Pauline Buisson
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Activité |
Pauline Buisson (née vers 1750 à Saint-Domingue, décédée le à Yverdon) travaille d'abord comme esclave dans les Caraïbes, puis comme domestique dans la demeure de la famille Treytorrens (en) à Yverdon[1]. Elle exerce comme sage-femme.
Biographie

Originaire de la colonie française de Saint-Domingue, l'actuelle Haïti, Pauline Buisson naît de parents réduits en esclavage, probablement déportés d'Afrique centrale. A Saint-Domingue, elle est l'esclave de David-Philippe de Treytorrens, officier au service de France et propriétaire de plantations, qui l'emmène à Yverdon, où elle arrive dans les années 1770 en compagnie d'un autre esclave, François Mida (décédé en 1797). La date précise de son arrivée n'est pas connue (les sources mentionnent 1771 ou 1776). Pauline Buisson vit jusqu'à sa mort à Yverdon, où elle travaille comme domestique dans la demeure des Treytorrens. La maisonnée est dirigée, après le décès de David-Philippe de Treytorrens, par le frère (Jean-Rodolphe de Treytorrens, 1715-1791), puis la sœur (Rose-Madeleine de Treytorrens, 1717-1801) et finalement par un cousin éloigné de ce dernier (Abraham-Rodolphe-Henri-Louis de Treytorrens, 1764-1835).

Célibataire, Pauline Buisson donne naissance le [2] à Samuel Hippolyte Buisson (décédé en 1832), que les sources qualifient de fils naturel d'un domestique français (du nom de Le Bel). Cordonnier, Samuel Hippolyte Buisson reste, à l'instar de sa mère, apatride sa vie durant. Une demande de naturalisation (droit de cité), déposée en 1791 par les Treytorrens, qui s'étaient engagés à prendre soin de l'enfant, est rejetée par les autorités bernoises au motif raciste de la couleur de peau du candidat. Des tentatives ultérieures échouent également à cause du conflit lié à la prise en charge des frais d'achat de la bourgeoisie. Porté devant les tribunaux, ce litige oppose durant des décennies la famille de Treytorrens à la commune d'Yverdon.
Impact culturel
En 1783, le naturaliste de Göttingen Johann Friedrich Blumenbach fait la connaissance de Pauline Buisson dans la demeure des Treytorrens[3] (appelée Bains neufs, puis villa d'Entremonts). Cet épisode est relaté dans les écrits de Blumenbach dès 1787, comme la première et la plus marquante d'une série de rencontres avec des personnes noires. Ces entrevues convainquent le chercheur que les différentes «variétés» d'êtres humains divergent peu sur le plan morphologique et que toutes sont dotées des mêmes capacités cognitives. Ce constat contraste avec l'hypothèse du naturaliste, selon laquelle le type «caucasien» (européen) constituerait la «variété» idéale, à l'origine des autres catégories humaines qu'il avait identifiées («orientale», «indienne», «malaise», «éthiopienne») et qui auraient évolué différemment selon le climat. Contrairement aux théoriciens de la «race» qui lui succèdent (tels que Louis Agassiz), Blumenbach affirme que l'humanité forme une unité reposant sur une origine commune (monogénisme). Sur la base de ce postulat, il se prononce contre l'esclavage, malgré son approche eurocentrique.
Blumenbach écrit également que Pauline Buisson est «connue loin à la ronde comme la meilleure sage-femme de Suisse romande». En effet, l'on prodiguait à Saint-Domingue des soins médicaux élaborés et des femmes asservies y travaillaient comme sages-femmes, de sorte que Pauline Buisson avait pu y acquérir la formation et les compétences nécessaires. Il n'existe cependant pas de registre complet des sages-femmes exerçant dans le canton de Vaud à cette époque. Il en va de même pour les liens éventuels entre Pauline Buisson et l'école de sages-femmes d'Yverdon, créée entre 1778 et 1780 par Jean-André Venel dans le voisinage immédiat de la propriété des Treytorrens.
Les sources dessinent le portrait d'une femme connue de son vivant dans la région où elle résidait et dans les cercles savants, mais dont la biographie reste obscure. En témoigne la place que Blumenbach lui accorde dans ses écrits sans toutefois jamais la nommer. Bien que les sources lacunaires ne permettent qu'une reconstruction très partielle de la vie de Pauline Buisson, les documents conservés constituent l'un des rares témoignages de la présence de personnes noires en Suisse à l'époque moderne et de la manière dont ces dernières étaient perçues.
Références
- ↑ Caroline Arni (trad. Eric Godel), « Buisson, Pauline » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du
- ↑ « Commune d'Yverdon-les-Bains - Affaire Buisson - Site officiel de la Commune », sur www.yverdon-les-bains.ch (consulté le )
- ↑ « Pauline Buisson, les mystères de la «négresse d’Yverdon» - Le Temps », www.letemps.ch, (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
Liens externes
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Portail de la Suisse