Cabane d'immigrant dutch, Emmaus (Pennsylvanie). La partie gauche a été construite dans les années 1730, la partie droite, plus grande et mieux construite, dans les années 1740.
Photos du vieux Germantown. On y voit la première cabane en rondins de Pastorius qui organisa le transfert et l'installation des colons à partir de 1683, la maison ultérieure de Pastorius vers 1715, l'imprimerie et la maison de Caurs vers 1735 et la place du marché vers 1820.
Le Pennsylvania dutch Country (contrée des Allemands de Pennsylvanie, en allemand de Pennsylvanie et en allemand standard : Deitscherei ou encore Pennsylvania Deitschland (pdc) en allemand de Pennsylvanie. Elle est aussi connue sous le sobriquet de Zone Bretzel (en). C'est une région qui couvre la vallée du Delaware et les régions du Centre-sud (en) et du Nord-est (en) de la Pennsylvanie.
Ici « dutch » ne renvoie pas à sa signification en anglais actuel (« néerlandais ») mais à sa signification en allemand de Pennsylvanie (deitsch[1])[2], c'est un archaïsme pour « deutsch » (allemand) [3].
Les Pennsylvania Dutch ne doivent pas être confondus avec les Dutch Americans (Hollando-Américains par simplification en français), expressions qui désignent les descendants des émigrants néerlandais et flamands[2].
Dans les publications touristiques et en français dans les médias, les mots « Amish » et « Pays amish »sont fréquemment abusivement employés pour désigner les Deitsche et la Deitscherei alors qu'ils n'en représentent qu'une partie.
Des colons protestants en provenance du Palatinat rhénan (dutch Palatine) se sont installés dans cette région à partir de 1600. Cette immigration s'est prolongée jusqu'au XXe siècle, renforcée par d'autres germanophones : Allemands, Suisses, Alsaciens de toutes confessions chrétiennes et juive (Germano-Américains).
Le terme de dutch Country a été utilisé au milieu du XXe siècle pour décrire cette région de culture allemande originale, mais au cours des dernières décennies, la composition de la population a changé[4] et l'expression est surtout utilisée désormais dans un contexte touristique.
Le Greater Pennsylvania Dutch Country (en allemand de Pennsylvanie : Die Breet-Deitscherei (The Broad Dutchery) fait référence à cette région particulière de Pennsylvanie, mais comprend en plus d'autres petits groupements issus de germanophones de Pennsylvanie établis dans les États de New York, du Delaware, du Maryland, de l'Ohio, de Virginie-Occidentale, de Caroline du Nord, d'Indiana, d'Illinois, du Wisconsin, de Virginie et de la province canadienne de l'Ontario[5],[2],[6].
Les Allemands constituent aussi la plus importante origine nationale de la population globale actuelle des Etats-Unis (12,3%)[7].
Greater Pennsylvania dutch country : en bleu, les vingt comtés avec la plus grande proportion de locuteurs allemands, en rouge les vingt comtés avec le plus grand nombre de locuteurs allemands (les comtés pourpres sont à la fois rouges et bleus).
Spécificités de l'immigration allemande
William Penn et les Quakers avaient défini leurs propres règles pour la colonisation de la Pennsylvanie parmi lesquelles se trouvaient la liberté religieuse et le commerce équitable avec les Amérindiens. Ces prédispositions tolérantes menèrent à des relations plus saines avec les tribus amérindiennes (principalement les Lenapes et les Andastes) que n'en avaient les autres colonies.
Most Blessed Sacrament Church, Bally, PA bâtie en 1743. C'est le plus ancien lieu de dévotion catholique encore existant des Treize colonies. Bally, autrefois Gossenhoppen a été fondé par des colons allemands, mennonites et catholiques.Carte de recensement de 1850 montrant la population luthérienne composée essentiellement d'Allemands à l'époque.Jeunes femmes d'obédience « Frères de la Rivière », 2006.
