Pedro Urraca Rendueles

Pedro Urraca Rendueles
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Biographie
Naissance

Valladolid
Décès
(à 85 ans)
Madrid
Nationalité
Espagnole
Activité
Policier
Autres informations
A travaillé pour
Cuerpo de Vigilancia (d)
Cuerpo General de Policía (en)

Pedro Urraca Rendueles (Valladolid, 22 janvier 1904 - Madrid, 14 septembre 1989) est un policier espagnol, connu pour avoir été le chef d'opération de la répression organisée par la dictature de Francisco Franco pour arrêter les principales autorités de la Seconde République en exil[1].

Biographie

Pedro Urraca est né le 22 février 1904 à Valladolid. À l'âge de six ans il est parti en internat à Saint-Sébastien; dans cette ville et à Bilbao il fera des études de Commerce. En 1922 il termine ses études d'expert mercantile et accomplit ses obligations militaires dans le corps d'Infanterie de Marine. Il part ensuite à Cuba jusqu'en 1925 et un an plus tard est envoyé au Bataillon de radiotélégraphie de campagne des îles Canaries.

Il rentre à Valladolid en 1928, après avoir voyagé dans les colonies françaises, anglaises et espagnoles de la côte africaine. En 1929 il intègre l'École de police à Madrid, dont il est diplômé la même année. Il commence à travailler dans la section d'ordre public du Corps de surveillance. En 1930 il se marie avec Elena Cornette. En 1933, après l'instauration de la Seconde République, il est promu agent de deuxième classe.

Le Putsch de juillet 1936 qui a donné lieu à la guerre civile le surprend en zone républicaine. En 1937, il obtient une promotion en intégrant le bureau d'inspection de garde de la Direction Générale de Sécurité républicaine mais peu après il décide de passer au camp nationaliste, probablement parce qu'il pense que celui-ci gagnera la guerre. Il opère cette désertion en octobre, en embarquant à Valence cap vers la côte française pour rejoindre Paris. Il rentre à la zone nationaliste pour combattre contre la République. Il sort indemne d'un dur interrogatoire à Valladolid sur son passé républicain et en décembre 1937 est requis par le Comité de Monnaie étrangère, ayant son siège à Burgos, pour voyager à Londres et Paris. Fin 1939, il devient agent attaché à l'Ambassade d'Espagne à Paris[2].

En 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, la France est occupée par les forces de l'Axe. À ce moment-là, des milliers de républicains espagnols sont à la merci de la Gestapo. Urraca commence alors à diriger un réseau d'agents secrets répartis sur le sol français, se consacrant à l'espionnage et l'arrestation de dirigeants espagnols républicains pour les conduire à la frontière espagnole. La liste des victimes de poursuites est longue: Julián Zugazagoitia (ministre de l'Intérieur sous Negrín, arrêté à Paris, livré et fusillé à Madrid), Manuel Portela (ex-président du Conseil des Ministres), Josep Tarradellas, Juan Morata (sous-secrétaire de l'Intérieur) ou Mariano Ansó (ministre de la Justice) et beaucoup d'autres. Il a aussi suivi les pas d'Antonio María Sbert, Joan Puig i Ferrater et Federica Montseny[3]. Il a été l'auteur, le 13 août 1940, de l'arrestation de Lluís Companys et l'a livré à Irun aux autorités espagnoles, qui l'ont fusillés quelques semaines plus tard, le 15 octobre.

Il a participé à la saisie en 1940 d'un hôtel particulier situé à Paris, propriété du Parti Nationaliste Basque (PNV)[4].

