Parti de l'Union nationale (États-Unis)

Le Parti de l'Union nationale (en anglais : National Union Party), communément appelé Parti de l'Union, et parfois coalition républicaine-unioniste, était une coalition politique américaine fondée en 1861 durant la guerre de sécession. Elle regroupait le parti républicains, des membres du parti démocrate appelés démocrates de guerre ainsi que des unionistes des États frontaliers. Cette coalition soutenait l'action de l'administration Lincoln durant la guerre de Sécession et organisa la Convention nationale de l'Union de 1864, qui désigna Abraham Lincoln (républicain) comme candidat à la présidence et Andrew Johnson du Parti démocrate comme candidat à la vice-présidence pour l'élection présidentielle américaine de 1864.[1]. Après l'assassinat de Lincoln, Johnson tenta de maintenir la coalition comme instrument de ses ambitions présidentielles sans succès[2]. La coalition pris fin en 1867 et ne participa donc pas aux élections de 1868, néanmoins le Parti républicain continua d'utiliser l'appellation « Républicains de l'Union » pendant toute la période de la Reconstruction.

Abraham Lincoln remporta l'élection présidentielle de 1860, obtenant 180 voix de grands électeurs. L'opposition démocrate à Lincoln était alors divisée, la plupart dans les Etats du Nord votant pour Stephen Douglas[3]. Après son investiture, Lincoln rechercha le soutien des démocrates pro-Douglas et des unionistes du Sud pour préserver l'Union[4]. Il encouragea la formation de coalitions unionistes bipartisanes qui remplacèrent le Parti républicain dans une grande partie du Sud[5]. Outre le fait de permettre aux électeurs aux allégeances partisanes d'avant-guerre diverses d'agir collectivement, l'étiquette « Unioniste » servit un objectif de propagande en sous-entendant que les adversaires de la coalition étaient des séparatistes[6].

Le projet de la coalition était la préservation de l'Union par la poursuite de la guerre jusqu'à son terme. Les propositions de paix négociées avec la confédération étaient rejetés catégoriquement par la coalition car jugées humiliantes et désastreuses pour l'autorité du gouvernement fédéral à terme. Le programme du parti en 1864 appelait à l'abolition de l'esclavage par un amendement constitutionnel, à une politique d'immigration « libérale et juste », à l'achèvement du chemin de fer transcontinental et condamnait l'intervention française au Mexique, qu'ils considéraient comme dangereuse pour le républicanisme[7].

Contexte

Période d'avant-guerre (1850-1859)

John Bell (à gauche) et Edward Everett, candidats du Parti de l'Union constitutionnelle en 1860.

La création d'un « Parti de l'Union » fut régulièrement envisagée durant la décennie 1850. Sous la présidence de Millard Fillmore, Daniel Webster et d'autres envisageaient un tel parti comme instrument permettant aux modérés de soutenir le Compromis de 1850 face aux attaques des abolitionnistes et des sécessionnistes. Le mouvement du Parti de l'Union ne parvint pas à supplanter le système des partis établis, néanmoins certains partis d'Etat subsistèrent jusque dans les années 1850. Le déclin et l'effondrement du Parti Whig après 1854 entraînèrent un réalignement politique à échelle fédérale, au cours duquel des membres du Parti du sol libre, rejoignirent les Whigs et les Démocrates opposés à la loi Kansas-Nebraska pour fonder le Parti républicain sur une large base d'opposition à l'esclavage. Lors de l'élection présidentielle de 1856, le candidat républicain John C. Fremont obtint la majorité relative des suffrages exprimés dans les Etats dans lesquels l'esclavage était interdit, faisant de ce nouveau parti la première force politique dans le Nord[8]. Nombre de ces conservateurs rejoignirent le Parti de l'Union constitutionnelle qui désigna John Bell comme candidat à l'élection présidentielle de 1860[9]. Le ticket remporta les États du Kentucky, du Tennessee et de la Virginie, arriva en deuxième position dans les autres Etats esclavagistes, les Républicains gagnèrent les voix de la plupart des anciens Whigs et donc la victoire.

Les citoyens des États-Unis d'avant-guerre étaient majoritairement imprégnés d'idéologie anti-partis, bien que le système partisan y jouait déjà un rôle crucial dans la culture politique du pays. Les observateurs attribuaient fréquemment la montée de régionalisme à l'action de partisans sans scrupules. Parallèlement, la conviction que le succès de son parti était dans l'intérêt supérieur de la survie de la nation conduisait naturellement à la conclusion que les rivaux partisans représentaient une menace pour l'Union et le républicanisme. Les appels à la création d'un parti unioniste répondaient à ces deux idéaux en dissolvant les anciennes allégeances partisanes au profit d'une coalition de tous les citoyens loyaux[10].