D'autres Palatins sont arrivés au cours des années 1800 ; beaucoup ont choisi de vivre dans de grandes villes industrielles telles que Germantown, Philadelphie et Pittsburgh, tandis que d'autres, à la recherche de grandes étendues de bonnes terres agricoles, ont déménagé dans les États du Midwest où ils ont construit de nouveaux établissements dans les régions fertiles de l'Illinois, de l'Indiana et de l'Ohio[14]. La grande famine de 1816, particulièrement terrible en Rhénanie, des mesures anti-juives, la crise de la pomme de terre de 1845 sont les principales causes.
L'écrivain dutch Henry Harbaugh (en), le poème est en dutch, illustration de 1870.Certificat de naissance et de baptême d'un Jonathan Geidel rédigé en haut-allemand et écrit en gothique, Pennsylvannie, 1788.
Les Palatine Dutch de New York et de Pennsylvanie ont continué à utiliser leur langue pour se distinguer des vagues ultérieures (après 1830) d'immigrants germanophones aux États-Unis. Les Pennsylvania Dutch se désignaient eux-mêmes sous le nom de Deitsche, tandis que les nouveaux immigrants des pays et territoires germanophones étaient appelés Deitschlenner (Deutschländer en allemand standard) qui pourrait se comprendre comme « Allemands européens ». Ils étaient considérés comme un groupe distinct[2],[15]. Ces Deutschländer ont immigré en Pennsylvanie, où beaucoup se sont fait connaître dans les affaires de l'église, les journaux et les affaires urbaines[15],[2]. Plus tard, après la création du second Empire allemand en 1871, le terme « Dutch » a commencé à être utilisé pour identifier les habitants du Pennsylvania dutch country[16],[17],[18].
La Pennsylvanie est encore l'état comptant le plus de descendants d'émigrants germanophones aux Etats-Unis, soit 2 915 000 en 2020 (22,8 % de sa population)[19].
Géographie
Grande Pennsylvanie : la maison Schifferstadt à Frederick (Maryland), la plus ancienne maison de Frederick. Elle a été bâtie par des immigrants Deitsche en 1756.
Grande Pennsylvanie : Restaurant dans le Village allemand de Colombus (Ohio).
La région se situe dans le Piedmont des Appalaches. Le paysage est marqué par des collines boisées, des vallées profondes et des sols fertiles. La rivière Susquehanna traverse la région et assure son drainage.
Histoire
XIXe siècle
De nombreux germanophones de Pennsylvanie sont des descendants de réfugiés palatins[9]. Ces colons germanophones venaient de plusieurs contrées et d'horizons religieux divers, mais la plupart se sont assimilés à la langue et à la culture anglo-américaines à partir de la seconde moitié du XIXe siècle du fait des efforts d'évangélisation en anglais et de l'interdiction de l'enseignement en allemand.
À l'origine, l'économie de la région était presque entièrement rurale et agricole, basée sur le rêve des immigrants d'améliorer leur sort en devenant propriétaires de leur ferme. Les petits commerçants indispensables à une économie rurale, comme les forgerons, les charrons, les meuniers et les magasiniers, constituaient l'essentiel de l'économie non agricole. Au XIXe siècle, une petite classe instruite, comprenant les ministres des cultes luthérien et réformé, a commencé à émerger. Les séminaires de Pennsylvanie les ont éduqués en haut allemand afin qu'ils puissent prêcher à leurs ouailles de manière savante.
Dutch, vers 1938. Une Dutch de Pennsylvanie sur une affiche touristique de la Works Progress Administration pour le pays dutch, vers 1938. Dutch, vers 1938.Lebanon, une ville dutch moderne (Fancy dutch ou Allemands de Pennsylvanie assimilés)
L'avènement de la révolution industrielle a apporté des technologies basées sur le charbon, le fer, les canaux et les chemins de fer, mais les Deitsche, ignorant l'anglais et manquant de liens avec l'establishment anglophone, n'ont pas été en mesure de s'engager dans l'entrepreneuriat à grande échelle. Henry William Stiegel (en) de Manheim actionnaire d'entreprises de verreries et de sidérurgie et Henry John Heinz (sauces Heinz) représentent cependant des exceptions de taille[21]. Par conséquent, les grandes entreprises qui ont marqué la moitié orientale industrialisée de la région, telles que la Lehigh Coal and Navigation Company (distributeur du charbon de marque "Old Company's Lehigh"), la Lehigh Valley Railroad (chemin de fer) et la Bethlehem Iron Company (plus tard connue sous le nom de Bethlehem Steel) ont été fondées par des résidents anglophones des régions de Philadelphie et de New York. Les anglophones (appelés simplement par les Deitsche « les Anglais ») dominaient les postes de direction et d'ingénierie de ces entreprises, et les Deitsche fournissaient les cols bleus et la maîtrise. La région est traversée par la plus ancienne ligne de chemin de fer des États-Unis[22] (voir Railroad Museum of Pennsylvania, Strasburg).