En 1942 il est promu et a le contrôle des visas des passeports de ceux qui demandaient à entrer en Espagne, ce qui lui a permis de profiter du génocide nazi en trompant et en escroquant des juifs qui fuyaient la France occupée[5]. Pedro leur facilitait les démarches et leur proposait de leur envoyer leurs biens après qu'ils soient entrés en territoire espagnol, mais ceux-ci n'arrivaient presque jamais, de sorte qu'il s'est enrichi considérablement[6]. À la fin de la Seconde guerre mondiale il a été condamné à mort en 1948 par l'État français pour sa collaboration avec le régime de Vichy et la Gestapo (agent E. 8.005, alias Unamuno), mais à ce moment-là cela faisait déjà des mois qu'il avait fui en Espagne.

Il a poursuivi son activité policière jusqu'à ce qu'il soit accusé de détourner des fonds publics à l'ambassade d'Espagne en Belgique[7].

Il allait bénéficier des amnisties de 1953 et 1974. À son retour en Espagne il a travaillé pour le Corps général de police, arrivant à être Commissaire principal. On sait que le 5 novembre 1982 il a obtenu une permission pour entrer en France. On ne connaît pas avec certitude la date à laquelle il part en retraite: certaines sources parlent de 1969 et d'autres de 1983, ajoutant qu'il a passé les dernières années de son service à lutter contre ETA[8].

Il est mort à Madrid le 14 septembre 1989, malade et ruiné.

Vie personnelle

Marié avec une femme appelée Hélène Cornette, il a eu un fils appelé Juan Luis, lequel a fait don du fond familial de son père aux Archives Nationales de Catalogne[9]. Il a eu aussi une petite-fille, Loreto, qui a écrit un roman biographique sur son grand-père, Comme des hyènes. Portrait de famille sur fond de guerre, et qui tient la page web pedrourraca.info où peuvent être consultés les rapports qu'il envoyait depuis Paris[10],[11]. Loreto fait partie du collectif Historias Desobedientes (Histoires Désobéissantes), mouvement international, créé par des descendants de coupables de crime contre l'humanité, qui exprime la honte de ces descendants, et témoigne pour la vérité, la mémoire et la justice[12].

Fond personnel

Son fond personnel est conservé dans les Archives Nationales de Catalogne. Le fond est constitué par la documentation réunie et produite par Pedro Urraca Rendueles, principalement, comme résultat de son activité personnelle et professionnelle. On peut y trouver des documents d'identification de lui-même et de son épouse, Hélène Cornette, relatifs à sa période de service dans la diplomatie espagnole en France et en Belgique, ainsi que des justificatifs d'inscription et qualifications des écoles de commerce de Saint-Sébastien, Bilbao et Madrid et des certificats de protection des immeubles familiaux à Paris et Sèvres. En ce qui concerne l'activité policière, le fond intègre une copie du dossier comme inspecteur de deuxième classe et des certificats des services fournis en tant qu'attaché à l'ambassade espagnole à Paris (1939 – 1945); la documentation référente aux dernières années de service au Consulat Général d'Anvers est remarquable par son volume: notes de suivi et contrôle, correspondance, demandes d'antécédents politiques et rapports confidentiels sur des personnes et des activités opposées au régime franquiste (1975 – 1976); il comprend aussi la documentation référente à la fin du service et la justification de son action économique. Pour leur valeur documentaire (principalement comme carnets de voyage), on peut signaler les quatorze livres de comptes personnels, qui comprennent la période 1922 – 1948 et sont témoins de sa vie et de ses activités.

Enfin, le fond réunit les communications des reconnaissances accordées par le franquisme et quelques résumés d'information politique réunis à la fin de son long séjour en Belgique. Dans son ensemble, le fond facilite une approche assez complète à la trajectoire personnelle et professionnelle d'un personnage ayant joué un rôle fondamental dans l'appareil répressif du franquisme à l'extérieur de l'Espagne, l'homme qui a arrêté, interrogé et livré Lluís Companys, le seul président assassiné par le fascisme en Europe[13].