Crise de la sécession (1860-1861)

William H. Seward, secrétaire d'État dans l'administration Lincoln et contributeur clé à la stratégie du Parti de l'Union.

L'élection d'Abraham Lincoln précipita la sécession de onze Etats esclavagistes sur quinze, entre et , ces Etats formant la Confédération entraînant les États-Unis dans une crise politique inédite. Lincoln dut son élection au soutien d'anciens Whigs conservateurs dans les États clés de l'Indiana, de l'Illinois et de la Pennsylvanie[11]. Il avait recueilli peu de voix dans les États frontaliers, de plus les unionistes des futurs Etats sécessionnistes avaient majoritairement voté pour les candidats démocrates Bell et Douglas[3]. Cette situation amena le président Lincoln a tisser des liens politiques avec les éléments unionistes réticents à l’étiquette républicaine y compris les démocrates, et ce dans un objectif de garder le contrôle de l'État central sur les États-Unis[12].

Dans les mois qui suivirent l'élection de Lincoln, les conservateurs notamment démocrates réclamèrent que la nouvelle administration de rompe avec le Parti républicain afin de faciliter une alliance avec les modérés du Sud pour éviter une sécession durable et une guerre civile, de nombreuses figures exprimant le fait qu'une majorité des Blancs du Sud s'opposaient encore à la sécession, mais que l'influence des abolitionnistes les empêchait de collaborer avec le Parti républicain.

Ainsi une formation politique de l'Union permettrait de contourner cet obstacle en faisant de la préservation de l'Union le seul critère de loyauté envers l'administration.

Lincoln ne souhaitait pas que le Parti républicain subisse le même sort que les Whigs et s'aliène sa base électorale dans les États libres en recherchant une alliance avec les conservateurs du Sud[13]. Durant l'hiver 1860-1861 et avant même son investiture, il intervint de manière décisive pour faire échouer le compromis de Crittenden, un ensemble d'amendements constitutionnels proposés qui auraient garanti l'existence de l'esclavage à perpétuité au sud du 36e parallèle. Cela aurait constitué un renoncement majeur de l'engagement du programme du parti républicain de s'opposer à l'extension de l'esclavage aux territoires américains à l'ouest. Plutôt que de courtiser les unionistes dits conditionnels, comme l'avait fait le président Fillmore en 1850, Lincoln chercha à recruter des unionistes dits inconditionnels des Etats frontaliers pour des postes dans son administration[14]. Dans son discours d'investiture, le président approuva le projet d'amendement Corwin, qui aurait garanti l'esclavage dans les États esclavagistes, tout en maintenant son refus d'extension de la pratique dans les territoires, cette main tendue aux sudistes fut rejetées par les Etats ayant déjà fait sécession[15]. Lincoln et ses conseillers avaient conscience que cette proposition de compromis serait vraisemblablement refusée et qu'elle permettait ainsi de rejeter la responsabilité de la guerre sur les sécessionnistes.

Histoire

Création de la coalition (1861-1862)

Première investiture d'Abraham Lincoln au Capitole des États-Unis à Washington, D.C., le 4 mars 1861.
Le Grand Serpent de Scott (1861), satire de la stratégie militaire américaine. On y voit des unionistes du Sud se mobiliser en Virginie-Occidentale et dans l'est du Tennessee.

La guerre de sécession débuta en en mettant fin à toute possibilité d'alliance entre les partisans de Lincoln et les unionistes conditionnels. Rapidement la guerre modifia profondément le paysage politique des deux camps. Dans les Etats frontaliers, l'objectif immédiat du mouvement unioniste était d'empêcher la sécession et d'installer des gouvernements qui coopéreraient avec l'administration. Cet objectif a été atteint dans le Maryland et le Kentucky par la création de partis unionistes qui ont remporté les élections à l'été 1861 ; dans le Missouri et en Virginie, les unionistes ont organisé des conventions spéciales qui ont constitué l'autorité gouvernementale. Les partis unionistes des Etats frontaliers sont issus de coalitions d'opposition présentes lors de l'élection de 1860[16]. Ils n'étaient affiliés à aucune organisation partisane nationale en 1861 et ont adopté une position prudente, apportant un soutien crucial à l'administration de Lincoln en temps de guerre tout en s'opposant à la position des républicains sur l'esclavage. La famille Blair comptait parmi ceux qui espéraient un réalignement partisan national dans lequel un « Parti unioniste » national remplacerait les républicains comme principal parti d'opposition aux démocrates[17].