Au fur et à mesure que la technologie progressait à la fin du XIXe siècle, des entreprises de haute technologie telles que Mack Trucks et New Jersey Zinc se sont également installées dans la région. Au fur et à mesure que les industries locales se développaient, des immigrants d'Europe centrale (principalement de Slovaquie, de Pologne et de Hongrie) ont été recrutés pour les postes peu qualifiés, et les Deitsche les plus établis ont conservé les postes de cols bleus et de maîtrise. L'influence allemande à l'atelier était si grande que certains immigrants slaves (parfois déjà bilingues allemand-langue slave d'origine) sont devenus bilingues dans leur langue maternelle et en allemand de Pennsylvanie alors qu'ils ne maîtrisaient pas encore l'anglais.
XXe siècle
Le général et président Dwight D Eisenhower descendait d'un émigrant Palatine Dutch, Eisenhauer[23], originaire de Grossrosseln (Grande Rosselle, aujourd'hui dans la Sarre). La famille s'était d'abord établie à Lancaster
Le processus d'assimilation s'est poursuivi au tournant du XXe siècle avec la Première Guerre mondiale et l'avènement de l'enseignement public obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans, l'influence des médias anglophones, des communications, l'urbanisation et une mobilité accrue. En outre, de nombreux Allemands-Américains ont dissimulé leur appartenance ethnique avec la montée du sentiment et de la propagande anti-allemands.
Une jeune Amish de Lancaster et ses bretzels. Grange avec emblèmes deitsch en Pennsylvania Dutch Country dans le comté de Berks.
Au XXe siècle, cependant, l'éducation publique universelle en anglais et l'accès relativement facile à l'enseignement supérieur ont effacé de nombreux éléments qui faisaient du pays dutch une région particulière des États-Unis. L'ère de l'information et de la mondialisation a considérablement réduit la dépendance de la région aux emplois industriels. La partie orientale de la région (comtés de Northampton, Lehigh et Berks) est désormais dominée par des emplois de cols blancs formés aux techniques de l'information. Leurs habitants sont parfois appelés fancy Dutch ou high Dutch (allemands modernes, litt. Allemands distingués).
Les comtés de l'ouest de la région ont également connu l'industrialisation, Hershey Foods en étant l'exemple le plus notable, mais elle était moins intense et l'agriculture est restée dominante dans l'économie. Au milieu du XXe siècle, des entrepreneurs amish et non amish ont commencé à promouvoir la région en tant que destination touristique.
XXIe siècle
Bien qu'il y ait encore beaucoup d'Amish qui tentent de suivre leur mode de vie traditionnel, le tourisme et la croissance démographique ont considérablement changé l'apparence et l'originalité culturelle de la région. Celle-ci se trouve à moins de 50 miles de Philadelphie, Baltimore et Harrisburg et est située sur le bord ouest du BosWash, la mégalopole de la côte Est qui s'étend de Washington, DC à Boston. Elle en a subi l'influence. Les habitants qui suivent le mode de vie traditionnel sont aussi appelés plain Dutch (Allemands simples en référence à leurs habits modestes et en opposition aux fancy dutch ou Allemands assimilés qui ont adopté les modes vestimentaires yankee et un style de decorum jugé tapageur). Le second président de l'Union portant un nom allemand, Donald Trump, est d'origine palatine par sa famille paternelle marquée par l'émigration palatine à New Tork et en Pennsylvanie.
