Parents vigilants

Parents vigilants
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Parents vigilants est un réseau (association de fait) de parents d'élèves créé par le parti Reconquête d'Éric Zemmour en . Son objectif est de lutter contre un prétendu « grand endoctrinement » qui soumettrait les écoliers aux idéologies « woke » et « islamiste ». Le réseau attaque frontalement l'éducation à la vie affective et sexuelle, et la lutte contre les discriminations basées sur l'identité de genre et l'orientation sexuelle. Ses méthodes (qui incluent le cyberharcèlement des professeurs) sont dénoncées par de nombreux enseignants et syndicats, et ont fait l'objet d'actions en justice. Sa participation aux conseils de parents d'élèves depuis est décrite comme une stratégie électoraliste, notamment en vue des élections municipales en et présidentielles en .

Historique

Le collectif est créé en Île-de-France en , par le parti Reconquête peu après l'échec d'Éric Zemmour aux élections présidentielles et législatives. Éric Zemmour en avait présenté l'idée en lors des universités d'été de Reconquête. Le sujet de l'éducation étant apparu prioritaire pour ses militants, derrière l'immigration, il cherche à les fédérer derrière une lutte contre le « grand endoctrinement », variante du « grand remplacement »[1].

Le collectif a été comparé au mouvement américain Moms for Liberty (en)[2], et s'inspirerait de la stratégie de la lutte contre le « wokisme » mise en œuvre par Ron DeSantis en Floride[3],[4],[5].

Fonctionnement

Le collectif Parents vigilants a été créé et est financé par le parti Reconquête. Les deux entités sont présentées comme « parallèles », mais les nouveaux membres de l'association sont immédiatement invités à prendre leur carte au parti[1].

Selon Causeur, le mouvement est coordonné par Sarah Knafo et le militant identitaire Damien Rieu[6]. La porte-parole de l'association serait Agnès Marion[6], une proche de Marion Maréchal Le Pen[7], et la professeure de mathématiques Séverine Duminy gèrerait les affaires courantes[8]. La conseillère presse de Reconquête Diane Ouvry est directrice de publication du site web[6].

L'association revendique des milliers de membres, mais l'information n'est pas confirmée, et aucune procédure d'adhésion ne semble être mise en place[5],[6]. Les parents qui remplissent les formulaires sont ensuite inondés de mails faisant la propagande de Reconquête et invitant à des réunions locales[9],[10].

Actions

Méthodes

En , le collectif menace et cyberharcèle une professeure de philosophie qui avait prévu, pour introduire les méthodes de la recherche en sciences sociales, d'organiser avec des élèves de prépa littéraire à Valenciennes une visite dans un camp de migrants de Calais[11]. La sortie est annulée[12],[13], ce dont Éric Zemmour se félicite dans Causeur[5],[14]. Le rectorat et la professeure portent plainte[2],[1],[15]. Celle-ci est placée sous protection policière[14], et finalement mutée à sa demande[5]. Le proviseur d'un lycée à Luçon a également porté plainte après que les mêmes méthodes ont été employées avant la venue de l'agriculteur et militant Cédric Herrou, connu pour son soutien aux migrants[1].

Le réseau se manifeste notamment par des « méthodes éprouvées depuis la Manif pour tous »[16] : des actions d'intimidation envers les professeurs ou les infirmières scolaires, des campagnes de harcèlement numérique, des courriers anonymes, et des rassemblements devant les établissements, au point que certains enseignants hésitent à parler en classe des sujets liés aux étrangers et aux minorités de genre ou d'orientation sexuelle[5],[17],[18],[19].

Thèmes

En , le mouvement attire l'attention par de nombreuses actions s'opposant à des menus sans porc à l'école[20],[21],[22],[23], des actions pour l'égalité fille/garçon ou contre les discriminations LGBT[24],[25],[26],[1], des lectures drag[27],[28]. Il a diffusé des rumeurs[6],[5] concernant des aménagements d'espaces de prière pour des élèves musulmans[29].

Accusations d'entrisme

À la rentrée scolaire , le réseau est soupçonné de vouloir infiltrer les conseils de parents d'élèves, qui ont un rôle consultatif sur tous les sujets périscolaires, au moment des élections qui se tiennent en octobre[30],[9], réputées comme faciles à remporter[30]. L'objectif serait en fait de peser sur les prochaines municipales, à trois ans du scrutin, en récupérant les coordonnées des habitants pour les scrutins à venir, et en faisant émerger un nouveau vivier de militants[30],[5],[3],[31],[32],[33].