Dans les États libres, le Parti de l'Union était un mouvement populaire qui appelait les citoyens à mettre de côté les clivages partisans dans l'intérêt de l'unité nationale. Durant les premières semaines de la crise, l'opinion publique basculas en faveur de la suspension des partis politiques.

Dès le départ, le mouvement pour un Parti de l'Union se heurta à une forte résistance républicaine. Les républicains du Congrès, élus dans des fiefs électoraux, ne voyaient pas d'intérêt à courtiser les électeurs des partis démocrates et whigs et craignaient que les efforts de conciliation avec les conservateurs n'affaiblissent le programme anti-esclavagiste sur lequel le parti avait en parti remporté la victoire en 1860. Dans l'Illinois, [l'Ohio, le Massachusetts et la Californie, la décision d'abandonner l'étiquette républicaine provoqua l'indignation des militants. Les républicains radicaux, en particulier, craignaient de perdre de l'influence au profit des conservateurs qui continuaient de s'opposer farouchement à la position sur l'esclavage et privilégiaient une politique modérée et conciliante envers les Blancs du Sud.

Tout ces événements amenèrent à un affaiblissement du Parti républicain vis à vis des coalitions unionistes dans les Etats du nord. La plupart des candidats de l'administration qui se présentèrent aux élections de 1861 et 1862 sous l'étiquette unioniste.

La coalition dans le Bas-Nord

David Tod, gouverneur de l'Ohio pour le Parti de l'Union, 1862-1864.

Dans les États de l'Ohio, de Pennsylvanie, de l'Illinois et de l'Indiana, le Parti de l'Union était une coalition de républicains et de démocrates pour la guerre contre la confédération. Le parti républicain étant faiblement implanté dans ces États, l'apport des démocrates fut majeur pour le maintien de la main mise des républicains. Les unionistes présentèrent ainsi en diverses occasions des candidats issus du parti démocrate pour les postes de gouverneur.

Haut-Nord

John Adams Dix, major général et homme politique du Parti de l'Union de New York.

La force des Républicains était la plus grande en Nouvelle-Angleterre et dans le Haut-Midwest, où l'influence radicale freinait la croissance du Parti de l'Union. Au Massachusetts, au Michigan, au Minnesota et en Iowa, les noms et les allégeances des partis restèrent globalement inchangés par la guerre[18].

Certains démocrates étaient particulièrement soucieux de se démarquer de l'aile pacifiste de leur parti, ce qui entraîna des réalignements temporaires dans plusieurs États.

New York était l'État du Nord le plus crucial pour l'administration, en effet les Démocrates y étaient puissants et y jouèrent par conséquent un rôle prépondérant dans la naissance du Parti de l'Union. Après avoir rejeté une proposition républicaine de liste d'unité, le Parti démocrate de New York se réunit en convention et adopta un programme condamnant la politique de guerre de Lincoln. Une minorité de Démocrates de guerre quitta la convention et tint la sienne, adoptant un programme soutenant la politique de guerre de l'administration et appelant à l'union de tous les partis lors des futurs scrutins. La convention républicaine-unioniste qui suivit ratifia le programme des Démocrates de guerre et adopta une liste unitaire. La liste de l'Union était dominée par des Démocrates, alors que la majorité de ses partisans étaient républicains avant 1860[19].

Ouest

Avant la guerre, le Parti républicain était particulièrement faible dans les États de la côte ouest, où Lincoln obtint des scores inférieurs à 40% des voix lors de l'élection présidentielle. Au Kansas, la situation engendra une alliance inhabituelle entre démocrates et républicains radicaux, qui formèrent le parti de l'union en 1862 pour s'opposer à la direction controversée de Jim Lane. Les alliés de Lane dominaient le Parti républicain du Kansas, qui demeura affilié à l'administration Lincoln. Cette division au sein du Parti républicain persista jusqu'à la fin de la guerre[20].

Coalition, 1863

Green Clay Smith, unioniste inconditionnel du 6e district congressionnel du Kentucky.

