Pembrolizumab

Pembrolizumab
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Informations générales
Princeps Keytruda
Identification
Synonymes

lambrolizumab

No CAS 1374853-91-4
No ECHA 100.234.370
Code ATC L01XC18
DrugBank DB09037
PubChem 254741536

Le pembrolizumab (anciennement lambrolizumab, nom commercial : Keytruda) (Merck) est un anticorps monoclonal dirigé contre la protéine PD-1 et utilisé comme médicament anticancéreux. C'est un traitement par immunothérapie plus facile à supporter par les patients que la chimiothérapie. Il a toutefois un taux de succès variable selon le type de tumeurs et des effets secondaires liés à des réactions auto-immunes (souvent réversibles). Très coûteux, il a rapporté 17 milliards de dollars à Merck & Co. en 2021[1],[2].

Il est souvent reproché à ce médicament sont coût exorbitant et fixé de manière opaque : dans de nombreux pays, ce type de traitement (immunitaire) coûte plusieurs dizaines, voire plus d’une centaine de milliers de dollars par patient, avec des valeurs par dose parfois dix fois supérieures à celles des traitements classiques de référence, ce qui rend la facture particulièrement lourde pour les assurances et les systèmes de santé[3].

Dénomination

Dans un nom de médicament qui se termine par -zumab, le segment -zu- (comme dans trastuzumab, palivizumab, tocilizumab, etc.) indique que le médicament est basé sur un anticorps monoclonal « humanisé », c’est‑à‑dire majoritairement humain, sauf pour certaines parties (souvent les régions de liaison à l’antigène) qui restent d’origine murine. -zumab signale donc un anticorps monoclonal humanisé, créé pour réduire l’immunogénicité (la réaction immunitaire anti‑médicament) tout en conservant l’activité ciblée contre l’antigène visé.

Principe de fonctionnement

PD‑1 et PD‑L1 sont les acronymes de deux protéines de la voie de contrôle immunitaire :

  • PD‑1 (programmed cell death protein 1) est un récepteur présent sur les lymphocytes T,
  • PD‑L1 (programmed death‑ligand 1) est une protéine exprimée par certaines cellules, notamment les cellules tumorales.

Quand PD‑L1 se lie à PD‑1, cela freine l’activité des lymphocytes T, empêchant le système immunitaire de détruire efficacement les cellules cancéreuses.

Le traitement par le Pembrolizumab fait partie des immunothérapies dites anti‑PD‑1 ou anti‑PD‑L1 (médicaments dont le nom se termine souvent par -mab, comme pembrolizumab, nivolumab, atezolizumab, durvalumab, etc.), car bloquant cette interaction, « relâchant le frein » immunitaire et permettant aux lymphocytes T de mieux attaquer la tumeur. Le code PD‑1/PD‑L1 désigne la voie ciblée par ces anticorps: PD‑1 est le récepteur, PD‑L1 est son ligand, et l’ensemble forme un point de contrôle immunitaire (immune checkpoint) exploité par les cancers pour échapper au système immunitaire.

Efficacité

Le Pembrolizumab a d'abord été testé contre les mélanomes réfractaires à l'ipilimumab[4]. Il permet la régression de certaines lésions avec une amélioration de la durée de rémission[5] et s'avère meilleur que l'ipilimumab, tant en termes de tolérance que de durée de survie sans aggravation[6]. En tant que traitement adjuvant des mélanomes stade III réséqués, il permet une augmentation du taux de rémission[7]. Les résultats sont encore améliorés si un traitement néoadjuvant est combiné au traitement adjuvant[8].

Dans le carcinome à cellules de Merkel, le taux de réponse dépasse 50% dans les formes avancées[9]. Il a également une certaine efficacité dans le cancer bronchique non à petites cellules[10], en particulier pour les tumeurs exprimant le PD-L1[11] ou dans le carcinome urothélial résistant[12] ainsi que dans le cancer du rein en tant que traitement adjuvant[13]. Il est actif dans les formes récidivantes ou métastatiques des cancers des voies aérodigestives supérieures[14], dans certains cancers du sein, dit « triple négatifs »[15]. Ce traitement concerne aussi des malades atteints d’un cancer colorectal qui a continué de progresser après une chimiothérapie[16].

Hors du domaine des cancers, il a aussi une certaine efficacité contre la leucoencéphalopathie multifocale progressive[17].

Indications

Le pembrolizumab dispose d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement du mélanome, du cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC), des carcinomes épidermoïdes ORL et du lymphome de Hodgkin classique (LHc).

Le , l'agence américaine des produits alimentaires et des médicaments (FDA) l'autorise aussi contre des tumeurs inopérables et porteuses de traits génétiques particuliers (MSI-H et dMMR) détectables par des bio-marqueurs[18].

