une maison et d’une salle attenante.

Le marzéah

La présence du mot hébreu marzeaḥ (מרזח) a rendu ce papyrus célèbre. Selon Pierre Bordreuil et Dennis Pardee, ce mot désigne une institution sociale déjà connue à Ougarit, Palmyre et en Nabatène[1].

Le mot est très rare dans la Bible, mais on trouve un parallèle avec un contrat à Ougarit, un site archéologique dont Pierre Bordreuil assure à l’époque la direction épigraphique. Les textes ougaritiques datent du Bronze récent, bien avant les textes bibliques où le mot marzeaḥ apparaît, tandis que ce papyrus est contemporain des occurrences bibliques. S’il est authentique, il serait donc la première preuve archéologique de l’existence de cette célébration cultuelle à l'époque des prophètes de la Bible.

Authenticité

En 1990, lorsque Pierre Bordreuil et Dennis Pardee publient l’inscription, ils précisent que le papyrus n’a pas été découvert lors de fouilles régulières et que seules des photographies leur ont été communiquées en 1984[1]. Ils auraient demandé à examiner le papyrus et faire des analyses chimique mais cela ne leur a pas été possible. Toutefois, l’analyse interne les pousse à conclure que, s’il s’agissait d’un faux, le faussaire serait « un spécialiste des langues nord-ouest sémitiques » car « le travail est trop bien fait ». Il concluent donc qu’il « semble plus plausible de voir ici un texte authentique datant de la fin de la première moitié du premier millénaire av. J.-C. et révélant un nouveau dialecte cananéen ».

En 1996, le spécialiste américain Frank Moore Cross publie un article à propos de ce papyrus, dont il ne doute pas de l’authenticité et qu’il date même du milieu ou de la fin du VIIᵉ siècle av. J.-C.[2]

En 1999, le spécialiste israélien Shmuel Ahituv se prononce également en faveur de l’authenticité de ce papyrus, qu’il date lui aussi du VIIᵉ siècle av. J.-C.[3]

En 2001, Pierre Bordreuil et Dennis Pardee annoncent avoir pu enfin examiner le papyrus et confirment son authenticité[4].

Mais quelques années plus tard, certains spécialistes expriment leurs doutes sur l’authenticité de ce papyrus[5]. Aujourd’hui, le papyrus a disparu ; certains spécialistes pensent toujours qu’il était authentique, Shmuel Ahituv suggérant même qu’il aurait été découvert par un ouvrier lors des fouilles à Deir Allah, en Jordanie, dans les années 1980[6]. D’autres spécialistes comme Matthieu Richelle estiment qu’il s’agissait d’un faux[7].

Notes et références

  1. Pierre Bordreuil et Dennis Pardee, « Le papyrus du Marzeah », Semitica, vol. 38,‎ , p. 49-68
  2. (en) Frank Moore Cross, « A papyrus recording a divine legal decision and the root rḥq in Biblical and Near Eastern legal usage », dans Michael V. Fox, Texts, temples, and traditions: a tribute to Menahem Haran, Winona Lake, Ind, Eisenbrauns, (ISBN 978-1-57506-003-3), p. 311-320
  3. שמואל אחיטוב et Shmuel Ahituv, « A Divine Verdict: A Judicial Papyrus of the Seventh Century BCE / משפט אלוהים — פפירוס משפטי מן המאה הז' לפסה"נ », Eretz-Israel: Archaeological, Historical and Geographical Studies / ארץ-ישראל: מחקרים בידיעת הארץ ועתיקותיה, vol. כו,‎ , p. 1–4 (ISSN 0071-108X, lire en ligne, consulté le )
  4. Pierre Bordreuil et Dennis Pardee, « Nouvel examen du papyrus du Marzeah », Semitica, vol. 50,‎ , p. 224-225
  5. Emc, « Ralph the Sacred River : Thoughts on the Marzeah Papyrus », sur Ralph the Sacred River, (consulté le )
  6. (en) Shmuel Ahituv, « Four First Temple Period Papyri », dans Ofer Sion, Joe Uziel, Amir Ganor, Eitan Klein, New Studies in the Archaeology of the Judean Desert: Collected Papers, Israel Antiquities Authority, (lire en ligne), p. 317-331
  7. Matthieu Richelle, « Literacy in the Kingdom of Judah: A Typology of Approaches and a Criticism of Quantitative Perspectives », Jerusalem Journal of Archaeology, vol. 7,‎ , p. 102 (DOI 10.52486/01.00007.6, lire en ligne)
  • icône décorative Portail de la papyrologie