Les démocrates ont progressé lors des élections à la Chambre des représentants des États-Unis de 1862-1863, favorisés par la montée du mouvement pacifiste et la réaction antiabolitionniste à la Proclamation d'émancipation du président Lincoln. Dans certains Etats l'élection fut catastrophique pour le camp Lincoln. Les républicains unionistes ont conservé une courte majorité à la Chambre basse grâce aux Etats frontaliers. L'absence de vote par correspondance contribua au faible score unioniste républicain, les hommes mobilisés ne pouvant pas voter[21].

L'échec manifeste du Parti de l'Union à s'assurer le soutien du Bas-Nord a accru l'importance des États frontaliers pour la coalition[22]. Les unionistes des États frontaliers ont remporté une victoire écrasante aux élections locales de 1862 et 1863, alors même que le mouvement subissait de fortes divisions internes entre les fractions radicales et conservatrices.

Le poids politique crucial des éléments républicains radicaux dans les États frontaliers va amener à clarifier la position des unionistes sur l'esclavage. De même, le poids des conservateurs dans le sud fit pression pour une modération des positions présidentielles sur l'émancipation des esclaves. Les chances de Lincoln de remporter les États frontaliers en 1864 semblaient désormais dépendre d'une position ferme en faveur de l'abolition. Durant l'année 1863, Lincoln s'est aligné sur la position radicale concernant l'émancipation et la privation du droit de vote des confédérés dans les États frontaliers, éliminant ainsi les dissensions internes au parti sur ces questions. La question de la Reconstruction après la guerre est restée source de conflit au sein de la coalition[23].

Le Parti de l'Union remporta des élections cruciales dans les États de l'Ohio et de Pennsylvanie fin 1863. En effet, la position de premier plan des élus opposés à la guerre, dans une campagne électorale vue comme un quasi référendum sur la Proclamation d'émancipation du président, permit aux unionistes d'assimiler l'anti-abolitionnisme à la sécession. La position publique de Woodward contre le vote par correspondance pour les soldats a renforcé la perception publique de la déloyauté du parti démocrate et contribué au basculement des électeurs militaires vers le Parti de l'Union[24].

Réélection, 1864

Nominations du Parti de l'Union à New York en 1864.
Votre plan et le mien (1864), caricature politique du Parti de l'Union opposant la politique de reconstruction de Lincoln à celle du candidat démocrate à la présidence, George B. McClellan.
Un incident palpitant lors des élections (1864). Un démocrate de guerre âgé refuse les supplications d'un démocrate pacifiste de soutenir le ticket démocrate lors des élections d'État de 1864 en Pennsylvanie.

Les délégués du Parti de l'Union nationale tinrent leur convention pour les élections de 1864 à Baltimore les 6 et . Parmi les participants figuraient des représentants du parti républicain, des démocrates, d'anciens Whigs et membres du mouvement Know Nothing conservateurs, des unionistes inconditionnels et des représentants de toutes les régions du pays. L'anti-partisannerie fut un thème majeur des débats, et plusieurs orateurs louèrent la diversité de la coalition. Le président sortant fut désigné à l'unanimité comme candidat à sa réélection dès le premier tour de scrutin. La convention désigna le gouverneur militaire du Tennessee et démocrate Andrew Johnson, comme candidat à la vice-présidence. Johnson au détriment du vice président sortant Hannibal Hamlin, ce choix fût présenté comme un symbole d'union nationale contre les réflexes partisans[25].

Les divergences d'opinions sur la Reconstruction constituèrent un problème majeur qui menaça de scinder la coalition de l'Union en 1864. En , Lincoln publia la Proclamation d'amnistie et de reconstruction afin d'orienter le rétablissement de l'autorité civile américaine dans la Confédération. Le « Plan des dix pour cent » prévoyait la reprise du gouvernement civil dans les États où 10 % de la population votante prêtait allégeance aux Etats-Unis en acceptant les mesures du gouvernement relatives à l'abolition l'esclavage[26]. La proclamation ne garantissait pas les droits politiques des affranchis et autorisait même les Etats à adopter des solutions temporaires à leur égard[27]. La gestion de la Reconstruction par Lincoln fut un point de discorde majeur avec les abolitionnistes et les républicains unionistes. [28] La création de gouvernements reconstitués en Arkansas, en Louisiane et au Tennessee a fait craindre que Lincoln n'ait l'intention de contourner le Congrès et de rétablir l'ordre politique d'avant-guerre sans pratiquement aucun changement[29].