Colloque au Sénat en

En , le sénateur Stéphane Ravier (Reconquête) provoque l'indignation à gauche en invitant Parents vigilants à organiser un colloque au Sénat[3],[34],[35]. La réunion commence avec la diffusion de vidéos montrant Éric Zemmour et Mathieu Bock-Côté, et incitant à résister au supposé « impérialisme woke » venu des États-Unis. Les intervenants s'inquiètent de la « propagande islamo-gauchiste » et de l'absence de discipline dans les écoles (il faudrait ainsi, selon eux, en finir avec le « pédagogisme » des instituts de formation des enseignants), et dénoncent le « lobby transactiviste » qui inciterait les enfants à changer de sexe, et l'OMS qui chercherait à légaliser la pédophilie[3]. Les fédérations enseignantes et des politiques de gauche s'indignent de cet évènement et le député écologiste Benjamin Lucas demande l'ouverture d'une commission d'enquête sur ce réseau[6],[14].

Opposition à l'éducation à la vie affective et sexuelle

Depuis , les élèves du cours primaire à la terminale doivent avoir trois séances par an d'éducation à la sexualité. Le Conseil supérieur des programmes (CSP, présidé par un ancien conseiller de François Fillon et saisi en par Pap Ndiaye[36]) publie en un premier projet de programme scolaire consacré à l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité. Selon Le Monde, le projet introduit l'éducation à la vie affective et relationnelle à l'école primaire et y ajoute « l'éducation à la sexualité » au collège et au lycée. La notion de consentement est abordée pour la première fois en CE2, la puberté est évoquée à partir de la classe de CM1 et la différenciation entre sexe, genre et orientation sexuelle à partir de la 5e. Il fait consensus au sein des organisations syndicales et a été soutenu par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui a rappelé que l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité doit « s'inscrire dans une politique de santé publique et de lutte contre les discriminations et les violences sexuelles »[37].

Parents vigilants fait partie des associations qui mènent une fronde contre ce projet[38],[37],[2]. Dans son rapport sur l'évolution des programmes[39], le CESE dénonce cette « frange réactionnaire très visible sur les réseaux sociaux, qui alimente les peurs et les fantasmes », en référence selon Sud Ouest au collectif Parents vigilants[2].

Fin , plusieurs organisations syndicales écrivent au ministre de l'Éducation Gabriel Attal pour dénoncer les agissements du collectif qui selon eux « met à mal notre École républicaine ». Ils dénoncent le harcèlement de professeurs souhaitant aborder les thématiques de la lutte contre les LGBTIphobies, les droits des personnes migrantes, l'éducation à la vie sexuelle et affective[18],[40],[41]. Au Sénat, Ian Brossat[42] et Paul Vannier[43] interpellent le ministre à ce sujet. Selon la secrétaire nationale du SNES-FSU, Gabriel Attal « compatit » mais s'inquiète peu[3].