Le , il obtient une extension d'indication en monothérapie dans le traitement des patients adultes atteints d'un carcinome urothélial localement avancé ou métastatique ayant reçu une chimiothérapie antérieure à base de sels de platine ou inéligibles à une chimiothérapie à base de cisplatine[19].

En France

En France Keytruda 25mg et 50mg, commercialisé par MSD-France, n'est disponible qu'à l'hôpital et sa prescription est réservée aux spécialistes en oncologie ou médecin compétent en cancérologie. Il peut être prescrit en monothérapie ou en association avec une chimiothérapie à base de sels de platine ou de 5-fluorouracile (5-FU). Son utilisation a été évaluée dans le cancer épidermoïde de la tête et du cou, le cancer du rein, le cancer bronchique non à petites cellules, et le mélanome[20].

Un flacon de Keytruda 100mg/4ml étant vendu en France 2 400  par Merx, son prix encourage le vol, le trafic et la fraude. C'est ainsi qu'une palette d'une valeur 2 000 000  a été volée à Nanterre début 2024[1].

La population traitée par ce médicament est passée de 16 000 patients en 2017 à 92 000 patients en 2024, représentant un coût de 2,1 milliards d'euros, avec un prix de vente qui a à peine baissé, alors que ses indications étaient élargies. Pour la Cour des comptes, cela pose la question de la soutenabilité de ces dépenses, qui sont effectuées au détriment des génériques pour d'autres maladies. Alors que le prix de vente, fixé de manière opaque en 2025 en légère baisse (à 2 192 € HT le flacon), le prix de revient délicat à établir, a été fixé selon des économistes entre 52 et 885 € le flacon[21].

Critiques concernant les prix exorbitants du Pembrolizumab

De nombreuses études montrent que les anticancéreux tels que le pembrolizumab, le nivolumab, l'atezolizumab, le durvalumab, aux côtés d'agents émergents dont le'icotinib, le sintilimab, le sugemalimab et le camrelizumab sont très couteux et pèsent sur les malades et leurs systèmes de santé[3]. Selon le médicament concerné, le coût par patient peut passer d’une augmentation modeste de quelques milliers de dollars (par exemple avec l'icotinib) à plus de 230 000‑390 000 dollars pour les schémas basés sur PD‑1/PD‑L1, soit plus de dix fois le coût des traitements standards dans certains pays à revenu intermédiaire[3].

Parmi ces médicaments, Le pembrolizumab est particulièrement couteux, se classant en France en 2024 devant le Darzalex, l'Opdivo, l'Imfinzi et l'Enhertu, et pesant pour« plus de 5% des dépenses totales de médicaments remboursables par la sécurité sociale, dont les prix sont négociés entre les entreprises pharmaceutiques et l'Etat » selon Que Choisir[21]. Ceci a fait de ce médicament un cas d'école, étudié par l'ICIJ dans le cadre d'une enquête journalistique internationale (baptisée The Cancer Calculus[3].

Les résultats de cette enquête, publiée en 2026 par l'ICIJ) montre comment le laboratoire Merck a maintenu et continue à maintenir un prix extrêmement élevé pour ce traitement, dont en le protégeant par une « forteresse de brevets » avec plus de 1 200 demandes de brevets faites dans 53 pays, de manière à étendre son monopole commercial jusqu’en 2042, bloquant l’entrée de toute versions génériques ou biosimilaires plus abordables pour des dizaines de milliers de patients, et exerçant de ce fait et par les prix une pression majeure sur les systèmes de santé dans le monde, même si les tarifs de l’ampoule varient fortement d’un pays à l’autre (ex : environ 850 dollars en Indonésie contre environ 2 380 euros par flacon de 100 mg en France en 2024 et plus de 6 000 dollars aux États‑Unis) et qu’un traitement de 2 ans peut atteindre près de 500 000 dollars (les assurances se retirent souvent au delà)[22].

L'ICIJ a en outre documenté des pratiques de dosages potentiellement plus élevés que nécessaire, alors que des dosages ajustés au poids de chaque patient pourraient faire économiser des milliards de dollars au niveau mondial[22].

En outre, Merck a déployé un réseau de lobbying et d'influence financière auprès de médecins, de groupes de patients et de chercheurs, ce qui accroît les prescriptions sans toujours améliorer la survie, mais en rapportant des dizaines de milliards de dollars à l'industriel chaque année, dont une grande partie n'est pas réinjectée dans la recherche, mais en dividendes et rachats d’actions, bien au‑delà des coûts de R&D tels qu'estimés par des organisations indépendantes[22].