Ce sont les plain Dutch, amish de l'ancien ordre et mennonites de l'ancien ordre, qui ont résisté avec le plus de succès aux efforts d'urbanisation et qui ont conservé des aspects de leur mode de vie du XVIIIe siècle, y compris le dialecte deitsch ; malgré tout, ces groupes ont considérablement changé au cours des deux cents dernières années. Néanmoins, pour les groupes de l'ancien ordre, le changement a été plus lent et, progressivement, ils se sont davantage différenciés des autres groupes alors que la population rurale et urbaine environnante de Pennsylvanie changeait.
Le tourisme industriel pennsylvanien vent souvent des thèmes folkloriques relevant des fancy dutch, comme le carnaval (Shrove tuesday, mardi-gras) et le célèbre Jour de la marmotte, héritage de traditions rhénanes (Fastnacht souabe et alémanique, Dachstag de Westphalie, lit. : jour du blaireau[24]), en les mêlant à des traditions amish ou mennonnites, ce qui est dénoncé par les intéressés plus stricts mais finalement moins attachés au folklore (voir Dutch Wonderland).
↑ainsi Lancaster compte aujourd'hui plus de Porto-Ricains que de descendants d'Allemands
↑Steven M. Nolt, Foreigners in their own land: Pennsylvania Germans in the early republic, (ISBN9780271034447, lire en ligne), p. 13
↑Robert L. Schreiwer, Ammerili Eckhart, A Dictionary of Urglaawe Terminology, United States of America, Lulu.com, , 12 p.
↑Matthias Friske, Die Neue Welt der Deutschen: Deutsch-Amerika - ein fast vergessenes Kapitel amerikanischer Geschichte, Frank & Timme, Verlag für wissenschaftliche Literatur, coll. « Geschichtswissenschaft », (ISBN978-3-7329-0811-0)
↑New York (State). Legislature. Senate, Proceedings of the Senate of the State of New York on the Life, Character and Public Service of William Pierson Fiero, , 7 p.
↑ou Frères de l'Ancien Ordre, mouvement initié au sud de la rivière Susquehanna à Lancaster, PA. rassemblant des piétistes radicaux mennonites et amish. Anabaptistes, ils ne doivent pas être confondus avec les piétistes luthériens.
↑Jodie Scales, Of Kindred Germanic Origins: Myths, Legends, Genealogy and History of an Ordinary American Family, iUniverse, , 46 p.
↑Ralf-Peter Fuchs: Von der Unterdrückung am Niederrhein zum politischen Engagement in Pennsylvania? Überlegungen zum Germantown-Protest gegen die koloniale Sklaverei (1688). Dans : Annalen des Historischen Vereins für den Niederrhein, insbesondere das Alte Erzbistum Köln, cahier 224 (2021), S. 79–103.
↑Roland Paul, Karl Scherer, 300 Jahre Pfälzer in Amerika, Pfälzische Verlagsanstalt, , 93 p.
Frank Trommler, Joseph McVeigh, America and the Germans, Volume 1: An Assessment of a Three-Hundred Year History--Immigration, Language, Ethnicity, University of Pennsylvania Press, , 51 p.
↑Earl Francis Robacker, Touch of the Dutchland, A.S. Barnes, , 200, 240
↑Pennsylvania Dutch Folklore Center, Pennsylvania Folklife, Volumes 9 to 10, A.S. Barnes, , 28 p.
↑Timothy J. Orr, Last to Leave the Field: The Life and Letters of First Sergeant Ambrose Henry Hayward, 28th Pennsylvania Volunteers, Univ. of Tennessee Press, , 28 p.
↑John Stuart Yale University, American glass: the collections at Yale, Yale University Art Gallery : in association with Yale University Press, (ISBN978-0-300-22669-0, OCLCon1024165135, lire en ligne)
↑(en) « Strasburg », sur Lancaster county (consulté le )
↑La prononciation de "Eisenhower" en anglais américain est exactement la même que celle de "Eisenhauer" en allemand. Eisenhauer signifie "mineur de fer".