Références

  1. Robin Korda et Ariane Riou, « «Parents vigilants» : comment Éric Zemmour veut embraser l'école », Le Parisien, (consulté le ).
  2. « Parents Vigilants : pourquoi ce collectif lancé par le parti Reconquête inquiète les enseignants », Sud Ouest, (consulté le ).
  3. Mathilde Goanec et Youmni Kezzouf, « « Parents vigilants », les zemmouristes à l'assaut de l'Éducation nationale » Accès payant, Mediapart, (consulté le ).
  4. Alexis Buisson, « Sarasota, la guerre contre le « wokisme » vire au « fascisme » » Accès payant, Mediapart, (consulté le ).
  5. Stéphane Pair, « "La plupart des collègues s'autocensurent" : comment les "Parents vigilants", créés par Éric Zemmour, mettent sous pression des professeurs », sur franceinfo.fr, (consulté le ).
  6. Caroline Quevrain, « Qu'est-ce que le réseau "Parents vigilants" piloté par des membres de Reconquête et invité au Sénat ? », sur tf1info.fr, TF1, (consulté le ).
  7. Thibault Chaffotte, « Législatives dans le Val-d'Oise : la discrète campagne d'Agnès Marion (RN) dans la 9e circonscription », Le Parisien, (consulté le ).
  8. Antoine Maes, « Séverine Duminy, la prof nordiste qui tire contre « l'idéologie woke » à l'école » Accès payant, La Voix du Nord, .
  9. Mathilde Frénois et Cécile Bourgneuf, « Les «Parents vigilants», cheval de Troie d'Éric Zemmour à l'école : «L'objectif, c'est de rentrer et d'agir de l'intérieur» » Accès payant, Libération, (consulté le ).
  10. Julien Benesteau, « Élections des parents d'élèves: qui se cache derrière le collectif Parents Vigilants? », Le Courrier picard, .
  11. Romain Herreros, « Comment cette prof est devenue le bouc-émissaire de l'extrême droite après l'attentat d'Arras », Le HuffPost, (consulté le ).
  12. Soazig Le Nevé et Samuel Laurent, « De la sortie pédagogique à la campagne de haine : comment une enseignante a été harcelée par les soutiens politiques et médiatiques d'Éric Zemmour » Accès payant, Le Monde, (consulté le ).
  13. « Lille : une prof menacée pour un projet de sortie scolaire auprès de migrants, le rectorat va déposer plainte », Le Parisien, (consulté le ).
  14. Émile Benech, « Le colloque de l'association « Parents vigilants » au Sénat suscite l'indignation à gauche », Ouest-France, (consulté le ).
  15. Célia Mebroukine, « Prof harcelée par l'extrême droite : « Maintenant, il faut une protection policière pour réfléchir sur la fraternité ? » » Accès payant, Mediapart, (consulté le ).
  16. « "Parents Vigilants" : Gabriel Attal alerté par des syndicats de profs sur l'association zemmouriste », Têtu, (consulté le ).
  17. Raphaël Lardeur, « Enquête. En Gironde, "Parents Vigilants", mouvement d'extrême droite, mène une chasse aux sorcières à l'école », sur Actu.fr, (consulté le ).
  18. « Des enseignants dénoncent la pression croissante de "Parents vigilants", association créée par Éric Zemmour », Ici, (consulté le ).
  19. « Menaces, intimidations : des professeurs dénoncent les méthodes des « Parents Vigilants », proches d'Éric Zemmour », Sud Ouest, (consulté le ).
  20. G.D., « Bordeaux: le repas halal d'un collège inquiète un collectif de parents d'élèves proche de Reconquête », RMC, (consulté le ).
  21. Sébastien Birden, « Yvelines : l'extrême droite crée la polémique autour d'un barbecue sans porc à la kermesse de l'école », Le Parisien, (consulté le ).
  22. Gwenaël Badets, « Halal à la cantine dans un collège de Bordeaux : qui sont les « Parents vigilants » ? » Accès payant, Sud Ouest, (consulté le ).
  23. Elouan Blat, « À Brest, une école primaire ciblée par l'extrême droite », Ouest-France, (consulté le ).
  24. Chloé Gaillard, « Un collège de l'Oise victime d'une odieuse récupération politique de Reconquête », sur Actu.fr, (consulté le ).
  25. Romarik Le Dourneuf, « Des ateliers LGBT annulés dans un lycée de l'Oise à la demande de parents », 20 Minutes, (consulté le ).
  26. Eugénie Boilait, « Un établissement privé reporte des ateliers autour de l'identité de genre », Le Figaro, (consulté le ).
  27. Marie-Hélène Hérouart, « Des opposants à une lecture pour enfants par des drag-queens contrôlés par la police à Bordeaux », Le Figaro, (consulté le ).
  28. G.D., « Bordeaux: la municipalité organise un atelier maquillage pour moins de 4 ans avec une drag-queen », RMC, (consulté le ).
  29. Shaya Baldassari, « Pau : l'aménagement d'un espace de prière lors d'un voyage scolaire fait polémique », Le Figaro, (consulté le ).
  30. Marie-Pierre Bourgeois, « "Plutôt facile de se faire élire": comment Zemmour tente d'infiltrer les élections de parents d'élèves », BFM TV, (consulté le ).
  31. Prisca Borrel, « Parents vigilants : le spectre de Reconquête au-dessus des écoles », La Marseillaise, (consulté le ).
  32. Stéphane Barnoin, « Éducation - "Il faut noyauter !" : comment le réseau Parents vigilants, créé par Éric Zemmour, tente d'infiltrer les écoles », La Montagne, (consulté le ).
  33. Bastien Marie, « Législatives en Gironde : « Contrer le wokisme et l'islamisme… » Comment Reconquête se cache derrière les « Parents vigilants » », Sud Ouest, (consulté le ).
  34. Emma Meulenyser, « « Parents vigilants » : c'est quoi ce réseau d’extrême droite qui a réussi à s'inviter au Sénat ? », L'Humanité, (consulté le ).
  35. Romain Herreros, « Ce colloque conclu par Marion Maréchal et Éric Zemmour au Sénat passe mal », sur Le HuffPost, (consulté le ).
  36. Sylvie Lecherbonnier, « L'éducation à la sexualité, un dossier miné pour Pap Ndiaye » Accès payant, Le Monde, (consulté le ).
  37. Sylvie Lecherbonnier, « Éducation à la sexualité à l'école : offensive conservatrice contre le premier projet de programme » Accès payant, Le Monde, (consulté le ).
  38. Sylvie Lecherbonnier, « Éducation à la sexualité : l'école sous pression d'associations de la droite conservatrice et d'extrême droite » Accès payant, Le Monde, (consulté le ).
  39. Conseil économique, social et environnemental, « Éduquer à la vie affective, relationnelle et sexuelle : passer de l'obligation à l'application ! », sur lecese.fr, .
  40. Hayet Kechit, « « Parents vigilants » : les syndicats d'enseignants exigent un sursaut face au harcèlement de ces militants d'extrême droite », L'Humanité, (consulté le ).
  41. « Une intersyndicale d'enseignants alerte Gabriel Attal au sujet de l'association Parents Vigilants », Komitid, (consulté le ).
  42. « Menaces de l'association Parents vigilants », sur senat.fr, Sénat, (consulté le ).
  43. « Question écrite no 13432 », sur assemblee-nationale.fr, Assemblée nationale (consulté le ).

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes


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