Les conservateurs, de plus en plus éloignés de Lincoln en raison de ses positions sur l'esclavages, complotèrent pour ressusciter le Parti de l'Union constitutionnelle. Menés par Robert C. Winthrop, ils projetaient de déjouer le mouvement pacifiste et de contraindre les démocrates à accepter un candidat unioniste conservateur, défendant un programme axé sur la restauration de l'Union sans abolition de l'esclavage. Nombreux étaient ceux qui espéraient que Millard Fillmore puisse être désigné comme candidat conservateur, mais l'ancien président refusa de briguer un troisième mandat. Le comité national du Parti de l'Union conservatrice se réunit à Philadelphie le et désigna George B. McClellan comme candidat à la présidence et William B. Campbell comme candidat à la vice-présidence. McClellan fut ensuite investi par la Convention nationale démocrate de 1864, mais le programme du parti, qui appelait à la cessation immédiate des hostilités suivie d'une convention des États pour négocier les conditions de la réunification nationale, rejeta cette candidature. Bien que McClellan ait par la suite renié la promesse de paix, son acceptation de l'investiture démocrate dans ces circonstances a effectivement mis fin au mouvement dissident conservateur[30].

Les perspectives de réélection de Lincoln s'améliorèrent après la victoire de l'armée de l'Union lors de la campagne d'Atlanta. La chute d'Atlanta mit brutalement fin au mouvement en faveur d'une seconde convention républicaine-unioniste et précipita le retrait de Fremont de la course à la fin septembre[31]. Ayant proclamé la guerre comme un échec, le retournement de situation prit les démocrates au dépourvu. Le jour de l'élection, Lincoln remporta une victoire éclatante, emportant 24 des 27 Etats unionistes avec 55 % des suffrages populaires[32].

Reconstruction, 1865–67

Réunion de la Convention nationale de l'Union à Philadelphie, par CH Wells (1866).

L'assassinat de Lincoln amena le démocrate Johnson à la présidence de manière prématurée le . Le nouveau président conserva l'essentiel du cabinet de Lincoln, notamment du conservateur Seward, de plus en plus enclin à la réélection. Soucieux de se faire réélire, Johnson chercha à préserver le Parti de l'Union comme instrument de ses ambitions politiques. Alors que les Ligues de l'Union, dont la diversité raciale représentait un large électorat ouvrier favorable aux politiques de Reconstruction, le racisme virulent de Johnson et sa réticence sur suffrage des populations noires du sud le conduisirent à considérer le soutien des planteurs modérés comme essentiel au Parti de l'Union dans les anciens États esclavagistes. Les efforts de Johnson pour séduire les anciens Whigs du Sud l'amenèrent à abandonner sa rhétorique radicale passée au profit d'une politique conciliante envers les anciens Confédérés.

Le treizième amendement fut adoptée par le parlement en , confirmant l'abolition de l'esclavage et le travail forcé aux États-Unis hors condamnation pour crimes[33]. Il fut considéré que cet amendement mettait fin aux discriminations raciales en général ce qui n'était pas en soit véridique, les gouvernements des anciens Etats confédérés prenant d'ailleurs des mesures visant à restreindre considérablement la mobilité économique et sociale des affranchis, recréant de nouvelles discriminations de fait. Le Congrès réagit en adoptant la loi sur les droits civiques de 1866, garantissant la citoyenneté par le droit du sol et l'égalité de tous devant la loi. Le veto de Johnson sur cette loi eu des contacts sur sa popularité chez les républicains modérés et conservateurs du Congrès, sans lesquels le Parti de l'Union ne pouvait prétendre au succès[34].

Les partisans de Johnson organisèrent la Convention nationale de l'Union de 1866 à Philadelphie. Auparavant l'opposition inflexible du président au Quatorzième amendement avait épuisé le peu de sympathie qu'il lui restait envers les républicains modérés du Congrès, les poussant à collaborer plus étroitement avec les radicaux. Des conservateurs influents conclurent que le Parti de l'Union avait peu de chances de réussir à perdurer et ne ferait que renforcer les démocrates lors des élections d'automne. Les signataires de l'appel à la convention n'avaient pas l'influence politique nécessaire pour soutenir un parti national viable. En réalité, le mouvement était divisé et manquait de vision commune ; nombre de partisans de la politique de Johnson boudèrent la convention, et les participants ne parvenaient pas à s'entendre sur sa nature : s'agissait-il d'une nouvelle coalition conservatrice ou d'un prétexte pour les républicains pro-Johnson de soutenir les candidats démocrates ? Les délégués adoptèrent une plateforme défendant la politique de Johnson, mais ne prirent aucune mesure pour créer un nouveau parti. Loin de rallier les unionistes conservateurs à la cause de Johnson, la convention et la tournée de conférences qui suivit discréditèrent le président et renforcèrent le soutien conservateur au droit de vote des Noirs[35].