Selon The Cancer Calculus, ce modèle commercial force de nombreux patients à s'endetter et/ou à faire appel à la collecte de fonds, aux marchés parallèles, à la justice, ou à des versions falsifiées, et il force les médecins des pays pauvres à rationner le traitement qui pourrait sauver bien plus de malades. Ce système de tarification pharmaceutique mondial suscite un débat sur la manière de rééquilibrer innovation, coût et accès aux médicaments essentiels[22].

Voir aussi

Le nivolumab (BMS) est un autre anticorps monoclonal ciblant le PD1.

Notes et références

  1. Denis Courtine et Benjamin Derveaux, « Près de 2 millions d’euros de médicaments volés à la pharmacie des hôpitaux franciliens », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  2. Solenne Le Hen, « Lutte contre le cancer : ce qu'il faut savoir sur le Keytruda, ce traitement qui nourrit de nombreux espoirs de guérisons », France info,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Rashidul Alam Mahumud, Yifu Chen, Padam Kanta Dahal et Nasrin Akter, « Economic value, affordability, and scale-up of adjuvant immunotherapies in lung cancer treatment: From cost-effectiveness decision to budget impact analysis », Journal of Cancer Policy, vol. 47,‎ , p. 100718 (DOI 10.1016/j.jcpo.2026.100718, lire en ligne, consulté le ).
  4. (en) Robert C, Ribas A, Wolchok JD et al. « Anti-programmed-death-receptor-1 treatment with pembrolizumab in ipilimumab-refractory advanced melanoma: a randomised dose-comparison cohort of a phase 1 trial » Lancet. 2014;384:1109-1117.
  5. (en) Hamid O, Robert C, Daud A et al. « Safety and tumor responses with lambrolizumab (anti-PD-1) in melanoma » N Engl J Med. 2013;369:134-144.
  6. (en) Robert C, Schachter J, Long GV et al. « Pembrolizumab versus ipilimumab in advanced melanoma » N Engl J Med. 2015;372:2521-2532.
  7. Eggermont AM, Blank CU, Mandala M et al. Adjuvant pembrolizumab versus placebo in sesected Stage III melanoma, N Engl J Med, 2018;378:1789-1801
  8. Patel SP, Othus M, Chen Y et al. Neoadjuvant–adjuvant or adjuvant-only pembrolizumab in advanced melanoma, N Engl J Med, 2023;388:813-823
  9. Nghiem PT, Bhatia S, Lipson EJ et al. PD-1 blockade with pembrolizumab in advanced Merkel-cell carcinoma, N Engl J Med, 2016;374:2542-2552
  10. Garon EB, Rizvi NA, Hui R et al. Pembrolizumab for the treatment of non–small-cell lung cancer, N Engl J Med, 2015;372:2018-2028
  11. Reck M, Rodríguez-Abreu D, Robinson AG et al. Pembrolizumab versus chemotherapy for PD-L1–positive non–small-cell lung cancer, N Engl J Med, 2016;375:1823-1833
  12. Bellmunt J, de Wit R, Vaughn DJ et al. Pembrolizumab as second-line therapy for advanced urothelial carcinoma, N Engl J Med, 2017;376:1015-1026
  13. Choueiri TK, Tomczak P, Park SH et al. Adjuvant pembrolizumab after nephrectomy in renal-cell carcinoma, N Engl J Med, 2021;385:683-694
  14. Cohen EEW, Soulières D, Le Tourneau C et al. Pembrolizumab versus methotrexate, docetaxel, or cetuximab for recurrent or metastatic head-and-neck squamous cell carcinoma (KEYNOTE-040): a randomised, open-label, phase 3 study, Lancet, 2019;393:156-167 (2018)
  15. Schmid P, Cortes J, Pusztai L et al. Pembrolizumab for early triple-negative breast cancer, N Engl J Med, 2020;382:810-821
  16. « Feu vert pour un nouveau traitement anti-cancer », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  17. Cortese I, Muranski P, Enose-Akahata Y et al. Pembrolizumab treatment for progressive multifocal leukoencephalopathy, N Engl J Med, 2019;380:1597-1605
  18. (en) « FDA approves first cancer treatment for any solid tumor with a specific genetic feature », FDA News,‎ (lire en ligne)
  19. [PDF]« Résumé des caractéristiques du produit », sur ema.europa.eu, Agence européenne des médicaments, (consulté le ).
  20. « KEYTRUDA (pembrolizumab) », sur Haute autorité de santé,
  21. « Prix des médicaments - Braquage pharmaceutique - Enquête - UFC-Que Choisir », sur www.quechoisir.org, (consulté le )
  22. (en-US) « About the Cancer Calculus investigation - ICIJ », (consulté le )

Liens externes

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