Dans la culture

Documentaire

Le 8 novembre 2022 a eu lieu la première projection du film documentaire Urraca, chasseur de rouges, réalisé par Pedro de Echave et Felip Solé, produit par Quindrop Productions Audiovisuelles et Ségula Films, en coproduction avec Televisió de Catalunya, Televisión Española et IB3 Televisió[14]. L'oeuvre passe en revue ses manoeuvres répressives contre les exilés, concrétisées par la tentative d'arrêter et d'extrader le président de la République espagnole Manuel Azaña, qui a passé les derniers jours de sa vie protégé par la diplomatie mexicaine dans le village occitan de Montauban, l'arrestation et l'extradition du président de la Generalitat de Catalogne Lluís Companys, qui se trouvait avec son épouse dans la localité bretonne de Ar Baol-Skoubleg (en français, La Baule-Escoublac) ainsi que celle du syndicaliste et homme politique Joan Peiró ou les journalistes socialistes Julián Zugazagoitia et Francisco Cruz Salido, tous soumis à des jugements sommaires et fusillés par les autorités de l'Espagne franquiste.

Bibliographie

  • Guixé I Corominas, Jordi (2011). Diplomatie et répression: la poursuite hispano-française de l'exil républicain, 1937-1951[15]
  • Gemma Aguilera, Agente 447, El hombre que detuvo a Lluís Companys (2013). Espejo.
  • Loreto Urraca Luque. Comme des hyènes. Portrait de famille sur fond de guerre (2018). Funambulista[16].
  • Estay Stange, Verónica (2024). Antologia desobediente. Familiares de genocidas por la memoria, la verdad y la justicia. Editorial Tiempo Robado Editoras.

Références

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Pedro Urraca Rendueles » (voir la liste des auteurs).
  1. (es) Iban Gorriti, « Pedro Urraca: “Los vascos, por naturaleza, son cobardes” », Deia, (consulté le )
  2. « El cazador de rojos », El País,‎ (lire en ligne)
  3. (es) Ritama Muñoz-Rojas, « “Sus objetivos eran cargos de la República: desde un sindicalista hasta el jefe del Estado” », ctxt.es | Contexto y Acción (consulté le )
  4. (es) Ignacio Escolar, « La historia de Pedro Urraca y el palacete del PNV », elDiario.es, (consulté le )
  5. (es) Óscar Estaire Cabañas, « El cazador de republicanos vallisoletano que detuvo a Companys, incautó el palacete del PNV y colaboró con los nazis », El Español, (consulté le )
  6. (es) Enrique Berzal, « Cazador de 'rojos' y extersionador de judíos », sur El Norte de Castilla, (consulté le )
  7. (es) La Marina Plaza, « El encuentro histórico en Dénia entre el nieto del embajador que salvó a Azaña y la nieta del policía franquista que lo persiguió », LA MARINA PLAZA, (consulté le )
  8. « DON PEDRO URRACA RENDUELES (esquela) », ABC,‎ , p. 93 (lire en ligne)
  9. (ca) ACN, « El fill de Pedro Urraca dóna el fons familiar a l'Arxiu Nacional - 15 oct 2011 », El Punt Avui (consulté le )
  10. (es) Luis Gómez, « La nieta del ‘cazador de rojos’ », El País,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. (es) Kristin Suleng, « La verdadera historia del policía Pedro Urraca, cazador de rojos », El País,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. (es) « Urraca Rendueles. Los ojos de Franco en Francia » (consulté le )
  13. « Pedro Urraca Rendueles. Descripció del Fons »
  14. « Una película mallorquina bucea en la oscura vida de Pedro Urraca, ‘cazarrojos' », Ultima Hora, Palma de Mallorca,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. (ca) Jordi Guixé Coromines, « La República perseguida » [archive du ], puv.uv.es (consulté le )
  16. (es) Silvia Cárceles Pozo, « Historias desobedientes de hijos, nietas, sobrinas o hermanos de genocidas, verdugos y represores: "La vergüenza tiene que cambiar de bando" », Cadena SER, (consulté le )

Liens externes

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