Les élections de 1866-1867 furent un désastre pour Johnson et marquèrent la fin effective de la coalition. Ceux qui avaient soutenu les candidats de l'Union nationale en 1864 rejoignirent massivement le Parti républicain, qui remporta une large majorité au congrès. L'intransigeance de Johnson face à l'opposition républicaine écrasante à sa politique aliéna les principaux soutiens du Parti de l'Union dans le Nord, tandis que ses efforts de conciliation avec les anciens Confédérés échouèrent à constituer un parti à partir des anciens Whigs du Sud dans les anciens Etats esclavagistes. La Convention de l'Union nationale ne parvint ni à maintenir le Parti de l'Union ni à établir une organisation nationale. Au contraire, l'exigence de Johnson que les personnes nommées par clientélisme soutiennent la plateforme de Philadelphie incita les modérés et les conservateurs à quitter le Parti de l'Union en masse.

Conséquences, 1868-1877

En 1893, un ruban de campagne du Parti républicain utilisait encore l'étiquette « Républicain de l'Union ».

Johnson ne fut finalement pas désigné candidat à sa réélection. Les Républicains désignèrent le général Grant lors de leur convention à Chicago, quelques jours après l'acquittement de justesse de Johnson par le Sénat lors de la procédure de destitution à son égard. Cette réunion se proclamait comme Convention républicaine de l'Union nationale. La Convention démocrate adopta une résolution remerciant Johnson, mais lui préféra Horatio Seymour. Grant remporta l'élection sur un programme axé sur la réconciliation nationale, dans un contexte de campagne marquée par la violence de groupuscules ségrégationnistes[36]. Johnson espéra encore jusqu'en octobre que Seymour se retirerait en sa faveur, tandis que Seward attendit les derniers jours avant l'élection pour apporter un soutien timide à Grant[37].

L'appellation « Union » tomba en désuétude après 1867, mais conserva une certaine popularité durant les dernières années de la Reconstruction. La branche républicaine du Missouri se nommait encore le Parti de l'Union radicale en 1870, date à laquelle la minorité fit sécession pour former le Parti républicain libéral[38]. Les actes des conventions républicaines de 1872 et 1876 utilisèrent le nom de Parti républicain de l'Union. La convocation à la Convention nationale républicaine de 1880 fut la première depuis 1860 à ne pas inclure le mot « Union » dans le nom officiel du parti.

Suite à l'élection présidentielle américaine de 1876, des rumeurs circulèrent selon lesquelles le nouveau président républicain, Hayes, entendait relancer le Parti de l'Union nationale. Le secrétaire au Trésor John Sherman, écrivit aux républicains du Sud que Hayes visait à « unir, dans une action politique harmonieuse, la même catégorie d'hommes dans le Sud que les républicains du Nord. Hayes effectua une tournée dans les Etats du Sud dans l'espoir d'obtenir le soutien des démocrates conservateurs pour son administration, mais n'envisagea jamais sérieusement de quitter le Parti républicain[39]. La persistance des spéculations contraignit Hayes à démentir les rumeurs de réalignement partisan. « Le président a déclaré avec beaucoup de conviction, et presque en ces termes, qu’il avait toujours été républicain, qu’il était républicain et que le parti républicain n’avait jamais été aussi nécessaire à la nation qu’aujourd’hui.

Résultats électoraux

Élection présidentielle

Élection Billet Résultats électoraux [40]
candidat à la présidence colistier Vote populaire votes électoraux Changement Résultat
1864 Abraham Lincoln Andrew Johnson 55,02% 212/234 en augmentation 32| Gagné

Congrès

Congrès Chambre des députés Sénat
Élection Vote populaire Sièges Changement Pour cent Élection Sièges Changement Pour cent
38e 1862–63 49,68% 98/183 en diminution 25 53,55 1862–63 31/50 en stagnation 62,00
39e 1864–65 55,00% 147/192 en augmentation 49 76,56 1864–65 40/52 en augmentation 9 76,92

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « National Union Party (United States) » (voir la liste des auteurs).
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  2. ↑ Foner 2014, p. 260.
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  7. ↑ Murphy 1864, p. 57–58.
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